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Chapitre IIL

Arrwèe et séjour à Nice du Duc de Savoie — Plaintes des habitans contre les officiers de justice — Renouvellement du droit de passage y dit de Villefranche' — lYoubles au sujet de t élection des Magistrats — Construction d'une nouvelle route pour le trafic du sel — Amédée VIII se retire à thermitage de Ripaille — Gouvernement de Louis , Prince de Piémont — Gtierre civile entre les habitans de Nice . — Ctonvention de i438 — Nouvelles fi)rtifications ajoutées au château — // devient unejbr^ tèresse de premier ordre.

n n'y a pas de plus douce jouisaance ^ que celle du retour de la paix, après une guerre longue et désastreuse ! Ainsi nos âmes s'ouvrent à la joie et aux plaisirs lorsqu'aux rigueurs des sombres frimats succèdent les fleurs et les belles journées. La nouvelle de l'arrivée inuninente du Souverain chéri vint encore ajouter aux transport^ des habitans de Nice ! !... Jmédée VlQ voulut visiter ses fidèles sujets au-delà des Alpes, pour s'occuper plus particulièrement de leur

bonheur. H franchit le col de Tende vers la fin du mois de mai i/^20 , suivi d\me Cour brillante *i y conduisant des troupes fraîches et des provisions destinées pour la garde et l'approvisionnement du château. La ville de SospcUo^ où il s'arrête deux jours à son passage^ s'empressa la première de lui offrir l'hommage de son dévouement *2. Pendant ce délai les Niçards ne pouvaient contenir leur impatience de voir et de saluer le Prince Pacifique, dont ils avaient déjà éprouvé l'attachement et les bien- £iits. L'entière population accourut à sa rencontre avec des rameaux d'olivier , bien analogues à la circonstance ; l'Évéque y les Magis-i trats de la ville , à la tête d'une députation de la noblesse , allèrent l'attendre au château de Drap, où le Duc arriva dans l'après-midi du cinq juin.

Les sentimens les plus sincères de respect et

"^i Parmi les personnages de distinction qui accompagnèrent Amëdde VIII » nous citerons Henri de Mont'Majeur , guerrier renommé et Capitaine général de la garde Ducale ; Jean de Beau fort , Chancellier de Savoie ; Bbniface de Chalans , Chevalier du Collier , et Pierre de Bonnivault ^ nommé. Gouverneur de Nice ( MS. délie cose di TSizza ).

^a Alberti , hist. de Sospello.

d'amour signalèrent cette i)rcmîérc entrévttcf j presse de se rendre aux vœux de son peuple^ le Prince se mit en i-oute pour Nice aux -cm «ans cesse répètes de vive Savoie ! Arrivé aux portes de la ville, les Consuls lui en offrirent les clefs *i , et lui exprimèrent dans une coiirte harangue , prononcée par Raymond de JBlacaSy eombien les h;ibitans, satisfaits de jouir de a présence, regrettaient de ne pouvoir célébrer «on arrivée d'une manière plus conforme à leur» désirs, attendu les malheurs de la dernière guerre;- L'orateur termina son discours en priant & A. d'accepter l'expression unanime des cœurs fidèles^ Tiommage bien préférable , dit-il , à tout ce que la richesse et le luxe peuvent offrir *3 / Le Prince , par un sourire plein de bonté j exprima à la foule empressée , qu'il savait apprécier ces sentimens. Sa figure noble et majestueuse laissait éclater toute sa satisfaction : H était eu habit de guerre , couvert du manteau Ducal , monté sur un superbe cheval , entoure

*i Voici les noms des quatre Consuls qui -complimentèrent le Duc de Savoie: Rajmond Blacat^ Antoine Papacino , François Tubia , avocat , et Jacques C air asco ( Chron. des Consuls de la ville de IVicei Bibl. Civit. Nie).

"^a MS. délie cose di Nizza , bibl. Ardiss.

dé ses côtirtisatis et de ses gdi*des. H entra dan^ la cite au milieu des acclamations du peuplé dans l'ivresse de la joie. Nous ne nous arrête-* rons pas ^ux réjouissances qui célébrèrent Tar^ rivée du Souverain ; les détails nous manquent: nous dirons seulement (jjiAmédée VIII trouva le séjour de Nice tellement agréable , qu'il s'y arrêta pendant tout l'été ^ s' occupant sans telâche des besoins de ses sujets et des moyen» de leur créer des nouvelles ressources. Il donna particulièrement ses soins Ji favoriser le commerce maritime, parce qu'il le regardait., avec raison y comme là première source des prospé^ rites publiques ; il fît construire à ses frais deut, galères destinées à défendre le littoral contre les pirates Africains ; ordonna de prompte^ réparations à l'arsenal et au cbanticr Ducal, qui tombaient en ruines ; et pour engager les armateurs étrangers à.venir y construire > comme auparavant , des bâtimens de cotnmerce > il dé^ fendit , par Lettres-Patentes du ao juin d^ cette année, aux ofiiçiers et gardiens des susdits établissemens ^ d'exig0r aucun droit de construction , sous peine d'être destitués d& leurs «mplois ^ I . n renouvella les représailles de mer^

. ^i MS. hist alp. mai^i^

précédemment accordées contre le» corsaires Pbans , Florentins et Catalans * i , et interposa son autorité pour terminer à l'amiable différentes contestations qui s'étaient élevées entre FEvêque Jean de Barla et les familles Riguieri et BlacaSy relativement au fief de Drap, et entre les JR«quieri et les Grimaldi, au sujet de leurs prétentions sur le château et terres de Levens *3.

♦i Par lettres-patentes, datées de Bellay en Si*voie, le 2 du mois de mai 1412, Amédée VIII avait déjà accordé aux habitans de Nice les représailles dont il s*agit, à roccasion qu'une galère de Florence osa • capturer , jusques dans le port de Villefranche» line. galéotte chargée de marchandises pour compte du négociant Marinet Arnaud de la ville de Barcelonnette ( MS. hîst. alp. marit. ).

^2 Conformément à Tusage établi sous les Comtes de Provence , les Evéques de Nice , lors de leur élévation à Tépiscopat , renouvellaient leur hommage au Souverain pour le fief de Drap. Jean de Barla f du village de Bourg en Savoie , nommé à la chaire de Nice en 1409 , n'avait pas rempli cette formalité , sous prétexte que les contestations élevées par la Maison d'Anjou, au sujet de la souveraineté du Comté de Nice 9 n^étaient pas définitivement décidées ; vaincu cependant par les instances du Duc de Savoie , il se décida deux ans après à prêter rhommage dans les formes usitées ; Tacte en fut dressé à Thonon le 5 du mois de juin 141 1 9 nonseulement pour la terre de Drap, mais encore pour

Fidèles à renoplir les engagemens contractés par son ayeiil y il s'empressa de révoquer plusieurs aliénations précédemment faites au préjudice du fiaron de Bueil y et contraires aux privilèges des communes^ confirmant en cette ç>ccasion les statuts des quatre vigueries^ et mettant ordre

celle de S.'-Blaîse, en qualité d'administrateur . de Tabbaye de S.'^Pons ( Asch. Episc. Nicia; MS. hist. alp. marit. ). Mais Bertrand Riquîeri et Raymond Antoine Blacas, conseigneurs des terres de S.'-Blaise; et de Merindol , réclamèrent vivement leur part de jurisdîction sur le fiéf de Drap , dont ils se prétendaient en jouissance ' eh vertu d'anciens titres» Le 7 du mois de septembre 1414 A intervint u^e sentence arbitrale de Jean de la Chambre , gouverneur , lieutenant-général du Comté de Nice, qui imposa silence aux parties par défaut de preuves suffisantes ; celles-ci profitèrent du séjour du Souverain à Nice, pourrenouveller la contestation, qui fut enfin terminée au profit de TEvêque , moyennant le débours d'une légère somme ( MS. hist. alp. marit. ). Un procès plus sérieux existait depuis long-tems entre Guillaume Riquîeri et Jean de Gri^ tnaldi^ Baron de Bueil, relativement à la possession du château de Levens. t^es parties plaidèrent pardevant Amédée VIII , qui par sentence du 20 juin 1420 en adjugea la propriété à Jean de Grimaldi , lequel paya à son compétiteur la somme de trois^ mille florins d'or ( IVIS. hist. alp. marit. j MS. delU cose di ISizza ). .

MX gthiis d^autorité , âitncquels ses officiers se livraient par-fois iropunéraent.

En reconnaissance de ces bienfaits , la viHé fie Nice offrît au Souverain un don gratuit du dix- mille florins d'or *i , somme considérable dans un tems où le numéraire était devenu extrêmement rare ^ à la suite de la longue sta^ gnation du commerce.

Aux approches de l'automne Amêdée VIII repassa les monts, accompagné de plusieurs gen-: fîlshomme$ du pays , parmi lesquels le Baron de Bueil et Jean de Grimaldi, seigneur d'Ântibes, doYit il appréciait particulièrement le dévoue-' ment et les mérites *2. Pierre de Bonnis^auU resta au Gouvernement de Nice. Ce Seignem*, connu par la douceur de son caractère et par Taffabilité de ses manières , n'eut pas cependant assez de prudence pour se maintenir en bonne harmonie avec Fautorité Consulaire , toujours inflexible lorsqu'il s'agissait de soutenir les anciennes prérogatives conmiunales.

♦i MS. hist. alp. marit; MS. délie cose di Nizza. ^ ^2. Jean de Grimaldi, seigneur 4'Antibes ^ homme de mer de réputation , passa ensuite au service dci Koi de France , en qualité de Commandant les ga« îères de G^nes , soldées contre Le Roi d'Angleterre Henri V ( MS. hist. Alp. marit. ).

Le Duc ^taît à-pemc parti, qtic les ofScieiv du domaine se permirent de prononcer la confiscatioD des biend de deux marchands de k ville, au préjudice de leurs héritiers , sous pré^ texte qu'ils s^étaient livrés à Fusure. C'était le moyen ordinaire dont ils se servaient pour ré* duire les successions ad manus Domini ; comme ils avaient une bonne paît à ces confiscations , la cupidité était continuellement excitée aux dépens de la justice ; les Consuls de la ville ^ Juges Suprêmes- en matière de commerce, en vertu des anciens statuts , élevèrent leiirs plaintes contre ces saisies, -^'ils qualifièrent de spolia^ tions. Mais Pierre de BonnwauU n'en fit aucun cas , et confirma la sentence : ce conflit d'autorité mit les habitans en rumeur; ils décidèrent d'envoyer leurs Députés k la Cour de Savoie *i ,. pour solliciter la réintégration des condanmés, et la réforme de cetabu& Ceux-ci

"^1 Voici les noms des personnes choisies pour cette députation : pour la viguerie de Nice, Hugues Graglierij jurisconsulte et premier Consul, et An-^ ioine Braudi ^ licencié en droit; pour la viguerîe de Sospello , Barihélemi Martini j pour la viguerie de Puget-Theniers , Pierre Grisole , et pour celle de Barcelonnette , Hugues Guiramandi ( MS. hist. alp. inarit. ).

arrivèrent «\ Tbonon y où séjournait alors le Dac^ le 2'] avril 14^1 9 ^ obtinrent de la justice du Souverain des lettres-pateutes datées du 7 mai de la même année ^ portant cassation de la sentence des officiers domaniaux^ et abolition Il perpétuité de la peine de confiscation pour cause d'usure. A la suite de ces doléances Pierre de Bonnivault y accusé d'avoir participé aux concussions des officiers inférieurs y eut la mor* tification d'être rappelé en Savoie ; on lui donna pour successeur Ludovic de Bavoire, seigneur de Gerbaix, dont le caractère conciliant et Fîntégrité reconnue , achevèrent de faire renaître la bonne harmonie entre les habitans et les employés civils et militaires ; il fut habilenient secondé par Assalo Tonduti, Comte de Falicon, noimné au commandement du château. Ce Sei** gneur y que nous avons déjà vu figurer dans l'expédition de i388^ jouissait alors d^e toute la confiance de son maître ^ et d'une grande influence sur l'esprit des habitans *i.

Ces démêles étaient à-peine terminés, qu^un événement bien plus important vint causer la

ruine du comçoerce de Nice. Alphonse ^ Roi

^i Papiers de la famille Alli de Maccarrani*

d'Aragon^ chasse du royaume de Naples par les partisans de Louis if Anjou III ^ et par les victoires du Connétable Jacques dUAttendolej surnommé SJbrza^ si renommé dans les annales d'Italie *i ^ conçut le projet audacieux d'une vengeance barbare.

Se trouvant en mer avec sa flotte pour re- 2{agner les rivages de la Catalogne ^ il surprit }ar. ville de Marseille qu'il livra pendant trois jours à toutes les horreurs d'un saccage. Une soldatesque effrénée , poussée par la soif du butin et par l' animosité nationale y après avoir ' triomphé de la faible résistance àei habitant ^ pénétra dans lés maisons des particuliers et dans les magasins du commerce y pillant tout ce qui tombait sous sa main, ruinant ce qu'elle ne pouvait emporter , sans aucune distinction d'amis ou d'annemis ^ car alors la ville de Marseille était devenue pour la seconde fois l'entrepôt général du commerce de la Méditen*anée. Les Marseillais se repentirent ^ mais trop tard ^ de n'avoir pas prêté l'oreille aux avertissemens que leur avaient donné les Consuls de la ville de Nice *3 ; les négocians Niçards en éprouvèrent

- ^f Murât. , ann. ital.

• *a La catastrophe de Marseille eut lieu le 7 du

des pertes énormes ; yainement le baron de BuetI Ludovic de Grimaldi , qui continuait à i-ésider k la Cour de Savoie pour ses- intérêts particu'^ Jiers *i ^ employa son crédit auprès du Duc ^ pour obtenir la. juste réparation .^de ces dommages *3. Que pouvait la voix' de l'équité et

mois de décembre i425 ; on aurait pu facilement Tempécher , en prenant d'avance quelques précautions de défense , car une galère Catalane ayant relâché au port de Yillefranche , à la sitite d'une grosse mer , le capitaine confia le projet de cette expédition à une femme du pays , qui en informa Bertrand Riquieri^ seigneur d'Eza , premier* Cànsnl de la ville de Nice. Celui-ci s'empressa d*en écrire aux Cpnsuls de Marseille , mais malheureusement ces magistrats ne tinrent aucun compte de cet avis (MS. hist. al p. ma rit. ).

^i Par acte du lo août 1424 Ludovic de Grimaldi céda à Amédée VIII une rente^ annuelle de 3oo flo» rins sur les gabelles de Nice , et une autre de 200 florins sur la châtellerie de Menton , moyennant la mise en possession de la Vallée de Massoins, et l'investiture du iief de Puget-Tbeniers ( MS. hist.^ al p. marit. ).

*2 Par révénement de Marseille plusieurs familles ce trouvèrent tout-à-coup réduites à la misère 5" il fallut que la charité des habitans les plus aisés vint à leur secours , et c'est alors qu^on sentit tout J'avantageM'un établissement pieux , récemment introduit dans la ville sous le nom de Confrérie dé I0 Miséricorde ; On le dut au zèle des Consula

de la raison auprès d'un Monarque puissant ^ blesse dans son or^^il^ qui ne connaissait que la loi du plus fort!! L'intérêt particulier du commerce fut sacrifié aux intérêts politiques ; en effet ^ comment Amédée YIII aurait-il pu s'exposer aux conséquences d'une, rupture avec la Maison d'Aragon , au momeni où l'Europe était en armes pour la querelle de Naples y et que les rivages de Nice , continuel* lement ravagés par les pirates, avaient* besoin de protection au lieu de leur attirer de non-» veaux ennemis ? Le Duc de Savoie trouva dans les ressources de son génie des moyens plus assurés potu* faire refleurir le comimerce ; il

Andr^ Granerio , Antoine Cals , Pierre Massilia et François de Lerra^ qui ^ni /\ii décidèrent l'abb^ de S.^-Pons Ludovic Jzon à cëder à cette société religieuse un local dépendant de Téglise de S.*®-Rëparate , pour s'y établir : l'acte est du 3o novembre de la susdite année (Arch, Sodalit. Miser.; Giofir., de Episc. Nicîens. ). La Confrérie de la Miséricorde a obtenu dans la suite plusieurs privilèges particu-* liers , Bon-seulement de la part 'des Souverains Pon-* tifes , mais encore de la muniiiçence de la Maisoa de Savoie ; elle continue à s'occuper des œuvres do bienfaisance , qui forment les bases de son iustita* lion , et entretient un Mo^t*de-piété pour le secours des familles indigcntQSt

renouvella les anciennes francfai^s da port de Villefranche ^ tombées en désuétude pendaul les dissensions avec la Maison d'Anjou , et s'offrit d'entretenir à ses frais un nombre suffisant de galères^ pour la défense du littoral^ moyennant que les navires étrangers payeraient le droit de passage, tel qu'il avait été anciennement étaUi. Charles VII , Roi de France , reconnaissant l'avantage de cet établissement , y conseotic sans difficulté ; par ordonnance datée de &t- Germain en Laye le 26 septembre 1 4^6 , il prescrivit à tous les bâtimens portant pavillon Français, chargés en marchandises , venant des côtes d' Italie , d'acquitter ce droit , fixé k 3 p. 100 sur la valeur de la cargaison, se reservant seulement' les provisions , étoffes et denrées , purement destinées pour le service royal *i. Cette convention avec le Monarque ' Français eut les plus heureux résultats pour le commerce ; non-seulement elle décida les autres Puissances maritimes à respecter l'établissement du port de Villefranche , çoais encore à le firéquenter , ce qui ouvrit un nouveau champ aux spéculations , et aux entreprises de mer.

*i Notiziû sul Porto franco e dîstrette di f^UUh franca ( Bibl. Royale de Turin ). .

8x lîeuréÂx «t ptiis'Sâiit au sein de la paix ' Amédée VIH^ • en donnant dés soiiis constans à l'administration intérieure de ses états y suivait ayee pradetice la marche de sa politique^ toute appliquée à consolider sa puissance y en affai- Misssoit autant que possible les grands vassaux et seigneurs , qfii lui donnaient de l'ombragea Ludovic Lasparis y par testament- du Comte jRferrô son père, avait reçu en apanage les fiefe de Limon et de la Briga ; il étala à la tloiir de Chambéry un luxe disproportionné à ses moyens y qui lui fît contracter des dettes considérables. Poursuivi par ses créanciers y il euï recours au Duc de Savoie et offrit de lui céder ces deux seigneiuîes^ moyennant la somme de vingt-mille florins d'or^et la jouissance pendant sa vie d'une rente égale au produit annuel de ces fiefe. L'offre ayant été acceptée *i, la prise de

*i Par acte du 5 juillet 1426, signé au château de Chambéry. — En vertu de «e contrat, Ludovic de Ravoire , Gouverneur de Nice , «e rendit dans le fief de la Brîga pour en prendre possession au nonx de son Souverain. Les habltaos prêtèrent hommage au Duc de Savoie le 17 novembre de la même année , en présence d'Honoré Marchesan , seigneur de Cauderaze et de Roccasparviera , et de Jcau de âolariîs , conseigaèur de Chàteauneuf ( MS. hist* alp. marit. \ Alberti , hist. de Sospeilu )• '

6 Vol. IL

8a possession suivit immédiatement cette convention.

Le Comte de Tende apprit avec un profond chagrin ce démembrement de rhéritage de ses ayeux , mais forcé de dévorer son dépit , parce qu'il n'était pas en mesure de pouvoir rompre avec le Duc^ il attendit des circonstances plus favorables ^ qui ne tardèrent pas à se présenter. Les intrigues de ses agents rallumèrent les torches de la discorde entre la noblesse et la bourgeoisie de Nice : il espérait de susciter la guerre civile dans le Comté , et à Taide de ces désordres, de pouvoir reprendre de force les terres de Briga et de Limon. Cependant la prudence que firent paraître Pierre de Belfort y nommé Gouverneur à la. place du sieur de Ravoire y et Ludovic Badat Évêque de Nice *i , trompa ses espérances. Ces trouai Ludovic Badat y d'abord nomme à Tabbaje de S.^-Pons , fut . élevé à Tépiscopat par le Pape Martin V, en récompense de ses vertus. On lui donna 'pour successeur à la susdite abbaye Li/^ovic de Ponte , seigneur de Xombriasc , natif de la ville' d'Asti.

Ludovic Badat assista aux Conciles de Florence et de Bâle, où il se fit remarquer par ses talens et par la pureté de sa doctrine ( Archiv. Eccl. Cath. { Gioffr. 9 de £pisc. Niciens. )•

%3tes eommenoèp^at en i4^i , à VooGasion df l'électioa des Magistrats» Les nobles prétendaient exercer exclosiveipenl la police de la yille et le maniemept des deniers publics ; la boBr<^ geoisie •mitens^t les prérogatives de Fancica consulat y qui établissaient des droits égaux entr<$ les quatre classes.

L'aigreur que Fou miit de part et d'autrf 4âns ces dissensions^ occasiom^èrent une émeute populaire ; on courut aux armes^ on se n^enaça réciproquement, et des menaces pa^sa^t aux voies de fait , quelques conseillers nobles fiaient in« suites et poursuiviis dans les rpes ; ceux-ci voujurent en tirer vengeance , le sang allait couler , lorsque le Gouverneur et TÉvéque accoururent au milieu des groupes, et parvinrent, à force <le prières , h. calmer les plus mutins ; ils se rendirent ensemble au conseil , où Ludovic Badab y parlant au nom de la Religion et du respect du au Souverain , engagea les deux partis à lui soumettre la contestation. Au premier bruit de Fémeute de Nice ^.j^fnedée VIII fit partir deux de ses conseillers, Jean Ridiiard et Lambert Doéri^ docteurs ez-lois, chargés de prendre des informatipns *i, et d'io-

"^4. MS. dMe* cQsm di I\iua ^ bïbl. ArdJss.

timet aux parties de comparaître', piàr 'dépulés j

devant le Tribunal Ducal.

Il fallut obéir! Après de ' longs débats entré les envoyés chargés de discuter' les droits et prétentions réciproques * i , il intervint tifaé sentence datée de Ripaille^, le liS juillet i433, qui régla l'élection des Magistrats et rexercîce des attributions consulaires conformément aux anciens privilèges des habitans *2. La noblesse Be soumit en muriiiurant, les bourgeois se rél jouirent de leur triomphe , et l'orgueil blessé se promit de rallumer la discorde à la première occasion fkvorable,

En prononçant contre les intérêts de la nd- Wesse, j^médée VIII ne consulta que sa justice et les engagemens que son père avait contractés dans là convehtïon de i388, s'étant particulièreipent obligé de maintenir irrévocablement les anciens privilèges et statuts municipaux de la ville de Nice et de ses vîgUèries,

"^i Le corps de la noblesse nomma çn qualité de ses dëpulës Honoré Marchesan^ Peu! que s de Berra et Ludovic Gioffredo , et celui de la bourgeoisie ^'' Honoré Roccamaura , Ludovic Prioris e% EsUenn^ Pagani ( MS. délie cose di Nizza ).

tz MS, kist* alp. maritt. i ^i^l' ^^7* ^^ Turin.,

,; ToujoufS, iiiciàé h, favoriser la classe indus-» trieuse^ il accueillit avec empressement V offre d'un gentilbpmme nommé Paganino Dalpà%:^o^ .qui proposa d'ouvrir à ses frais une nouvelle mule à travers les montagnes du Comte ^ pour le Itraniport du sel en Piémont, moyennant l'établis-* sèment d'un droit de péage à son profit * i . L'exploitation du sel était alors une branche très-^ considérable du commerce de Nice j on le tirait en grande partie- des salines situées le long du rivage de, la mer, depuis le itfag-Tia/i jusqu'au Var, dans l'étendue du terrain vulgairement appellée l6« Sagnes *2. Les fermiers des ga*^

^i Un cadet de la fan/îlle Dalpozzo ^ originaire d* Alexandrie , vint s'établir à Nice vers la fin du 24.* siècle, et s'y livra à des spéculations mari- 'times qui lui réussirent au-delà de ses espérances; son fils Paganino augmenta encore sa fortune ,.ce qui le mit à même d'entreprendre diverses constructions et travaux qui ont rendu son nom célèbre ( MS. délie cose dl Nizza ). Voilà comment ^en descendans 9 possesseurs de grandes richesses et comblés d'honneurs , furent depuis lors comptés parmi les plus illustres gentilshommes de Nice I

*a Le Magnan , petit torrent qui coule à trois quarts de distance à-peu-près entre le Paglion et le Var. Des excavations pratiquées en 1626 dans la campagne de la famille ^Capello , située auprèf du Magnan vers Tembouchure de la mer , firent

8ê " ï)elles avaîeiit le^'droït des'assocîei» d^àtitre* lie gocianls; ils approvisionnaient non-seulement 1èr Piémont et la Savoie , mais encore la Provence^ la rivière de Gènes et une partie de la Lon»» bardie *i. La route ^tracëe par Paganino Dal^ pozzo , par réchellé de Levéns , Utelle , Lan-^ tosca , S.t-Martin et la chaîne des Montagnes^ qui aboutit à Vinay , et aux vallées de Goni ^ offrait plusieurs avantages remarquables: l'éco*^ iiomie du tems et des frais de transport, vtat plus grande facilité pour le passage des mulets chargés et raffranchissement des aVanîes sans nombre que l'on faisait auparavant essuyer aat conducteurs , à leur passage sur les terres du Comte de Tende, ou sur celles de Menton ^t de Vintimille *:i. Les Châtelains de ces deux

l'ctrouver les traces des anciennes salines ( MS-r délie cose di Nizza ).

*i Les Sagnes , marais qui s'étend depuis I» pointe dite de Caras jusqu'à rembouchure du Vârj 51 était anciennement beaucoup plus considérable , attendu que Tindustrie dès cultivateurs en a rendu que f;rande partie à la culture. * »

*2 Le passage du Col de Tende était jadis extrêmement périlleux, non-seulement à cause des frîmats et des glaces , mais encore' parce qu'il fallait le franchir sur un sentier très-étroit, reste de Tancienne route des Aotnalns ^ e^ctrèmement -déf^fîdé

villes se permettaieiit sans cesse dies vexations et des violences cpii excitèrent plusieurs fois les plaintes des nëgociants et les réclamations an Duc de Savoie ^i. L'ouverture de la nou* velle route sur un territoire indépendant y protégé par le Souverain^ encouragea les expéilitions commerciales^ réveilla l'industrie des liabitans et créa des ressources aux montagnards jusqu'alors cachés au fond de leurs rochers sau-

et entouré d* affreux précipices. Les communie ationa étaient sans cesse interceptées , soit à cause de ces difficultés f soit par les brigandages que commettaient les Vassaux du Comte de Tende, montagnards farouches et cruels , souvent excités par la jalousie et la cupidité de leurs seigneurs.

*i Pour réprimer ces violences, AmédéeVIII fut obligé de recourir à Philippe Marie F^isconti Diic de Milan et seigneur de Gênes, avec lequel il venait de conclure un traité d'alliance ; il porta nominativement des plaintes contre Jacques Gribaudi , Châtelain de Menton et de Monaco , qui saisissait les mulets , arrêtait les conducteurs , et les faisait ensuite rançonner, pour leur accorder le passage. Le Duc de Milan fit satisfaction à son allié , destitua le châtelain , et ordonna aux habitans de Monaco et de Menton de refaire les dommages et pertes qu'ils avaient fait essuyer injustement au commerce de Nice ( Lettres-patentes du 14 octobre 1454 i MS. hist. alp. marit. , Bibi, Koy, de Turin ).

vages. Les premiers travaux, eommenoés iei*

la fin de 1 43 1 9 furent entièrement acheva èa 1 434 ; le nom de Pagamno Dalpozzo , pMclamé par la reconnaissance de ses concitoyeiis^ mérite de vivre dans l'histoire , à côté de ces hommes généreux qui , favorisés par la forlujotey «avent justifier ses dons ^ en les employant à l'avantage public ; il consacra sa vie entière à faire fructifier le commerce', à exciter l'émUr lation du bien et des entreprises utiles, à fournir du travail et de l'occupation *i à la classe indigente, dont il fut pendant une longue vieillesse le soutien et le père. Le Duc de Sarvcxe le nomma Conseiller de commerce , Entreprenetir général des gabelles , Directetir du chantier de$ constructions : il mourut à la fin du règne -de Louis I, regretté par l'entière population, laissant après lui une grande réputation de vertu, de bonne foi et de générosité. •

*i La rovite construite par Paganino Dalpozzo .était entièrement pavée selon le genre ancien, or- -née de plusieurs ponts jettes à grands frais sur la 'f^esubla^ et sur les torrents qui se précipitent du haut des montagnes. Ce même gentilhomme prit : aussi l'entreprise d'une nouvelle route de Breglio à la Briga, et fit construire deux ponts en pierre sur la Boxa (MS. hist. alp. marit.î MS. délie case diNizzày,

f Quqicpie le. traite de. pàit de 14^9 ^^^ anéanti toutes les prétentions de la Marsom d'Anjou sur le comté de Nice, Amédée' iVIII, pour mieux en consolider les bases y fit négocier auprès de la. Reine Yolande ^ le mariage de sa fille Marguerite de Savoie avec Louis d'Anjou m, Roi de Jérusalem et de Sicile-et Gomte ^ Provence ; la Cour de France s^ant approuvé cette union , Bertrand de Beam^eau , chargé de la procuration du Roit , qui se trouvait alor» À Naples y épousa la Princesse au nom de soa maître *i. Elle vint s'embarquer au port de Villefi'anche sur les galères Napolitaines, pour aller rejoindi*e son époux ; les habitans de Nice célébrèrent son arrivée pai^ des réjouissances d'autant plus sincères , que l'alliance d-es deux familles était une assurance de plus pour la durée de la. paix. Cependant la Providence <pii se joue des calculs humains , trompa de si belles espérances. Louis d^ Anjou III mourut sans postérité à la fleur de son âge, laissant sa succession au Prince René , son fi'ère , et Marguerite de Savoie descendit d'un trône

*f Samuel Guichenon , hîst. de la Maison de Savoie i Papon , hist, gén. de Provence.

9^ jquelle eût embelli datant par ses graees^

par ses vertus *r.

IJne autre alliance non moins illustre^ consola Amédée VIII du mauvais résultat de la première; Louise Prince de Piémont^ épousa Anne de Lusignan , sœur de Jean y Roi de Cypre, qui déjà avancé en âge et n'ayant point d'enfans lui laissait Fespoir de posséder un jour ee royaume. La Princesse vint débarquer à Nice au printems de Tannée 1 4^5 y accompagnée d'une COUT brillante ; les Consuls la reçureik avec les plus grands honneurs. Les rues qu'elle traversa pour sq rendre au palais^ étaient jonchées de fleurs..... Quel hommage plus assorti poi^ vait-on offrir à une jeune épouse toute brillante de fraîcheur et de beauté ^2 I !

Elle partit pour Chambéry après deux jours de repos ^ laissant parmi les habitans un Aojxl souvenir de son affabilité et de ses bienfaits : mais la joie qu'avait fait naître cet hyménée ,

*i Marguerite de Savoie épousa en siecondea n6ccs Ulric Comte de TVitemberg -^ elle obtint le JDuché du Bar en Provence , en restitution de sa dot qui s'élevait à la sommé de 55,ooo écus d'ér ( Transact. du 1 1 octobre 1466 j Papon , hist. gén. ^e Provence ).

*2 MS. hist alp. mar. i MS. délie cose di Nizza»

fut presqu'ausftitât frotibl^e par tin événemeikt iuneste I Amédée VIII perdit son épouse Marib de Bourgogne , fiUe de Philippe le Hardi , ^'il aimait tendrement; frappé de ce cou^ inattendu ^ il forma le projet bizarre d'aban«- 4onner le tumulte des affaires et les jouissances de la Gour^ ayant fait construire un hermitage à Ripaille y non loin du lac de Genève y il s'y retira avec un petit nomlure de ses courtisans. Là il fonda Tordre religieux et militaire de S.t-Maurice, célèbre dans les annales de la Savoie , et quoique livré à la méditation et k la pénitence^ il coi^ tinua^ encore pour quelque tems y à tenir d'une mçdn assurée le timon àes affaires publiques ^i. Cependant pour se soulager en partie dû fardeau du gouvernement^ il nomma son fils aîné Louis , Prince de Piémont, en qualité de son Lieutenant-général dans les provinces aurdelà des Alpes. La ville de Nice était alors divisée

■^i Pasquîer, Poggîo et Monstrelat , historiens dcr i5.* siècle , en parlant de Tillustre hermite de Ripaille y Vont injustement accusé d'hypocrisie ; mais Muratori dans &e& annales , et rhistorien de la Maison de Savoie , le vengent de cette calomnie , en assurant qn*il sut allier Thumilité et la rigidité monastique avec la sagesse et la fermeté d'un boa Souverain,

9^ d'intérêts et de partis entre la &miUè Grî/T^O^'

et celle des Caïs, rivales d'ambition et de puls^

sance. Ludovic de Grimaldi j celui qui ayiait

cédé au Duc de Savoie les fie& de Limoa.et

de la Briga *i , vivait depuis quelque lenas à

Nice , faisant beaucoup de dépenses y teA^t

maison de seigneur^ mais saisissant toutQ^ les

occasions qui se présentaient pour morlifier

les Caïs y qu'il haïssait particulièrement. JJn

excès de colère l'entraîna au tombeau. Taiidi^

que ses parents célébraient ses funérailles dsups l'Eglise des Dominicains , François de Caps , emporté par une aveugle vengeance, se permit, à la tête de quelques étourdis, de troubleç;.!» pompe funèbre , renversant le cercueil , emportant les oblations , injuriant et frappant les assistants, même les Religieux, sans aucun respect pour cet asile sacré. Cet événement railuma une haine dont nous verrons bientôt Jes tristes conséquences; le Pape Eugène IV lança

•'*i Louis de Grimaldi étant mort sans postérité , les fiefs qu'il possédait dans la vallée de Massoins passèrent à son frère Jean Baron de Bueil. Ceintci envoya à Ripaille le Comte Pierre son fils aine pour en recevoir l'investiture du Duc de Savoie , moyennant Thommage qu'il prêta le 20 du niLoi» d'avril i455 ( MS. hist. alp^ marit. ).

contre les coupables une bulle datëe de Flo' rence le'3 du n[iois d'octobre i435, dans laquelle, en fulminant leis censures de l'Église, il ordonnai h rÉ Véque de les poursuivre criminellement * i • La' famille Grimaldi de son côté demanda rdparution de l'outrage ; mais il paraît que le crédit de iS famille Caïs et de ses' adhérents paralysa Ces mesures de rigueur, car il n'existe aucune sentence de condamnation contre François de Caïs; au contraire nous le voyons dé nouveau figurer dans les troubles qui suivirent cet événement , et provoquèrent la guerre civile. Le Prince dé Piémont était alors occupé h. soutenir les iiltéréls du Duc de Milan contre la République de Gênes. Faiigué de la domination de Philippe Marie f^isconti , Thomas âe Campo FregosOy puissant par ses ricbesses et par son crédit , excita les Génois à la révolte , et se fit proclamer Doge. Aussitôt le bruit des armes retentit dans toute la Ligurie ; les un* prirent parti pour Viseonti^ les' autres pour la République, selon leurs intérêts et leurs passions particulières. Les habitans de Vintimille , de Dolceacqua et de Monaco se déclarèrent contre

.^1 MS. hîBt. alp. mar.i MS. délie cdse di Nizza.

le Duc de Milan ^ et commencèrent leurs- ki«cursions sur les terres du comté de Nice ^ se livrant^ comme à Fordinaire , aux dévastaticms et aux violences qui marchent à la suite de» révolutions. Amédée VIII, intéressé à calmer cet orage , mais craignant Finexpérience du Prince de Piémont, envoya à Nice en qualité de Gouverneur-général, Nicode de Menton^ guerrier renommé , habile à manier les affaires' dans les circonstances les plus difficiles, jouissant de la haute réputation que donnent lés ialens , Faclivité et le courage.

' Son arrivée en imposa aux haines particulières jqui divisaient les habitans , ainsi qu^à Faudac^ des ennemis extérieurs. Nicode alla les punir, dans^ leurs propres foyers , des ravages qu'ils avaient commis sur les terres de Nice ; il songeait même à faire le siège du château de .Dolceacqua , lorsqu'il reçut sa nomination de Capitaine-général , commandant la flotte Chrétienne, destinée à aller chercher à Constantinople Je Patriarche et les Évéques de la comr xnunion Grèque , dont le Concile de Bâle avait négocié la réunioa à FÉglise Romaine; Le Pape Eugène VI fit choix de Nicode de Menton parce qu'il appréciait son mérite v Oa kudouna

pour Lieutènaat au gouvernement de Nice Jacques de Valpergay Conseiller Ducal ^ homme d'esprit^ mais administrateur insouciant. Nous ne cuivrons pas cette expédition dans ^^s résultats mfiiictueux ; nous dirons seulement que le Capitaine-général partit du port de YiUefranche le 6 .du mois d'août de Tannée 14^7 9 ^^^^ trois galères de Savoie ^ auxquelles se réunirent celles de Provence et du Pape ; attaqué par les corsaires Catalans à la hauteur de File de Sardaigne, il fit prisonnier , après* un combat opiniâtre y le Capitaine Rodriguez , devenu la terreur de la Méditerranée , et l'envoya à Nice, où il fut enfermé dans les prisons du palais dit le Château "vieux *i. Pendant l'absence de fficode de Meiiton , les Génois recommencèrent leurs incursions sur la frontière , ce qui détermina les Consuls d'envoyer des députés à Tliomas de Campofregoso à l'effet de demander la suspension des hostilités ^2. Tandis

^1 Rodriguez obtint la liberté quelques années après moyennant une forte rançon payée au gouverneur ( MS. hist. alp. marit. ).

*2 Les Consuls envoyèrent à Gènes en qualité de députés Antoine Drago et André MalletU ; ils en apportèrent des lettres du 27 févner 14^6 , dans lesquelles Thomas de Campo Fregoso , Doge de là

j^e ces Magistrats faisaient négocier la paix avec la RépubRque , les deux partis qiii s'agi-^ taient depuis long-tçms dans la ville de Nice ,* entraînés par ce vertige d'orgueil , qui dans ïed réunions politiques échaufTe si fecilement les esprits , renouvellcrenl leurs contestations , ad sujeC de Félection des Magistrats et* des droits Municipaux^ avec une telle animosité^ que cette fois-ci les prières et les persuasions de l'Evéque Ludovic Badat ne purent calmer Feffervéscenee. Aux élections de 1437, les Grîma^*, les iWai^ quesan , \e& Biquieri , les Roccamau7*a et plusieurs autres gentilshommes des pluà mal*^ quaiis , demandèrent l'exclusion des Caïs et de $es partisans^ comme s' étant rendus coupables de sacrilège ; jFVtfAicow de Caïs, particulièrement outragé dans sa personne , fit partager son ressentiment aux Galléan , aux Flotte , aux Cairaschi et autres adhérents ; ils se niirenl tous ensemble à courir la ville criant à Finjus^ tice, excitant . les bourgeois *i à ne pajs per-

République*, accordait la demande de Iq. ville de Nice ( M. histon alp. marit. ; MS. délie cose di Aîzza ).

*i Parmi les principaux bourgeois qui se pronon? «èrent contre h décision du coniseii, on doit citer

mettre la Violation des anciens statuts. Ainsi qu'il arrive. dans les contestations de cette na* ture y le peuple prit part à la querelle ^ les uns pour^ les autres contre , selon qu'ils étaient poussés par l'intérêt ou par la passion; il en résulta une véritable guerre civile ^ non-seule-^ ment parmi les habitans de Nice^ mais encore dans les villages des vigueries ^ où ces seigneuis particuliers exerçaient une grande infiuence.'

L'ambition et l'orgueil offensés allumèrent des haines , des vengeances réciproques^ que la yoxt de la Religion ne put contenir. On osa même méconnaître l'autorité du Prince^ on se porta à de tels excès y que le Duc de Savoie ^ craignant une révolte , se hâta . de faire partir Nicode de * Menton , récemment de retour de son expédition de Constantinople * i , avec un bon nerf

les Ruffi , les Roissan , les Brandi et les Paoli , familles anciennes qui jouissaient de toutes les prérogatives acquises dans rexercice àth charges consulaires ( MS. délie cose di Nîjfza ).

*i L'expédition de Constantinople coûta des dépenses considérables sans aucun avantage pour la Religion ; le Patriarche Grec , après de belles promesses , refusa de s'embarquer , et le t^ape ayant perdu toute espérance de pouvoir réunir les deux Eglises , rompit enfin la négociation ( Baron. , an-* nal. £ccl. ).

7 rd. IL

de troupes pour rétablir la tranquillité et punir les coupables. Au bi;uit de son arrivée chaque parti lui envoya d'avancé des députés y pour essayer une justification : il les reçut à Sospello avec un front sévère , et leur intima de retourner h. Nice, où bonne justice serait faite. Le Gouverneur y fit son entrée le 4 du mois de mars 1 438* avec un appareil militaire imposant^ le lendemain il créa un Tribunal entièrement com* posé d'étrangers , . et il ordonna la poursuite des premiers moteurs de la révolte ; plusieurs furent arrêtés et condamnés à Texil ^ d'autres prirent la iuite , et échappèrent ainsi à un châtiment plus rigoureux *i. Les juges délégués dans cette • affaire prononcèrent qu'en punition des excès ^ auxquels les habitans s'étaient livrés , ils avaient encouru la perte de leurs anciens privilèges^ mais le Gouverneur ne voulut pas prendre sur lui l'exécution d'une mesiu-e qui aurait pu amener des troubles plus sérieux : il en déféra à la décision du Souverain , et en at-

*i Nous n'avons pas trouvé les jnoms de» condamnés; il faut croire que les familles intéressées au procès , en auront fait disparaître les traces , pour ne pas flétrir leur honneuï* ( MS. dellc cosô

di Nizza )•

tendant il s'empara dei clefs de la ville qu'il retint en son pouvoir *i. Dans cette circons* tance l'Évé^e Ludovic Badat employa tout son* crédit ]^ur fléchir là colère du Duc ^ le corps ^ de la bourgeoisie envoya une dépûtation particulière au Prince de Piémont, aflii de plaider leurs droits et d'adoucir la sévérité de la sen* tence. Honoré GrcigUeri y docteur ès-lois , et Guillaïune Paoli, montrèrent dans leurs négociations à la Cour de Savoie un louable dévouement, et cette souplesse d'esprit qui sait surmonter les difficultés. Ils obtinrent des lettrespatentes datées de Thonon le 1 2 mai 1 438 ,v portailt confirmation aux habitans de Nice de tous leurs anciens privilèges, moyennant le payement d'une somme de six-mille florins d'or à titre d'amende *a. Le Prince de Piémont stipula dans l'acte que les cle& de la ville se^ raient gardées par le Gouverneur poiu* l'espace de dix ans, et les députés promirent, au nom

"^^i Les Consuls jouissaient de l'ancien privilège de garder les clefs de la vfUe , et ils ne les présentaient au Souverain , que lorsqu'il venait en personne ( MS. délie cose di Nizza )•

^2 MS. hist. alp. niarit. , BibL de Turin ; MSw délie cose di Nizza.

de leurs comméttans ^ de ne &ire aucune re^ clamation à ce suj^t pendant cet iateryalle^ ei de donner des preùveâ d* entière soumission et, fidélité *i. Le Gouverneur trouva cette pré-» caution insuffisante ^ et pour mieux contenir la population dans le devoir, il conseilla d'augmenter les foriificatiot» du* château > et d'y ajouter des ouvrages extérieurs, devenus nécessaires depuis qu'une invention funeste avait introduit l'usage des machines foudroyantes^ Les aLnciennè& tours construites par la maison d'Aragon sur la sommité du rocher, qu'on appelle encore aujourd'hui le donjon, étaient entourées de hautes murailles crénelées, flanquées de petites tours, placées de distance en distance , pour empêcher les approches ; mais outre, que la plus grasde' J)artie de ces fortifications tombaient de vétusté, elles n'étaient plus en rapport avec les progrès de l'art. *

Les ingénieurs envoyés par le Prince de Piémont décidèrent de construire de nouveaux remparts à l'entqur du ^donjon et de leur donner plus d'étendue, tant du côté de terre, q[ue du

*i Les clefs de la ville furettt rendues aux Confiuls en 1447 parles soins du Gouverneur Lancellot de LuyriaCk

côté de la mer , de maniâre à pouvoir au besoin y enfermer une plus forte garnison ^i.

Les travaux dirigés par JVicode de Menton^ très-versé lui-même dans la science des forti-» fications^ furent poussés avec une telle activité, qu'en peu de tems on vit s'élever une nouvelle forteresse, toute bâtie en pierres de taille^ offrant un front formidable de défense ^ sur-tout vers lo couchant , qui était jadis la partie la plus faible»

Voilà comment la forteresse de Nice, célèbre dans les annales militaires des siècles sùivans, acquit tout-à-coup une nouvelle importance , et obtint la renommée d'être le premier boulevard de l'Italie *2.

*i Pour achever l«s fortifications du châteaa ^ Pierre Litardi , noble citoyen de Nice , vendit en 1438 au Duc de Savoie , pour la somme de 5oo florins d'or , un terrain complanté en vignes qu'il possédait entre Fancienne tour ou soit Thorloge de la ville , et les nouveaux remparts ( Archiv. Civit. Nie. ; MS. délie cose di ISizza ),

^2 A la suite de ces nouvelles constructions , la Cathédrale sous le nom de S.**-Marie de l'Assomption , l'Evèché, le palais du Gouverneur et plusieurs maisons appartenantes à l'ancienne noblesse , se trouvèrent enfermées dans l'enceinte du château. 11 existait autrefois sur la place d'armes du château rinscrîption suivante , gravée sur le marbre ^ e» VhonAeor de Nîcode de Menton:

r; MCCCCXL.

» Hoc opus, hanc molem, .MenthoDÎs stirpe creatitt » Effeçit Niceeee Rector , milisque Nicodus )^ Ad Ducis excelsi, quem tota,âabaudia adorât, ^ £t Pedemontani , etNicœa antiquisslma laudeni)^*

(Gioffr. , Nie. Civit. )

S'il fallait s'en rapporter à une vieille chronique ^ l'Eglise Cathédrale de S."-Marie de rAnnonciation^ bâtie sur la plate-forme de l'ancien Château , âiK rait été construite à-peu-prës à Fépoque où les li* ;béralités de Charlemagne élevèrent Tabbaye de S.*- Pons. Mais Gioffredi n'en parle pas j il cite seulement une charte du loaS , dans laquelle Pons H , fils de Miron et d'Odila , nobles citoyens de Nice . firent à l'Eglise de S.*®-Marîe donation d'une quantité de terres qu'ils possédaient dans la Commune , pour en employer les rentes au service divin et à Ji'entretien des Chanoines qui la desservaient. L'E- .vêque Isoard ^ qui vivait vers Tannée iiio« entre* .prit de les soumettre à l'institut monastique de S.^-Augustin 9 ce qui se réalisa sous Tépiscopat de Pierre I.*' son successeur, en 1148. La Cathédrale jsuccessivement restaurée et enrichie par les Evéques Pierre Sardina , Jean de Toumefort , Ludovic I.®* et Barthélémy Chuetti en iSSy , 140 r , 14^9 et .1499» acquit une grande célébrité jusqu'en i53i ^ ëpoque où les nouvelles constructions du château nécessitèrent sa translation au local de S.'^-Réparate , dans la ville inférieure , ainsi que nous le verrpns au chapitre I.^' du livre V.® ( MS. délie -cose di Nizza), La nef était de structure noble let élevée , divisée en trois compartimens soutenu# pâf*

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tàes colonne^ à-p6u-pràs dans le genre de la Cathé* drale moderne , et enrichies d'ornemens d'arckitec* ture de bon ^oùt Elle était attenante à un vaste édifice destiné pour le logement du Chapitre et pour rhabitatîon de TËvéque. Lorsque ces deux établis* semens furent transportés hors de Tenceinte du château , on démolit toutes les constructions environnantes , et on laissa seulement Sussister Tégli'se qui conserva le titre de paroisse. PreSqu'entièrement ruinée par les bombes lors du s^ège de 1691 , elle fut rasée en 1706, époque de Tentière démolition du chAteau^

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