Histoire de Nicolet, 1669-1924
En quittant la vie active pour venir prendre mon repos à Nicolet, j’ai cru devoir, suivant votre judicieux conseil, donner au reste de mon existence ici-bas une orientation utile, en consacrant mes loisirs à des travaux historiques. Un objet intéressant d’études s’imposait à mon attention. L’ancienne paroisse de Nicolet, dont vous occupez avec tant de distinction le siège épiscopal depuis bientôt un quart de siècle, offrait un magnifique champ d’opération, muni de riches archives à compulser, vraie mine que les historiens pourraient exploiter de manière presque indéfinie.
Je m’empressai d’en profiter, et dès lors je me livrai aux recherches historiques sur Nicolet, avec un vif intérêt et un bonheur réel. Il m’est bien agréable de vous dédier aujourd’hui la première partie de l’Histoire de Nicolet, comme un hommage de mon profond respect, de mon admiration pour vos œuvres accomplies en cette paroisse et en ce diocèse, et de ma vive gratitude pour votre bienveillance à mon égard, en particulier pour l’honneur que vous daignez me conférer en ce jour, nonobstant mon indignité.
J’ose espérer que Votre Grandeur, malgré les imperfections de mon travail, voudra bien le bénir et en accepter la dédicace.
J’ai l’honneur d’être, Monseigneur, de Votre Grandeur,
le très humble et très obéissant fils en N. S.,
JOSEPH-ELZEAR BELLEMARE, Chanoine.
Nicolet, le jour de l’investiture du chapitre diocésain,
anniversaire de votre consécration épiscopale, le 27 décembre 1923.
Lettre de Sa Grandeur Monseigneur Brunault
Evêché de Nicolet, le 27 décembre 1923.
Monsieur le chanoine J oseph-Elzéar Bellemare, ptre,
Nicolet
Monsieur le chanoine,
Vous voulez bien me dédier, en termes des plus aimables, la première partie de l’Histoire de Nicolet. Je désire vous remercier de cet hommage et vous dire combien j’apprécie l’œuvre que vous poursuivez dans votre laborieuse retraite.
J’ai compris l’étendue de votre sacrifice, croyez-le bien, le jour où vous m’avez remis votre cure de La-Baie-du-Febvre. A vos relations pastorales avec vos paroissiens, s’ajoutait, comme un lien peut-être plus mystérieux et plus fort, la sympathie que l’historien sent grandir en son cœur pour les disparus, quand surtout il peut retrouver leurs traits dans la physionomie morale de leurs héritiers. Vous aviez mené à bonne fin l’Histoire de La-Baie-du-Febvre, que les connaisseurs placent au tout premier rang des monographies écrites en notre pays. On comprend ce que ce beau livre a dû vous coûter de veilles, écrit — parmi les travaux du ministère et les soucis d’une construction d’église — avec la haute conscience qui distingue votre vie de prêtre, votre parole et tout ce qui vient de votre plume. Vous aviez donc raison d’aimer doublement ceux pour qui vous aviez travaillé jusqu’à l’épuisement de vos forces et qui vous avaient voué la plus légitime vénération.
Et pourtant, je n’ai pas cru devoir m’opposer à ce que vous prissiez votre retraite. Tout me disait que, moins sollicité par les soins de l’administration paroissiale, vous pourriez consacrer à d’autres travaux historiques un organisme
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intellectuel qui avait si brillamment fait ses preuves, et qu’un repos relatif remettrait en pleine vigueur.
Voici que l’événement donne raison à tous ceux qui vous désignaient comme l’historien attendu de notre région. Vos recherches, dans la préparation de votre première monographie, vous auront valu un ouvrage définitif, et elles vous auront servi comme de simples travaux d’approche pour procéder à pied d’œuvre à l’érection d’un monument plus ample : l’histoire de la seigneurie et de la ville de Nicolet.
Pourquoi n’en formulerais-je pas l’espoir ? Cet ouvrage, cher Monsieur le chanoine, va servir à son tour d’étude préliminaire à une entreprise plus vaste et qui n’a pas encore eu la bonne fortune de tenter l’impartialité d’un véritable historien, je veux parler de l’histoire du diocèse de Nicolet.
L’un des juges les plus compétents en matière d’histoire, M. Pierre-Georges Roy, archiviste provincial, après avoir lu les bonnes feuilles du volume que vous présentez aujourd’hui au public, m’a écrit la lettre élogieuse qui doit apparaître ici même. Je suis heureux de m’appuyer sur cette autorité pour vous exprimer mes félicitations.
Ce n’est pas seulement à la présente génération que vous rendez service. Les leçons de l’histoire locale, quand elles comportent le sens philosophique et religieux que vous savez donner aux faits, restent comme une constante prédication. De plus en plus, l’enseignement de l’histoire du pays devra commencer par celle des traditions régionales. Or, ce n’est pas un médiocre secours que vous aurez apporté au corps enseignant : vous aurez mis au jour des données que l’histoire générale ne peut guère contenir, et que professeurs et institutrices n’ont pas le moyen d’arracher à l’oubli tant qu’elles restent dans la documentation des archives.
Espérons aussi que des livres comme les vôtres trouveront leur place dans chacune de nos familles. Il y feront
plus de bien, assurément , que toute littérature d’imagination. En y développant le goût de la vérité historique, ils enracineront en profondeur, dans les âmes des nôtres, un patriotisme qui, sans le secours des traditions locales, resterait superficiel, vague dans son objet et peu solide. L’éducation du sentiment religieux lui-même ne peut pas sans danger se passer du secours qui lui vient de la tradition. Or, c’est à fortifier celle-ci dans les âmes que vous travaillez, favorisant ainsi de la plus intelligente façon toutes les formes de la piété. Puisse votre exemple susciter, chez nos jeunes prêtres qui en ont le talent, des vocations aux nobles labeurs intellectuels, au service des causes sacrées que nous devons chacun servir selon nos ressources !
Vous avez la délicatesse de dater votre dédicace du vingt-quatrième anniversaire de ma consécration épiscopale. Je suis heureux de vous conférer, en ce même jour, un titre qui atteste quelle haute estime j’ai pour votre personne et pour les mérites de votre carrière sacerdotale.
Que Dieu daigne vous bénir comme je vous bénis, cher Monsieur le Chanoine, et vous faire goûter encore bien longtemps, pour notre édification, la gloire peu commune du “ repos dans le travail ” !
t J.-S.-IIERMANN, Evêque de Nicolet.
Lettre de M. Pierre-Georges Roy a S. G. Monseigneur Brunault
Québec, 16 octobre 1923.
Monseigneur,
Comme je pars dans quelques minutes pour une absence de quatre ou cinq jours , je me permets de vous écrire à la hâte au sujet du manuscrit de l’Histoire de Nicolet de M. l’abbé Bellemare.
Tout d’abord, je dois vous dire qu’il est peut-être présomptueux de ma pari de m’ériger en juge de ce digne prêtre. Mais enfin, puisqu’on veut avoir mon opinion sur son travail, je mets de côté ma gêne et je vous dis honnêtement ce que je pense des pages que je viens de lire.
J’ai lu avec infiniment de plaisir l’Histoire de La-Baiedu-Febvre de M. l’abbé Bellemare. Je crois avoir écrit, lors de sa publication, que ce livre devrait servir de modèle à tous ceux qui entreprennent d’écrire des histoires de paroisse.
L’Histoire de Nicolet me semble avoir été faite avec le même souci, le même scrupule. M. l’abbé Bellemare n’avance rien sans donner ses références, ses sources. Son travail mérite certainement d’être imprimé et répandu non seulement à Nicolet mais dans toute la province.
Nicolet peut être fier d’avoir rencontré dans la personne de M. l’abbé Bellemare un écrivain et un historien qui fera ressortir comme il le mérite son beau passé.
Je vous prie, Monseigneur, d’excuser cette note pressée. Je voulais vous dire tout de suite ce que je pense du beau et bon travail de M. le chanoine Bellemare.
Croyez-moi , Monseigneur,
Votre très humble serviteur,