‹ Histoire de Nicolet, 1669-1924Chapitre 44 sur 83 · LES MOULINS BANAUX · texte numérisé non relu

LES MOULINS BANAUX

SOMMAIRE. — 1. Le moulin du sud-ouest. — 2. Le moulin du Nord-est ou de Bellevue. — 3. Le moulin à vent.

1. Moulin du sud-ouest. — Ce moulin, restreint d’abord à la mouture du grain, en sa qualité de moulin banal, acquit avec le temps une grande importance, et devint, de même que celui du nord-est, un véritable centre industriel. On y adjoignit successivement des scieries, puis une manufacture de bardeaux, un moulin à cardes, une presse pour fouler, presser et raser les étoffes, et grâce à ces industries, les principales du dernier siècle, il a joui de toute une ère d’activité, sinon de prospérité.

Comme nous l’avons vu au No 2 du chapitre VIII, ce moulin, dit vulgairement “moulin du soroist”, a été le premier moulin banal de Nicolet. Il a été érigé en 1764 à trois milles du village, sur l’embranchement sudouest de la rivière, en dehors de l’Ile à la Fourche. C’était un moulin à eau, pour lequel Louis-Pierre Cressé, héritier présomptif du seigneur, avait acheté un arpent de terre de Daniel Raymond Rattier.

Détruit en 1775, après onze ans seulement d’opération le seigneur le faisait reconstruire en 1784, puis rebâtir de nouveau en 1799 sur un plan plus adapté aux besoins d’une seigneurie qui se développait de manière remarquable. La nouvelle construction, élevée aux frais du seigneur du temps, Pierre-Michel Cressé, était en pierre, à deux étages, avec trois paires de moulanges.(l)

(1) D’après la carte de McCarthy du 10 mars 1803.

Le seigneur bâtissait en même temps, au village, près de son manoir, un moulin à vent d’accès beaucoup plus commode: il était aussi en pierre et à trois étages. Il y eut dès lors deux moulins banaux.

Pierre-M. Cressé les garda tous deux pour l’usage de ses nombreux censitaires. En 1804, trouvant le moulin du sud-ouest trop à l’étroit, il en agrandit le terrain de dix arpents acquis de Veuve Simon Provancher (22 septembre). — Mais bientôt il reconnut que le moulin à vent pouvait à la rigueur lui suffire, et il vendit le moulin à eau à François Forest, le 12 juillet 1808.

Ce moulin sans doute exigeait beaucoup d’entretien et ceux qui en ont eu la propriété n’ont point fait fortune. François Forest ne le garda que sept ans et le revendit le 10 avril 1815 au docteur Calvin Alexander, établi à Nicolet, depuis 1809. (1)

Ce dernier se proposait d’ajouter le commerce de bois à l’exploitation du moulin à farine. Dans ce but il avait acheté de Joseph Carmel, de Montréal, vingt lots boisés, avec droit d’y bâtir une scierie sur le ruisseau Latonnelle, qui les traversait. Mais au lieu de bâtir sur ce ruisseau, le docteur trouva plus avantageux d’acheter une scierie déjà construite du côté de l’île, non loin de son moulin à farine, ce qui amena un conflit, dont il fut victime. Carmel fit objection et exigea en accommodement (3 septembre 1817) le droit de bâtir un moulin sur le dit ruisseau, et de prendre du bois sur les lots sus-

(1) Calvin Alexander, né le 20 juin 1775 à Uxbridge, Mass., vint au Canada vers 1801, n’ayant pour toute fortune que son diplôme de médecin. Il se fixa d’abord à Melbourne, où il fit connaissance de Mary-Ann Hicks, qu’il épousa aux Trois-Rivières le 13 mars 1803. Il demeura à la Baie de 1803 à 1809, puis à Nicolet jusque vers 1835, alors qu’il alla se fixer définitivement à Saint-Grégoire, où il mourut le 22 septembre 1853. Né protestant il se fit catholique à Saint-Grégoire le 11 juillet 1842. Une de ses filles, Julia, épousa l’Honorable J. B. Geo. Proulx, père de Mgr Moïse-G. Proulx. L’un de ses garçons devint le docteur Adolphus Alexander, père de l’abbé Henri Alexander, et aïeul maternel de Monsieur Edouard Chatillon, professeur de musique et organiste de la cathédrale de Nicolet.

dits. (1) C’était ruiner d’avance ses projets d’avenir. Dans ces conditions il se décida à vendre ses moulins le 29 janvier 1818. Les moulins passèrent alors de main à main jusqu’au 10 octobre 1826, jour où ils furent vendus par le shérif.

Le seigneur Chandler en profita pour en faire l’acquisition, et les exploita toute sa vie, pour les léguer a ses héritiers. — La scierie était assez considérable et contenait huit scies en bon état, partagées en deux moulins.

Ne voulant pas les exploiter lui-même, il les loua à Honoré et Antoine Blanchette, puis en 1829 à François Cloutier. (2) Il profita des circonstances favorables pour agrandir le terrain trop restreint sur lequel les moulins étaient bâtis; le 24 mai 1826 il acquit d’Antoine Duguay environ quatre arpents sur le bord de l’eau, et le 27 juin 1844 de Michel Provancher-Belleville trente arpents contigus aux scieries. Vers 1846 les moulins tombaient en ruine, et le seigneur y fit d’importantes réparations.

De nouvelles réparations, en 1852, attirèrent au seigneur Trigge, héritier de Chandler, de sérieuses difficultés avec le notaire Luc-Michel Cressé, qui avait un lot voisin de ces moulins. L’incommode notaire obstrua le chemin qui y conduisait de la voie publique, en passant sur son terrain, s’opposa au rehaussement de la chaussée existant sur ce même terrain, et commit plusieurs déprédations très nuisibles au seigneur, ce qui donna lieu à un procès retentissant.

(1) Avec défense de se servir de la rivière pour le flottage du bois. — Carmel refusait au docteur un droit qu’il n’avait pas luimême.

(2) Bailleurs du moulin du S. O.: — 1826. Honoré et Antime Blanchette. — 1829, François Cloutier. — 18..., Alexis et Séraphin Blanchette: — 1841, Louis et Charles Lafond, frères; — 1843, J.-B. Cloutier et Jérôme Blanchette.

Le 5 janvier 1867 le seigneur Trigge se défît de ce moulin, dont la propriété lui était moins profitable depuis l’abolition de la tenure seigneuriale, et le vendit, de même que celui de Bellevue (Sainte-Monique) à Monsieur Alfred-Joseph Lavallée, de la Baie-du-Febvre, avec 240 arpents de terres boisées. Ce dernier, qui avait été déjà propriétaire du moulin de la Visitation, (1) eut le sort de presque tous nos grands commerçants de bois et dut faire faillite peu de temps après cette acquisition; il fit cession de tous ces biens le 13 juin 1869.

Ce moulin n était pas destiné à enrichir ses propriétaires. Il constituait pourtant une propriété assez importante, comprenant quatre industries distinctes, un moulin à farine, un moulin à bardeaux, un moulin à cardes, une presse pour presser, fouler et raser les étoffes et flanelles. Il avait eu ses périodes de prospérité.

Malheureusement de nombreuses avaries endommagèrent la chaussée, qui exigeait beaucoup d’entretien et des réparations dispendieuses, ce qui absorbait tous les profits.

\ ers 18/8, il devint la propriété de Monsieur Alexander L Heureux, (2) qui le garda une dizaine d’années et le revendit en 1888 à MM. Charles-Edouard Houde et son fils L.-N. Dormino Houde, marchands.

La chaussée était en mauvais ordre. Mais Monsieur L.-N.-D. Houde, qui garda la propriété une trentaine d’années, avait en vue de grands projets, qui l’auraient mise en prospérité, s’il avait pu les réaliser. En 1908 il installait l’électricité à Nicolet, (3) avec l’intention de

(1) Avant d’acheter les moulins seigneuriaux, il avait vendu le moulin Despins a MM. Louis Manseau et Narcisse Côté.

* . (2-i LL Propriétaire précédent était Monsieur Eugène Lesieur, frere de M. le cure de Sainte-Geneviève-de-Batiscan.

(3) Comme directeur de la “Compagnie électrique de Nicolet.”

l’alimenter lui-même en prenant à son moulin le pouvoir électrique. C’eût été une aubaine pour toute la contrée environnante et pour Monsieur Houde une source de revenus. Pour son malheur la chaussée ne put être réparée à temps et la puissante compagnie, St-Maurice Light & Power Company, devenue en 1920 r“Electric Service Corporation”, des Chûtes de Shawinigan, avec son pouvoir d’eau illimité, vint lui couper l’herbe sous le pied dès l’année suivante.

Depuis lors les industries du moulin du Sud-Oue'-t ne sont plus en opération. Les ruines et le terrain du moulin sont aujourd’hui la propriété de Monsieur Ernest Houde, des Trois-Rivières.

Page 1