Moulin du Nord-Est, dit de Bellevue, (Sainte- Monique
Le 12 juillet 1808, avons-nous dit, le seigneur Pierre- M. Cressé vendit le moulin du Sud-Ouest, pour garder le seul moulin à vent érigé près de son manoir. Comme la colonisation se développait considérablement dans l’augmentation de Nicolet et ses deux nouvelles concessions de la Côte Saint-Pierre, transférées plus tard au canton d’Aston, il jugea nécessaire au progrès de la seigneurie et aux besoins des nouveaux colons d’établir un moulin à leur portée. Il choisit le site du village actuel de Sainte-Monique, à trois lieues et demie du manoir. Il lui donna le nom significatif de Bellevue, en raison sans doute de la beauté du paysage vu du haut de la côte, (1) et bâtit le moulin en bas, tout près de la
(1) Un peu plus haut, il existe dans la rivière un rapide d’un très bel effet, qui porte aussi le nom de Bellevue, — nom qui a pu se communiquer du rapide au site du moulin. (Note de M. Geo. Bail)
rivière. On voit qu’une route de neuf arpents fut ouverte et verbalisée le 16 octobre 1810 pour y conduire du chemin du roi.
Le moulin était dès lors en opération. Dans le principe c était une scierie; les nouveaux colons en ayant un pressant besoin pour se procurer à proximité le bois de leurs constructions, maisons et dépendances. Le défrichement et le développement de la culture des céréales obligea bientôt le seigneur à y annexer un moulin à farine, et à mettre le tout sur un haut pied. Dès 1823 Chandler le rebâtit en pierre, et le printemps suivant (17 avril) loua à Nathaniel Richardson, meunier d’Yamachiche, une chambre du moulin à farine, pour y installer un moulin à cardes et à fouler, avec usage “du canal “qui mène l’eau à ce moulin existant sur le front de la “terre d’Antoine Lefebvre.”
Le seigneur Cressé parait avoir exploité lui-même le moulin. Les archives ne contiennent aucun bail de son temps. Ses successeurs Baby et Chandler le mirent à bail, moyennant une rente annuelle en bois de sciage. Le 31 décembre 1828, cette rente était fixée à 500 morceaux de bois de dix pieds de longueur, moitié planches d un pouce, moitié madriers de deux pouces d’épaisseur. Cette rente élevée fait voir que le débit de bois de sciage était dès cette époque assez important. — Richardson pour l’usage de la chambre du moulin banal payait au seigneur 15 louis par année.
Le terrain acquis primitivement pour l’usage des moulins étant trop restreint, le seigneur Chandler l’agrandit en transactions diverses dans le cours de son administration, savoir:
Par achat d’Alexis Boudreau, le 10 novembre 1823 (10 arp.), de Serein Dugas, le 19 novembre 1829;— de
Chs.-Osias Boudreau, le 11 août 1838, — de Pierre Boucher et autres le 22 novembre 1812.
La paroisse de Sainte-Monique a été érigée canoniquement en cette même année, 1842, et l’autorité ecclésiastique choisit le site des moulins Bellevue pour y fixer l’établissement religieux.
Ce beau poste ne tarda pas à se transformer en joli village, autour de la nouvelle église, qui y fut bientôt construite. En 1848, l’abbé Michel Forgues, nommé premier curé résidant, l’ouvrait régulièrement au culte, pour s’y faire remplacer l’année suivante par l’abbé Célestin-Zéphirin Bousseau, qui passa en cette jeune paroisse vingt-cinq années de sa vie curiale.
Le seigneur Henry-Wulf Trigge, témoin de ces progrès remarquables, jugea utile à ses intérêts et nécessaire à la prospérité de l’établissement, de bâtir au plus tôt un pont de péage sur la rivière pour faciliter la circulation. Un acte de la législature, sanctionné le 16 mai 1856, l’autorisa à former une compagnie, dont il fut le président, incorporée sous le nom de “Compagnie du pont de Sainte-Monique.” — On le construisit immédiatement près de l’église, à l’endroit où il a toujours existé.
Les seigneurs de Nicolet ont gardé la propriété des moulins Bellevue jusqu’en 1867. Le 14 janvier de cette année les MM. Trigge les vendirent avec trente arpents de terre à Alfred-Joseph Lavallée, qui venait d’acquérir le moulin du Sud-Ouest. Il n’en jouit pas longtemps, comme nous l’avons remarqué à l’article précédent. Le tout fut vendu par le shérif à la porte de l’église de Sainte-Monique le 15 juin 1869, et adjugé pour $4000.
C était une lourde perte pour l’infortuné Alfred- Joseph Lavallée, à en juger par les prix d’acquisition.
Il avait payé:
Pour le moulin du Sud-Ouest . $ 6,400.00
Pour le moulin du Nord-Est . 6,400.00
Pour une terre près de l’église de Sainte-Mo-
ni(Iue . 4,920.00
Montant total de l’acquisition . $17,720.00
3. Moulin à vent. — Voir page 128 et suivantes. Aux renseignements déjà donnés, ajoutons que ce moulin a servi de prison en 1838, après les troubles de 1837 et 1838 (Note de M. Rodolphe Courchesne) .