C0U DU SACRE-CŒUR
OriA.
servit longtemps de ce moyen de transport, même après l’ouverture des chemins de chaque côté de la rivière. L’anse pouvait abriter une centaine de canots.
TROISIEME EGLISE. — La première église avait duré 30 ans, de 1710 à 1710. Sa sœur cadette alla jusqu’à 44 ans, de 1740 à 1781, alors que fut inaugurée la troisième plus grande et plus convenable pour une paroisse qui prenait des développements.
Mais, cette fois, on changea de site et pour le mieux choisissant entre la Pointe aux Pins et la Pointe aux Chênes, sur la rive droite de la rivière, l’endroit où se sont succédé les autres églises qui ont remplacé cette troisième, autour de laquelle sont venues se grouper les institutions religieuses dont Nicolet s’honore.
En 1806, Mgr Plessis, fondateur du Séminaire de Nicolet, avait choisi un homme distingué par sa science, sa prudence, son zèle sacerdotal, non moins que par son grand amour pour la beauté du lieu saint, pour être en même temps curé de Nicolet et supérieur de son Séminaire : nous avons nommé le vénérable abbé Raimbault, qui occupa ces charges pendant 35 ans.
On peut dire sans exagération — nous citons la chronique du temps — qu’il travailla constamment, pendant sa longue carrière, à réparer, agrandir, embellir son église, qu’il orna de beaux tableaux et enrichit d’un excellent orgue. Il en fit une des plus belles églises du temps, au moins pour l’intérieur, tellement que Mgr Plessis se plaisait à la décorer du titre de “basilique ”. Elle coûta au vénérable curé bien des inquiétudes et des chagrins, cette église, pour demeurer debout et durer 90 ans. Vers 1820, par exemple, M. Raimbault avait fait ajouter à son église un portique et deux tours latérales, avec dômes pour clochers. Il en résulta un grave inconvénient à cause du peu de solidité du terrain ; ces deux tours menacèrent d’entraîner tout l’édifice à une destruction complète, en lézardant les murs des longs pans, déjà assez peu solides.
Au commencement de 1812, Mgr Plessis en exprimait ses craintes au curé : “ Ma prédilection pour vos paroissiens leur est connue, ainsi qu’à vous. J’avais
dessein de leur accorder, par préférence, la vue d’une belle cérémonie, le printemps prochain ; c’était la consécration de Mgr Provencher, le premier évêque du N. O. et le premier élève de son cher Séminaire de Nicolet. mais l’état où j’ai trouvé leur église, lors de mon dernier voyage, m’a fait reculer d’effroi. Quel reproche, me suis-je dit, n’aurais-je pas à me faire si, dans une occasion solennelle qui nécessairement réunirait un très grand nombre de personnes, il arrivait quelque accident fâcheux, tel que la chute d’une église où l’on aurait entrepris de l’exécuter ! Or, cette chute est à craindre, mon cher curé, de la part de l’église de Nicolet.”
En conséquence de ce pressant avertissement, les tours furent abaissées, conservant toutefois leurs dômes, les murs réparés, et l’église dura encore 50 ans. Mais la belle cérémonie que Mgr Plessis avait eu l’intention de mettre sous les yeux des Nicolétains eut lieu aux Trois- Rivières, dans l’ancienne église paroissiale, cette précieuse relique de nos vieux monuments religieux, que le feu a fait disparaître, en 1908.
Cette troisième église de Nicolet eut donc ses beaux jours, mais aussi ses jours de tristesse. Ce ne fut pas sans regret qu’on la vit faire place à une quatrième qui fut bénite le 2 février 1873.
QUATRIEME EGLISE.— Celle-ci, d’un extérieur imposant et qui promettait d’être une des plus belles églises du pays, ne fut pas longtemps l’orgueil de Nicolet. Elle commença à jouer de malheur, dès ses premiers jours, pour continuer tout le temps de son existence le rôle tragique qui paraissait être son sort et qui finit par l’incendie, en 190b.
Le premier accident à déplorer fut la chute de son beau clocher et de la flèche qui le terminait (1), avant même que l’ouvrage fût terminé. Clocher et flèche s’abattirent, par un coup de vent violent, sur le faîte de
(1) On tenta de relever le clocher abattu, mais une deuxième chute plus désastreuse que la première enleva tout espoir de le rétablir suivant le plan projeté. Ce désastre fut le coup de mort de l’abbé Louis-Théophile I-'ortier, curé de la paroisse qui expira quelques semaines après l’accident, le 27 mars 1874.
le EGLISE I)E NICOLET
I)E NICOLET
l'église, la croix venant se suspendre dans la couverture au-dessus de l’autel. La relique de la vraie croix, qui s’en était détachée, vint se reposer sur l’autel même.
Celle malheureuse église demeura ainsi veuve de son clocher, car plusieurs années après, ce clocher qu’on avait alors tenté de refaire dut être supprimé, à cause du portail qui menaçait de s’écrouler. Dans son état misérable, avec son frontispice en planches, son intérieur inachevé, ses murs sans enduit, ses colonnes brutes, elle continua pourtant de servir au culte et devint même cathédrale en 1885, jusqu’à ce que l’incendie la détruisît, en 1906, avec les beaux tableaux dont elle avait hérité de la précédente.
CINQUIEME EGLISE. — La cinquième église, destinée à remplacer celle dont nous venons de rappeler l’histoire, eut encore un sort plus malheureux. Elevée à grands frais par le premier évêque de Nicolet, Mgr Elphège Gravcl, de vénérée mémoire, elle s’écroula le 3 avril 1899, alors que l’extérieur était à peine terminé, par suite d’un vice de construction qui avait échappé à ceux sur qui pesait la responsabilité des travaux. Ce fut une perte lourde, totale, qui causa un profond chagrin au vénérable évêque, déjà atteint par une grave maladie. Toutefois il résolut de recommencer la construction de sa cathédrale ; mais, se sentant trop affaibli pour exécuter lui-même cette entreprise digne de son admirable résignation et de sa confiance en Dieu, il songea à se donner un coadjuteur et un successeur capable de la réaliser.
Le succès qu’il ne lui a pas été donné de voir avant de descendre dans la tombe, a fait la consolation et la meilleure gloire de son successeur, Mgr J. -S.-IIermann Brunault, mais il a fallu que l’épreuve l’atteignit, lui aussi, avant qu’il put saluer le jour du triomphe.
SIXIEME EGLISE.— Plein de courage et de confiance en la Providence, assuré de la bonne volonté de son clergé et de ses diocésains, Mgr Brunault se mit à l’œuvre pour reconstruire l’évêché et la cathédrale. Tout allait pour le mieux, les travaux avançaient rapidement et l’extérieur était presque terminé, quand
l’incendie du 21 juin 1906 vint réduire en cendres, après la vieille cathédrale où il avait éclaté d’abord, la nouvelle toute voisine, le couvent des Sœurs de l’Assomption et la magnifique chapelle des Noces d’or inaugurée en 1903 seulement. C’était le plus grand désastre qu’eût jamais subi Nicolet.
Le premier évêque de Nicolet avait été admirable de résignation et de courage, lors de l’épreuve qui avait ruiné ses plus chères espérances ; le deuxième évêque ne le fut pas moins, et sans se laisser abattre il se remit à l’oeuvre pour ressusciter de ses cendres la nouvelle cathédrale qui venait d’être rasée par le feu. Cette fois, ce fut un triomphe ; le 27 février 1910, on abandonnait la pro-cathédrale qui servait au culte depuis 1906, et la bénédiction solennelle du magnifique temple eut lieu le 13 mai de la meme année. Il avait coûté $240,000, l’évêché $70,000. L’établissement épiscopal, enfin achevé, fait honneur au diocèse de Nicolet et surtout à la ville tant de fois éprouvée dans ses monuments religieux.
IL — Missionnaires et Curés de Nicolet.
Les cinq églises et la cathédrale, dont nous venons de parler, ont été desservies successivement par les prêtres dont les noms suivent :
MISSIONNAIRES. — De 1701 à 1728, le Père Siméon Dupont, récollet, qui était chargé de tous les établissements du lac Saint-Pierre. Dans l’intervalle, cependant, le Père Quintal y vint exercer son ministère, 1713-14, et le P. Gélase de l’Estage, en 1716.
CURES RESIDANTS (1).— Les RR. PP. Gélase de l’Estage, 1729 ; — Louis-Hyacinthe Dumesny, 1729-31; MM. Joseph Cardin, 1732-50 ; — Louis-Marie-Ferdinand Brassard, 1750-1800 ; — Alexis Durocher, 1800-1806 ; Jean Raimbault, 1806-1841 ; — Joseph-Onésime Lepro-
(1) Les RR. PP. de l’Estage et Dumesny, et M. Cardin, bien que résidant à Nicolet, portaient le titre de missionnaire. M. Brassard signait aussi : curé-missionnaire.