INVASIONS DES SAXONS
dait pour lui le butin dont il les avait dépouillés. C'était un mauvais moyen d'anéantir la piraterie. Il n'en résulta qu'un surcroit de précautions de la part des aventuriers^ et ils parvenaient souvent à tromper la vigilance intéressée de Carausius. Ce représentant de la puissance romaine s^étant fait reconnaître empereur par les légions sous ses ordres ^ il se fit des alliés de ceux dont il avait été chargé de réprimer les brigandages , leur donna des vaisseaux y des officiers expérimentés y leur enseigna enfin la navigation et la stratégie maritime.
Après Garausius, Magnence, autre usurpa^ teur du sceptre romain , eut recours aux mêmes moyens pour se maintenir. Il protégea ^ encou* ragea les Saxons et leurs alliés. Ni Magnence , ni Garausius^ ne se doutaient probablement qu'ils armaient^ exerçaient, instruisaient les eonquérans de cette ile fameuse qui tie s'appe- Idlt pas encore Angteteire, mais qui bientôt devait recevoir ce nom.
Aux invasions saxonnes succédèrent les invasions normandes , d'où est sortie toute notre histoire.
Vers le neuvième siècle^ la Norwége^ doat
DESCRIPTION DE Là NORWÉGE. 36
les côtes s'étendent le long d'une mer orageuse^ depuis les rochers de la Baltique jusque vers le pôle ^ là Norwége était le plus inculte des pays du Nord. La nature du sol, la rigueur du climat, étaient deux grands obstacles à la prospérité de l'agriculture, avec une population nécessairement étrangère aux arts. De là ces disettes fréquentes dans le Nord\ et ces émigrations attribuées par erreur à une surabondance de population. Cependant le pays portait une race d'hommes pleins de vigueur et d'audace, qui allaient dérober à des terres plus fertiles les biens que leur refusait la stérilité de leurs marais et de leurs rocliers ' • La population habitait surtout les bords de la mer. Elle était pauvre ^ avide., entreprenante ; la piraterie maritime devenait sa profession naturelle.
Jusqu'au milieu de ce siècle , et mélne un peu l^us tard, là Norwége fut divisée en une multitude de petites souverainetés pouvant armer chacune douze vaisseaux , portant ensemble sept ou huit cents hommes. Ces souverainetés s'appelaient
' Saxo Grammaticus , lib. ô, p. 45, éd. Iô34 , In-foI. — Ynglinga Saga« ap. Snorre, 1. 1 , p. 56 et seq.
* Adami Brem. , Hist. eccles. , p. 146, éd. 1595, in-4®.
36 ÉTAT POLITIQUE DE LA NORVnÈGE.
JUki, et avaient la plupart un chef particulier* L'un deux mourait-il? ses voisins accouraient pour s'emparer de ses possessions et dépouiller, sans scrupule, Phéritier du défunt \ Le chef Ingiald imagina même un moyen tout nouveau d'agrandir ses états. Il invita jusqu'à six rois à un grand festin, et le soir, lorsque les convives se trouvèrent tous en état d'ivresse complète , il fit mettre le feu à la salle du banquet. Il acquit > de cette manière, six provinces à la fois '. Mais, indépendamment de ces maîtres du sol , il existait dans le Nord une foule de rois d'une autre espèce, souverains sans sujets, sans états , sans demeure , et dont la réputation n'est en quelque sorte' parvenue jusqu'à nous cpi'à travers les massacres qui la leur ont faite. C'étaient les rois de la mer y titre mérité, puisqu'ils ne dormaient jamais sous le toit enfumé , puisqu'ils ne vidaient jamais la corne auprès du foyer ^. Sans autres
' Harallds Saga , ap. Snorre , 1. 1 , p. 75.
* a NoToque coenaculo ignemsubjidtmt,... Tivi ibi comburantar sex reges , cum toto eorum coiçitata.... Hoc perpetrato , omnia ista régna ditioni suœ adjecit Ingialdos rex , eaque sibi reddidit tributaria. » Ynglinga Saga , loc. cit. , cap. 40.
' « Malti anim reges tune fneremaritimi, qui ... . nulli pr«erant
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forteresses que leurs barques , sans autre droit que celui du glaive y sans empire que les flots y ils s'élançaient sur leurs chevaux à voiles y ainsi qu'ils appelaient leurs navires % épiaient les vaisseaux voyageurs y les attaquaient à l'abordage * , faisaient périr les vaincus y soit par le fer ou par le feu y soit en les livrant à des chiens furieux y soit en les pi*écipitant du haut des rochers^; et^ parce que Sigard> l'un de ces petits rois du Nord y avait y le premier y pendu son ennemi y la potence y dans le langage des Scaldes , était devenue le cheval de Sigtxr ^.
Ce n'était pas seulement sur tes flots qu'ils exerçaient leurs brigandages. Mais alors y peu leur importait la contrée qu'ils allaient visiter : ils poussaient leurs esquifs à la mer^ et en abandonnaient la direction aux vents- Quelquefois
regioni. Régis maritimi titulo is merito dignus Tidebatur, qui tigno snb fnliginoso nanquam dormiebat, et niinquam como eihaiiP» riebat, ad focom sedens. » Heimskringla , 1. 1 , p. 43.
' Lodbrokar-Quida, stropba 5. — Rrynhildar-Quidayap.Semimd, t. II» p. 197.
> « Moris tune erat natale prslium conserentibuSyDayemiiaYiarctiù8 jungere , et de proris bellnm ciere. » Heimsfcringla y 1. 1, p. S^
' Saga af Olafl Tryggva Syni , ibid. , p.291 .■
^ Ynglinga Saga , ibid. , p. 31 , note (b).