ROLLON BNTHB BANS LA SEINE
tère et des autres vices^ « non solum pernatundem sexum , sed etiam per eum seocum qui est contra naturam » ; parce que nous ne résistons point aux attaques du démon ; que nous vendons la justice , et qu'on n'arrive plus à elle que par la voie des présens, etc. * *
C'était à cinq lieues de Rouen" que se tenait ce Concile , provoqué par le clergé , dont les propriétés avaient aussi beaucoup à souffrir *.
« En ce temps (876), vindrenl normans en g^s, France, par mer, et entrèrent en Saine, à tout cent bayes (navires). »> * C'était Hrotf, arrivant d'Angleterre *.
Désolé par les précurseurs de Hrolf , le pays se trouvait dans l'impossibilité de pourvoir à sa défense. Les murs de Rouen avaient été rasés*; la population ne songeait qu'à fuir ou à
' Itom Bessin , Concilia Rothom. proT. , p. 18 et t9.
• « In loco qui dîcitur Pistis ( Pttues ). » Ibid^
' Foyez la charte de Gharles-le-Ghauve : « Pro ecdlesia Rothomagensi ; » De re diplomatieâ , p. 646.
4 Chronique de Saint-Denis, I)om l^ouquet,. t. vu, p. 144. — Annales Bertiniani , ibid. , p..l2l.
^ Foyez plus haut, p. ôl.
« « Solo tenus. » Guill. Gemmet. , lib. 3 , cap. 9.
56 BOLLON ABORBB A ROUBN.
piller pour sonpropre compte. L'évéqueserend à Jumiéges^ au-devant des pirates, et traite avec eux. Ils prennent aussitôt possession de Rouen , où ils abordèrent à la porte voisine de l'église Saint-Martin*.
Vingt ans s'écoulent , sans qu'il soit possible de suivre le pirate dans ses courses. Les .expéditions auxquelles il dut prendre part sont enveloppées d'une obscurité impénétrable. Je 895. ne le retrouve plus qu'en Norv^'^^ge , en 896 , époque de son bannissement ". C'est alors, qu'abandonnant pour toujours sa patrie, il cingla vers l'occident, et reparut dans les Hébrides, d'où il se rendit en France ^ C'est dans cet intervalle qu'il faut placer les ravages des Normands dans le Cotentin. Ils revenaient d'une expédition sur les rives de la Marne. Arrêtés au passage de Paris, dont le pont était bien gardé.
' C'est-à-dire , au bas de la me Grand-Pont actuelle , à Tendroit où est aujourd'hui la cour Martin. Omette église se trouvait alors dans une île réunie depuis à la terre ferme.
> Heimskringla , 1. 1. , préf. , p. 52. — Albert Krants , Ghronica regnorum Aquilonarium , in-fol. , ld46 , p. «49.
^ « Posthac occideutem versus oceanutn transgressus, in Itebadas , indèque in Vallandiam Rolfus, etcl » Harallds Saga, cap. 24.
PRISE DE SAINT-LO. Sf
ils livrèrent de terribles assauts à la ville sans pouvoir jamais s'en emparer. Rebutés d'une si vigoureuse résistance, et ne pouvant rester dans une position qui serait devenue fort critique » ils tirent leurs barques sur le rivage , et les transportent , à force de bras , par un long détour , dans la Seine , au-dessous de Paris. Ils descendent ainsi, sans obstacle, jusqu'à la mer, abordent sur les cÀtes du Cotentin, dévastent le pays, ^assiègent Saînt-Lo, qui se rend à condition que la vie des babitans sera respectée; violent aussitôt la convention , et forgent tout ce qu'ils peuvent atteindre , y compris l'évêque de Coutances*.
Nous avons donc encore , ici , à rejeter beaucoup de fables imaginées par les historiens normands. A son arrivée à Jumiéges, s'il faut les en croire, Hrolf, tout payen qu'il était alors, déposa sur un autel du monastère le corps d'une sainte Hameltrude , qu'il apportait dans sa barque ^«
' Reginonia Ghron. , ad «n. S90.
* Dudonis S.-Quintini, p. 75. — Guiil. Gemmet., p. 227. — Robert Wace dit que c'était le corps de fiaint Amoult. ( Roman de Rou , t. I , p. 57. )
5S MISSION d'hasting.
Ayant remonté la Seine jusqu'au Pont-der Arche, il reçut, ajoutent-ils, une députation de la part de Ragnold ou Bainald , qu'ils appellent prince ou duc de toute la France*. Au nombre de ces députés se trouvait cet Hasting^ si fameux par ses dévastations en Angleterre^ en France , en Italie même , si Ton veut adopter toutes les fables que Ton a rattachées à son nom. « Qui êtes-vous? D'où êtes-vous? Que voulez-vous ? dirent les envoyés. — Nous sommes Danois ; nous venons soumettre la France. — Le nom de votre dief ? — ^Nous n'avons point de chef; nous sommes tous égaux. — Quel est celui dont la renommée vous attire ici? Avezvous entendu parler d'un certain Hasting, votre compatriote^, arrivé ici à la tête d'une flotte nombreuse? — Oui, il avait bien commencé;
' « RagnoMus princeps totius Franci». » Dudonis S.-Quintinf , p. 76. — « Rainaldos totius Franciie dux. » Guill. Gemmet., p. 228. — Orderic Vital en fait un duc d'Orléans , p. 459.
^ Comme si ce n'était pas assez des fables racontées par les historiens normands, des écrivains, d'ailleurs judicieux (a) » ont admis, sur la foi de Raoul Glaber, chroniqueur du onzième siècle ,
(a) Histoire desFrRoçùs, t. m, p. 87. — Histoire de la GonqaèU de 1* Angleterre par les Normands, t. i, p. 1^7.
MISSION d'hasting. 5g
mais il a mal fini. — Voulez- vous vous soumettre au roi de France ? il vous comblera de bienfaits.
— Nous n'obéirons jamais àqui que ce soit; nous n'accepterons des bienfaits de personne; nous préférons les devoir à nos armes et à la victoire.
— Que prétendez -vous faire? — Eloignezvous au plus vite; vous ne saurez rien de nos projets. »>
Hasting va rendre compte de sa mission à son maître ; Tarmée française attaque la troupe de Rollon , qui la met en fuite.
Ai-je besoin de dire que ce Ragnold , ou Bainald, n'existe que chez les historiens normands' et ceux qui les ont copiés'? Tout ce qu'ils ajoutent du sac de Meulan , de la vente de Chartres à Thibault^ du siège de Paris', du
que cet Hasting était fils d^un paysan des environs de Troyes ; qu'il s*était enfui dans le Nord , pour reyeuir bientôt chef de pirates et donner la loi à ceux doitt il la recCTait auparavant.
' Dudonis S.-Quintini , ibid. , p. 76 , 77. — Guill. Gemmet., p. 228. — Robert Wace, 1. 1. , p. 61-65. — Orderic Vital , loc. cit.
• W^alsingham , Ypodigma Neustriie, ap. Caraden , p. 416.
3 Àbbon , moine de Saint-Germain-des-Prés , et témoin oculaire , ainsi qu^il le dit lui-même dès le début de son ouvrage , a fait un poème sur le siège de Paris par les Normands; Hrolf n> est point nommé.
Do RAVAGES EXERCÉS PAR ROLLON.
masaiLcre des habltans d'Évreux : tout cela, dis-je, rapporté à Hrolf , ne repose siir aucun document respectable, et ne peut être adopté par l'histoire.
Les relations de Hrolf avec un roi d'Angleterre i que ce soit Alfred ou Athelstan , ne sont ni mieux prouvées , ni plus probables. Parmi tous les historiens qui en parlent , je n'en trouve que deux qui soient' anglais*, et ils méritent peu de confiance.* Tous les autres sont étrangers'.
Hrolf exerça beaucoup de ravages en France , surtout dans nos contrées* Il n'en pouvait être autrement , tout le monde est d'accord à cet égard; mais il faut renoncer à le suivre dans sescoursep, et admettre le fait général ^ sans prétendre soumettre les détails à une chronologie qu'il est impossible de fixer.
A mesure que nous avançons, cependant, l'obscurité devient noioins épaisse , les faits se
* Joan. Walliogford, ap. Gale , p. 537. — Walsingliam, p. 416.
■ Aux historiens normaiids qui l*oiit dit les premiers , il faut ajouter Albert Krantz : Chroniea rtgnorum Aquièonarium, et Pontanus : Rerum Damicarum histoHa; mais, comme les deux éeriTains anj^lais cités plus haut , ils n'ont fait que copier leurs devancien.
BIGE DE CHARTRES. 6f
délacbent; la certitude historique commence à s'établir. On ne saurait méconnaître y par exemple , que Hrolf ait fait le siège de Chartres. La date seule pourrait être l'objet de quelques doutes.
Hrolf se présente sous les murs de Chartres, et dresse ses n^ehines de guerre * . L'évêque Anselme appelle au secours de la ville, Richard duc des Bourguignons, Robert comte de Paris, et, s'il faut en croire les chroniqueurs, Ebles comte de Poitou, qui arriva trop tard.
A la suite de plusieurs assauts, Hrolf allait emporter la ville, lorsque les secours arrivèrent. Le chef normand aurait sans doute encore triomphé de cet obstacle , puisqu'il obtint plusieurs avantages sur ses nouveaux adversaires ; mais, un jour qu'il était aux prises avec eux, l'évêque Anselme, revêtu de ses habits pontificaux , portant la tunique de la Vierge , dont l'église de Chartres se disait en possession*, fit ouvrir les portes
' « QBam cum machinU et tormentis Impugnaret. » Willebnus Gemmet., p. 230.
^ Cette YÎUe s'est toujours mise, sous U protection spéciale de la
62 DEEAITE DE ROLLON.
et sortit. Une troupe nombreuse et bien armée accompagnait le prélat ^ qui la fit donner sur les derrières de Tennemi. Hrolf ne put résister à ce double choc , et opéra sa retraite. Les assiégés virent un miracle dans leur délivrance'.
Hrolf n'était plus alors un simple aventurier, un chef de pirates ordinaire. Après son échec devant Chartres, il se retire à Rouen, disent les chroniques. Il £sLUt nécessairement entendre par là qu'il était en possession de cette ville , aussi bien que du territoire environnant. Un écrivain du onzième siècle assure même que ses compagnons lui avaient déléré l'autorité souveraine, avec le titre de roi*.
A quelle année , maintenant , faut-il rappor-
Vierge , dont Timage sarmontait autrefois ses neuf portes. C'est d'elle que Guill. Breton a dit : (pist. des Gaules, t.'xvii, p. 141 .)
Quam, qousi postpositis tpecialiter omnibus, uni Virgo beau docet Christi m mater ammre.
(Philippidos,Ub. 2. )
■ Dudonis S.-Quint. , p. 80. — Willd. Gem. , p. 230. — Robert Wace, 1. 1, p. 79. — Simeon Dnnelm., inter Script, decem, coK 151 . — Fragmentum historiae Franciae. ~ Hugo Floriacensis. — Chron. Andega^ense. — Dom. Bouquet, t. tui, p. 252, 302, 318.
* Ademaris Chronicon ; ibid. , p. 232.