‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 49 sur 82 · ÉTAT DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA FRANCE

Quel obstacle pouvait-il rencontrer ? Quand la faiblesse est sur le trône , l'anarchie est dans la nation. C'est l'histoire de notre pays sous les derniers Carlovingiens. A cette époque déplorable , la constitution de l'état fut abolie. La royauté , tombée dans le mépris , n'était plus qu'un titre sans pouvoir , abandonné à un homme sans capacité. Sous Charles^le-Simple, particulièrement , qui va tout-à-l'heure créer un duc de Normandie, les grands parvinrent sans peine à rendre héréditaire , dans leur famille , une autorité jusqu'alors personnelle et temporaire. Les seigneurs du second ordre se rangèrent, chacun de leur côté, et sans opposition, sous la bannière du chef qu'ils préféraient à tous les autres. De là cette multitude de despotes , qui traitaient d'égal à égal avec celui qui aurait dû être leur souverain , et dont le royaume , vers la fin du dixième siècle, se bornait, pour ainsi dire, à la ville de Laon. Delà tant de désordres, d'ambitions, de haines et de guerres intestines; tant de violence , unique moyen de réussir; tant

datar populus, fit omnîbas in commane luctos. » GoiD. Gémmet., p. )31.

Aainte des évêques. 65

de crimes, certain qu'on était de l'impunité. Vainement douze prélats , au nombre desquels se trouvait l'évêque de Bouen , s'efforcèrent-ils de porter remède à ces maux ; il n'est résulté de leur tentative qu'un témoignage éclatant de l'incurie du clergé et de l'avilissement du souverain. « Nous sommes évêques, disaient-ils, mais nous ne remplissons point les devoirs de Tépiscopat. Nous négligeons le ministère de la prédication. Ceux qui nous sont confiés abandonnent Dieu ; ils se livrent au mal sous nos yeux , et nous nous taisons. Nous échâppe-t-il quelque remontrance qui déplaise à ces esprits grossiers? ils nous appliquent ces paroles du Seigneur à l'égard des Pharisiens assis sur la chaire de Moïse : « Ils lient des « fardeaux pesants et insupportables , et les met- « tent sur les épaules* des hommes ; mais ils ne «veulent pas les remuer du bout du doigt. » Le troupeau de Dieu périt par notre silence . Oîi sont les pécheurs que nous avons convertis? Et cependant le moment approche où le pasteur éternel viendra nous demander compte de l'augmentation du troupeau , du gain de l'entreprise et des gerbes de la moisson. Que ferons-nous alors ' ? »

■ Concilium Trosleianum ; ap. Labbe et Cossart , t. ix , col. 523.

FAIBLESSE DE GHARLES-LË-SIMPLE.

Vainement ces évêques retracèrent-ils à Charles les devoirs du chef de Fétat ; vainement ils lui criaient : « Connaissez le sens attaché au nom de Roi^ et remplissez les obligations que ce titre vous impose ' ! » Charles ne montra jamais de volonté constante et réelle qu'en faveur des églises et des monastères'. Trop faible^ trop inhabile pour lutter contre les obstacles qui l'environnaient et arrêter le cours de la désorganisation générale^ il resta spectateur muet au milieu des ruines.

Quinze ans avant de légitimer l'autorité de Hrolf (897)^ Charles méditait déjà une alliance avec les pirates normands. Il voulait s'en faire un appui contre Eudes, son compétiteur à la royauté. L'évéque de Reims ^ Foulques, qui l'avait sacré roi , l'en empêcha : «... Sachez bien que si vous le faites , lui écrivait-il ; que si vous écoutez de pareils avis, vous ne pourrez plus compter sur ma foi ; que je détournerai de votre

' « Opertet ergo ut rex primd interpr^ur nom^n suum , et id , quod dicitur nomine , satagat esse. » Goncilium Trosleianum, ap. Labbe et Cossart, t. ix , col. 525.

^ Epist. Joanois papœ ad Garolum-Simplicem ; ibid. , col. 495.

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