‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 60 sur 82 · ÉDUCATION DE RICHARD I · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE RICHARD I

Guillaume accompagna son fils dans la capitale du Bessin , réunit ^ aux trois conseillers

intimes que je viens de nommer » ses vassaux les plus considérables y au nombre de sept , et leur fit jurer fidélité au jeune Richard^ selon les formalités alors en usage ^ c'est-à-dire, en mettant leurs mains dans les siennes et pro* nonçant le serment sur des reliques * . Richard ne revint de Bayeux à Rouen que pour assister aux funérailles de son père. Il avait alors neuf ou dix ans ^ et fuf confié à la garde du vieux normand Bernard'.

Une grande obscurité environne encore nos annales , et les événemens arrivés sous Richard ont été, ou amplifiés, ou défigurés d'une manière étrange par les écrivains nationaux. Je prendrai de leurs récits tout ce qui me paraîtra prouvé ou vraisemblable, sans m'arrêter à réfuter, chemin faisant, chaque fait en particulier. J'ai dit que Louis d'Outremer, aussitôt après la mort de Guillaume, était venu s'établir à Rouen, n commença par confirmer le jeune duc dans

■ Dado, p. 113.

* Willelm. Gemmet. , p. 238.

124 l'ouïs b'oUTREMER a ROUEN.

l'héritage paternel. Obligé de quitter la ville, pour soutenir les intérêts de l'archevêque Artaud^ à qui il avait promis de faire rendre l'évêché de Beims, Louis revient à Rouen cette 943. même année, après avoir battu et tué le normand Turmod , qui cherchait à établir dans nos contrées la religion des Scandinaves à la place du christianisme \

Louis d'Outremer se fait amener le duc orphelin , admire sa beauté , le couvre de caresses, exige qu'on le lui abandonne, le fait manger à sa table; et, comme s'il eût voulu protéger jusqu'à son sommeil, lui feiit dresser un lit près du sien. Le lendemain, l'enfant est redemandé par ses gardiens naturels, sous prétexte de lui faire prendre un bain'. Le roi insiste pour qu'on le lui laisse encore. Le surlendemain , même démarche, même résistance; le troisième jour, .nouvelle tentative, nouveau refus. L'enfant, d'ailleurs, paraissait heureux auprès de son royal ami.

Cependant , une sourde rumeur se répand

» Frod. Chron. , p. 607.

* K Ut balnearet. » Dudo , p. 114.

SOULÈVEMENT POÏ'ULAIRË. IsS

par la ville. On s'étonne de Tobstination du roi; on cherche à expliquer ses desseins; on Taccuse, enfin, de vouloir enlever le duc. II n'en fallut pas davantage. Le peuple se porte en foule à la demeure des chefs normands y les accuse de perfidie , et déclare qu'ils ne laissera point emmener Richard ; qu'il mettra plutôt à mort les parjures, et le roi lui-même. L'émeute allait croissant; le peuple s'était armé : plusieurs chefs normands se mirent à sa tête ; on courut au palais du roi. Effrayé de cet immense et tumultueux rassemblement, Louis employa, pour calmer l'effervescence populaire , le meilleur moyen, le seul peut-être qui pût amener ce résultat : il prit l'enfant dans ses bras , et se présenta ainsi devant le peuple , affirmant que, bien loiii d'en vouloir à la personne de leur duc , il ne désirait le garder auprès de lui que pour le rendre plus digne et plus capahle de lés bien gouverner ; que son intention était aussi de tirer une éclatante vengeance du meurtre de Guillaume, et qu'il se préparait à ravager lesétats du traître Arnould^ La foule se contenta de

' Dud. ,p. 114 et seq.

ia6 LOUIS d'outremer emmène richard.

ces promesses ; les chefs normands^ eux-mêmes^ qui ne se trouvaient probablement pas en mesure de résister ouvertement au roi, consentirent à lui confier le jeune Richard^ qu'il emmena aussitôt à Compiègne ^ après avoir donné le commandement de Rouen à Herluin ^ beau-frère du feu duc ^ .

Jusqu'ici^ rien ne nous empêche de croire à la bonne foi de Louis d'Outremer. Sa dernière promesse reçut même , en partie , son exécution, puisque Herluin entra en ennemi sur le territoire d' Arnould y le battit , tua l'un des assassins de Guillaume^ et lui coupa les mains ^ qu'il envoya à Rouen • . Mais une troisième apparition du roi de France , en cette ville , et dans 943. le cours de la même année, ne permet plus de douter de ses projets sur la Normandie. D faut l'avouer, l'occasion était belle : la désunion commençait à se répandre dans le pays ; il n'y avait là qu'un enfant, incapable de s'opposer à une entreprise tentée contre lui. Le roi de France ne voyait dans les ducs normands

' Frod. Ghron. , p. 607.

* Ibid. , p. 608.

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