‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 61 sur 82 · IL ATTAQUE LA NORMANDIE · texte numérisé non relu

IL ATTAQUE LA NORMANDIE

que lès usurpateurs de son propre héritage.

Possesseurs par le droit du plus fort et de la violence, pourquoi la violence et la force ne deviendraient-elles pas légitimes pour les expulser d*un domaine extorqué? A la vérité, des traités existaient, des hommages avaient été rendus et acceptés , des titres confirmés ; si Louis d'Outremer a manqué sciemment à la foi de stipulations authentiques, il nous sera facile de qualifier sa conduite envers le jeune Richard ; si la conscience des hommes du dixième siècle s'accommodait de ces fraudes politiques ; s'ils se croyaient suffisamment autorisés à rompre leurs engagemens, uniquement parce que l'occasion se présentait de le faire avec avantage , nous avons un exemple d'ingénuité dans la mauvaise foi , et c'est un trait de mœurs à noter. Louis revient donc, et reçoit des mains de Hugues , Evreux', dont celui-ci s'était emparé tout d'abord , et qui faisait partie des domaines de Richard. C'était un acte d'hostilité. Bientôt après , il se réconcilie avec Arnould, et reparaît avec lui sur 944le territoire normand, à la tête d une armée.

' Frod. Chron. , p. 607.

' 128 LOUIS d'outremer s'empare de ROUEl^r.

Herluin^ lui-même^ oncle de Bichard^ fait cause commune avec Louis ; il vient déposséder son neveu. Uii poste de Normands était en observation dans le voisinage d'Arqués; Arnould le disperse , et prépare ainsi le passage au roi , qui rentre une quatrième fois dans Rouen , mais en souverain , à l'exclusion de l'enfant qu'il entourait naguère de tant de bienveillance et de protection. Les Normands de la rive droite de la Seine se soumirent à Louis d'Outre- 945. mer ; et même , Tannée suivante , il se mit à leur tête pour ravager le Vermandois. Il est à remarquer^ cependant^ et ce renseignement contribue à expliquer un fait important 'de notre histoire à cette époque , que la soumission ne fut pas générale à Rouen : quelques-uns, dit Flodoard, gagnèrent la mer'. Assurément, ce ne pouvait être que d'anciens chefs, de vieux compagnons de Hrolf.

Pendant que Louis prenait possession de la contrée que j'appellerai, dès à présent, Haute- Normandie, Hugues-le-Grand conduisait une armée dans la partie basse . Ici se trouve la preuve

* Frod. Ghron., p. 609.

IL s'empare de BAtEtJX. I29

incontestable de la trahison du roi de France. Un témoignage contemporain' porte que Louis d*Outremer avait donné la ville de Bayeux à 944. Hugues^ dans le cas où celui-ci laiderait à soumettre la Normandie. Hugues s'était donc hâté d'aller mettre le siège devant la capitale du Bessin; mais le roi^ qui se voyait maître du pays , le roi , à qui la coopération de Hugues ne paraissait plus nécessaire , fit transmettre à son allié l'ordre de se retirer. Hugues obéit , en dévastant tout sur son passage * . Louis prit possession de Bayeux; mais la mésintelligence se mit entre lui et Hugues-le-Grand : ce fut le salut de Bichard.

On a fait honneur aux chefs normands ^ et particulièrement au vieux Bernard, de cette haine survenue entre le roi de France et le plus puissant de ses vassaux. Ce fut à son instigation , a-t-on dit, que le roi de France rompit avec Hugues. Le fait n'est pas impossible ; mais, ce qui me parait démontré , c'est qu'un parti agissait secrètement dans l'intérêt de Bichard ,

* Frod. , an. 944.*

* Ordericus Vitalis, ap. Duchesne, p. 619.

l3o HARALD A LA DENT-NOIRE.

et que Louis d'Outremer , qui trahissait réellement cet enfant, finit lui-même par. être dupe de la Bnesse des Normands.

C'était en g44 que plusieurs chefs, fidèles à Richard , avaient repassé la mer plutôt que

de se soumettre à Louis. L'année suivante, une

armée de Danois débarque sur les côtes du Bessin, et se cantonne dans le pays '.

Comment expliquer l'apparition de ces nouveaux hôtes , si ce n'est par le retour des amis de Richard , avec des forces capables de le rétablir dans son duché? Le roi Harald, surnommé à la Dent-Noire , commandait ces troupes auxiliaires. Il envoie dire à Louis que s'il veut se rendre sur les bords de la Dive , il s'y trouvera lui-même pour conférer avec lui. Le roi de France vient au rendez-vous avec une suite peu nombreuse : Harald y était déjà , à la tête de ses Normands sous les armes. La conférence ne fut pas longue , ou plutôt il n'y eut pas de coiifé-^ rence : Louis d'Outremer était tombé dans un piège; les Normands attaquèrent son escorte, qu'ils massacrèrent pour la plus grande partie. ——^—^—^^^ ' "■ ■ —

Diid. , p. 121 et seq.

RICHARD ENLEVE DE LAO!f . t 3 1

Le roi de France prit la fuite , accompagné d'un seul homme , revint à Rouen y où il fut arrêté et mis en prison par les Normands^ affranchis désormais de là nécessité de se contraindre'. Harald poursuivit ses avantages , et rétablît l'autorité de Richard partout où il se présenta. Pendant ce temps ^ le parti de Bichard était parvenu à faire enlever le jeune duc, que le roi avait retenu à Laon, avec menaces, s'il faut en croire certains écrivains , de le faire mourir, ou du moins énerver', c est-à-dire de lui faire brûler les nerfs des jarrets avec un fer rouge. Ensuite^ que ce soit Osmond^ ou tout autre qui ait enlevé l'enfant ; que celui-ci ait été obligé de contrefaire le malade ; qu'on l'ait enveloppé, pour l'emporter hors du palais , dans une bottcJ de fourrage ^, tout cela est possible; mais tout cela importe peu , et l'auteur contemporain n'en dit rien ^.

Nous venons de voir une trahison punie par une autre. Celle des Normands^ à tout prendre , est la moins odieuse ; mais une troisième

* Frod. Ghron. , p. 610.

» Willelm. Gemet. , p. 240. — Order. Vital., p. 619.

3 Dud., p. 1 17 et seq.— Willel. Gemet. , p. 240.— Order. Vital., ib.

4 Frodoard.

l3l CAPTIVITÉ DB LOUIS d'oUTREMER.

perfidie^ plus noire, plus coupable que celle» àe Louis ; vient révéler Timmoralité profonde àe ces temps malheureux.

Laon était la seule place de sûreté que possédât Louis d'Outremer; Hugues^ déjà plus puissant que son suzerain , voulut s'emparer de ce dernier rempart. Il s'offrit donc comme médiateur entre ce prince et les Normands. Ceux-ci déclarèrent qu'ils ne rendraient le père que si l'on consentait à leur donner ses deux enfan» pour otages^ Ils se contentèrent néanmoins du plus jeune , qui n'avait pas encore un an , et qui mourut peu de temps après. Guy, évêque de Soissons , se livra au même titre , et Louis fut remis aux mains du comte de Paris. Ce n'était pas le rendre à la liberté , le roi de France ne faisait que changer de prison et de ge61i«r. A peine Hugues se vit-il maître de la personne de son souverain , qu'il le plaça sous la garde de Thibault, comte de Chartres, son vassal.

Louis ne se racheta de cette seconde captivité qu'au prix de sa ville de Laon , devenue la propriété du comte de Chartres , sauf la suzeraineté du comte de Paris. La remise de la ville effectuée , Louis d'Outremer, ainsi dépouillé , et à la

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