ÉTAT MORAL DU PAYS
tout originales qu'elles paraissent^ neseraientpas quelquefois un souvenir lointain dû au séjour des Romains dans les Gaules ; voyez si Foulques Nerra ne renouvelle pas ici la cérémonie reli-* gieuse de l'évocation pratiquée quatorze centf ans avant lui par Camille. Toute la différence à noter ^ c'est que le comte est la caricature du* dictateur *. — Revenons à notre sujel.
A l'époque dont nous parlons^ on buvait largement pour l'amour des saints ' ; les rois échangaient des provinces contre des reliques ^ ^ le massacre des Juifs conjurait les orages ^; le jugement de Dieu 9 c'est-à-dire le feu^ l'eau bouillante /le fer brûlant, le duel^, décidaient de l'honneur des hommes, de la véracité de leurs paroles et du droit de propriété : « Si quelqu'un de vous, s'écriait en plein concile un prêtre de Reims, méjuge indigne de confiance, qu'il
* Voyez, dans Macrobe (Satum. , lib, 3) , les formules d'érooatioiM.
* Hi«tor. de France , t. x , p. 344.
' Liutfiprandi Hist. , ap. Duchesne, t. m, p. 608.
^ a Quibus decoUatis , fiuror Yentonun oessavit. » Labbe , Nova Biblioth., t. II, p. M 77.
A Histor. de France » t. ix , p. 729 ; t. x , p. 231. — Frod. Chron. , aiino94ft.
ÉTAT MORAL BU PAYS. IjS
s'en rapporte au feii^ à l'eau bouillante » au fer ardent; que les tourmensle persuadent^ au défaut de mes paroles ' . »
C'était à la fin du dixième siècle qu'on tenait ce langage. Au commencement du onzième, révêque Adalberon, contemporain^ traçait ainsi le tableau politique et moral du royaume des Francs ; le prélat s'adresse au roi Robert : « La famille du Seigneur, dit-il, se divise en trois classes : ceux qui prient , ceux qui combattent , ceux qui travaillent ; ces trois élémens ne forment qu'un tout, et n'admettent point d'isolement; ils se prêtent un secours mutuel et assurent ainsi le bonheur général. Mais, aujourd'hui.
' « Si quisquam yestrûm aliter esse putat , meque] indignum «ai credatur, credat igni, ferrenti aquae, candenti ferro. Faciant fidem tormenta, quibus nou suffîciunt mea yerba. v Ex Remensi Concil., Histor. de France, t. x, p. 517.
Nous ne voyons pas qu'il soit ici question de Tépreuve par l'eau froide, peut-être parce que l'usage en avait été défendu en 82^*, par Louis-le-Débonnaire, qui, d'ailleurs, prescrivait l'épreuve par Feau bouillante **, U semble donc que le savant Hallam se soit trompé quand il a dit , dans son Histoire de F Europe au moyen-âge, <[ue ces épreuves avaient été abolies par Louis-le-Débonnaire.
* Gapitularia regum Fraacoram, ap. Balai t, 1. 1, col. 668. •• D>id. , col. 777.