‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 7 sur 82 · M. DEPPING · texte numérisé non relu

M. DEPPING

Depuis un siècle^ à peu près^ on appelle l'attention des érudits sur la nécessité de travailler à une histoire générale de Normandie. Le premier signal fut donné en î^5Z, par un membre de l'Académie de Bouen; c'était M. Du Boullay. Il invitait le corps tout entier à se charger de cette entreprise ^ en répartissant le travail à chacun des membres, selon la direction

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et le cercle de ses études. «On ne connaîtra bien la France, disait l'auteur du projet, que lorsque de bonnes histoires particulières de ses provinces seront mises au jour. » Et. il avait raison. Il est de ces détails de lieux , de faits et de mœurs, qu'un étranger ne saisira jamais, qu'il ne saurait 'même comprendre, et dont l'absence est une lacune dans le récit , ou nuit k la fidélité du tableau. Un écrivain, d'ailleurs judicieux , instruit et connu par plus d'un succès , n'affirmait-il pas dernièrement que Robec est une petite rivière de V arrondissement de Rouen? Cela est vrai, sans doute; mais un Normand aurait donné le renseignement d'une

toute autre manière.

L'Académicien du siècle dernier divisait l'histoii^ de Normandie en quatre parties principales : ITiistoire civile, l'histoire, ecclésiastique, l'histoire littéraire et l'histoire natureUe. H proposait, avant tout, de rechercher, de connattre les sources où l'on- devait puiser ; le« livres, les manuscrits,. les titres dont on pou-

A l'histoikb de NOBMANDIE. xy

vaît faire usage ; les dépAts publics où de précieuses découvertes étaient possibles et probables ; il demandait enfin un catalogue raisonné de tous les auteurs qui avaient écrit sur la Normandie. C'eût été un travail immense que cette opération préliminaire ; mais l'auteur oubliait qu'une grande partie de ce qu'il demandait était sous sa main. Ducbesne avait^ depuis long-temps , publié le Recueil des historiens normands^ et Dom Bouquet en était au neuvième volume des Historiens des Gaules. Il existait enfin , pour rhistoii*e généi^ale de Normandie ^ une foule de documens à consulter, sauf la critique sévère dont ils devaient être l'objet.

Le plan dé M. Du Boullay embrassait tout :

son histoire civile eût compris trois époques. La première se fût composée des années écoulées depuis la conquête de Jules-César jusqu'à l'invasion des Normands; la seconde eût commencé à l'invasion , pour finir à l'a prise de Bouen par Philippe-Auguste ; la trcûsième aurait com-

xn INTRODUCTION

pris toQf kr re^e j«s^^ai»rliKm{» modemes» le ne conçois pas bien , je l'avoue ^ une histoire de Normandie au temps de Jules-Cesar : j'ai toujours pensé que la période j d'ailleur$ si pleine de faits prodigieux » comprise entre Farrivée des pirates et la fin de leur domination , dejmit seule fournir des matériaux pour l'histoire du pays qui prit leur nom ^ et dont ils tracèrent eux-mêmes successivement les limites. Il faudrait donc , dans mon humble opinion , se borner à un exposé rapide des faits antérieurs^ et entrer franchement en matière. Toutefois > nous devons tenir compte à l'académicien de ne remonter qu'à Iules-César ^ en considérant que de braves gens ont entrepris d'écrire nos annales à partir du détuge.

n ne parak pas que la voix de M. DuBouUay ait trouvé des échos parmi ses concitoy^iis.

Je ne vois pas^ du moins ^ que le travail immense à la coopération duquel il invitait ses confrères , et même tous ses compatriotes ,.

ait jamais eu un commencement d'exécution.

A l'histoire de NORMANDIE. x>ii

Sept ans après ^ les savans Bénédictins de Saint-Maur entreprirent aussi de réaliser le projet d'une histoire générale de Normandie; de cette grande province qu'un écrivain d'alors appelait le plus beau fleuron de la couronne^ la prunelle de l'œil de l'état. « D'où vient , s'écrient-ils> que nous en sommes encore à former des vœux pour l'histoire de cette belle province? On ne dira pas qu'elle ait manqué de sujets capables de rendre ce service au public • Dans l'espace d'un siècle et demi. Ton compte parmi ses enfans près de cinq cents auteurs qui , avec différens degrés de mérite, et en difFérens genres de littérature , ont enrichi le public de leurs ouvrages : fécondité prodigieuse, ajoutent-ils, qui lui a mérité le titre glorieux de mère et de nourrice des savans. *

Du reste , les Bénédictins sentaient toutes les difficultés de l'entreprise » et ne s'en laissaient pas rebuter. Une ample moisson de collections qu'ils avaient déjà faite sur cette matière ; de riches pOrte-feuilles formés par leurs r. a*

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prédécesseurs ; Tespoir d'être aidés par tous les hommes de lettres du pays : tels étaient les élëmens du succès attendu. Ils comprenaient , d'ailleurs, que les renseignemens pris sur les lieux mêmes , leur étaient tout-à-fait indispensables. Ils émettaient le vœu que , dans chaque ville , chaque bourg , chaque village , quelqu'un se chargeât de faire , en quelque sorte , l'histoire de la localité , ou du moins une description exacte de l'état des choses telles qu*il les 'aurait sous les yeux. Ces mémoires leur auraient fourni un grand nombre de faits intéressans et de curieuses anecdotes. C'eût été , pour me servir de leurs expressions , comme une carte raisonnée et détaillée de tout le terrain qu'ils étaient obligés d'aller reconnaître , et au moyen de laquelle ils espéraient échapper à mille erreurs , qu'il est impossible d'éviter autrement que par une connaissance exacte des localités.

Puis les Bénédictins posaient des questions.

Ils demandaient les noms des lieux , les diiTé-

rentes manières de les écrire et de les prononcer ; leur étymologie certaine ou vraisemblable^ eu égard à la situation , à la nature y aux productions du pays ^ aux faits dont ils auraient été le théâtre . La topographie y les événemens remarquables^ leurs causes et leurs résultats; la suite des hommes illustres , soit dans Tépée , la robe , l'église ou les lettres ; les monumens de l'antiquité , tels que tombeaux , vestiges de camp y ac|ueducs , voies militaires , bains , amphithéâtres, tableaux, inscriptions, bas-reliefs, médailles , châteaux et forteresses ; le commerce intérieur et extérieur , son histoire , ses variations, ses progrès; les mœurs des habitans, leur génie , leurs lois , leurs coutumes ; les traditions populaires, les usages bizarres; l'agriculture, les productions ou singularités naturelles, mines, carrières , pétrifications : en un mot tout ce qui pouvait intéresser la science ou piquer la curiosité, était soumis, par les studieux cénobites , aux plus minutieuses investigations. Et qu'on

ne croie pas qu'ils voulussent lever un impôt

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