RÉFORME MONACALE
probablement bon au commencement du onzième siècle; mais aujourd'hui^ on pourrait le «comparer à celui d'Avranches^ qui mérita le surnom de tranche-boyau ' .
Cet abaissement volontaire d'un personnage aussi puissant que Tétait Bichard ^ n'a rien qui doive nous étonner. Il est en tout conforme à l'esprit de ces temps reculés. Il faut reconnaître aussi qu'il résulta un grand bien de la réforme apportée par l'abbé Guillaume. Chargé par le duc de surveiller les monastères de Saint-Ouen^ de Jumiéges , de Fontenelle et du Mont-Saint- Michel ^ il s'acquitta de ses devoirs avec zèle et conscience. L'impureté^ la débauche^ n'habitèrent plus les abbayes , et la morale publique commença bientôt à s'épuref par la facilité accordée à chacun de fréquenter les religieux, qui donnaient un spectacle tout nouveau alors, je veux dire la sincérité à l'église, la tempérance au réfectoire, et l'austérité dans les mœurs".
L'inconduite du clergé normand, vers la fin du dixième siècle, trouvait, sinon une excuse, au
' G. Du Moulin, Hist^ de Normandie, 1631, in-fol.
> Yita S. Gulielmi abbat. Divionensis, ap. 60U. , 1 januarii.
3l8 MOET DE EIGEAED II.
moins un prétexte dans les exemples qu'il cevait de son chef Bobert, archevêque de Bouen^ et en même temps comte d'Evreux. Bobert était frère de Bichard II. Non content de s'abandonner à tous les égaremens d'une jeunesse fougueuse ^ il se maria publiquement y non pas comme archevêque , dit un vieil historien avec une naïveté qui arrache un sourire involontaire^ mais en sa qualité de comte d'Évreux^ qu'il transmit à ses enfans. Du reste ^ assurent les chroniqueurs » il se repentit dans sa vieillesse , distribua d'abondantes aumônes , continua les grands travaux entrepris par Bichard !«' son père, pour l'érection de la Cathédrale de Rouen, répudia son épouse, et fit oublier ses égaremens par une conduite exemplaire ' .
Bichard II régnait depuis trente ans environ , lorsque, affaibli par la maladie , il appela auprès de lui , à Fécamp , les principaux chefs de TEtat, et leur annonça qu'il sentait sa fin prochaine. « A cette nouvelle , dit un chroniqueur presque
' Ordericus Vitalis, p. 566. — Gallia Chrîstiana, t. xi, col. 26 et seq. — Hist. des grands officiers de la Couronne, t. ii , p. 477. ~ DWersa Chronica; Histor. de France , t. x , p. 317.
MARUQBS DB RIGHABD II. ^^9 .
contemporain ^ dans toutes les salles du palais , tous furent saisis d'une douleur intolérable. Les moines et les clercs poussaient de lugubres lamentations ; les guerriers inondaient leur visage de larmes^ les pauvres^ en troupe^ se désolaient parla ville^ en songeant à la perte qu'ils faisaient d'un père si chéri, d'un che^si invincible^ de leur consolateur et de leur patron \ » Le mori* bond se hâta de faire reconnaître^ par les prélats et les grands qui l'entouraient , son fils Richard comme duc de Normandie; puis il expira. Il 1026. fut inhumé , conformément à ses intentions , auprès de son père.
Richard II se maria deux fois ; d abord avec Judith^ sœur de Geoffroy duc de Bretagne , qui, lui-même , épousa la sœur de Richard IL Le duc eut de cette première femme trois fils et autant de filles : Richard m, Robert^ qui lui succéda ^
et Guillaume, qui mourut enfant sous l'habit monastique ; Adèle, mariée, comme je l'ai dit plus haut, à Renaud comte de Châlons; Éléonore, qui épousa Beaudoùin IV ^ surnommé le Barbu,
* Winelm. Gemet., p. 257.
aSO GÉNÉROSITÉ ET RIGHESS& DE UGHARD H.
comte de Flandre ; la troisième n'est point
nommée par l'histoire^ et mourut vierge.
Veuf de Judith en 1017, Richard épousa
Papie , dont on a fait tout ensemble une sœur
de Canut , roi d'Angleterre , une fille de Bai-
mond Borel^ comte de Barcelone > et une sœur
d'Osberne et d'Ansfred, seigneurs neustriens,
qui depuis se firent moines à Fontenelle.
C'esÇ à cette dernière version qu'il faut s'arrêter,
malgré l'opinion des Bénédictins de Saint-Maur,
puisque Richard II dit^ dans une charte : Osberne
et Ansfred, dont j'ai pris la sœur Pâpie en
mariage \
Cette femme lui donna deux fils : Guillaume,
comte de Tallou, qui construisit le château
d'Arqués , dont on voit encore aujourd'hui les
ruines^ etMauger, archevêque de Rouen après
son oncle Robert'.
Quand on s'arrête à considérer les largesses
' Osbemus et Ànsfredus , quorum sororem Pa|Ham duxi in uxorem.
. • Willelm. Gemet. , p. 255-257. — Hist. des grands officiers de la Couronne, 1. 11 , p. 716.— Chron. S. Michaelis ; Histor. de France , t. X, p. 175.— Robertttsde Monte adlib. , ibid., p. 70. — Hist. d'aucuns ducs de Normandie; ibid. , p. 276. — Ademari Chron. » ibid. y p. 156. -- Ex miraculis s. Vulfranni, ibid., p. 381.
ÉTAT POLITIQUE DE LÀ NOIlMAimiB. 331
immenses de Richard £[ y non-seulement en fayeur des monastères de Normandie^ mais encore des églises étrangères au duché ' , on s'étonne malgré soi de l'opulence de nos ducs à cette époque. Sans parler de ses donations de toute espèce aux é tablissemens monastiques^ de ses dé- \ penses considérables en constructions militaires et religieuses j Richard comblait de présens ceux qui voulaient aller en pèlerinage aux lieux saints , faisait une rente annuelle aux religieux du mont Sinaï^ envoya pour une seule fois cent livres d'or à Jérusalem , et défraya , sur .toute la route ^ un abbé de son nom^ qui s'y rendait à la tète de sept cents moines '.
Ainsi ^ le progrès de la Normandie , sous le rapport politique comme sous le rapport moral > est encore évident pendant le règne de Richard II. Cinq nouveaux mariages ont multiplié les relar tions du pays , et amené son intervention^ en Bretagne, dans le comté de Chartres^ en Bour-
• Neustria pia, p. 165. — Spicil. ap. Ach., t. ii, p. 332. — Roberti régis Diplom.; Histor. de France, t. x, p. 596 n,
* Glab. Rod. ; Histor. de France» t. x, p. 10. — Vita S. Symeoni monachi; ibid., p. 372 —Vita Rickardi abbatis S. Vitoui Virdun; ibid.y t. XI, p. 459 n.