‹ Histoire de Normandie (volume 3)Chapitre 5 sur 6 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

La grâce céleste annonça avec clémence au genre humain, quand la plénitude des temps fut accomplie, la propice Visitation qui avait été prévue de Dieu dès avant la création du monde. Vers l'heure la plus nouvelle du siècle, elle illumina des rayons dune lumière naissante les cœurs ténébreux des mortels. En effet, comme la voix sonore du saint Evangile nous le fait connaître avec vérité, notre Sauveur Jésus-Christ , Tan quinze de l'empire de Tibère César, reçut de Jean le baptthne dans le Jourdain, et, véritable soleil de ce monde , brilla pendant trois demiannées par les signes et les prodiges les plus évidens, et manifesta au monde sa divinité, qui le rend égal, consubstantiel et co-éternel avec le Père et le Saint- Esprit. Ensuite, à l'âge de trente-trois ans, il souffrit dans sa clémence la passion sur la croix pour le salut des hommes, et, vainqueur de la mort, qui depuis cinq mille ans retenait le genre humain enveloppé dans les fdets d'une juste damnation, il dépouilla l'enfer; et, après avoir vaincu Satan, cet antique serpent, le troisième jour il ressuscita victorieux d'entre les morts. Enfin quarante jours après avoir confirmé par des signes manifestes sa résurrection devant des témoins véridiques, il leur ordonna de

porter l'Evangile à toutes les nations en exécution de ses miracles; il conduisit ses disciples à Béthanie, et, debout sur la montagne des Oliviers, et devant un grand nombre de spectateurs qui le félicitaient, il monta aux cieux. Dix jours après , ses amis jeûnant et se réunissant pour prier, il leur envoya l'Esprit consolateur. Comme il l'avait promis et par une onction intérieure , il les instruisit de toutes choses à l'instant même; il les honora avec félicité de l'abondance de toutes les grâces -, il les fortifia contre toutes les attaques de leurs ennemis et les rendit ainsi à la fois d'invincibles athlètes et les précepteurs de l'univers*

Luc, Syrien de nation , médecin de son état, disciple fidèle du Christ , rempli de la grâce du Saint- Esprit , après avoir écrit son Evangile pour les fidèles de la Grèce, compléta ce travail par un célèbre volume sur les actes des Apôtres, qu'il composa pour Théophile. Théophile signifie aimant Dieu , ce qui désigne tout homme studieux et intelligent, qui est rempli de ferveur dans la méditation de la loi divine. C'est à bon droit que la parole de Dieu s'adresse à un tel homme ; c'est à bon droit aussi qu'il la reçoit avec vivacité , et qu'il la retient fortement dans les liens d'un amour sincère. C'est pourquoi l'Evangile, c'està-dire, la bonne nouvelle, pénètre justement en lui* et recueille le triomphe des Apôtres et des martyrs toujours invincibles , parce qu'il paraît digne d'être initié à ces mystères secrets.

Arator, sous-diacre éloquent du siège de Rome , s'appliqua à suivre la narration de Luc; il en tira la matière spéciale d'une composition poétique, et présenta au pape Vigile un poème remarquable par la

beauté de sa mélodieuse versification, laissant ainsi à la postérité la plus reculée ce noble monument de ses veilles.

Ce sont ces grands et illustres précurseurs que j'essaie de considérer -, ce sont ces voyageurs rapides dont je suis pas à pas , quoique de loin et tout en boitant , les traces augustes. Je vais donc commencer sur ces matériaux mon premier travail , désirant vivement parler des Apôtres et de leurs bienheureux frères

armes.

Luc rapporte dans sa féconde narration que , le saint jour de la Pentecôte , les Apôtres furent remplis de l'Esprit saint , et qu'ils parlèrent , dans les différentes langues des nations , de la puissance de Dieu en présence des Juifs étonnés , qui s'étaient réunis de différentes contrées. Malgré l'envie de leurs rivaux, qui, par jalousie, disaient en murmurant : « Ces « hommes sont pleins de vin , » Pierre , enflammé de l'ardeur de la foi , debout au milieu de ses onze confrères, éleva la voix, disserta d'une manière conséquente sur l'avènement de l'Enfant consolateur, depuis long-temps prédit par le prophète Joël ; il dé-r montra par les plus véridiques assertions que Jésus de Nazareth , dont Dieu le père avait manifesté la mission par tant de vertus , de signes et de prodiges , et qui , trois jours après sa passion sur la croix, était ressuscité d'entre les morts, avait été annoncé de la manière la plus claire par le psalmiste. Les Juifs éprouvèrent dans leur cœur une profonde componction, et, après avoir reçu les paroles du salut, furent baptisés. Ce jour-là même, trois mille personnes environ furent comptées au nombre des croyans. C'est

de là que procéda la primitive Eglise , sur laquelle se répandit avec tant d abondance la grâce céleste. Les Apôtres opéraient à Jérusalem beaucoup de signes et de prodiges, et tous ceux qui les voyaient redoutaient des choses extraordinaires. Quant à ceux qui croyaient , ils habitaient ensemble et mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs provisions pour en partager le prix à chacun selon ses besoins. Tous les jours les fidèles croissaient en vertus ; tous les jours s'augmentait le nombre de ceux qui, par les faveurs du Seigneur, étaient appelés au salut. A la neuvième heure, Pierre monta au temple avec Jean ; il y vit un mendiant âgé de quarante ans , qui, depuis le sein de sa mère, était resté boiteux. Cet homme ayant annoncé qu'il n'avait aucune ressource, Pierre secourut son indigence, et l'ayant pris par la main, il le guérit bientôt par s,es paroles au nom de Jésus-Christ. Aussitôt, ayant recouvré le solide appui de ses pieds et de ses jambes, cet homme se mit à courir, entra au temple avec les deux Apôtres, et, dans sa joie, loua publiquement le Seigneur. Cependant le peuple fut saisi de stupeur, et tomba en ' extase en voyant le miracle manifeste consommé au nom de Jésus-Christ sur le boiteux, qui journellement se plaçait à la porte la plus apparente du temple. Pendant que les Apôtres y étaient retenus , le peuple accourut au portique de Salomon pour voir l'infirme qui venait d'être guéri par la vertu du nom du Christ.

La multitude s'étant rassemblée , Pierre prit la parole , et , dans l'humilité de son discours , annonça qu'il ne fallait pas lui attribuer le mérite de cette cure, qui , toute entière, était due à la puissance de

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la divinité de Jésus - Christ. Il réfuta avec douceur les Juifs persécuteurs du Sauveur; puis, il employa beaucoup de bonté à les excuser, comme n'ayant agi que par ignorance , tout confiant qu'il était dans l'infatigable miséricorde de son maître. Enfin, il les excita à la pénitence de leurs crimes , et leur prouva de la manière la plus claire l'avènement du Sauveur, véritable prophète que tous les prophètes, ainsi que Moïse et Samuel , avaient jadis prédit.

Pendant que les deux apôtres parlaient au peuple, les prêtres, les officiers du temple et les Sadducéens survinrent, et les ayant fait saisie les firent conduire en prison. Pleins de l'iniquité de leur foi, ces réprouvés étaient fâchés de voir qu'on instruisît le peuple , et qu'on annonçât la résurrection de Jésus d'entre les morts. Un grand nombre de ceux qui avaient entendu la prédication furent touchés de la foi', et le nombre de ceux qui devinrent de véritables hommes s'éleva à cinq mille.

Le lendemain, Anne, prince des prêtres, Caïphe, Jean, Alexandre, et tout ce qu'il y avait de la famille des prêtres, les princes, les vieillards et les scribes se réunirent à Jérusalem. Après avoir fait placer les deux apôtres au milieu d'eux, ils leur demandèrent : « En « vertu et au nom de qui avez vous agi ? » Alors Pierre, qui était tout plein de l'Esprit saint , déclara positivement que le boiteux avait été guéri au nom de Jésus- Christ le Nazaréen, et qu'il n'existait sous le ciel aucun autre nom qui pût conférer le salut. Les ennemis voyant la contenance de Pierre et de Jean, ayant découvert qu'ils étaient de simples particuliers sans instruction, les admirèrent et furent contristés en les

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reconnaissant pour avoir fait partie des disciples de Jésus ; ils voyaient debout avec eux l'homme qui avait été guéri, et ne pouvaient nier le miracle, qui, évident aux yeux de tous, ne servait qu'à aigrir davantage la colère dont ils étaient enflammés.

Ayant pris conseil , ils convoquèrent les Apôtres . et leur défendirent de parler et d'enseigner au nom de Jésus-Christ. Pierre et Jean s opposèrent avec une grande autorité à cet ordre inique, en disant : « Jugez « s'il est juste qu'en présence de Dieu nous vous « écoutions plutôt que le Seigneur. Il nous est im- « possible de ne point parler de ce que nous avons vu « et entendu. » L'assemblée les relâcha en les menaçant, mais n'osant les punir, parce qu elle voyait bien que le miracle solennel qu'ils avaient opéré les rendait tout-à-fait agréables au peuple.

Rendus à la liberté, les Apôtres allèrent trouver leurs frères, et leur firent part de ce qui leur était arrivé. Ayant entendu ce récit, ils élevèrent unanimement la voix vers le Seigneur, et enflammés d'une ardeur divine, ils témoignèrent leur gratitude à Dieu par une oraison spéciale. Après cette prière , le lieu où ils se trouvaient trembla ; tous les assistans furent remplis du Saint-Esprit, et dans les filets d'une sainte prédication, ils prirent beaucoup de gens, les attirant du gouffre de l'erreur vers la lumière delà foi et de la justice.

La multitude des croyans n'avait qu'un cœur et qu'une ame ; personne ne possédait rien en propre, et parmi eux nul ne manquait de rien , entre eux toutes choses étaient communes. Ceux qui possédaient des maisons et des terres les vendaient, et en déposaient

le prix aux pieds des Apôtres. Cet argent était partagé à chacun selon ses besoins. La parole manifestée d'abord à Jérusalem répandit un tel éclat que tous les vœux se tournèrent vers le ciel, La divine bénédiction consacra cette assemblée propice , et de là s'étendit sur nous la féconde institution des bonnes mœurs,

Joseph, surnommé par les Apôtres Barnabé, c'està-dire fils de consolation , Lévite et originaire de l'île de Chypre, disposé aux bonnes œuvres, vendit un champ qu'il possédait, en apporta le prix, et le déposa aux pieds des Apôtres. Cependant Ananie vendit aussi son champ, et de complicité avec sa femme, nommée Saphire , il en déclara frauduleusement le prix ; il en apporta une partie ^ et la mit aux pieds des Apôtres. Le Saint-Esprit ayant fait connaître cette fraude à Pierre , l'apôtre réprimanda sur son mensonge l'homme qui le trompait. A peine cet homme eut entendu Jes réprimandes de l'apôtre, qu'il tomba par Jterre et qu'il expira. Trois heures après, la femme qui ignorait ce qui était arrivé à son mari , vint à se présenter-, Pierre lui ayant demandé quel prix le champ avait été vendu , elle fit une fausse déclaration. Blâmée aussi par l'apôtre, elle tomha aussitôt devant lui et mourut : ce qui occasionna une grande frayeur dans toute l'Eglise ainsi qu'à tous, ceux qui avaient vu ces événemens.

Il se faisait un grand nombre de signes et de prodiges dans le peuple par les mains des Apôhes. Tout le monde se rassemblait sous le portique de Salomon. Cependant personne n'osait se réunir aux Apôtres , quoique le peuple les glorifiât. Toute-

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fois le nombre des croyans, hommes et femmes , devenait de plus en plus considérable. Sur les places publiques , on transportait les infirmes sur de petits lits , afin que Pierre à son arrivée les couvrît au moins de son ombre et les guérît ainsi de leurs maux. Des villes voisines, la multitude accourait à Jérusalem vers les Apôtres : on apportait les malades et les démoniaques, et chacun recouvrait la santé qu'il desirait.

Le prince des prêtres et tous ceux qui étaient avec lui furent remplis de fureur : ils saisirent les Apôtres et les firent renfermer dans la prison publique. Mais l'ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison pendant la nuit, et, les conduisant dehors, leur dit: « Allez, et dans ce temple prêchez au peuple toutes « les paroles de vie I » Dès le point du jour, les Apôtres entrèrent dans le temple, et y portèrent avec confiance la parole de Dieu. Le prince des prêtres et ceux qui l'accompagnaient se réunirent pour délibérer et envoyèrent à la prison pour en extraire les Apôtres et les conduire devant enx. Les envoyés la trouvèrent soigneusement fermée , mais ils n'y virent personne. Enfin on apprit que ceux que l'on cherchait étaient dans le temple occupés à enseigner. Alors un officier avec ses gens alla les chercher sans violence , car il craignait que le peuple ne le lapidât. Le prince des prêtres ayant fait paraître les Apôtres devant le conseil, leur reprocha de remplir Jérusalem d'une doctrine qui leur était contraire , en opposition au décret général des vieillards. Les Apôtres répondirent : « Il « vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Le Dieu « de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait

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« périr attaché à l'arbre de la croix. Le Seigneur, de « sa main puissante, Fa élevé comme prince et sau- « veur pour porter Israël à la pénitence et lui ob- « tenir la rémission des péchés. Nous sommes les té- « moins de ce que nous vous rapportons ; te Saintce Esprit Test aussi, lui que le Seigneur a donné à tous « ceux qui lui obéissent. » A ces mots les prêtres éprouvèrent une grande fureur, et cherchèrent à faire périr les Apôtres.

Alors le pharisien Gamalîel , docteur de la loi , homme très -considéré du peuple , se leva au milieu du conseil , et, ayant fait retirer les Apôtres qu il voulait servir, raconta qu'il y avait peu de jours, un nommé Théodose, qui avait avec lui quatre cents sectateurs, les avait vus se réduire à rien; que Judas le Galiléen , qui avec les siens attirait le peuple à son parti , avait péri à l'époque du dénombrement avec ceux qui l'accompagnaient. Après quelques exemples de ce genre, il ajouta : Maintenant voici le conseil « que je vous donne ; ne vous occupez pas de ces gens ; « renvoyez-les, puisque, si leur parti ou leurs œuvres « viennent des hommes, ils se dissiperont-, mais si « c'est de Dieu qu'ils procèdent, vous ne pourrez les « détruire , car vous paraîtriez vous-mêmes combattre « contre Dieu. »

Ayant entendu ce discours, le conseil se rangea à l'avis de Gamaliel, et renvoya les Apôtres après les avoir fait fouetter, en leur prescrivant de ne plus désormais parler au nom de Jésus. Ils s'éloignèrent avec joie du lieu de l'assemblée , parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom du Seigneur. Ils ne cessaient tout le jour de parcourir le

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temple et les maisons pour enseigner et porter ITÏvan* gile au nom de Jésus-Christ.

A cette époque le nombre des disciples s'étant accru, il s'éleva un grand murmure des Grecs contre les Hébreux , auxquels on reprochait d'écarter de la distribution journalière les veuves des premiers* Alors les douze Apôtres, ayant réuni la multitude des disciples, leur dirent : « Il n'est pas juste que nous « négligions la parole de Dieu pour avoir soin des tait bles. Choisissez donc, mes frères, sept hommes de « bonne réputation parmi vous, qui soient remplis de « 1 Esprit saint et de la sagesse*, nous leur confierons « cet emploi : c'est ainsi que nous pourrons nous 1 ia vrer à la prière et au ministère de la parole. » Chacun y ayant consenti, on fit choix d'Etienne, homme rempli de foi et d'esprit saint , Philippe , Prochore , Nicanor , Timothée 1 , Parmenès , Nicolas prosélyte d'Antioche. On les présenta aux Apôtres qui prièrent et leur imposèrent les mains. Le nombre des disciples se multipliait considérablement dans Jérusalem ; plusieurs des prêtres mêmes obéissaient à la foi.

Etienne , plein de grâce et de force , faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. C'est pourquoi les Juifs dans leur jalousie s'irritèrent contre lui, élevèrent avec lui des disputes, et firent d'inutiles efforts pour résister à la sagesse et à l'esprit qui parlait en lui. Alors ils apostèrentde faux témoins qui prétendirent avoir entendu les fidèles parler et blasphémer contre Moïse ef le Seigneur : c'est ainsi qu'ils soulevèrent le peuple , les vieillards et les scribes. On

1 Au lieu de ce nom on lit celui de Timon , dans les Actes des Apo~ 1res, chap. vi , v. 5.

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accourut pour enlever Etienne et l'accuser devant le conseil. Tous ceux qui y siégeaient prirent son vissage pour celui d'un ange. Interrogé par le prince des prêtres, Etienne répondit éloquemment et sans effroi, expliqua sagement les anciennes prophéties et l'histoire des patriarches. Il donna de grands éloges à Abraham ainsi qu'à Moïse , et termina en peu de mots la narration de ces grandes choses. Enfin il reprit les incrédules et ceux qui méprisaient Ja foi ; il appela hautement cruels et incirconcis de cœur, comme d'oreilles, ceux qui résistent toujours au Saint-Esprit et persécutent les prophètes. Le conseil à ces mots frémit de colère au fond de l'ame et grinça des dents. Etienne, plein du Saint-Esprit, vit au ciel la gloire de Dieu, et dit : « Je vois les cieux ouverts, et Jésus « placé à la droite de Dieu. » Alors on se récria à haute voix, on se boucha les oreilles, on se jeta sur lui, et l'ayant entraîné hors de la ville on le lapida. Alors les témoins déposèrent ses vêtemens aux pieds d'un jeune homme nommé Saul; puis ils accablèrent de pierres Etienne qui învqquait Dieu et disait : « Sei- « gneur Jésus , recevez mon esprit. » Après s'être mis à genoux, il cria à haute voix : « Seigneur, ne leur im- « putez pas ce péché. » Après avoir prononcé ces paroles, il s'endormit dans le Seigneur* Cet événement se passa l'an second de l'Ascension du Sauveur, le ia des calendes de janvier (21 décembre).

Cependant quelques hommes craignant Dieu portèrent le corps du premier martyr dans la maison de campagne de Gamaliel, qui est appelée Caphargamala ; on lui fit des obsèques avec un grand deuil, et on l'en* sevelit avec respect. Par la suite, Nicodême, Gama-

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liel et Abibus , furent inhumés dans le même endroit. Un si grand trésor resta là caché plus de trois siècles, jusqu'il ce que le prêtre Lucien le découvrit par la révélation de Dieu. Jean , évêque de Jérusalem , le fit transporter dans sa ville Tan sept du règne d'Honorius.

Etienne ayant été lapidé, une grande persécution s'éleva contre l'Eglise de Jérusalem, et tous les fidèles, à l'exception des Apôtres, se dispersèrent dans les différentes contrées de Judée et de Samarie. Toutefois, dans leur dispersion même , ces hommes , fortifiés par le Saint-Esprit, passaient dans divers lieux et y portaient la parole de Dieu. Alors Philippe prêcha le Christ dans Samarie , et présenta à ses auditeurs un grand nombre de merveilles dans la guérison faite au nom de Jésus des paralytiques , des boiteux et des démoniaques. Les Samaritains donnèrent unanimement une grande attention aux prédications de Philippe, et s'empressèrent joyeusement d'embrasser la vraie foi. Alors Simon le magicien , qui jadis avait séduit Jes Samaritains , et qui long-temps les avait aveuglés par ses prestiges, ce qui le faisait considérer comme un grand personnage par tous ceux qu'il avait trompés , était appelé la grande vertu de Dieu. Philippe ayant évangélisé sur le royaume des cieux, Simon crut en lui, et, s'étant fait baptiser au nom de Jésus-Christ avec beaucoup d'hommes et femmes , il s'attacha à l'apôtre } car il voyait s'opérer sous ses yeux des miracles et de grands prodiges tellement extraordinaires qu'il en restait stupéfait d'admiration. Les Apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris quetSamarie avait reçu la parole de Dieu , y envoyèrent Pierre et

Jean. Ceux-ci , étant arrivés , prièrent pour qu'elle reçût le Saint-Esprit. Ils imposaient les mains sur les' baptisés, et le Saint-Esprit leur était aussitôt donné. C'est de là que vient l'institution ecclésiastique, d'après laquelle le pontife impose les mains, en même temps qu'il prie et donne l'onction du chrême, aux catéchumènes qui ont reçu le baptême par le ministère du prêtre ; et c'est ainsi que s'opère dans les baptisés une entière confirmation par les sept dons du Saint-Esprit.

Simon ayant vu que le Saint-Esprit s'obtenait par l'imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l'argent et leur dit : « Donnez-moi aussi le pouvoir, « afin que celui à qui j'aurai imposé les mains reçoive « le Saint-Esprit. » Pierre lui répondit : « Périsse avec « vous votre argent, puisque vous avez pensé que le « don de Dieu peut s'acquérir à prix d'or! Vous n'ait vez ni parts ni chances dans ce discours , car votre « cœur n'est pas droit devant Dieu. Ainsi faites pé- « nitence de votre iniquité, et priez Dieu, qui peut- « être vous pardonnera cette pensée d'un cœur « égaré. En effet, je vois que vous êtes plongé dans « le fiel de l'amertume et les chaînes de l'injustice. » Simon, faisant peu de cas du discours de l'apôtre, se retira, et, devenu apostat, encourut long-temps la violente colère du Seigneur par d'innombrables forfaits. Cependant les Apôtres , après avoir prêché la parole du Seigneur, retournèrent à Jérusalem, et portèrent l'Evangile dans les différentes contrées des Samaritains. D'après l'ordre de l'ange de Dieu, Philippe se présenta à l'eunuque Candace , qui était le surintendant du trésor de la reine des Ethiopiens ,

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au moment où ce seigneur revenait de Jérusalem ; il s assit avec lui sur son char; il lui expliqua les prophéties d'haïe , dont il faisait la lecture, et commençant à la prédiction de la mort de l'Agneau plein de douceur, il lui annonça Jésus. L'eunuque , plein de joie, reçut ces paroles : il les comprit diligemment, les crut volontiers , et , dès qu'on eut trouvé de l'eau, il se fit baptiser ; puis il retourna dans sa patrie joyeux d'avoir été renouvelé par la régénération sacrée. Cependant l'esprit de Dieu enleva Philippe , et il évangélisa dans toutes les villes , depuis Azot jusqu'à Césarée. Saul, ne respirant encore que menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, demanda, aux principaux d'entre les prêtres , des lettres pour les synagogues de Damas, afin d'y exterminer l'Eglise de Dieu , d'y charger de fers les hommes et les femmes de la secte des Nazaréens et de les faire conduire à Jérusalem. Comme il approchait de Damas, il fut tout à coup entouré dune lumière qui venait du ciel. Tombé par terre, il entendit le Seigneur qui Je réprimandait. 11 se corrigea, et changea utilement pour lui et pour beaucoup d'autres. Ses compagnons de voyage entendirent le Seigneur qui parlait à Saul , mais ils ne virent personne. Conduit par la main à Damas, il y fut trois jours sans voir, sans boire et sans manger. Ananie , envoyé par le Seigneur, lui imposa les mains, le réconforta, l'illumina et le baptisa. Ainsi, par ce merveilleux moyen, de loup et de persécuteur cruel qu'il était , Saul devint un agneau de douceur et un bélier intrépide, un vase d'élection et le docteur des Gentils. Aussitôt, entrant dans les synagogues , il y prêcha Jésus comme fils de Dieu. Les

assistans en furent d autant plus surpris, qu'ils connaissaient son opiniâtreté , et qu'ils l'avaient toujours vu rempli de zèle pour les traditions de ses pères.

Saul se fortifiait de plus en plus et confondait les Juifs qui habitaient Damas. C'est pourquoi, à cause du témoignage fidèle qu'il rendait de la divinité de Jésus, une grande haine s'éleva contre lui. Aussi, peu de temps après, dans le dessein de le tuer, les Juifs le cherchèrent avec un grand soin, et, pour qu'il ne pût prendre la fuite , placèrent jour et nuit des gardes aux portes de la ville. Mais les disciples sachant que l'on tendait des embûches nocturnes à Saul, déjouèrent les projets de ses ennemis, et, durant l'obscurité de la nuit, le descendirent le long des murs dans une corbeille. Venu à Jérusalem , il chercha à se réunir aux disciples; mais tous le redoutaient , parce qu'ils ne croyaient pas qu'il fût disciple lui-même. Dans cette circonstance, Barnabé le prit et le leur mena : il leur raconta comment Saul avait vu le Seigneur sur le chemin de Damas, et leur fit part de toutes les autres choses qui lui étaient arrivées. Saul s'unit fidèlement à ceux qui rendaient grâces à Dieu , et se comporta de manière à mériter la confiance en prêchant le nom du Seigneur Jésus, entrant toujours et sortant avec eux. Il disputait avec les Grecs, confondait les Juifs, et, avec l'aide de Dieu, se montrait supérieur en toutes choses. Les principaux qui lui portaient envie, vaincus par Saul, essayèrent de le tuer. Ses frères ayant appris cette nouvelle, le conduisirent à Césarée et l'envoyèrent à Tarse. Ce^ pendant l'Eglise jouissait de la paix dans toute la Ju=

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« point acception de personnes , et que celui-là lui « est agréable dans toute nation , qui le craint et qui « pratique la justice. Il a envoyé le verbe aux enfans « d'Israël en leur annonçant la paix par Jésus-Christ « qui est le Seigneur de tous. » Comme Pierre prêchait ces choses et beaucoup d'autres sur l'avènement du Sauveur et sur la vie éternelle, et versait largement , des fontaines de la céleste doctrine , le breuvage de vie à ceux qui en étaient altérés , le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui prêtaient l'oreille à ses paroles, et leur conféra soudain la science des langues. Alors Pierre, en présence des circoncis qui se trouvaient avec lui et qui étaient saisis d'étonnement, baptisa Corneille et tous ceux qui croyaient avec lui. Sollicité par d'illustres néophytes , Pierre demeura quelques jours à Césarée , et , après les avoir confirmés dans la foi , il monta à Jésusalem , où il raconta à ses co-apôtres la conversion des Gentils. Alors certains circoncis entrèrent en discussion avec lui , et lui dirent : « Pourquoi vous êtes-vous introduit chez des « hommes qui ont conservé leur prépuce , et pour- « quoi avez-vous mangé avec eux ? » Pierre alors commença à leur expliquer de suite comment il s'était livré à la prière dans Joppé , et comment il avait eu en extase une vision par laquelle Dieu lui avait démontré la vocation et la conversion des Gentils ainsi que son assistance. Il raconta ensuite avec sincérité les autres choses qui lui étaient arrivées. A ce récit , ils gardèrent le silence , et , comme ils étaient animés d'une charité fraternelle , ils se réjouirent et glorifièrent le Seigneur qui devait sauver les Gentils par la voie de la pénitence. Cependant quelques fidèles, qui étaient

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deChypre et deCyrène, et quelques autres, qui avaient été dispersés pendant la persécution dont Etienne fut victime, s'étaient retirés en Phénicie, à Chypre, à Antioche, et n avaient annoncé la parole de la foi qu'aux seuls Hébreux. Mais ceux qui étaient entrés dans Antioclie firent connaître aux Grecs le Seigneur Jésus ; et un grand nombre de croyans se convertirent à lui. L'Eglise de Jérusalem , ayant appris ces événemens, envoya Barnabé, homme vertueux i plein de foi et des dons deTEsprit-Saint-ParvenudansAntioche, il éprouva une grande joie en y voyant les effets de la grâce de Dieu. Ayant réconforté tous les fidèles , il partit pour Tarse, afin d'y trouver Saul 5 de là ils se rendirent ensemble à Antioche. Ils passèrent tout un an dans cette église , et y donnèrent l'instruction à un grand nombre de personnes : c'est là que pour la première fois les disciples furent appelés Chrétiens.

Alors le prophète Agabus , l'un des prophètes qui étaient venus de Jérusalem , prédit, grâces aux inspirations divines , une grande famine qui devait avoir lieu. Alors Saul et Barnabé, ayant reçu de leurs frères les moyens de secourir les fidèles, furent envoyés à Jérusalem.

CependantTibère Auguste régna environ vingt-deux ans. Ce fut l'an dix-huit de son règne , comme le rapportent, avec vérité, les plus fidèles documens, que notre Seigneur Jésus -Christ fut mis à mort, ressuscita, et fit, d'une manière ineffable, plusieurs miracles qui , répandus depuis long-temps partout , firent l'objet d'un rapport de Pilate à Tibère, lequel ajouta que , vu les innombrables prodiges opérés en son nom par beaucoup de personnes , ce Jésus-Christ était re- 1. i3

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gardé comme le Seigneur. Tibère fit part de ces choses au sénat. On rapporte , et Tertullien Ta écrit dans son Apologétique , que le sénat témoigna du mépris pour le Christ, parce que la décision du vulgaire avait prévenu son autorité , et qu'on ne lui avait pas d'abord remis le jugement de îaflaire. En effet , d'après une loi fort ancienne , nul ne pouvait chez les Romains être considéré comme dieu, si ce titre ne lui était conféré par un sénatus - consulte. Au surplus, comme l'assure Eusèbe de Césarée , dans le deuxième livre de son Histoire ecclésiastique , ce qui s était passé était nécessaire afin qu'on ne crût pas que la vertu divine eût besoin d'être reconnue par les lois humaines. Ainsi que nous venons de le dire , le sénat ayant refusé de reconnaître la divinité du Christ, Tibère défendit de rien entreprendre contre la doctrine que le Sauveur avait enseignée. La divine providence inspira cette mesure à l'empereur , afin que , sans nul obstacle à ses commencemens , la parole de l'Evangile pût être portée partout. Il en résulta que , tout à coup, comme une lueur céleste qui viendrait à paraître , ou comme les rayons du soleil qui se lève , la parole divine répandit sur tout le globe l'éclat des lumières supérieures, afin que fût accomplie cette prophétie , qui disait : « Le son de leur voix s'est h répandu sur toute la terre , et leurs paroles ont pé- « nétré j usqu'aux confins de l'univers. » Depuis ce moment , dans toutes les villes , une immense multitude de peuple se réunissait à l'Eglise, comme au temps des moissons les blés sont portés dans les granges. Tous ceux qui étaient retenus dans les liens des pernicieuses superstitions que leurs pères leur avaient transmises,

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affranchis de leurs maîtres tyranniques en recevant la connaissance de Ja parole de Dieu par la doctrine du Christ et par les miracles dont sa vertu les rendait témoins , se soumettaient à un seul vrai Dieu et Seigneur , leur créateur , se repentant de leurs vieilles erreurs dont ils faisaient une fidèle confession.

A la mort de Tibère, Caïus Caligula prit l'empire et l'occupa pendant près de quatre ans. 11 donna la principauté des Juifs à Hérode Agrippa, fils d'Aristobule , et lui confia en même temps les tétrarchies de Philippe et de Lysanias. Il y joignit peu après celle d'Hérode. C'est ce même Hérode qui avait été l'auteur de la mort de Jean-Baptiste, et qui avait agi d'une manière dérisoire dans la Passion du Sauveur. Caligula , après l'avoir vexé de toutes les manières , l'exila à perpétuité en Espagne , ainsi que le rapporte Josèphe , célèbre historien des Hébreux.

AJors le juif Philon, le plus illustre des écrivains, le premier au premier rang dans la philosophie des Grecs, laissa à la postérité d'éclatans monumens de ses talens , et , entre autres écrits , en composa un dans lequel il parle de la cruauté et de la folie de Caligula , dont l'orgueil fut porté si loin qu'il voulut se faire appeler le Seigneur, et qu'il profana les lieux saints de la Judée par l'introduction de ses idoles. En expiation des forfaits dont ils avaient osé se rendre coupables envers le Christ, les Juifs souffrirent d'horribles massacres et d'affreuses tribulations , ainsi que le racontent , dans leurs écrits , les philosophes Philon et Josèphe dont nous venons de parler. Effectivement , depuis l'époque du sacrilège qu'ils avaient commis, ils furent constamment en proie à Ja fureur

1^6 ORDKRIC VITAL.

des séditions, et constamment les victimes de la guerre et du meurtre, jusqu'à ce qu'enfin, au temps du siège de Jérusalem par Vespasien, le comble fût mis à leurs calamités et à leur destruction. Pilate, qui, Tan 1 2 du règne de Tibère-César , avait été nommé gouverneur de la Judée , et avait prononcé la sentence de condamnation contre le Cbrist, reçut de Caligula tant d outrages et de vexations qu'il fut forcé de se donner la mort de sa propre main. C'est vers cette époque que Matthieu , qui portait la parole de Dieu dans la Judée, écrivit son Evangile en hébreu.

Caligula ayant été mis à mort, Claude régna treize ans et huit mois. Sous son règne tout l'univers eut à souffrir d'une épouvantable famine , ainsi que Luc rapporte qu'elle avait été prédite par le propliète Agabns.

En ce temps-là, pendant la famine qui eut lieu sous l'empire de Claude, le roi Hérode entreprit de persécuter quelqiies-uns des disciples de l'Eglise. Alors Jacques, fds de Zébédée, apôtre de notre Seigneur Jésus-Christ, visitait toute la Judée et la Samarie, opérait beaucoup de miracles par la vertu de Jésus-Christ, disputait dans les synagogues contre les incrédules , et donnait l'explication des saintes Ecritures , démontrant ainsi que tout ce qui avait été prédit par les prophètes s'était accompli dans le Seigneur Jésus-Christ. Le magicien Hermogène ayant entendu parler de ses vertus , lui porta envie , envoya son disciple Philète en qualité d'espion auprès de cet apôtre. Philète, étant venu avjec quelques pharisiens , essaya de lutter contre Jacques et de réfuter,

par ses objections, ses saintes prëdications sur le Seigneur Jésus-Christ. Mais l'apôtre continua d'agir avec confiance dans le Saint-Esprit; il confondit toutes les assertions de son adversaire, et prouva, par les divines Ecritures , que Jésus de Nazareth était le vrai fils de Dieu. De retour auprès d'Hermogène , Philète donna les plus grands éloges à Jacques , approuva fidèlement ses allégations sur la vraie foi, le déclara insurmontable , et publia un grand nombre de miracles qu'il avait vus ou dont il avait entendu parler. Enfin il engagea son maître à se rendre aussitôt avec lui auprès de l'apôtre , et à solliciter son indulgence afin . de devenir l'un et l'autre ses disciples. Dans sa fureur, Hermogène enchaîna tellement Philète qu'il ne pouvait se mouvoir. Aussitôt que l'apôtre apprit ces choses par le fils de Philète , il lui envoya son suaire , et lui prescrivit de le toucher au nom du Seigneur. Cela fait, aussitôt Philète fut délivré des liens du magicien. 11 courut vers Jacques, et, dans sa joie, se moqua des maléfices diaboliques.

Cependant le magicien, profondément affligé, se servit de toute la perversité de son art pour appeler les démons. Il leur ordonna de lui amener enchaînés Jacques et Philète. Les démons, étant arrivés, se mirent à hurler dans les airs, à se plaindre et à gémir horriblement, parce que l'ange de Dieu les avait liés avec des chaînes de feu qui rendaient leurs tourmens insupportables. Enfin, délivrés par l'ordre de l'apôtre , ils retournèrent vers Hermogène , lui lièrent les mains derrière le dos , et le conduisirent ainsi enchaîné devant Jacques. Le bienheureux apôtre le réprimanda , lui prouva que la société des démons

ÎC^ ORDERIC VITAL.

est pour l'homme une chose détestable et tout -àfait pernicieuse; puis il ordonna à Philète de délier le magicien qui se tenait devant lui humilié et confus. C'est alors qu'il prit le bâton de l'apôtre pour se défendre de la fureur des démons, et fit apporter de sa maison, sur la tête de ses disciples, plusieurs cassettes remplies de livres. Il commençait à les jeter au feu ; mais l'apôtre lui ordonna de les précipiter dans la mer , après les avoir remplis de pierres et de plomb, de peur que l'odeur de l'incendie de ces objets maléficiés ne fût préjudiciable à ceux qui n'auraient pas pris les précautions nécessaires pour se préserver du danger. C'est ainsi que dépouillé de tout cet amas de criminelle magie , Hermogène revint vers Jacques , se jeta humblement à ses pieds, témoigna à Dieu un sincère repentir $ et, s'attachant au bienheureux apôtre, lui fut fidèle en toutes choses. Ainsi il commença à se perfectionner dans la crainte de Dieu , à tel point que le Seigneur se servit de lui pour opérer plusieurs miracles, dont l'évidence amena la conversion de beaucoup de personnes qui abandonnèrent leurs erreurs et renoncèrent à leurs crimes.

Les Juifs, persévérant dans leur iniquité et ayant vu que le magicien , qu'ils croyaient invincible, avait, ainsi que ses amis, adopté la croyance du Christ, offrirent de l'argent à Lysias et à Théocrite , centeniers de Jérusalem, et mirent Jacques en prison. Une sédition ayant eu lieu, Jacques fut conduit devant eux , et tout le monde admira sa confiance dans le Seigneur. Interrogé par les Pharisiens, il fit des réponses admirables , et parla avec autant de sagesse

que d'éloquence de ce que contiennent les saintes Ecritures. Ainsi il prouva d'une manière irréfragable que le Christ était né d'une vierge immaculée, qu'il avait souffert la passion , qu'il était ressuscité-, et il s'étendit sur toutes les autres choses que l'Eglise catholique confesse. Aux discours persuasifs de l'apôtre , tous les auditeurs crurent, confessèrent leurs péchés, et s'attachèrent avec fidélité à l'Eglise de Dieu.

Quelques jours après, le pontife Abiathar, voyant qu'une grande multitude croyait au Seigneur, fut pénétré d'affliction, et répandit beaucoup d'argent pour exciter une sédition violente. II en résulta que le scribe Josias mit une corde au cou de l'apôtre, et le conduisit au prétoire du roi Hérode , fils d'Aristobule. Le roi , qui voulait se rendre agréable aux Juifs, prononça la peine de la décollation. Pendant que l'on menait le condamné au supplice, un paralytique, qui était étendu à terre, lui demanda avec foi la faveur d'être guéri -, Jacques lui dit : « Au nom « de mon Seigneur Jésus-Christ qui a été crucifié, et « pour l'amour duquel je suis conduit à la décollait tion , levez-vous sain et sauf et bénissez votre Sau- « veur. » Le paralytique se leva aussitôt, et, plein de joie, se mit à courir et à bénir le Seigneur. A cette vue , Josias se précipita aux pieds de l'apôtre et lui demanda humblement pardon.

Cependant Jacques, comprenant que le cœur du scribe avait été visité de Dieu , s'en réjouit et Josias confessa le Seigneur Jésus-Christ fils du Dieu vivant. Alors Abiathar le fit saisir et lui fit couvrir la face de coups de poing. Ensuite ayant fait à Hé-

rode le rapport de cet événement, il lui demanda l'autorisât ion de faire décoller aussi le converti. Jacques , ayant embrassé le néophyte, lui fit Fi m position des mains sur la téte, et le bénit par un si^ne de croix sur le front. Ainsi le scribe, parfait dans la foi, eut avec l'apôtre la tète tranchée; ils reçurent tous deux du tout-puissant Emmanuel l'éternelle rémunération. Le martyre du bienheureux apôtre Jacques, digne frère de Jean l'Evangéliste, ayant été consommé le 8 des calendes d'août ( 25 juillet ) y jour auquel la dévotion de l'Eglise célèbre sa fête, sept disciples qui avaient été formés par lui à la vraie loi, et s'étaient trouvés à sa passion, inspirés de Dieu , placèrent le corps sur une vieille barque ; et, pleins de confiance dans le Ciel, s'abandonnèrent à la haute mer, sans pilote et sans agrès. Us arrivèrent miraculeusement en Espagne, et, bien accueillis par le roi de Galice, ils prêchèrent les premiers la foi et la religion aux Espagnols , et donnèrent à leur maître une sépulture honorable. Là, beaucoup de miracles s'opérèrent par les mérites de saint Jacques, apôtre, et les habitans de toute la province ne tardèrent pas à embrasser la foi du Christ. Dans ce siège épiscopal , des chanoines dévoués gardent avec respect le corps très -précieux de l'apôtre. De tous les climats du monde, les fidèles Chrétiens accourent et se réunissent pour implorer la clémence du Seigneur par l'intervention apostolique.

Le roi Hérodeque Josèphe, appelle Agrippa, voyant que le supplice de Jacques avait été agréable aux Juifs, fit aussi jeter Pierre en prison et le donna à gar-

der à quatre escouades de soldats composées chacune de quatre hommes. On retint Pierre dans les fers , afin de ne le livrer publiquement à la mort qu'après la Pâque. Toute l'Eglise ne cessait de prier la divine majesté de ne pas permettre que le fidèle troupeau fût privé du secours tutélaire de son pieux pasteur. Le Seigneur, dans sa clémence, entendit bientôt les prières de son épouse, de sa fidèle amie, pour son protecteur chéri. Le secours céleste n'abandonna pas ]?Eglise, et prévint , en les trompant , les attentats impies d'Hérode. La nuit, pendant que Pierre dormait enchaîné doublement entre deux soldats, et que des sentinelles étaient placées devant la porte de la prison, fange du Seigneur lui apparut au milieu d'une grande lumière, le réveilla en lui touchant le côté, et lui dit : « Levez-vous promptement.» Aussitôt les chaînes qui le retenaient lui tombèrent des mains -, il prit sa ceinture , se chaussa , se vêtit de ses habits et sortit. Ayant suivi l'ange, il passa à travers les gardes jusqu'à la porte de fer qui s'ouvrit d'elle-même. 11 crut voir en songe tous ces événemens. L'ange l'ayant quitté, Pierre revint à lui-même, reconnut la vérité de ce qu'il voyait, et rendit grâces de son salut à son libérateur.

11 alla trouver ses frères qui étaient réunis dans la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc : ayant frappé à la porte, une jeune fille nommée Rhode s'avança pour le voir; mais ayant reconnu la voix de Pierre , sa grande joie lui fit négliger d'ouvrir la porte : elle courut vite pour annoncer que Pierre y était : enfin il entra-, il rassura les disciples étonnés de sa présence , et leur raconta comment le Seigneur l'avait

?f>2 ORDERIC VITAL.

tiré de prison. Sans tarder, il sortit pour aller chercher une autre retraite.

H y eut un grand trouble parmi les soldats par rapport à Pierre. Comme on ne put le retrouver, le roi Hérode entra dans une violente colère contre les gardes. Cependant l'attentat consommé par le roi contre les Apôtres ne tarda pas à recevoir sa digne récompense : le bras vengeur de Dieu est continuellement levé, comme nous renseigne Luc dans les Actes des Apôtres, et Josèphe dans le dix-neuvième livre de ses Antiquités. 11 s'était rendu à Césarée qui s'appelait auparavant la tour de Straton -, un jour solennel , comme il donnait des spectacles aux citoyens en l'honneur de l'empereur, il s'avança sur le théâtre revêtu d'habits admirablement brodés d'or et d'argent; il s'assit dans une tribune et harangua le peuple qui s'écria que tant d'éloquence n'était pas d'un homme mais d'un Dieu : soudain l'ange du Seigneur frappa le roi, parce qu'il n'avait pas rapporté sa gloire à Dieu même. Cinq jours après il expira dévoré par les vers.

Agrippa , fils d'Hérode , régna vingt-six ans , c'està-dire jusqu'à l'extermination des Juifs. 11 vécut eu paix avec les Romains et les Chrétiens. La parole de Dieu croissait et se multipliait.

L'église d'Anlioche avait pour prophètes et pour docteurs, Barnabé , Saul, Simon-le-Noir, Lucius de Cyrèue, Manassé , frère de lait du tétrarque Hérode. Pendant qu'ils étaient occupés à rendre leurs devoirs au Seigneur et qu'ils jeûnaient, TEsprit-Saint leur dit : « Séparez-moi Barnabé et Saul pour qu'ils se livrent « à l'ouvrage auquel je les ai destinés. » Alors ayant jeûné rt prié, on leur imposa les mains cl on les laissa

HISTOIRE DE NORMANDIE; L1V. II. 20à

aller. Le Saint-Esprit les envoya à Séleucie d'où ils s embarquèrent pour Chypre. Us y prêchèrent à Salamine la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs, et parcoururent toute l'île jusqua Paphos.

Là , le proconsul Serge Paul , homme prudent , envoya chercher Barnabe et Saul. Ayant entendu la parole de Dieu comme il le desirait, il crut. Alors Saul frappa d'un aveuglement momentané le magicien Elymas qui résistait à la foi , et mérita ainsi d'être nommé Paul , du nom de celui qu'il venait de vaincre , comme Scipion fut nommé l'Africain après avoir soumis l'Afrique. Ils se rendirent ensuite à Perge dans la Pamphilie, puis à Antioche de Pisidie, et prirent place dans la synagogue le jour du sabbat. Après la lecture de la loi et des prophètes, comme les chefs de la synagogue y donnaient leur consentement, Paul se leva, et de la main réclamant le silence , parcourut admirablement l'histoire des patriarches, et prouva parfaitement que les promesses faites autrefois par les prophètes au nom de Dieu s'étaient accomplies dans le Christ.

Le sabbat suivant, presque toute la ville se réunit pour entendre la parole du Seigneur. C'est ce qui détermina les Juifs les plus violens à s'efforcer, par leurs blasphèmes, de prévenir les effets de la prédication apostolique. Alors Paul et Barnabe dirent avec assurance : « C'est à vous qu'il fallait d'abord faire en- « tendre la parole de Dieu ; mais puisque vous la re- « poussez , et que vous vous jugez indignes de la vie « éternelle, nous allons chez d'autres nations ; car le « Seigneur nous l'a prescrit ainsi : je vous ai établis « pour être la lumière des nations , afin que vous ser-

204 ORDEBIC VITAL.

« viez à leur salut jusqu'à l'extrémité de la terre. » A ces mots le peuple se réjouit , et ceux qui étaient prédestinas crurent à la vie éternelle. Les Juifs, après avoir excité une persécution contre Paul et Barnabe', les chassèrent du pays. Ils allèrent pleins de joie à Iconium, et là, dans la synagogue, ils parlèrent devant les Grecs et les Juifs. Restés dans cette ville quelque temps, ils travaillèrent avec confiance pour la gloire de Dieu, avec la coopération duquel ils firent beaucoup de prodiges et de miracles. Les impies, les Gentils et les Juifs les accablèrent d'outrages et cherchèrent à les faire lapider, tant était grande l'envie qu'ils leur portaient. Les saints docteurs se rendirent à Listre et à Derbe villes de Lycaonie ; ils parcoururent tout le pays aux environs , et portèrent partout les paroles de l'Evangile. Tous les citoyens furent touchés de leur doctrine.

A Listre, un certain boiteux, qui n'avait jamais marché, entendit les prédications de Paul. Ayant invoqué le nom du Seigneur Jésus , il fut aussitôt guéri par Paul, recouvra l'usage de ses jambes, et plein de foi glorifia le Sauveur. Le peuple, témoin de ce miracle, plein d'admiration, s'écria en lycaonien : « Ce sont des a dieux qui ont revêtu la figure humaine pour descena dre vers nous. » Et il donnait à Barnabé le nom de Jupiter, et à Paul le nom de Mercure. Un prêtre de Jupiter et plusieurs hommes du peuple ayant témoigné le désir de leur offrir un sacrifice, les apôtres s'élancèrent aussitôt dans la foule, déchirèrent leur vêtement, et, dans un discours plein d'humilité, rapportèrent au Seigneur la gloire de leur miracle : tout en s abaissant pour ne pas recevoir de sacrifice , ils

HISTOIRE DE NORMANDIE ; LIT. II. *o5

parvinrent à peine à calmer la multitude. Des Juifs étant survenus d'Iconium et d'Antioche de Pisidie, la populace égarée lapida Paul , et r croyant l'avoir tué , le traîna hors de la ville. Ses disciples étant accourus autour de lui, il se leva plein de vie, rentra dans la ville, et le lendemain partit pour Derbe. Peu de temps après , les deux apôtres revinrent à Listre, à Iconium, à Antioche de Pisidie : ils y prêchèrent la parole de vie, fortifièrent par leurs exhortations les ames des disciples, établirent des prêtres dans chaque église et les recommandèrent au Seigneur par le jeûne et par Ja prière. De la Pamphilie ils se rendirent à Attalie et s'embarquèrent pour Antioche.

lis restèrent quelque temps dans cette ville avec leurs disciples. Alors quelques hommes , venus de la Judée , persuadèrent aux croyans qu'ils devaient être circoncis et observer la loi de Moïse; Paul et Barnabé leur répondirent , et furent envoyés , par une délibération commune , à Jérusalem vers les apôtres et les prêtres pour y faire résoudre cette question. A leur passage par la Phénicie et la Samarie , ils racontèrent la conversion des Gentils , et procurèrent ainsi une grande satisfaction aux frères. Ils furent bien accueillis à Jérusalem par l'Eglise , et firent connaître tous les miracles que leSeigneur avait opérés avec eux. Comme quelques-uns des croyans, qui appartenaient à la secte des Pharisiens , faisaient tous leurs efforts pour judaïser , Simon Pierre , Jacques et quelques autres prêtres s'empressèrent de. traiter la question qui leur était proposée ; ils décidèrent en définitive que des frères choisis et éprouvés seraient envoyés vers les Gentils, et les chargèrent, d'après l'inspiration du Saint -Es-

2i><j URDERIC VITAL.

prist , d'une lettre , dans laquelle ils prévenaient leurs frères de mettre de côté toute autre charge , pour s'abstenir de ce qui a élé sacrifié aux idoles, des animaux suffoqués, du sang et de la fornication. En conséquence , Paul et Barnabé , Judas, surnommé Barsabas , et Silas , furent envoyés à Antioche , et remirent l'épître des apôtres et des prêtres à la multitude des croyans parmi les Gentils. Ceux-ci, Payant lue, furent consolés et joyeux. Judas et Silas , qui étaient prophètes , portèrent de grandes paroles de consolation à leurs frères , les fortifièrent , et , peu de temps après, retournèrent en paix à Jérusalem. Cependant Paul et Barnabé annoncèrent pendant quelque temps dans Antioche la parole du Seigneur : à leur départ ils se partagèrent. Barnabé, avec Marc Jean, s'embarqua pour Chypre, tandis que Paul, ayant fait choix de Silas, parcourut la Syrie etJa Cilicie , confirma les églises, et prescrivit d'observer les préceptes des Apôtres et des prêtres. Paul se rendit ensuite à Derbe et à Listre : il y circoncit, pour éviter les embûches des Juifs , Timothée, qui était fils d'un Gentil. Il traversa la Phrygie, la Galatie et la Mysie; il descendit en Troade , et, averti par une vision nocturne, passa en Macédoine. 11 prêcha à Philippes , qui est la ville capitale de cette dernière contrée, il fit entendre la parole du Seigneur à Lydie , marchande de pourpre , qui était attachée au vrai Dieu : baptisée , ainsi que sa maison , elle crut , et pria vivement les Apôtres de demeurer chez elle.

Comme Paul se rendait à la prière avec ses compagnons, il rencontra une jeune fille qui avait un esprit de Python , et qui , par ses divinations , procurait a ses

maîtres un grand gain. Elle les suivit en criant : «Ces « hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut , et « ils vous annoncent la voie du salut. » Ayant continué d'en agir ainsi pendant plusieurs jours de suite , Paul , qui en était lâché , dit à l'esprit dont elle était obsédée : « Au nom de Jésus-Christ , je t'ordonne de « sortir de cette fdle. » 11 sortit à l'instant même. Les maîtres de la jeune fille , qui voyaient ainsi s'évanouir toute espèce de profit , se mirent en colère ; ils conduisirent Paul et Silas à la place publique devant les magistrats , et les accusèrent de mettre le trouble dans la ville en y introduisant une manière de vie étrangère aux Romains. La populace agitée se réunit aux ennemis des innocens. Par l'ordre des magistrats , ils furent frappés de verges, et plongés dans un cachot où on leur fixa les pieds dans des sarmens. Au milieu de la nuit Paul et Silas adorèrent le Seigneur et chantèrent ses louanges : ils ne tardèrent pas à éprouver son assistance spéciale. Soudain un grand tremblement de terre se fit sentir à un tel point que les fondemens même de la prison furent ébranlés. Toutes les portes s'ouvrirent; les chaînes de tous les prisonniers tombèrent. A cette vue le geôlier , extraordinairement effrayé , et ayant entendu de Paul les paroles de la foi , crut et se fit baptiser avec toute sa famille. Les magistrats de la ville, ayant appris que ces apôtres étaient Romains, éprouvèrent de la crainte, les tirèrent de prison et les prièrent de sortir de la ville. Ils se rendirent chez Lydie , et par Amphipolis et Apollonie vinrent à Thessalonique. Là, pendant trois sabbats, Paul entra dans la synagogue des Juifs, et y prêcha publiquement sur les Ecritures, insinuant et démontrant que leChrist

208 0RDERIC VITAL.

avait dû souffrir la Passion et ressusciter d'entre le» morts, et que ce Christ était celui qu'il annonçait. Plusieurs des Juifs et des Gentils crurent et se joignirent à Silas et à Paul : c'est ce qui détermina les Juifs, animés par le dépit, à soulever la populace. Ils accusèrent Jason et quelques autres frères qu'ils traînèrent devant les magistrats de la ville ; mais ceux-ci , ayant entendu la justification de Jason et des autres , les mirent en liberté. Aussitôt les frères firent partir dans la nuit Paul et Silas pour Bœrée , d'où les frères conduisirent Paul jusqu'à Athènes, afin de le préserver de la fureur de la multitude. 11 y attendit Silas et Timothée , qu'il avait laissés à Bœrée. Cependant il disputait dans la synagogue avec les Juifs et les Païens , et , sur la place publique, il prêchait journellement devant tous ceux qui venaient l'entendre. Quelques philosophes , soit épicuriens soit stoïciens , dissertaient avec lui. Les Athéniens et les étrangers ne s'occupaient à autre chose qu'à dire et se faire raconter des nouvelles. Paul, ayant été conduit à l'Aréopage, prit la parole, reprit les Athéniens sur leur idolâtrie et leurs superstitions , et commença à leur parler de leur autel sur lequel on lisait ces mots : « Au Dieu inconnu. » Il prit de là le texte delà prédication qu'il s'était imposée, et leur annonça le vrai Dieu , qui en effet était jadis inconnu au monde 5 puis , renfermant beaucoup de choses en peu de mots , il parla d'une manière pressante de la foi et de l'espérance de la résurrection. Alors Denis-l'Aréopagite tamaris sa femme, et quelques personnes qui leur étaient attachées , crurent à l'apôtre. Ensuite Paul sortit d'Athènes, etserenditàCorinthe; il y poursuivit le cours de ses prédications en annonçant Jésus-Christ aux Juifs

cl aux Grecs. Il discutait dans la synagogue tous les jours de sabbat. Silas et Timothée arrivèrent de la Macédoine. Aux prédications de Paul, Crispe, chef delà synagogue, toute sa famille et un grand nombre de Corinthiensse rendirent à la foi et se firent baptiser. Paul alla loger dans la maison d'un certain Tite- le- Juste, laquelle était contiguë à la synagogue. Par Tordre de Dieu , manifesté dans une vision nocturne , l'apôtre y demeura un an et six mois , et y enseigna avec persévérance la parole de Dieu. Là, un juif nommé Aquilas, originaire du royaume de Pont, demeurait avec Priscille sa femme. Paul fabriquait des tentes comme ce juif , travaillait avec lui et vivait ainsi de l'ouvrage de ses mains. Après avoir fait ses adieux à ses frères , Paul vint en Syrie et se rendit à Éphèse. Il alla ensuite à Césarée , et , peu de temps après , à Antioche ; après quelque séjour, il en partit, et parcourut de suite la Galatie et laPhrygie, où il confirma dans la foi tous les disciples.

Jusqu'ici j'ai sommairement recueilli sur la primitive Eglise ce que rapporte Luc dans les Actes des Apôtres, jusqu'au lieu où Paul baptisa dans Ephèse, au nom de Jésus-Christ, les disciples qui n'avaient été baptisés que du baptême de Jean. Il y resta avec ceux qui, pleins de l'Esprit-Saint , avaient le don des langues et prophétisaient-, il y rendit de grands services durant trois mois par ses prédications sur le règne de Dieu; il en partit, et, pendant deux années, il porta l'Evangile en Asie , et y fit , au nom du Christ, de grands miracles sur les malades et les démoniaques. Désormais il me reste à parcourir d'autres écrits, et à y puiser certains détails sur les mêmes Apôtres, i. i4

autant que j'en pourrai découvrir dans les livres authentiques qui ont l'approbation de l'Eglise.

Le rang des Apôtres et le mérite de chacun ne sont connus que du seul Créateur de toutes choses , qui , sondant les secrets du cœur humain , distribue à tous la rétribution de leurs travaux. Le mot apôtre signifie envoyé. En eflet le Christ les envoya évangéliser par tout le monde, afin que , comme le pêcheur attire du fond de la mer dans ses filets, ils amenassent de l'abîme des vices à la lumière de la vie, par leurs prédications, les hommes exposés à une perte certaine. Voici quels sont leurs noms : Simon-Pierre et André son frère, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, Jacques , fils d'Alphée , et Philippe , Thomas et Barthélémy, Lévi Matthieu et Simonie Chananéen, Jude, Thaddée et Matthias.

Le premier par la vocation, le plus grand par la dignité , Pierre , porteur des clefs , monta sur le siège de la puissance apostolique, lui qui, obéissant avec empressement au Christ, l'avait sans cesse aimé de tout son cœur* Fils de Jonas ou Jean , il naquit à Bethsaïde , dans la province de Galilée , village situé auprès du lac de Gennésareth. Pour annoncer sa dignité future et l'éclat auquel s'éleva sa puissance , il porta trois noms : par l'indice de ces trois mots , la vertu multiple qui lui fut donnée par le ciel brille évidemment, car Simon signifie obéissant, Pierre reconnaissant , et Céphas une tête. En effet , Simon , par l'obéissance avec laquelle, ayant entendu le commandement du Seigneur, il s'attacha avec zèle à le suivre jusqu'à la mort , en abandonnant tout ce qui pouvait lui plaire et le retenir, s'éleva à la connaissance

de l'ineffable divinité. Inspiré parle ciel , il rechercha ardemment les connaissances divines qui sont au dessus de l'intelligence humaine , et fit entendre fidèlement la voix éloquente d'une glorieuse confession , en disant : « Vous êtes le Christ , fils du Dieu vi- « vant. » Aussi, récompensé incomparablement par le Christ, il mérita d'être honoré et désigné comme le chef et la base de l'Eglise. Le rémunérateur généreux qui lui avait divinement inspiré la connais- - sauce de son essence céleste lui accorda , de son autorité supérieure, la foi d'un cœur pur, que sa bouche avait manifestée. « Simon Barjone, dit le Saua veur , vous êtes bien heureux , parce que la chair « ni le sang ne m'ont point révélé à vous, mais bien « mon Père, qui est dans les cicux. » Simon, c'està-dire l'obéissant, qui s'appelle aussi Barjone, c'està-dire fils de la colombe qui désigne le Saint-Esprit , est véritablement bien heureux. L'homme obéissant, comme dit Salomon, publiera ses victoires; pendant qu'il observe sans cesse les commandemens divins , il est attaqué par diverses tentations dans ses combats journaliers -, et , s'il persévère dans la loi de Dieu , il triomphe de Satan. En effet, qu'est-ce que la loi divine commande ou enseigne qui n'ait pas pour objet d'engager tout homme à combattre pour son Créateur, à lutter avec l'antique serpent , qui nous tend toujours des embûches , et à faire tous ses efforts pour obtenir le prix de la céleste vocation ? Alors le courageux champion de la cause divine peut sans doute parler de ses victoires , quand il rend grâces à Dieu son protecteur, après avoir terrassé son ennemi , en disant avec le Prophète : « Vous m'avez ceint de cou-

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« rage pour la guerre , et vous avez renversé sou*. « mes pieds ceux qui s'étaient élevés contre moi. » 11 peut dire encore beaucoup d'autres choses semblables. Personne ne peut réjouir Dieu le père par Ja sainteté des œuvres, si, par la grâce du Saint Esprit, il n'a obtenu la vertu de l'obéissance. Ensuite le Sauveur , consommant magnifiquement la récompense de la pieuse confession de Simon , lui dit : « Vous êtes « pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , « et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre « elle. » Pétries , en latin , Cèphas , en syriaque , sont des noms qui, dans l'une et l'autre langue, ont été dérivés du mot qui signifie pierre. En effet , l'Eglise dérive du Christ, qui est la pierre angulaire sur laquelle elle est posée.

Ainsi, par son obéissance, Simon parvint à la connaissance du fils de Dieu, qui ne lui fut révélé ni par la chair, ni par le sang, mais par le Père céleste. C'est pourquoi Pierre, c'est-à-dire connaissant, mérita d'obtenir son surnom du Sauveur. Enfin, ayant reçu les clefs du céleste royaume, il fut établi par Je roi Sabaoth Céphas, c'est-à-dire la téte de l'Eglise. En effet, prince et souverain pontife des Apôtres, doué de la puissance de lier et de délier, célèbre par la doctrine et la sainteté, illustre par les signes et les miracles, il fut, dans l'Eglise du Christ, le premier pasteur et son vicaire spécial \ il prêcha pendant sept ans les circoncis, et manifesta ses œuvres merveilleuses , dont Luc fait mention dans les Actes des Apôtres, comme je l'ai remarqué plus haut. 11 guérit, à la porte principale du temple, un boiteux âgé de quarante ans, et conféra le baptême à cinq mille

HISTOIRE DE NORMANDIE; LIV. II. ai 3

Juifs ; il punit , après les avoir réprimandés , Ananie et Saphire sa femme ,. coupables de fraude et de mensonge , et frappa ainsi de terreur les hommes présens et la postérité, afin qu'ils se corrigeassent salutairement. Son ombre seule touchait dans leurs lits les malades sur les places publiques où il passait ; et , par ses mérites ainsi que par la puissance que le ciel lui avait départie , ils étaient aussitôt rendus à la santé. Il guérit à Lydda, au nom du Seigneur, le paralytique Enée qui depuis huit ans gissait sur un grabat, et conduisit à la foi ceux qui virent et admirèrent la nouveauté de ce miracle. Dans Joppé, il ressuscita la vénérable veuve Tabita qu'il rendit vivante aux veuves et aux saints qui l'entouraient. Les autres choses qu'il fit depuis la Judée jusqu'à Antioche , et les victoires qu'il remporta dans ses fréquentes disputes avec Simon-le-Magicien , ont été expliquées par Clément le Romain , fils de Faustinien , dans ses livres des Récognitions, ouvrage qu'il a aussi appelé Y Itinéraire de Pierre. Cet auteur, après avoir abandonné tout ce qu'il possédait à Rome , s'embarqua pour la Palestine, et alla trouver à Césarée l'apôtre Pierre, qui lui fut indiqué par Barnabé qu'il avait autrefois traité chez lui avec tous les égards de l'hospitalité et les soins de l'amitié. Clément fut accueilli par Pierre comme un fils par son père , à cause de la bienveillance dont Barnabé et lui l'honoraient. Instruit à fond dans la foi du véritable prophète, et ayant puisé une nouvelle vie dans les eaux sacrées , il s'attacha à lapotre d'une manière inséparable.

Pierre disputa à Césarée contre Simon-le-M;igicien, et fortifia dans la foi ce qui resta de l'assemblée ,

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après que Simon se fut retiré Je soir avec raille des as sistans. Ayant invoqué le nom de Dieu, il guérit les démoniaques et les malades.

Le lendemain, la discussion recommença, et avec l'aide de Dieu Simon fut vaincu sur beaucoup de points. Enfin, vers la chute du jour, Simon confus se retira avec un petit nombre de personnes, et le peuple satisfait se prosterna devant Pierre. Les démoniaques et les malades furent guéris par ses prières, et obtenant la science et la miséricorde du vrai Dieu , ils se retirèrent pleins de joie. Le troisième jour, Pierre convainquit par la vérité de ses raisonnemens Simon qui niait l'immortalité de famé , et mit au jour ses forfaits dont il lui donna les preuves. Le peuple , indigné , chassa le blasphémateur de la place , et même de la maison : de la multitude qui lavait long -temps entouré, un seul homme à peine osa le suivre. Cependant Simon chargea sur les épaules de son compagnon toute sa magie de pollution et d'exécration ; et craignant d être repris par les lois, il les précipita Ja nuit dans la mer. Son compagnon ayant refusé de raccompagner, parce qu il le reconnaissait enfin pour un détestable imposteur, il fut obligé de prendre la fuite.

Pierre demeura trois mois à Césarée, et y ordonna évéque Zachée.^11 y baptisa un jour de fête une multitude de croyansqui s élevaient jusqu'au nombre de dix mille. De là il envoya douze frères après Simon, afin de tâcher de découvrir ses traces. Ceux dont l'apôtre fit choix , furent Sophonie et Joseph, Michée et Eléazar , Phinée et Lazare , Elisée et Benjamin , fils de Saba, Ananie, fils de Saphire, Rubel, frère de Zachée, Nicodème et Zacharie l'architecte. En attachant ainsi

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au culte de la divinité les frères fidèles , Pierre eut en vue le nombre duodénaire, et, s'appuyant principalement sur la grâce de Dieu , il voulut se servir d'eux pour poursuivre Simon-le-Magicien et les autres ennemis de la justice.

Trois mois après , Pierre se rendit , en passant par Dor , à la ville de Ptolémaïs , et y resta dix jours pour instruire le peuple dans la loi du Seigneur. Il s'occupa ensuite à répandre aussi la divine semence de la parole dans Tyr , Sidon et Béryte ; puis il entra à Tripoli avec une multitude considérable d'élus qui l'avaient suivi de chacune de ces villes. Là il fut reçu, au grand empressement de tous les citoyens, dans la maison de Maron 5 ils accordèrent aussi une hospitalité gratuite et pleine d'humanité à tous les compagnons de Pierre. Dès le matin , la foule se porta au jardin de Maron pour entendre l'apôtre-, il mit en fuite les esprits immondes qui vociféraient du fond des corps obsédés par eux , et guérit par ses discours ceux qui étaient malades. C'est là qu'il sema pendant trois mois la parole du salut , et qu'il baptisa Clément ainsi que plusieurs autres dans des fontaines qui sont voisines de la mer. Il établit évêque son hôte Maron , déjà accompli en toutes sortes de vertus.

De là il se rendit à Antarados , et divisa en deux sections la multitude des croyans qui le suivait. Il ordonna à Nicétas et à Aquilas de les conduire et de le précéder à Laodicée , de peur qu'une si grande multitude n'excitât la jalousie des ennemis de la foi. Pendant le voyage , dans l'intimité de la conversation , Clément fit connaître à Pierre d'où il était ; il lui raconta son origine et l'histoire de sa famille. Le lende-

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mai h il se rendit dans une île voisine pour y admirer des colonnes de verre d'une immense grandeur. C'est là qu'au bout de vingt ans il reconnut, grâces à Pierre, sa mère Matidie. Pierre guérit par sa prière une paralytique, hôtesse de Matidie, et Clément donna à cette malade une récompense de mille drachmes.

Ensuite Pierre alla à Panéade , puis à Palton et GabaJa; il gagna ainsi Laodicée, où il resta dix jours. Là se fit la reconnaissance de la mère et des trois frères de Clément Faustin. Deux frères, qui étaient jumeaux, racontèrent qu'après un naufrage qu'ils avaient éprouvé , comme ils étaient ballottés par les vagues sur un fragment de madrier où ils se tenaient attachés, des pirates les trouvèrent , et , après les avoir fait monter sur leur barque , les conduisirent à Césarée , où ils les vendirent sous des noms supposés à une certaine femme qui était juste : elle les fit élever comme ses enfan9 , les fit instruire dans les lettres libérales et grecques, et, lorsqu'ils furent parvenus à un certain âge, les mit aux études philosophiques.

Pendant que Pierre restait à Laodicée , et qu'il s'y occupait sans relâche, suivant sa manière , à de pieux travaux , un vieillard nommé Faustinien, ayant toutes les apparences de la pauvreté , se présenta pour prouver qu'il n'y a pas de Dieu , qu'il n'y a pas de providence en ce monde , et qu'un culte n'est pas nécessaire ; mais que tout se fait par cas fortuit et par le hasard de la naissance. Ses trois fils , qu'il ne connaissait pas encore, s'élevèrent contre lui en présence du peuple, le réfutèrent durant trois jours avec beaucoup de distinction , et , dans leurs réponses , intruisirent leurs auditeurs en tontes sortes de bonnes doctrines.

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