HISTOIRE DE M)H M AM UK } LIV. II
Le premier jour , Nicétas allégua sagement qu'il existe un Dieu maître de tout, qui a fait le monde et le gouverne par sa providence , juste Seigneur , devant rendre à chacun ce qui lui appartient selon ses œuvres. Le lendemain, Aquilas disserta avec éloquence sur ce que le Seigneur juste disposa tout justement : le troisième jour , Clément disputa sur la raison de la naissance, savoir si tout en dépend, ou s il existe quelque chose en nous qu'il faille attribuer non au hasard de la naissance , mais à la volonté de Dieu. C'est alors que par une inspiration divine , sans laquelle il ne se fait rien , et après vingt ans se fit la reconnaissance de cet obstiné vieillard et de sa femme avec leurs enfans.
Le premier magistrat de la ville fit tous ses efforts pour retenir chez lui Pierre et ses frères : sa fille qui , depuis vingt années , était cruellement obsédée par le démon , fut délivrée et guérie.
Ces mêmes jours, comme Faustinien était allé voir Anubion et Appion ses amis , qui restaient avec Simon, et comme il soupait avec eux, sa figure, par art magique, fut transformée en celle de Simon : ce qui causa une grande frayeur à tous ses amis qui craignaient que, par Tordre de l'empereur, il ne fût pris pour le magicien et puni à sa place.
Ensuite Pierre vint à Anlioche où il fut reçu par le peuple avec de grandes démonstrations de joie : il y prêcha la parole de Dieu, rendit à la santé les malades qu'on lui présenta , et guérit les paralytiques, les démoniaques, ainsi que tous ceux qui étaient affectés de quelque accident pernicieux. Le nombre des malades était immense. En présence du peuple >
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Pierre offrit pour tous ses prières au Seigneur. Soudain, par la grâce de Dieu, une lumière extraordinaire éclata au milieu de l'assistance, et tous les malades aussitôt furent remis en santé. C'est pourquoi tous les habitans d'Antioche , d'une voix unanime , confessèrent le Seigneur. En sept jours, plus de dix mille hommes croyant Dieu furent baptisés.
Théophile, qui , parmi les puissans de la ville, était le plus élevé, s'enflamma pour le Sauveur d'un amour si vif qu'il lui offrit avec reconnaissance sa maison propre à faire une grande basilique, qui fut consacrée sous le nom d'église , et dans laquelle le peuple érigea une chaire à l'apôtre Pierre. Cependant Faustinien , à la vue de tant de miracles , ouvrant son intelligence aux célestes mystères, se jeta en public aux pieds de l'apôtre, abjura ses vieilles erreurs, et demanda à être baptisé. L'apôtre Pierre lui prescrivit le jeûne, et le dimanche suivant lui conféra le baptême; et, prenant texte de cette conversion pour sa prédication, il exposa au peuple tous les événemens de la vie de Faustinien. Ainsi cette narration réunit pour tous les auditeurs l'utilité à l'agrément, et rendit tout-à-fait recommandables au peuple le vieillard et sa famille. Toute la ville fît d'heureux progrès dans le culte divin , et la sainte mère Eglise se réjouit dans Jésus-Christ par le nombre des fidèles qui croissait journellement.
Le bienheureux apôtre Pierre occupa d'abord pendant sept ans le siège d'Antioche, et prêcha dans le Pont , la Galatie , la Cappadoce , l'Asie et la Bithy nie. Ensuite Simon-le-Magicien étant allé à Rome, Pierre consacra l'église d'Antioche, et y ordonna pour l'é- »
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tablir à sa place, le prêtre Evod. Enfin il partit pour Rome avec plusieurs disciples choisis, et entra dans cette ville du temps de l'empereur Claude. Il y trouva le magicien dont nous venons déparier, occupé à séduire le peuple par ses impostures fantastiques , au moyen de cette puissance diabolique qu'on appelle démon familier. Ce fourbe en était enflé d'un tel orgueil qu'il se glorifiait d'être Dieu 5 il avait même obtenu des citoyens romains l'honneur d'une statue sur les bords duTibre, entre les deux ponts, comme s'il eût été mis au nombre des Dieux : en effet , Satan s'était emparé de cet insensé qui proclamait toutes sortes de méchancetés. Il l'arma d'abord d'une criminelle hérésie pour combattre la foi pure de l'Eglise. Le toutpuissant Emmanuel disposa à combattre pied à pied l'illustre chef de sa milice : je désigne ainsi Simon- Pierre , à qui le Christ confia les clefs du céleste royaume, et que, comme prince des apôtres, il établit pour gouverner saintement l'Eglise. Ainsi , arrivé à Rome, il dissipa les ténèbres du mensonge au grand jour de la vérité et de la justice ; et là , digne censeur , jugeant, avec équité , il occupa le siège pendant vingt-cinq ans deux mois et trois jours.
Quand la lumière éclatante de la parole de Dieu eut éclairé la ville de Rome , et que la parole de vérité , préchée par Pierre , eut pénétré dans l'ame de tous les auditeurs, et leur eut causé tant de satisfaction qu'une seule prédication par jour ne suffisait pas au zèle des assistans, Marc, disciple de 1 apôtre, déterminé par ses pressantes et journalières sollicitations, écrivit son Evangile, mit ainsi par écrit ce que Pierre enseignait par la parole , et le transmit
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à la postérité pour le perpétuel enseignement des lecteurs. Pierre se réjouit tle ce que, grâce au Saint- Esprit, il se trouvait ainsi dépouillé par une sorte de larcin religieux. Prenant en considération les avantages de la foi et de la piété , il confirma lui-même les récits de TEvangéliste, et donna à toujours l'Ecriture à lire aux églises. 11 composa deux épîtres qu'on appelle canoniques. C'est ainsi que, pendant les règnes de Tibère , de Caïus Caligula , de Claude et de Néron, il travailla virilement dans la vigne du Seigneur, forma d'excellens disciples, les remplit de vertu et de science , et leur donna une destination spéciale pour diverses contrées. En conséquence il plaça son disciple Marc, qu'il aimait comme un fils, d'abord à Aquilée, puis à Alexandrie ; Martial à Limoges \ Apollinaire à Ravennes -, Valère à Trêves, et plusieurs autres qui, établis dans divers lieux, firent, au nom du Christ, de nombreux miracles, conduisirent à la lumière de la foi une multitude de Gentils, les régénérèrent dans fonde sacrée du baptême, et les placèrent dans le sein de la pieuse mère Eglise.
Un jour que Pierre était à Rome, pendant que plusieurs de ses frères prenaient leur repas, Tite lui dit : « Puisque tous les malades sont guéris par vous, « pourquoi laissez-vous étendue à terre la paralyti- « que Pétronille? » L'apotre répondit: « Il lui coua vient qu'il en soit ainsi ; mais pour qu'on ne croie u pas que je veuille, par mes discours, cacher l'impos- « sibilité où je serais de la guérir, je dis à cette fem- « me : Levez -vous, Pétronille, et venez nous serti vir.w Aussitôt elle se leva guérie, et fit le service de h
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table. Dès qu'elle eut fini, il lui ordonna de retournera sou grabat; puis, quand elle commença à être parfaite dans la crainte de Dieu , non seulement son mal se dissipa, mais elle recouvra de mieux en mieux une santé parfaite quelle dut à l'abondance de ses prières.
Illustre champion du Tout- Puissant, vase d'élection /docteur des Gentils , prédicateur de la vérité, méritant de posséder le douzième trône parmi les Apôtres , ravi dans le ciel pour y entendre ces secrètes paroles qu'il n'est pas donné à l'homme de proférer , Paul doit être dignement glorifié et continuellement honoré par les enfans de l'Eglise comme leur savant précepteur. 11 avait été appelé Saul : ce qui signifie en hébreu tentation, parce que d abord il s'attacha à tenter la sainte mère Eglise. Ensuite ayant changé de nom, de Saul il fut appelé Paul, c'est-à-dire admirable, et devint ainsi merveilleusement de loup ravissant le plus doux des agneaux. Paul en latin s'interprète par petit. C'est pourquoi il dit publiquement en parlant de lui-même : « Je suis « le plus petit des Apôtres. »
Paul, de la tribu de Benjamin , pharisien issu de pharisiens , naquit à Tarse en Cilicie. 11 fut élevé à Jérusalem , depuis son e nfance , et instruit dans la loi de Dieu par Gamaliel. L'an second après l'Ascension du Seigneur , comme il se montrait trop ardent zélateur de la religion de ses pères, disposé à sévir violemment contre les Chrétiens, et qu'il se rendait, avec des dépêches du prince des prêtres , vers la ville de Damas pour y faire mettre à mort les adorateurs du Christ, il fut tout-à-coup, aux approches de la
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ville, environné d'une lumière extraordinaire ; et , • frappé inopinément par la céleste voix du Seigneur Jésus, il fut, pour son salut, précipité à terre d'où il se releva dépouillé de son ancienne férocité. Ce fut alors que conduit à Damas par ses compagnons de voyage, il y resta trois jours privé de l'usage de ses membres. Au bout de ce temps, visité , d'après l'ordre de Dieu , par Ananie , il embrassa la foi qu'il avait combattue , reçut le baptême et alla prêcher avec intrépidité les Juifs et les Gentils. Ayant commencé à Jérusalem , il pénétra jusqu'en lllyrie , en Italie , en Espagne , et proclama le nom de Jésus- Christ devant les peuples de beaucoup de contrées auxquels il était encore inconnu. L'évangéliste Luc, compagnon de Paul et son collaborateur , parle de lui jusqu'à la fin avec exactitude comme avec dignité, et s'occupe admirablement de ses principales actions.
Arator , sous - diacre de la sainte Eglise romaine , a écrit à ce sujet un second livre -, il a chanté pieusement dans un mètre héroïque les Actes des Apôtres et les combats de Paul, sa patience dans ses maux et le naufrage qu'il souffrit. J'ai déjà précédemment recueilli quelques-unes de ses actions : toutefois je ne crains pas de les rappeler , pour la plus grande gloire du Créateur.
Saul , qui est le même que Paul, ayant par l'avertissement du Saint-Esprit quitté ses compagnons, alla prêcher à Paphos; il y frappa d'aveuglement le magicien Elymas, qui résistait aux paroles de la foi, et convertit le proconsul Sergius Paulus. Entré dans la synagogue d'Antioche, il leva la main pour recommander le silence \ il parla du peuple d'Israël quit-
tant l'Egypte à travers des mers suspendues et les diverses merveilles qui s'opérèrent dans le désert. Un autre jour de sabbat, il entretint l'auditoire de la Passion du Christ ainsi que de sa Résurrection; il rapporta en preuve les passages des prophètes et augmenta le troupeau de l'Eglise d'un grand nombre de croyans.
A Listre , il guérit un boiteux de naissance qui écoutait avec attention la parole de Dieu ; il déchira ses vêtemens, et employa l'éloquence et la raison pour calmer le zèle des Lycaoniens, qui , conservant encore leurs vieilles superstitions , voulaient lui offrir des sacrifices.
Après beaucoup de combats dans la prédication, il traita la question des Juifs baptisés , afin que les nouveaux croyans ne reçussent pas le baptême avant d'avoir été circoncis. Il envoya à cet effet des délégués aux fidèles de Jérusalem , consulta Pierre , Jacques et d'autres vieillards , et transmit dans une épître
leur sentiment sur la nécessité de s'abstenir des vie-
times sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés , et en outre de la fornication. Philippe chassa l'esprit immonde du corps d'une jeune fille, et ayant forcé à la fuite le démon , qui répondait aux questions qu'on lui faisait, il priva du prix de leurs divinations les avides spéculateurs qui en trafiquaient. C'est ce qui le fit accuser par cette sorte de gens auprès des magistrats qui l'envoyèrent en prison. Pendant la nuit, il s'adressa dans ses prières au Seigneur de lumière, et ce propice protecteur des fidèles s'empressa de l'exaucer ; car, un tremblement de terre s'étant manifesté , les chaînes des prison-
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niers se détachèrent ; et le geôlier lui-même s'étant fait baptiser avec sa famille, Paul et Silas , serviteurs du roi Sabaoth , furent mis en liberté.
Paul , prêchant à Athènes, y fut surnommé par le peuple l'homme qui sème la parole, et fut ainsi appelé convenablement par les Infidèles. En effet, de ses paroles il coulait une fontaine propre à désaltérer ceux qui avaient soif de la vie éternelle, et il répandait gratuitement la semence du salut devant ceux qui desirait nt la recueillir. 11 combattit contre les philosophes, tant épicuriens que stoïciens, et leur annonça le vrai Dieu, que les Athéniens désignaient sous le nom de Dieu inconnu. Denis-l'Aréopagite , ainsi que sa femme Damaris, crurent et furent baptisés; et Paul l'admit au nombre de ses amis les plus distingués par la sagesse et la justice. Peu de temps après, comme l'assure l'athénien Aristide, Denis fut ordonné évêque d'Athènes par l'apôtre, et après 'beaucoup d'illustres témoignages de ses vertus, il reçut la noble couronne du martyre.
Paul passa à Corinthe : il y trouva Aquilas qui prêchait avec sa femme Priscilla ; il se fixa chez lui, et y exerça l'art de faire des tentes dans lequel ils étaient habiles. C'est là que le Christ l'avertit de ne pas cesser ses prédications; il obéit fidèlement, et beaucoup de conversions furent le fruit de ses travaux. Dans Ephèse, le Saint-Esprit accorda le don de la diversité des langues à douze hommes que Paul venait de baptiser au nom du Seigneur. Pendant que Paul y guérissait, au nom du Seigneur Jésus, plusieurs espèces de malades, sept Juifs osèrent imposer les mains sur Sceva, fils du prince des prêtres, lequel était pos-
sédé du démon, qu'ils conjurèrent par le nom du Seigneur que Paul prêchait. Le démon ne tarda pas à prouver par le démoniaque qu'il reconnaissait Jésus et son disciple Paul ; car il fondit sur les exorcistes infidèles qu'il déchira et mit en fuite. Un grand nombre d'Ephésiens ayant entendu la prédication de la vérité crurent et reçurent le baptême , et quelques hommes avides de s'instruire brûlèrent leurs livres de magie, dontle prix s'éleva à cinquante mille deniers. Ainsi croissait et se fortifiait puissamment la parole de Dieu ; ainsi sa grâce corroborant les fidèles , le parti des impies était confondu et séchait de dépit. Cependant Paul envoya en Macédoine Timothée et Eraste , tandis qu'il restait pour quelque temps en Asie.
Un orfèvre nommé Démétrius, voyant que les Ephésiens, par suite des instructions de Paul, cessaient de lui acheter de petits temples de Diane, et regrettant la perte des bénéfices que son métier lui rapportait , puisque la condamnation des idoles le réduisait à l'oisiveté , rassembla des complices , prépara une plainte générale et excita le peuple aux clameurs et à la sédition. C'est ce qui porta une foule de furieux à se précipiter vers le théâtre , où elle enleva les Macédoniens Gaïus et Aristarque, compagnons de Paul: mais ce vain bruit d'insensés n'attira sur ses auteurs que de la confusion.
Paul ayant réuni ses frères leur fit ses adieux, et leur adressa ses exhortations. Il se mit en route pour se rendre en Macédoine. 11 resta trois mois dans la Grèce. Il eut alors pour compagnons Sosipater , fils de Pyrrhus de Béroée , les Thessaloniciens Aristarque et Secundus , Gaïus de Derbes, Timothée, Titieus et
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Trophime. tous trois asiatiques. Après la fête des Azimes. Paul et Luc allèrent par mer, en cinq jours , de Philippe* à Troade, et y passèrent sept jours. Le premier jour de la semaine, plusieurs personnes s'étant reunies pour rompre le pain , comme ils écoutaient jusqu au mUieu de la nuit un long discours de Paul , qui devait partir le lendemain , un jeune homme nommé Eutychus, assis sur une fenêtre, succomba au sommeil, et tomba du troisième étage. Mais Paul, par ses prières, lavant ressuscité, il revint à la vie k la grande satisfaction de ceux qui avaient été témoins de l'événement.
De Milet Paul envoya à Ephèse pour mander le5 anciens de l'église , et leur expliqua beaucoup de choses utiles pour le salut des ames. Ayant terminé sa prédication, il s agenouilla, et toute l'assistance se mit à prier avec lui. On répandit des larmes abondantes, et les frères s'étant embrassés, ils conduisirent lapôtre à son vaisseau. 11 y monta, et continuant en ligne droite sa navigation, il passa à Chio , à Rhodes, à Patare, et traversant la Syrie, il arriva à Tyr où il resta sept jours avec ses fidèles amis en Jésus- Christ. De Ptolémaïs il alla à Césarée, et logea dans la maison d'un évangéliste , Philippe , qui avait quatre tilles vierges qui prophétisaient. Alors le prophète Agabus arriva de Judée ; il se lia les pieds et les mains avec la ceinture de Paul, et par la grâce du Saint-Esprit il prédit clairement que les Juifs lieraient ainsi Paul dans Jérusalem, et qu'ils le livreraient entre les mains des Gentils. Tout le monde s étant mis à pleurer, on le pria de ne pas monter à cette ville. Paul fit cette réponse : « Je suis prêt, non seulement à être
« enchaîné dans Jérusalem, mais même à y mourir « pour la gloire du nom du Seigneur Jésus. »
Ainsi appuyé sur la constance de sa foi , il alla à Jérusalem -, il y raconta à Jacques et aux autres an-» ciens tout ce que par son, ministère Dieu avait opéré parmi les nations. Ayant appris la conversion des Geiir iils, ils glorifièrent le Seigneur créateur de toutes choses. Ensuite Paul entra dans le temple pour la purification, et commença à accomplir les cérémonies de la loi de Moïse, afin d'ôter toute occasion de scandale aux zélateurs de la législation paternelle : ainsi s'étant fait juif avec les Juifs , il satisfit tout le monde. Cependant les Juifs asiatiques , qui virent Paul dans le temple, soulevèrent le peuple par leurs clameurs malveillantes et le saisirent. Toute la ville fut aussitôt daus l'agitation et le peuple s'attroupa de toutes parts. On l'entraîna hors du temple, dont on ferma les portes; ou le frappa violemment et on chercha à le tuer. Claudius Lysias, tribun dune cohorte, ayant appris que toute la ville était dans la confusion par suite d'une sédition subite, prit avec lui des centeniers et des soldats, et courut au lieu du tumulte. 11 fit enlever de force l'apôtre, le fit lier de deux chaînes, le retira de la foule et le fit conduire dans la forteresse, pour savoir de lui qui il était et ce qu'il faisait. Du consentement du tribun, Paul monta les degrés, et, parlant en hébreu, raconta toute l'histoire de sa conversion , et son passage du judaïsme à la grâce du Christ , de laquelle il rendît parfaitement raison. Tandis qu'il parlait avec la plus grande sagesse, les Juifs ne pouvant supporter la force de ses paroles élevèrent des clameurs, violentes , et se mirent à crier avec
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fureur : « Enlevez-le d'ici-bas, car il n'est pas juste de « le laisser vivre.» Le tribun le fit conduire à la forteresse, frapper de verges et livrer à la torture. Alors Paul dit au centenier qui était avec lui : « Est-ce qu'il « vous est permis de frapper un citoyen Romain, et qui « n'a point été condamné ? » Le tribun ayant entendu ces paroles , et voyant dans Paul un citoyen Romain , ne fut pas sans crainte de ce qu'il l'avait fait lier.
Le lendemain Paul fut conduit devant le conseil au milieu duquel , se tenant debout , il parla pour luimême avec une grande justesse. Cependant Ananie, prince des prêtres, ordonna à ceux qui étaient près de lui d'aller le frapper à la figure. Alors Paul lui adressa la parole en ces termes : « Le Seigneur vous « frappera aussi, muraille blanchie. Vous siégez ici « pour me juger selon la loi , et c'est contre la loi que « vous ordonnez qu'on me frappe. » Les assistans dirent à l'apôtre : « Vous maudissez le grand-prêtre de « Dieu ? » Paul reprit alors : « J'ignorais , mes frères, « que cet homme fût le prince des prêtres. » En effet , il est écrit : « Vous ne maudirez pas le prince de votre a peuple. » Paul sachant qu'une partie du conseil était composée de Sadducéens et l'autre de Pharisiens, s'écria au milieu du conseil : «Mes frères, je suisPhari- « sien, fils de Pharisien ; je ne suis poursuivi que parce « que j'espère une autre vie, et que je crois à la résur- « rection des morts. » A ces mots, les partis se divisèrent et la multitude se sépara. Les Sadducéens prétendent qu il n'y a ni résurrection , ni ange, ni ame, tandis que les Pharisiens les reconnaissent. Quelques Pharisiens contestaient, en disant : « Nous ne trouvons rien « de répréhensible en cet homme. Que savons-nous
« si un esprit ou un ange lui a parlé ? » Aussitôt il s'éleva un grand tumulte, et le tribun, craignant que Paul ne fût mis en pièces par les furieux , le fit enlever du milieu deux par ses soldats, et conduire à la forteresse.
La nuit suivante le Seigneur se présentant à l'apô- . tre , lui dit : «Sois constant; car, de même que tu a as rendu témoignage de moi dans Jérusalem , il « faut que tu rendes aussi à Rome témoignage de « moi. » Le jour étant venu, plus de quarante juifs se rendirent auprès des princes des prêtres et des anciens, et firent vœu de ne manger ni boire qu'ils n'eussent conduit Paul au conseil , et qu'ils ne l'eussent massacré. Le tribun , ayant appris cette conjuration par le fils de la sœur de Paul , déjoua adroitement les ma-: chinations des impies. En effet, à la troisième heure de la nuit, ce* officier envoya à Césarée l'apôtre enchaîné , sous l'escorte de deux cents soldats , de soixante-dix cavaliers et de deux cents lanciers ; il remit la connaissance de l'affaire au gouverneur Félix , auquel il écrivit. Amené à Césarée , Paul fut renfermé dans le palais d'Hérode , et cinq jours après conduit à l'interrogatoire. Le grand-prêtre Ananie s'y présenta, avec les vieil! ards-juifs ; et l'orateur Tertulle exposa insidieusement l'accusation contre Paul. Celui-ci, du consentement du gouverneur , répondit en peu de mots, et, par une réponse prudente, réfuta complètement ses acousateurs. Le gouverneur ajourna l'affaire jusqu'à ce que le tribun fût descendu de Jérusalem , et prescrivit au centenier de garder soigneusement le prisonnier. Quelques jours après, Félix étant venu avec Prusilla sa femme , qui était juive, fit venir Paul , et
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l'entendit sur la foi qu'il avait en Jésus-Christ. Comme» l'apôtre parlait de la justice, de Ja chasteté et du jugement dernier, Félix trembla, et , dans l'espoir d'obtenir de l'argent de l'accusé , il l'envoya chercher fréquemment. Au bout de deux ans, Félix eut pour successeur Porcius Festus qui, voulant se rendre agréable aux Juifs, laissa Paul dans les fers.
Peu de temps après, Festus descendit de Jérusalem' à Césarée, et fit accuser Paul par les Juifs. Ceux-ci lui imputèrent beaucoup de griefs qu'ils ne purent prouver. Paul se justifia très -bien des imputations qu'on lui faisait d'être coupable envers la loi des Juifs, contre le temple et contre César. Enfin , à cause de la perfidie des Juifs et de la tergiversation du juge qui essayait de les favoriser , il se détermina à en appeler à César. En conséquence , il parut devant le roi Agrippa et le gouverneur Festus : ayant élevé la main , rendant raison de sa vocation et de sa foi en Jésus-Christ, il parla fort éloquemment. Enfin tout le monde admira son mérite , et les grands se disaient à l'envi et à part : « Il n'y a rien qui mérite la mort ni les fers dans « ce que cet homme a fait. On pourrait le renvoyer « s'il n'en eût pas appelé à l'empereur. » Il fut donc remis à Jules , centenier de la cohorte Augustine. Le macédonien Aristarque et lui l'accompagnèrent. On comptait dans le navire qui le portait deux cent soixante-seize ames ; la navigation , que les tempêtes rendirent fort dangereuse, dura quatorze jburs, pendant lesquels on ne vit ni le soleil ni les étoiles : comme toute espérance de salut était perdue, on ne prit pas même de nourriture. Paul avait conseillé de passer l'hiver dans lïle de Crète; mais l'avis et les efforts du
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commandant et du pilole avaient prévalu ; le centenier et ses soldats se rangèrent à ce parti. C'est ainsi qu'une téméraire précipitation fit affronter la saison des tempêtes , et eût fait périr tous les passagers , si Paul , par ses grands mérites , ne les eût préservés. Ils eurent à souffrir de grandes terreurs et de grands tra-r vaux, au point de se jeter sur les syrtes, de voir briser tous les agrès du bâtiment , et d'être contraints à jeter , de leurs propres mains, dans la mer les vivres et tout le chargement du vaisseau. Sur ces entrefaites, l'ange du Seigneur apparut à Paul et lui dit : u Paul, ne crai- « gnez rien ; il faut que vous comparaissiez devant « César -, c'est à vous que Dieu accorde la vie de tous « vos compagnons de navigation. »
Après ces désastres on arriva avec de grandes dif-^ ncultés à l'île de Malte. Les barbares eux-mêmes leur témoignèrent beaucoup d'humanité : ils allumèrent des feux pour se rétablir à cause du froid et de la pluie. Pendant que Paul apportait des sarmensau foyer, une vipère , ranimée par la chaleur , lui saisit la main. Les barbares, voyant cette attaque, assurèrent que l'animal était dangereux , et que , sans nul doute, l'apôtre ne tarderait pas à mourir; mais il Jança la vipère dans le feu , et, au grand étonnement de ceux qui étaient présens , il ne souffrit aucun mal.
Publius, gouverneur de l'île, accueillit avec bienveillance les naufragés qu'il garda trois jours. Cependant Paul alla voir le père de Publius qui était dangereusement malade de la fièvre et de la dysenterie. 11 pria, il lui imposa les mains , et le malade fut guéri; quelques autres insulaires malades vinrent trouver Paul, et reçurent leur guérison. CYsi ainsi que les mé-
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rites de Paul attirèrent de graads honneurs aux naufragés et leur firent donner tout ce qui leur était nécessaire pour leur navigation. Au bout de trois mois , ils s'embarquèrent sur un bâtiment d'Alexandrie qui avait hiverné dans Vile, et , sous la conduite de Dieu , ils ne tardèrent pas à arriver à Rome. Quelques-uns des frères , ayant appris l'arrivée de Paul , vinrent au devant de lui pour le féliciter -, il fut permis à Paul de rester dans la ville sous la garde d'un seul soldat. Trois jours après, les principaux d'entre les Juifs ayant été appelés par lui , il se plaignit devant eux de son arrestation, et de ce qu'il avait eu à souffrir de la part des frères à Jérusalem. 11 leur parla ensuite avec fermeté de la foi qu'il faut avoir en Jésus-Christ. Il passa deux ans dans la maison qu'il avait louée , et prêcha à tous le royaume de Dieu. Il enseigna , sans obstacle et en toute liberté , ce qui concerne le Seigneur Jésus- Christ.
Jusqu'ici nous avons tiré des actes des Apôtres la narration de saint Luc évangéliste , qui rapporte qu'après s'être séparé des autres frères , Paul vint à Rome , et y prêcha la parole de Dieu pendant deux ans , sans que personne empêchât ses prédications. L'an second du règne de Néron , il entra dans Rome , et se défendit lui-même devant ce prince , dont les commencemens étaient favorables encore ; rassuré par lui , il fut mis en liberté par Néron même, que, par une figure de rhétorique , il appelle lion ; il sortit de Rome et dirigea ses oas vers les nations occidentales jusqu'à Narbonne , ville de la Gaule. On rapporte qu'il y construisit une basilique , dont il fit la dédicace en l'honneur des martyrs Macchabées ; on y voit encore sur le mur , marqué
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à l'huile , un signe de croix, que l'apôtre y traça avec son pouce. Il y ordonna pour évêque Paul son disciple , qu'il établit dans la ville , et qui , après avoir multiplié ses bonnes œuvres , termina sa Vie par une fin bienheureuse.
Cet évéque, et plusieurs autres , jetèrent un grand éclat dans l'Eglise de Dieu, après avoir été formés à la foi catholique par le saint docteur des nations : ils furent placés dans la chaire magistrale pour gouverner prudemment le peuple de Dieu dans les différentes contrées de la terre. En effet, Luc en Bithynie , Tite dans l'île de Crète , Carpus à Troade , Timothée et Archippe dans l'Asie , Trophime à Arles , Onésime à Éphèse, Sosthènes à Corinthe , Titicus à Paphos, Denis l'Aréopagite à Athènes , Epaphras à Colosses , et Eraste à Philippes, jetèrent les filets de la vraie foi, et tirèrent les Païens des ténèbres de l'ignorance à la lumière de la vérité , de même que les poissons du fond de la mer. Comme ils enseignèrent le sentier de la justice, ils y retinrent, par leurs paroles et leurs actions , ceux qu'ils y avaient introduits. Aussi leurs noms sont écrits dans le livre de vie, et tous les peuples de la terre célébreront leur sagesse et leurs louanges.
Maintenant c'est une digne entreprise que de parler de la mort triomphante des saints , et de continuer avec véracité la suite de notre narration d'après les documens des Pères. Nous dirons comment ces glorieux princes de la terre , élevant noblement l'étendard du véritable Josué , conquirent la terre de la répromission ; comment ils s aimèrent l'un l'autre pendant la vie , ne furent point séparés à leur mort, et ani-
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mes d'un même esprit , combattirent à Home contre l'empereur Néron et le magicien Simon ; comment , ayant dans un seul jour vaincu 1 ennemi, ils obtinrent le royaume des cieux. Le Romain Marcel, fils du préfet Marc, baptisé par le bienheureux apôtre Pierre, a donné dans une lettre des détails sur la perversité de Simon-le-Magicien et l'innocence de Pierre à l'époque du martyre de Nérée et d'Achillée qui, pour la foi du Christ, souffrirent l'exil dans une île, et y combattirent journellement pour les invincibles assertions de la vérité contre les magiciens Furius et Priscus, disciples du magicien Simon. Ce Marcel rapporte qu'un certain jour pendant que Simon, disputant contre Pierre , vantait sa magie , et cherchait à exciter la haine du peuple romain contre l'apôtre, une veuve vint à passer au milieu d'une grande foule, faisant porter au tombeau son fils unique sur lequel elle gémissait à grands cris. Alors Pierre dit aux sectateurs de Simon : « Approchez-vous de ce cercueil , et tirez-en « ce cadavre. Celui-là qui le ressuscitera passera h « bon droit pour avoir la foi véritable. » Le peuple, ayant apporté le mort , Simon dit : « Si je le ressuscite, « vous mettrez Pierre à mort. » La foule répondit : « Nous le brûlerons tout vif. » Alors Simon , ayant évoqué ses démons , se mit à opérer avec leur ministère , et parvint à rendre au corps quelque mouvement. A cette vue le peuple commença à chanter les louanges de Simon , et à demander la perte de Pierre. Mais l'apôtre , ayant avec peine obtenu le silence , parla ainsi à la multitude : « Si ce corps est vivant , « qu'il parle, qu'il marche, qu'il prenne de» la nour- « riture, qu'il retourne chez lui. S'il en est autre-
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i ment * sachez que vous êtes trompés par Simon. »
Alors le peuple se mit à crier cl une voix unanime : i S'il en est ainsi , et que Simon ne fasse pas ce qu'il < a promis, il subira la peine dont il a menace ( Pierre. » Le magicien , feignant d'être en colère , chercha à fuir; mais la foule le retint en l'accablant i'injures. Pierre, étendant alors ses mains vers le ciel , s'exprima ainsi : « Seigneur Jésus- Christ, qur « nous avez dit à nous autres disciples, allez ! en mon « nom , chassez les démons , guérissez les malades , « ressuscitez les morts -, rendez la vie à cet enfant , « afin que tout le peuple reconnaisse que vous êtes « Dieu , et qu'il n'y en a pas d'autre que vous , qui , « avec le Père et le Saint-Esprit, vivez et régnez dans « les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! » Aussitôt l'enfant ressuscita ; il adora Pierre , et dit : « J'ai vu le « Seigneur Jésus-Christ commandant aux anges , et « leur parlant : ainsi A la demande de mon ami « Pierre , que cet unique orphelin soit rendu à la « veuve sa mère. » Tout le peuple se mit à crier unanimement : « Il n'y a de Dieu que celui que Pierre <\ enseigne. » Simon changea de visage , et voulut s'échapper $ mais le peuple le retint encore, et voulut le jeter dans le feu. Pierre s'élança au milieu de la foule , et le délivra en lui disant : « Notre maître « nous a enseigné à rendre le bien pour le mal. » Ainsi Simon s'étant évadé alla trouver Marcel qu'il avait déjà séduit. 11 attacha près de sa porte un énorme chien qu'une chaîne de fer pouvait à peine retenir. « Voyons , dit-il , si Pierre , qui a coutume de venir « chez vous, pourra y entrer. » Une heure après, Pierre vint en effet ; il fit un signe de croix , déchaîna
le chien, et lui dit: « Va, et dis à Simon de cesser a d'employer le ministère des démons à tromper le « peuple pour lequel le Christ a répandu son sang. » Marcel, voyant tant de miracles, courut au-devant de Pierre ; et , s'étant jeté à ses genoux , le reçu! dans son logis , d'où il chassa honteusement Simon. Le chien devint doux pour tout le monde , et ne s'attacha à poursuivre que le magicien. Après l'avoir lâché , Pierre courut , et cria : « J e t'ordonne , au nom « de Notre-Seigneur Jésus-Christ , de ne mordre au- « cune partie du corps de cet homme. » Aussi l'animal ne put lui toucher aucun membre ; mais il déchira tellement par ses morsures les vêtemens de Simon, qu'aucune partie de son corps ne resta couverte. Alors toute la populace , et surtout les enfans se mirent à courir sur lui, de concert avec le chien , et ils le chassèrent hors des murs de la ville en hurlant après lui comme après un loup. Accablé de tant de honte, Simon fut un an sans oser reparaître; ensuite il se fit connaître de Néron, et par les liens d'une perverse amitié , le méchant se réunit au plus méchant. Vers la fin du terme du combat apostolique , le Seigneur apparut dans une vision à l'apôtre Pierre , et lui dit : « Simon et Néron , possédés par Satan , « trament à,es embûches contre vous. Ne craignez « rien; je suis avec vous , et je vous accorderai la « consolation de voir l'apôtre Paul qui demain en- « trera dans Rome. Vous aurez , de concert avec lui, « la guerre contre Simon durant sept mois entiers ; u et quand vous l'aurez vaincu, chassé et précipité en « enfer , vous viendrez tous deux vers moi avec les « palmes de la victoire. » C'est ce qui eut lieu. En ef-
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fet Paul arriva le lendemain. Saint Lin a raconté quand et comment les deux apôtres se virent, et le combat dans lequel , après sept mois, ils triomphèrent de Simon. Tout le récit de leur passion fut écrit en grec, et transmis par ce pape aux églises d'Orient.
Ainsi que j'ai déjà commencé , je vais faire un choix entre les événemens ; et , sans me livrer à une copieuse prolixité de paroles, je mettrai en ordre une suite abrégée de ce qui s'est passé de remarquable.
Ayant appris que Paul devait venir à Rome, Pierre en éprouva une grande joie 5 et, se levant aussitôt, il alla au-devant de lui. En se voyant mutuellement, ils pleurèrent de satisfaction, restèrent long-temps dans les bras l'un de l'autre , et se baignèrent de larmes. Bientôt la parole de Dieu étant préchée par ces grands apôtres , la majeure partie des peuples crut en eux , et les vains discours des Juifs et des Gentils ne purent résister en public à ceux que le Saint-Esprit avait largement doués d'une grande abondance de toute sagesse.
Pendant que des peuples innombrables se convertissaient au Seigneur par les prédications de Pierre , il arriva que Livie , femme de Néron , et Agrippine , femme du préfet Agrippa , furent aussi conduites à la conversion. L'effet en fut tel qu'elles quittèrent le lit conjugal , et que par amour pour le Roi éternel , elles se consacrèrent à la chasteté. Paul se distingua aussi par la splendeur de toutes sortes de grâces , et se signala grandement dans l'univers romain par ses miracles, par ses vertus , par sa grande doctrine, et par son admirable sainteté. Il acheta hors de la
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ville un jardin public; et là, de concert avec Luc, Tite et quelques autres fidèles , il s'occupa de la parole de vie. Cependant il réunit une très-grande multitude d'auditeurs, et, avec l'aide de Dieu , il attacha à la foi beaucoup d'ames : de sorte que ses prédications et sa sainteté retentissaient par toute la ville , et que de là sa réputation volait dans toutes les contrées d'alentour. Plusieurs olïiciers de la maison impériale accouraient à lui ; et, ayant entendu sa prédication, se convertissaient au Seigneur Jésus-Christ. Quelques-uns même des gardes de Néron venaient entendre l'apôtre , et, devenus chrétiens, abandonnaient leurs enseignes. Enflammés d'une ferveur intérieure , ils s'attachaient tellement au Christ qu'ils ne voulaient plus désormais retourner à leurs corps ni au palais, préférant aux armes, aux richesses et aux honneurs la gloire des vertus et la foi véritable. Ainsi chaque jour il causait au diable de notables dommages, et apportait de salutaires joies aux fidèles. Sénèque même, le précepteur de l'empereur, se lia avec Paul d'une telle amitié , en contemplant sa divine science , qu'il pouvait à peine se passer un instant de la conversation de l'apôtre ; de sorte que , lorsque le philosophe ne pouvait s'entretenir de vive voix avec le saint, il tâchait , par la fréquence de leur correspondance épistolaire, de se procurer la douceur de son entretien amical et de ses conseils. C'est ainsi que , par la grâce active du Saint-Esprit, la doctrine de Paul se propageait et se faisait chérir : aussi enseignait-il librement , et trouvait-il beaucoup d'empressement de la part de ses nombreux auditeurs. Il disputait avec les philosophes païens, et confondait
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les Juifs. Presque tout le monde se soumettait à son enseignement. Plusieurs même de ses écrits furent Jus en présence de l'empereur par son précepteur : ee qui le fît admirer de tout le monde ; même le sénat romain n'avait pas de lui une médiocre opinion.
Mais pendant que les deux illustres apôtres faisaient éclater une splendeur divine , non seulement sur les Romains , mais aussi sur tous les hommes qui , des diverses contrées, se rendaient à Rome comme dans la capitale du monde , les chefs des synagogues s'agitèrent dans toute l'amertume de leur zèle, et, par leurs clameurs impies, excitèrent le vulgaire turbulent à partager leur haine contre les Apôtres. A cet effet, ils dépêchèrent Simon-lq-Magicien vers Néron qui descendait de son palais, et s'appliquèrent à inculper faussement les deux bienheureux. Simon commença par alléguer des calomnies contre Pierre , qu'il assura être un magicien et un séducteur. Les hommes pervers croyaient à Simon , et ceux qui admiraient sottement ses fantastiques merveilles étaient les dupes de leurs illusions : car il faisait mouvoir un serpent d'airain , aboyer des chiens de pierre , rire et marcher des statues de bronze : lui-même il courait, et soudain s'élevait dans les airs.
A ces prodiges Pierre opposait ses miracles. A sa voix les infirmes étaient guéris ; ses prières rendaient la lumière aux aveugles ; et , dès les premiers mots de son commandement, les démons prenaient la fuite. Cependant il ressuscitait les morts eux-mêmes, et enlevait tous ceux qu'il pouvait à la pernicieuse société du magicien. Il en résultait que tous les hommes pieux détestaient Simon , tandis que les scélérats , qui
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étaient ses complices , imputaient par un faux témoignage des crimes au saint apôtre. A ht fin, ces accusations parvinrent jusqu'à Néron qui fit appeler le magicien. Conduit devant l'empereur , il commença par abuser la cour à force d'illusions , et se métamorphosa plusieurs fois de manière à paraître tout à coup tantôt enfant, tantôt vieillard , tantôt jeune homme. C'est ainsi qu'il se livrait à ses impiétés , à l'aide de Satan: ce que voyant l'empereur, il le prenait pour le fils de Dieu. Alors ce magicien séducteur, ayant, avec ses complices, accusé les apôtres, Néron fit en grande hâte conduire devant lui Pierre et Paul. Dès le lendemain les apôtres et le magicien disputèrent en présence de l'empereur; et, comme le raconte une histoire véridique, ils opérèrent beaucoup de prodiges. Les disciples manifestèrent la vérité des choses , prouvèrent que le magicien n'était en tout qu'un voleur et un scélérat-, et, pour que les hommes faibles n'eussent en lui aucune confiance, ils protestèrent, sur leur damnation , que c'était un infâme apostat. Simon , les ayant menacés qu'il enverrait ses anges pour punir Pierre, cet apôtre pria secrètement Néron de faire apporter un pain d'orge , et de le lui remettre en particulier. L'ordre ayant été exécuté , Pierre prit ce pain , le bénit , le rompit et le cacha sous sa manche : puis il demanda au magicien, qui se vantait d'être fils de Dieu , ce qu'il venait de faire à l'instant. Alors Simon , éprouvant un violent dépit de ne pouvoir découvrir ce secret de l'apôtre , appela à grands cris des chiens énormes auxquels il ordonna de dévorer Pierre sous les yeux de César. Voilà que tout à coup des^ chiens , d'une merveilleuse grandeur , vinrent à apparaître ,
et s'élancèrent sur Pierre. Celui-ci , s'étant agenouillé à terre, étendit les deux mains, et présenta le pain qu'il venait de bénir. Les chiens ne Feurent pas plus tôt vu qu'ils disparurent à l'instant même. C'est ainsi que le magicien devint publiquement la risée de tout le monde, n'ayant pu offrir que des chiens après avoir promis qu'il enverrait des anges contre l'apôtre : ce qui prouve que les anges dont l'imposteur disposait n'avaient qu'une forme canine , au lieu d'une apparence divine.
Enfin Simon-le-Magicien ayant été en beaucoup de choses confondu par la puissance des paroles des Apôtres , Néron fit construire une haute tour de bois dans le Champ de Mars. Le lendemain l'empereur , le sénat, les chevaliers romains et tout le peuple se réunirent pour ce spectacle où Néron fit conduire les Apôtres. Alors Simon, en présence de tout le monde , monta au haut de la tour. Le front couronné de lauriers , il étendit les mains vers les cieux , et commença à prendre son vol dans les airs. Cependant Paul , à genoux devant toute l'assemblée , priait le Seigneur; tandis que Pierre, attentif aux entreprises de Simon, attendait avec sécurité le moment favorable delà vengeance divine. Enfin il dit à son fidèle compagnon : « Paul , levez un peu la tête , et regar- « dez. m Les yeux baignés de larmes, Paul leva la tête, et vit Simon qui déjà volait dans les airs 5 puis il dit : « Pierre , qu'attendez-vous ? Terminez ce que « vous avez commencé. Le Seigneur Jésus-Christ ne « nous appelle-t-il pas déjà ? » Aussitôt Pierre , tournant ses regards vers Simon , s'écria : « Anges de a Satan , qui portez cet imposteur dans les airs pour 1. 16
« induire en erreur le cœur des hommes infidèles , « je vous adjure , par le Dieu créateur de toutes cho- « ses et par Notre-Seigneur Jésus- Christ son fils, qui « au 1 >out de trois jours est ressuscité d'entre les morts , u à 1 instant même cessez de soutenir Simon , et qu'il ■ soit abandonné à lui-même. »
Aussitôt , à la voix de Pierre , le magicien , précipité des airs , tomba dans le lieu que Ton' appelle la Voie Sacrée , et, mis en quatre parties, il couvrit de ses membres quatre pierres. Jusqu'à ce jour cet accident porte témoignage de la victoire de l'apôtre. Le bruit de la chute fut affreux. Paul leva la tête , et rendit grâces à Dieu, juge équitable. Cependant Néron , enflammé de colère , fit jeter dans les fers Pierre et Paul. Le corps de Simon fut par ses ordres gardé avec soin pendant trois jours et autant de nuits : car le prince pensait que le magicien ressusciterait le troisième jour. Pierre au contraire assurait qu'il était damné pour l'éternité. Les Apôtres se réjouissant dans le Saint-Esprit, et confessant ouvertement le Seigneur Jésus leur maître , Néron , rempli d'une grande fureur , dit à son préfet Agrippa : « Il faut absolument faire périr ces « impies ; procurez-vous donc des chaînes de fer, et « qu'ils soient brûlés dans la naumachie. » Agrippa lui répondit : a C'est à tort que vous voulez ainsi les faire « périr , puisque Paul paraît innocent du meurtre de * Simon : il est juste toutefois que, pour son impiété, « il ait la tête tranchée. Quant à Pierre , qui a commis « un homicide , il doit être élevé en croix. » César ayant adopté cet avis , les docteurs du salut éternel furent aussitôt éloignés de la présence de l'empereur, et remis aux mains de Paulin.
Ce Paulin , l'un des plus illustres magistrats de Rome , fit saisir les Apôtres du Christ, et les renferma dans la prison Mamertine sons la garde de Processus, de Martinien, et de quelques autres soldats. Ils restèrent là pendant neuf mois , et ils y guérirent par leurs prières un grand nombre de malades et de démoniaques qui étaient venus vers eux. Enfin tous ceux qui étaient dans la prison avec eux criant sans cesse et réclamant unanimement de l'eau pour calmer la soif qui les tourmentait , aussitôt les bienheureux Apôtres prièrent le Seigneur , et furent promptement exaucés par celui auquel ils s'étaient attachés. En effet, le bienheureux apôtre Pierre , ayant fait un signe de croix sur le mont Tarpéien , au même moment une fontaine en jaillit. Alors Processus et Martinien, et tous ceux qui étaient dans la prison se prosternèrent aux pieds de l'apôtre Pierre. Quarantesept personnes, croyant au Seigneur, furent baptisées alors. L'apôtre offrit pour elles un sacrifice de louanges au Seigneur, et tous les dimanches les fit participer à l'Eucharistie.
A la vue de tant de miracles, les officiers Processus et Martinien dirent aux Apôtres : « Allez où « vous voudrez ; Néron vous a oubliés et n'attend « rien de vous.» Pierre et Paul, suppliés parleurs frères de sortir de la prison, la quittèrent après neuf mois de captivité, et gagnèrent une des portes de la ville, en passant par la voie Appienne. Alors Paul alla trouver, dans la ville de Rome, ses amis et les personnes qiû le connaissaient. H fortifia dans la foi les Romains et les autres croyans qui se réjouissaient vivement de sa libération. Suivant sa manière accoutumée , il ré-
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pandit avec abondance la parole de Dieu , et , avec le secours du Seigneur, il augmenta encore pendant quelques jours le nombre des fidèles. Le bienheureux: Pierre, qui avait eu la jambe démise par les fers dont il avait été enchaîné , et dont la bande qui couvrait la blessure vint à tomber dans la voie nouvelle , parvenu près de la porte Appienne, vit le Seigneur Jésus- Christ. Aussitôt que Pierre le reconnut, il l'adora et lui dit : « Seigneur, où allez-vous?» Jésus lui répondit : « Pierre , suivez-moi $ car je vais à Rome « me faire crucifier une seconde fois. » L'apôtre ayant suivi le Sauveur rentra dans Rome , et Jésus lui dit : « Ne craignez rien 5 car je suis avec vous « jusqu a ce que je vous introduise dans la maison « de mon père. »
Pierre était à peine rentré dans la ville le matin que les magistrats le firent saisir et le traduisirent au tribunal de l'empereur. Néron , se rappelant ce qui s'était passé, ordonna que Pierre serait élevé en croix, et que Paul serait décollé. Pierre, conduit au pied de la croix , et tout occupé de choses célestes, considérant sagement, dans son esprit, que le Seigneur Jésus - Christ , qui était descendu du ciel sur la terre , avait été élevé sur une croix plantée droite , pria les bourreaux de retourner la sienne et de le crucifier la tête en bas. Ils retournèrent la croix et lui attachèrent les pieds en haut et les mains vers la terre. Alors une innombrable multitude de peuple se rassembla , et sa colère fut si violente qu elle voulut jeter dans les flammes l'empereur Néron luimême. Pierre arrêtait cette multitude en disant : a N'allez pas , mes chers enf ans , n'allez pas mettre
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« obstacle à mon départ -y mes pieds marchent déjà « dans la céleste voie. Gardez-vous de vous attrister, « partagez plutôt ma joie , puisque j'obtiens aujour- « d'hui le fruit de mes travaux. »
Après une longue exhortation, dans laquelle il expliqua parfaitement la figure de la croix du Christ qu'il imitait, il pria, et, rendant grâces à Dieu, il dit : « Je vous rends grâces , bon pasteur , parce que « le troupeau que vous m'avez confié compatit à mon « sort 5 Seigneur, je vous le demande, qu'il parti- « cipe comme moi à votre bonté dans votre royaume. » 11 ajouta : « Bon pasteur Jésus-Christ , je vous re- « commande le troupeau que vous m'avez remis, « afin qu'il ne s'aperçoive pas qu'il est privé de moi « quand il est sous la garde de celui par lequel j'ai « pu le conduire jusqu'à ce jour. » A ces mots il rendit l'esprit.
Aussitôt des hommes qu'on n'avait jamais vus dans ce lieu et qui n'y reparurent plus , se montrèrent tout à coup, et dirent qu'ils étaient venus de Jérusalem à cause de Pierre. Réunis à l'illustre Marcel , ils enlevèrent secrètement le corps de l'apôtre , et le déposèrent sous un térébinthe près de la naumachie dans le lieu qu'on nomme le Vatican. Ils attestèrent que cet événement avait donné aux Romains de grands protecteurs au ciel , dans la personne de ces deux grands patrons qui avaient été honorés de i'amitié du Seigneur Jésus-Christ.
Maintenant je vais, en peu de mots , tirer de 1 histoire de la passion du docteur des Gentils le récit du combat glorieux qu'il soutint , de la course qu'il termina , et du voyage par lequel il parvint à sa su-
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prême vocation. Je raconterai ces choses avec vérité à la louange de notre ineffable Sauveur.
Aussitôt que Paul fut sorti de prison, comme nous l'avons dît , il regagna le jardin on il demeurait auparavant. Là une nombreuse réunion de ses amis vint lui témoigner sa joie. Enfin un certain jour, qu'il enseignait la doctrine du salut, et que, vers le soir, dans un appartement élevé, il instruisait la multitude. Patrocle, échanson de l'empereur, s'étant soustrait aux regards de la cour, se rendit à la nuit , et sur l'invitation de ses collègues, à la demeure de Paul , afin d entendre de sa bouche renseignement de Ja vie éternelle. La foule du peuple n'ayant pas permis à ce seigneur de parvenir jusqu'auprès du maître pour entendre commodément la parole de Dieu qu'il aimait avec ferveur, il monta sur une fenêtre très-haute, et s'assit sur elle en dehors. La prédication très-étendue s'étant beaucoup prolongée, et le jeune homme, accablé de sommeil , ayant commencé à dormir un peu, par l'effet des embûches du malin esprit, il tomba de la fenêtre de la chambre qui était fort élevée et rendit l'esprit aussitôt. Cet accident fut annoncé à Néron à son retour du bain. Comme il aimait beaucoup ce jeune homme, il fut vivement attristé et choisit un autre officier pour le remplacer dans l'emploi d'echanson.
Paul, qui continuait d'instruire le peuple dans l'intérieur de sa chambre, sut aussitôt par le Saint- Esprit ce qui venait de se passer : il l'annonça à l'assistance, et se fit, sur-le-champ, apporter ce corps qui était inanimé. Le cadavre ayant été déposé dans la chambre, Paul haraugua la multitude, et l'exhorta
à prier avec une pleine foi le Seigneur Jésus pour la résurrection du mort. Tout le monde s'étant prosterné et mis en prière, aussitôt qu'elle fut finie, Paul s'exprima ainsi : « Jeune Patrocle, levez-vous, « et racontez ce que vous a fait le Seigneur. » Soudain Patrocle , sorti comme d'un songe , se mit à glorifier le Seigneur tout-puissant, Paul le renvoya en joie avec tous les autres officiers de la maison impériale.
Pendant que Néron était occupé à se .lamenter sur la mort de Patrocle, et qu'il était plongé dans la profondeur immense de sa tristesse , il entendit dire autour de lui que Patrocle vivait , et qu'il arrivait aux portes du palais. A ces mots, César fut saisi d'effroi; il défendit qu'on laissât le jeune homme pénétrer jusqu'en sa présence. Cependant, à la persuasion de ses amis, il permit qu'il entrât. Quand il le vit plein de force et n'offrant aucun signe de mort, il resta stupéfait; et , s'étant entretenu avec lui, il vit qu'il était chrétien. Néron en fut enflammé de colère et lui donna un soufflet: Patrocle ne fit que s'en réjouir davantage dans le Seigneur Jésus.
Alors Barnabé et Just, le soldat Paul, Arion de Cappadoce, et Festus de Galatie, tous ministres de César, tous amis, dirent au prince : « Pourquoi frap- « pez-vous ce jeune homme d une sagesse si droite « et d'une véracité si franche ? Et nous aussi nous t combattons pour l'invincible roi Jésus-Christ, notre « Seigneur. .» César , ayant entendu que dans un même sentiment, et dans les mêmes paroles, ces hommes proclamaient Jésus roi invincible, les fit jeter en prison, afin de faire torturer ceux qu'aupa-
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ravant il avait trop aimés. Il fit aussi rechercher avec le plus grand soin tous les prédicateuis de ce grand roi, et rendit un édit barbare par lequel il ordonna de punir par différens tourmens et sans interrogatoire tous ceux que l'on trouverait, n'importe en quel lieu. En conséquence, les fidèles furent recherchés partout avec la plus grande rigueur par les agens du gouvernement. La plupart furent découverts et conduits devant César; parmi ceux-ci se trouva Paul, portant encore, au nom du Christ, ses fers accoutumés: il fut conduit enchaîné. Tous les autres Chrétiens le regardaient comme leur maître, honoraient à bon droit celui que le Seigneur avait désigné comme un vase d'élection, et le préféraient chacun à soi-même en toute chose. Aussi, sans autre indice , il fut facile a Néron de reconnaître que Paul était à la téte de la milice du grand roi. Lui ayant demandé pourquoi il s'était introduit en cachette dans l'empire Romain, pourquoi il détournait de son service ses soldats pour les attacher à celui de son roi, Paul, tout plein de TEsprit-Saint, proclama avec constance, en présence de tous ceux qui étaient là, les vertus du Dieu toutpuissant, et les invita tous à mériter les largesses de cette main qui peut dispenser les plus riches présens à chacun selon ses mérites. 11 prévint César luimême qu'il devait obéir fidèlement au roi suprême. Enfin il lui assura que son roi viendrait juger les vivans et les morts , et qu'il détruirait par le feu la forme de ce monde. A ces mots, le César Néron fut enflammé de colère et ordonna que tous les soldats du Christ fussent jetés sur le bûcher. Quant à Paul, traité comme criminel de lèze-majesté, un se-
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na lus -consulte prescrivit que, suivant les lois romaines , il aurait la tête tranchée. Néron le fit livrer à Longin et à Mégiste, préfets, ainsi qu'au centu-' rion Ceste pour qu'il fût mis à mort hors de la ville. Chemin faisant , Paul leur prêcha, sans interruption, la parole du salut. Les ministres et les officiers de Néron employèrent toute leur activité pour découvrir et livrer à la mort tous les Chrétiens qui étaient cachés j il en résulta un massacre si considérable de fidèles que le peuple romain se précipita vers le palais impérial et faisait tous ses efforts pour exciter une sédition contre César lui-même. Ce fut alors que Néron , effrayé des clameurs populaires , publia un autre édit pour ordonner de laisser les Chrétiens vivre en paix : c'est pourquoi Paul fut une seconde Ibis présenté à ses regards. Dès que Néron le vit, il s'écria avec violence : a Eloignez ce magicien, éloi- « gnez cet auteur de maléfices! Qu'on décolle cet im- « posteur , faites disparaître de la surface de la terre « ce novateur qui vient changer les esprits. » Paul eut la constance de déclarer qu'après sa mort il vivrait éternellement et qu'il demeurerait avec son invincible roi, et que, pour preuVe de la foi qu'on devait à ses paroles, il se présenterait vivant, après sa décollation, de la manière la plus claire, en présence de l'empereur. Enfin Paul, plein de joie, fut conduit au supplice, et ne cessa de prodiguer les paroles de vie à ses bourreaux et à tous ceux qui les accompagnaient. Avec l'aide du Saint-Esprit, il démontra la vanité de l'idolâtrie et prouva que, pour peu que l'on raisonnât, elle n'était rien du tout. 11 exposa admirablement la vraie foi et la connaissance
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du vrai Dieu. Il pérora avec magnificence sur la dam nation des réprouvés et la glorification des justes. Ce ne fut pas inutilement qu'il parla ; son divin sermon porta soudain ses fruits. En effet il toucha et enflamma les cœurs de tous les assistans, et changea en gémissemens la voix de convertis repentans de leurs crimes passés.
Cependant ces saintes occupations amenaient du retard , et une nombreuse multitude élevait fortement la voix. Néron envoya Parthénius et Féritus pour voir si ses ordres étaient accomplis et pour accélérer la passion de l'apôtre, si tant était qu'il vécût encore. Paul s'empressa de leur offrir la semence du salut; mais, comme la perversité l'emportait en eux, il ne put réussir sur ces cœurs endurcis. Comme il marchait avec une innombrable escorte, il rencontra vers la porte de la ville de Rome Plantilla, dame d'une grande qualité : « Adieu, lui dit-il , Plantilla, fille du a salut éternel. » 11 lui demanda le voile dont sa tête était couverte, afin de se bander les yeux à l'heure de sa passion. Cette dame, tout en pleurs, se recommanda à ses prières, lui présenta aussitôt le voile et se retira un peu à l'écârt pour éviter la foule, ainsi que l'apôtre le lui avait ordonné. Paul la réconforta contre les insultes des païens qui lui reprochaient de croire un magicien et imposteur; il lui prescrivit d'altendre à l'écart sa venue , et lui dit qu'elle recevrait , par le moyen de son voile , des signes certains de sa mort. Il instruisit en peu de mots Longin et ceux de ses compagnons qui croyaient , comment et par qui ils pourraient se faire baptiser après sa mort. Parvenu au lieu de sa passion , il se tourna vers l'Orient , tendit
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les mains au ciel, pria très-long-temps en hébreu , répandit des larmes et rendit grâces à Dieu. Ensuite, prenant congé de ses frères, il les bénit, se banda les yeux avec le voile de PJantilla, fléchit à terre l'un et F autre genou et tendit le col. Le bourreau frappa avec force et enleva la téte. Lorsqu'elle fut séparée du corps, elle fit encore entendre clairement en hébreu le nom de Jésus-Christ. Aussitôt un jet de lait s'élança du corps de l'apôtre sur le vêtement du soldat y et le sang coula ensuite. On ne retrouva plus le voile qui avait servi à lui bander les yeux au moment de la décollation. Une si grande immensité de lumière et une odeur si suave descendirent des cieux que les yeux des assistans n'en pouvaient supporter l'éclat, et qu'aucune langue humaine n'en pourrait décrire le parfum. Tous ceux qui virent ces choses furent plongés dans l'admiration et louèrent, pendant plusieurs heures, l'invincible roi Sabaoth. Cependant Parthénius et Féritus s'en retournèrent, et parvinrent à la porte de la ville : ils y trouvèrent Plantilla qui glorifiait le Seigneur. Ils lui demandèrent, par dérision, pourquoi elle ne couvrait pas sa tête du voile qu'elle avait prêté à Paul. Elle leur répondit avec courage, enflammée qu'elle était de la chaleur de la foi : « Hommes vains et misérables , qui « ne savez pas croire les choses mêmes que vous « voyez de vos propres yeux et que vous touchez de « vos propres mains ! le voici le voile que j'avais « prêté-, il est honoré du précieux sang qu'il a reçu.» Ensuite elle raconta avec une sainte allégresse que Paul était descendu du ciel , accompagné de troupes innombrables d'anges vêtus de blanc ; qu'il lui avait
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rapporté son voile ; qu'il lui avait rendu grâce de sa complaisance , et qu'il lui avait prorais les récompenses éternelles. Aussitôt Plantilla tira le voile de . son sein et le leur montra tout couvert des roses du sang du martyr. Ces hommes, frappés d'une excessive crainte, doublèrent le pas pour se rendre auprès de César et lui annoncer ce qu'ils avaient vu ou entendu. Lorsqu'il eut appris ces choses , il s'en étonna étrangement-, et, frappé d'une grande frayeur, il s'occupa de tout ce qui lui était annoncé avec les philosophes, avec ses amis et avec les ministres de la république.
Vers la neuvième heure , pendant qu'on était plongé dans l'étonnement , que les questions se multipliaient et que tout le monde s'en entretenait , Paul entra dans le palais quoique les portes en fussent fermées, et debout devant César , il lui dit : « César Néron , « vous voyez en moi Paul, soldat du roi éternel et « invincible! Croyez donc maintenant que je ne suis « pas mort, mais que je vis par mon Dieu. Quant à « toi , misérable , des malheurs affreux te menait cent. En peu de temps tu éprouveras un grand « supplice, et ta perte sera éternelle, parce que, « entre autres forfaits que tu as commis, tu as injus- « tement versé le sang d'un grand nombre de jus- « tes. » Disant ces mots, l'apôtre disparut soudain. Néron ayant entendu ces paroles fut frappé d'épouvante au - delà de ce qu'on peut dire ; et , devenu comme fou, il ne savait plus ce qu'il devait faire. Enfin, convaincu par ses amis, il fit mettre en liberté Patrocle et Barnabé , et tous ceux qui avaient été jetés dans les fers avec eux. Longin et ses corn-
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pagnons, comme Paul le leur avait prescrit, vinrent à son tombeau. Ils y trouvèrent deux hommes qui priaient, ayant Paul debout au milieu d'eux. Effrayés de cette merveille , ils n'osèrent approcher davantage. Quand ils virent s'avancer vers eux les préfets et le centurion qui avaient assisté au supplice de Paul , ils prirent aussitôt la fuite , saisis qu'ils étaient d'une frayeur humaine. Aux pieuses supplications de ces magistrats, les fidèles s'arrêtèrent; et, ayant reçu leur profession de foi, ils les baptisèrent avec une joie toute spirituelle.
Dans ce temps-là une grande persécution tonna sur les Chrétiens : cette première calamité fournit aux suivantes un admirable exemple de vertu et de constance. En Toscane, Tropès, un des grands officiers de Néron, fut décollé, après de longs tourmens; à Rome, Processus et Martinien et quarante-six de leurs compagnons furent baptisés par le bienheureux apôtre Pierre. Enfin Tite et Luc revinrent à eux de l'extase où les plongeait la prière. Longin et deux autres particuliers furent convertis par Paul , et reçurent de Tite et de Luc la salutaire absolution. Ceux-ci suivirent pas à pas , par la foi et le martyre , les docteurs qui les avaient instruits. A Milan , Nazaire , Gervais , Protais etCelse, encore enfant, furent martyrisés. C'est ainsi que Néron ajouta la théomachie 1 à ses innombrables forfaits , et encourut à bon droit l'exécration de son armée et du peuple romain , qui décidèrent que ce prince serait frappé publiquement de verges jusqu'à la mort. Lorsqu'il eut appris cette sentence , la terreur et un insupportable effroi s'emparèrent de
1 La guerre contre Dieu, c'est-à-dire la persécution des Chrétien*.
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lui ; le malheureux prit la fuite et ne reparut plus. Quelques personnes rapportent, que pendant qu'il errait dans sa fuite , il périt de faim et de froid y et fut dévoré par les loups..
Tels sont les faits principaux que j'ai trouvés épars relativement aux suprêmes sénateurs de l'Eglise, et que j'ai recueillis avec simplicité et concision : ils sont tirés d'un grand nombre de volumes , et j'ai décrit d'un style véridique ces faits mémorables pour les transmettre à la mémoire de la postérité.
Pierre prêcha pendant sept ans dans la Judée , et siégea sept autres années à Antioche ; il se rendit à Rome sous l'empire de Claude César, pour combattre le magicien Simon, et pendant vingt-cinq ans il y prêcha l'Evangile, en même temps qu'il y occupa le premier le siège pontifical. L'an trente-siiième après la passion du Christ, le 3 des calendes de juillet, ( 29 juin ) il fut crucifié; et son corps fut inhumé sur le Vatican le long de la voie Aurélienne. Le même jour Paul souffrit noblement la passion après d'innombrables combats et les plus grands travaux : il fut décollé sur la voie d'Ostie, au second mille, dans des jardins qui sont situés sur les eaux Salviennes. Ainsi les deux apôtres souffrirent à Rome pendant le règne de César Néron,, sous le consulat de Bassus et de Tuscus : le premier est honoré par toute la ville près de la voie triomphale, et l'autre jouit d'un pareil honneur sur la voie d'Ostie.
Rome, capitale du monde , se glorifie avec raison d'avoir pour patrons ces sublimes personnages ^ vers lesquels un peuple fidèle s'empresse d'accourir de toutes les parties du monde afin que , soutenu par
Nces puissans avocats , il soit éternellement protégé contre tous ses ennemis , et contre toutes les puissances. Tout l'univers ressent leur assistance, lorsqu'il demande avec une dévotion convenable la faveur de leur suffrage, assisté de Dieu , ce roi suprême qui, triple et unique à la ibis, vit et règne par tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
André , frère de Simon Pierre , d'après l'étymologie hébraïque , signifie beau ou répondant ; mais en grec, utto tov arfyûs ' , venant du mot homme , signifie viril. Cet apôlre eut pour son partage dans la prédication la Scy thie et l'Achaïe. C est dans cette dernière contrée , à Patras, que Je deuxième jour des calendes de décembre ( 3o novembre ) , il mourut suspendu à la croix. Nous possédons un excellent ouvrage sur ses vertus , dans lequel sont rapportées beaucoup de choses admirables sur ce bienheureux martyr ; j'ignore le nom de l'auteur de ce livre, mais le récit des belles choses qu'il renferme me semble à bon droit fait pour plaire au lecteur. C'est pourquoi j'en vais tirer succinctement et insérer dans cet opuscule les choses les plus remarquables à la louange du Messie tout-puissant.
Quand Matthieu , apôtre et évangéliste , annonça la parole du salut aux Myrmidons , il leur fut arraché par de cruels citoyens , et jeté en prison dans les fers après avoir eu les yeux arrachés. D'après les ordres de l'ange de Dieu , l'apôtre André se rendit sur le bord de la mer. Il y trouva un vaisseau sur lequel il
1 11 y a la , dans le texte publié , une plaçante bévue : au lieu des trois mots grecs , on a mis : A poiu Andréas.
monta aussitôt, et, secondé par les vents, il arriva dans la ville où saint Matthieu était retenu dans les horreurs du cachot.
Des qu'André vit son co- apôtre livré à la plus grande douleur avec plusieurs autres prisonniers , il se mit à pleurer amèrement. Ils firent ensemble la prière ; aussitôt la terre trembla et une grande lumière brilla dans la prison. Les yeux du saint évangéliste lui furent rendus ; les chaînes de tous les captifs se brisèrent , et Matthieu comme tous les autres qui partageaient son sort se trouvèrent mis en liberté et partirent. André ayant prêché aux habitans de ce pays la parole de Dieu , fut saisi par eux et traîné les pieds liés par toutes les places de la ville j ses cheveux étaient arrachés et le sang lui coulait de la tête. Enfin aux prières de l'apôtre une grande terreur se répandit sur tous les habitans de la Myrmidonie , qui se hâtèrent de le remettre en liberté. Alors s'étant prosternés à ses pieds , ils reçurent sa prédication , et , divinement inspirés, ils crurent au Seigneur et se firent baptiser. André les quitta , revint dans son pays , y toucha les yeux d'un certain aveugle et lui rendit aussitôt la lumière.
Démétrius , chef de la ville d'Amasie , ayant entendu parler des miracles qu'André faisait au nom de Jésus-Christ , vint en larmes se jeter aux pieds de l'apôtre , pour le prier de rendre à la vie un jeune égyptien, que la fièvre venait de faire mourir. André, plein de douceur , le consola dans son affliction , se rendit avec lui dans le séjour du deuil, se mit en prières , et soudain l'enfant sain et sauf se leva. Tous
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deux qui virent ce miracle se réjouirent , crurent et lurent baptisés.
Sostrate, jeune chrétien, ayant été par sa mère engagé à l'inceste , s'enfuit auprès de l'apôtre : cette femme pleine de dépit accusa son fils devant le proconsul. Le jeune homme se taisant par pudeur, sarnt André l'excusa, et publiquement réprimanda cette impudique sur son crime. Le proconsul, irrité, fit renfermer le jeune homme dans le sac des parricides et jeter dans le fleuve, tandis que l'on conduisait André en prison. Pendant que l'apôtre priait, un grand tremblement de terre accompagné de coups de tonnerre affreux renversa Je proconsul de son siège et jeta les assistans par terre. La mère de l'enfant, frappée de la foudre , fut brûlée et mourut. Alors le proconsul se jeta aux pieds de l'apôtre en disant : « Serh viteur de Dieu , ayez pitié de ceux qui vont périr, « et ne souffrez pas que la terre nous engloutisse. » Aux prières d'André le tremblement de terre cessa \ la sérénité reparut dans les airs , et lui-même parcourant les rangs guérit tous ceux que la crainte avait troublés. Le proconsul reçut la parole de Dieu , il crut au Seigneur ainsi que toute sa famille, et se fit baptiser par l'apôtre.
Gratien de Sinope , pris de la fièvre, fut gravement malade ; sa femme même enfla dhvdropisie. Son fils aussi s'étant lavé dans un bain de femme, était gravement tourmenté par Je dérnon , qui lui fit perdre la raison. Prié par le proconsul , André monta en voiture pour se rendre à la ville ; il entra chez Gratien, chassa le démon , et guérit le jeune homme qu'il purifia. 11 réprimanda un mari et sa femme , souillés de
la contagion de l'adultère , et les guérit après avoir reçu d'eux la promesse qu'ils s'amenderaient -, rétablis l'un et l'autre, ils reçurent la foi de Jésus-Christ, et se firent baptiser pleins de joie avec toute leur maison.
A Nicée, sept démons se cachaient le long de la voie publique dans des tombeaux. Ils lapidaient tous les nommes qui passaient à midi, et ils en avaient déjà tué un grand nombre. Enfin , ayant appris l'arrivée de l'apôtre , toute la ville fut au comble de la joie : on alla au devant de lui avec des rameaux , et on s'écria : « Homme de Dieu , notre salut est en vos « mains. » On lui exposa toute la suite de l'affaire , et bientôt ils reçurent aussi de l'apôtre toutes les règles de la foi et de la religion. Aussitôt ils se réjouirent , crurent au Seigneur et professèrent Jésus-Christ fils de Dieu. Cependant André rendit grâce au Sauveur de cette prompte conversion. Il lit paraître devant le peuple les sept démons sous la forme de chiens , et , pour que désormais ils ne pussent nuire à personne , il les relégua dans des lieux arides et stériles. C'est ainsi que , par la vertu de Dieu , il délivra la ville de Nicée , baptisa les croyans , et leur donna pour évêque Célestin, homme bon et sage.
André s'étant rendu à Nicomédie , trouva aux portes de la ville un jeune homme mort étendu sur un grabat , dont il vit les parens courbés sous le poids de l'âge, et qui suivaient en pleurant à chaudes larmes le cadavre de leur fils. Plein de douleur pour tant de larmes , il leur demanda comment ce jeune homme était mort. Ces gens effrayés ne lui répondant pas , il l'apprit de leurs domestiques : ce jeune homme étant seul dans sa chambre , sept chiens survinrent tout à
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coup qui se jetèrent sur lui. Déchiré par eux misérablement, il tomba mort. André reconnut ainsi l'œuvre des sept démons qu'il avait chassés de Nicée. Soupirant vers le ciel , il demanda à Dieu la vie du défunt. Ayant fait sa prière , il se tourna vers le cercueil et dit : « Au nom de Jésus-Christ, levez-vous ! » L'enfant se leva , au grand étonnement du peuple , et s'attacha à celui qui venait de le ressusciter. L'apôtre emmena avec lui jusqu'en Macédoine ce jeune croyant, qu'il instruisit par les paroles du salut. Sorti de la ville , il monta sur un vaisseau , entra dans l'Hellespont , et se disposa à se rendre à Byzance. Voilà que tout à coup la mer s'agita, le vent s'éleva violemment, le navire allait être englouti , et les matelots s'attendaient à périr. Enfin le bienheureux André adressa sa prière au Seigneur, qui ordonna au vent de se taire, et à la tranquillité de renaître. Une heureuse navigation conduisit bientôt à Byzance tous les passagers délivrés du danger.
Comme ils s'approchaient de la Thrace , une grande multitude d'hommes se présentèrent tous le glaive à la main , brandissant la lance et prêts à fondre sur tout ce qui allait débarquer. Le bienheureux André fit sur eux le signe de la croix, et pria Dieu pour la conservation de ses compagnons de voyage. L'ange du seigneur , passant avec une grande lumière, toucha les glaives des ennemis , qui , s'étant jetés par terre , laissèrent passer , sans aucun accident , l'homme de Dieu et ceux qui l'accompagnaient. L'apôtre André se rendit à Bérinthe, ville maritime de Thrace, et y trouva un bâtiment qui partait en toute hâte pour la Macédoine : l'ange de Dieu lui prescrivit de s'y embarquer.
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Y étant entré , il y prêcha la parole de Dieu , et le nocher ainsi que les matelots crurent au Seigneur.
Exoûs, jeune homme noble et très-riche, habitait Thessalonique. A l'insu de sa famille , il alla trouver l'apôtre , et lavant entendu prêcher la parole de Dieu, il crut au Seigneur, et, laissant là avec dédain ses parens et ses biens , il s attacha à lui. Sa famille s étant mise à sa recherche , le trouva à Philippes , et s efforça , mais en vain , en employant tour à tour les présens et les menaces , de le détacher de l'apôtre* Celui-ci les prêcha, mais ils méprisèrent la parole du salut, et, ayant réuni une troupe nombreuse, ils essayèrent de mettre le feu à la maison. Munis de faisceaux de joncs , de glaïeuls et de torches , ils commençaient à réussir dans leur attaque. Alors le jeune homme , ayant invoqué le nom du Christ , jeta sur le , feu une fiole d'eau , dont la vertu divine éteignit aussitôt l'incendie comme s'il n'eût point été allumé. Ensuite les furieux approchèrent des échelles pour envahir la maison et faire périr sous le glaive ceux qui s'y étaient retirés; mais ils furent aveuglés par la puissance de Dieu , qui les empêcha ainsi d'effectuer leur escalade. Alors un certain Lysimaque , citoyen de la ville , reconnut la main de Dieu , et réprimanda hardiment en ces termes la folie de ses voisins : « Sim- « pies mortels , pourquoi vous consumer en travaux « inutiles? Dieu lui-même combat pour ces hommes, w et vous ne vous en apercevez pas ! Renoncez à votre « entreprise insensée , de peur que la colère céleste u ne vous anéantisse. » A ces mots , tous les cœurs furent frappés de componction , et , les ténèbres de la nuit venant à s'étendre sur la terre , ils furent illumi-
uigi
HISTOIRE DE K0RMÀ1ND1E; LIV. II. *6l
nés par un éclat soudain qui venait des cieux. Etant montés , ils trouvèrent l'apôtre en prière. Ils se prosternèrent sur le pavé , et sollicitèrent ses bontés et leur pardon, qu'ils obtinrent. L'apôtre les releva avec bonté , les fortifia dans la foi , et ils louèrent ensemble le Tout-Puissant. Les parens de l'enfant furent les seuls qui ne crurent pas. Après avoir maudit leur fils , ils retournèrent dans leur patrie ; et, cinquante jours après leur retour , ils moururent ensemble à la même heure. Alors le jeune homme reçut de ses concitoyens, dont il était chéri, tout son patrimoine. Comme il s'était attaché à l'apôtre , il distribua aux pauvres tout le prix de ses biens. Quelque temps après , ils partirent ensemble pour Thessalonique : tons les citoyens se réunirent, pleins de joie , autour d'eux dans le théâtre. Exoiïs leur prêcha la parole de Dieu \ le bienheureux André, admirant sa sagesse, l'écoutait en silence. Enfin, à la demande de la multitude , l'apôtre fit apporter devant lui Adimathus , fils de Carpien , lequel était malade. Ce jeune homme, ayant reçu de son père la nouvelle de sa guérison, crut, prit ses vêtemens, se leva sain et sauf après vingt-trois ans de grabat , et , courant rapidement , devança ses parens, se rendit au théâtre , s'y prosterna aux pieds de l'apôtre , et , au grand étonnement des peuples , lui rendit grâces de sa santé qu'il venait de recouvrer. Un Thessalonicien ayant prié l apôtre en faveur de son fils qui était possédé du démon , Satan , auteur de cette obsession , étrangla le malheureux dans une chambre secrète. Le pète ayant trouvé son fils mort , et étant par conséquent fort affligé , toutefois robuste dans sa foi , ne perdit pas l'espérance , fit porter le ( orps au th/AUe
26a orderic \ ital.
par ses amis , et raconta à l'apôtre tout ce qui était arrivé. Celui-ci se tourna vers le peuple , et dit : « Hommes de Thessalonique, que sert-il d'offrir des « miracles à vos yeux, si vous ne croyez pas ? » Comme ils promirent de croire s'ils voyaient un miracle , l'apôtre André dit au défunt : « Au nom de Jésus-Christ, « levez-vous, jeune homme! » Aussitôt le mort ressuscité se leva, et le peuple étonné tint fidèlement la promesse qu'il avait faite de recevoir la foi.
Médias de Philippes, tout en pleurs de voir son fils malade , alla prier l'apôtre qui , plein de douceur, reçut son invitation avec bienveillance, et, lui prenant la main , se rendit avec lui à Philippes. Comme ils entraient aux portes delà ville, un vieillard accourut, et réclama les bontés d'André pour ses fils que Médias faisait tourmenter en prison à cause d'une faute qu'ils avaient commise. Sur l'invitation de l'apôtre , Médias se jeta à ses pieds , et fit grâce non seulement aux deux fils du vieillard , mais encore à sept autres prisonniers en faveur desquels personne ne sollicitait, afin de pouvoir ainsi par ses bonnes œuvres obtenir la guérison de son fils. Les prisonniers ayant été délivrés , l'apôtre guérit Philomède qui depuis vingt-deux ans était impotent.
Enfin, aux acclamations des peuples qui demandaient aussi la guérison de leurs malades , André , confiant dans le Seigneur , dit au jeune homme qu'U venait de guérir : « Allez dans les maisons des ma- <( lades , et, au nom de Jésus-Christ qui vous a « rendu la santé , ordonnez-leur de se lever. » Il s'empressa d'obéir aux ordres de l'apôtre. Le peuple crut en voyant tant de miracles , et offrit beaucoup
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de présens au bienheureux André : mais celui-ci , qui prêchait gratuitement pour tous la parole de la vie , ne voulut rien accepter.
Il guérit aussi gratuitement la fille de Nicolas qui était languissante , et pour la guérison de laquelle le père offrait de riches présens. Il profita de ce miracle pour engager tous les assistans à embrasser la foi.
La réputation de l'apôtre André s'étendait par toute la Macédoine, et publiait les prodiges que ses vertus opéraient sur les malades. C'est ce qui irrita contre lui le proconsul Virin : il envoya à Thessalonique des soldats pour saisir André-, mais ayant vu l'éclat de son visage , ils n' osèrent pas même le toucher. Les peuples qui croyaient au Seigneur , ayant appris qu'une troupe armée se présentait pour s'emparer de l'apôtre , tirèrent leurs glaives , s'armèrent de bâtons, et dans leur fureur voulaient tuer les soldats. Malgré ses défenses, il eut peine à les préserver de la mort. Le proconsul envoya une nouvelle troupe : elle n'eut pas plutôt vu l'apôtre que le trouble dont elle fut saisie l'empêcha de proférer une seule parole. Enfin, pour la troisième fois, le proconsul mit en route une multitude de soldats dont l'un était possédé du démon , et proféra contre le proconsul absent les paroles les plus violentes. Le démon sortit ensuite ; le soldat tomba et mourut. Cependant le proconsul vint lui-même , agité d'une grande fureur ; et , se tenant debout derrière André , ne put le voir jusqu'à ce qu'il parlât. Enfin ce malheureux, ayant vu le saint de Dieu , l'accabla d'injures et de menaces. Mais l'homme de bien essaya par la douceur de ses discours de calmer ce juge furibond.
Ayant prié le Seigneur, il ressuscita le soldat défunt: Le proconsul n'en persista pas moins dans sa fureur insensée. Dès le matin il fit introduire dans l'arène plusieurs bétes féroces ; il y fit conduire l'apôtre qu'on leur abandonna. Les officiers du proconsul traînèrent André par les cheveux, le jetèrent dans l'arène, et lâchèrent sur lui un sanglier horrible et féroce. Cet animal tourna trois fois autour du saint de Dieu, et ne lui fit aucun mal. Par Tordre du proconsul un nouveau sanglier fut amené par trente soldats, et lancé par deux chasseurs : mais il ne toucha pas à André, et mit les chasseurs en pièces. Enfin , poussant un épouvantable grognement, il tomba et expira . A cet aspect le peuple proclama les louanges du Seigneur. On vit un ange descendre du Ciel , et reconforter le saint resté dans le stade. Enfin le cruel proconsul, bouillant de colère , ordonna de lâcher un léopard fameux par sa férocité. Lancé contre l'apôtre , il se retira , monta jusqu'au siège du proconsul , saisit son fils et l'étrangla. Il fallait qu'une excessive folie possédât ce magistrat: car il n'eut aucune douleur, et ne dit rien de ce qui se passait. Alors le bienheureux fortifia le peuple dans l'amour de Dieu -, et, pour corroborer la foi , promit de ressusciter le fils du proconsul. 11 se prosterna à terre, pria trèslong-temps, prit la main du défunt, et le ressuscita au nom du Seigneur. Les peuples, qui virent ces choses , glorifièrent Dieu , et voulurent tuer Yiriu qui , dans son incrédulité , osait résister au saint de Dieu : mais l'apôtre ne permit pas ce meurtre. Le proconsul confus se retira du prétoire, A la prière d'une certaine femme , le bienheureux
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André se rendit dans un champ où se relirait un serpent qui dévastait toute la contrée , animal effroyable qui n'avait pas moins de cinquante coudées de longueur. L'apôtre s'en étant approché, le serpent, poussant de grands siffleraens et levant la téte , s'avança vers la foule épouvantée. Alors le saint de Dieu dit a cette bête féroce: « Cacheta tête, animal funeste! « tu l'as élevée dès le commencement du monde « pour la mort du genre humain. Soumets -toi au « serviteur de Dieu , et meurs à l'instant. » Aussitôt le serpent rugit effroyablement, entoura un grand chêne qui était voisin, s'enlaça autour de son tronc, et , vomissant un ruisseau de venin avec son sang , il expira. L'apôtre alla ensuite au domaine de la femme dans lequel gisait mort un petit enfant que le serpent avaitfrappé. 11 dit aux parens d'aller voirquecelui qui l'avait tué était mort lui-même. Comme ils se retiraient, l'apôtre dit à la femme du proconsul : « Al- « lez , et ressuscitez l'enfant, » Comme elle n'éprouvait aucun doute, elle s'approcha du corps, et dit : « Au nom démon Dieu Jésus-Christ , lève-toi sain et « sauf. » L'enfant se leva aussitôt en présence de l'assemblée qui éprouvait une grande joie, et qui rendit grâces à Dieu.
La nuit suivante, le bienheureux André vit Pierre et Jean dans une vision , où il lui fut révélé que dans peu de temps il serait suspendu à la croix , et imiterait en cela la passion du Seigneur Jésus. Il convoqua ses frères , leur expliqua le sens de la vision, et les consola dans la douleur qu'ils éprouvaient de son prochain départ de cette vie. Pendant cinq jours il les instruisit sur leur salut , et, par de pieuses
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prières , recommanda à Dieu le troupeau de l'Eglise. Il partit ensuite pour Thessalonique.
Le proconsul Lisbius essaya de résister aux voies de Dieu : il envoya plusieurs fois des soldats pour s'emparer d'André. Mais il fut trompé dans ses désirs détestables : dès l'arrivée de l'apôtre , il fut cruellement flagellé par deux démons. C'est pourquoi, allant trouver l'homme de Dieu , il confessa son iniquité en présence de tout le peuple \ puis, ayant reçu volontiers de l'apôtre la parole de Dieu , il fut guéri de ses blessures , crut au Seigneur , et ne cessa de marcher avec diligence dans la voie divine.
Cependant Caliste , femme du proconsul , éprouvait une violente jalousie contre Trophime , qui avait été autrefois la concubine de ce magistrat, mais qui, ayant formé avec un autre homme une nouvelle liaison, s'était attachée à la doctrine apostolique. C'est ce qu'ignorait Lisbius ; il fit mander un commissaire, lui prescrivit de condamner Trophime comme prostituée , et de la conduire au lieu de débauche. En conséquence, Trophime subit cet arrêt, fut livrée au chef de la maison et ne cessa de prier le Seigneur. Lorsque des libertins se présentaient à elle , elle leur opposait l'Evangile qu elle portait toujours sur sa poitrine > et tout à coup leur ardeur impudique se refroidissait. Un jour elle fut attaquée par un débauché très-emporté qui voulut la violer : elle résista, et pendant la lutte l'Evangile tomba par terre. Alors Trophime, affligée, leva les mains au ciel et dit en pleurant : « Seigneur , ne souffrez pas que je sois déshonorée , « vous dont le nom m'a fait chérir la chasteté. » Aussitôt l'ange du Seigneur apparut , et le jeune débau-
ché tomba à ses pieds où il expira. Reconfortée par la grâce divine , elle bénit le Sauveur , et au nom du Christ ressuscita le jeune homme. Toute la ville accourut à ce spectacle. Caliste se rendit au bain avec son commissaire. Lorsqu'ils étaient ensemble dans l'eau , un horrible démon leur apparut , les frappa tous deux «et les fit mourir. Ce fut la cause d'un grand deuil, et cet événement inattendu fut rapporté à l'apôtre et au proconsul. Cependant la nourrice de Caliste , tellement accablée par la vieillesse qu'on était obligé de la porter , alla prier André de ressusciter la défunte. Quoique le mari fut justement irrité du crime qu'elle venait de commettre , l'apôtre, plein de douceur , fit apporter le corps en public -, il pria , s'en approcha, et lui toucha la tête en disant: « Au nom a de Jésus-Christ mon Dieu , levez-vous! » Aussitôt la femme se leva et demanda à se réconcilier avec Trophime. A la vue de ces miracles divins , le proconsul Lisbius fit , grâce à l'apôtre , de grands progrès dans la foi , et suivit fidèlement ses conseils en toutes choses.
Un jour qu'ils étaient ensemble assis sur le rivage et que beaucoup de personnes y écoutaient pieusement de la bouche de l'apôtre la parole de Dieu qu'il leur prêchait , un cadavre fut jeté par la mer aux pieds d'André , qui le ressuscita soudain^après avoir adressé ses prières au Seigneur. Ce cadavre était celui d'un jeune homme nommé Philopator , fils de Sostrate , citoyen de Macédoine. Comme il pleurait la perte de ses compagnons qui avaient été engloutis par les flots, et qu'il suppliait l'apôtre de les rendre à la vie, celui-ci adressa ses prières au ciel , et l'onde obéissante
ORDKRIC VITAL.
ayant amené trente-neuf cadavres, il les ressuscita en ordonnant à chacun des frères qui se trouvaient là , d'imposer Ja main sur un corps et de lui dire : « Que Jésus-Christ, fds du Dieu vivant, te ressus- « cite ! » C'est ainsi que trente-neuf hommes furent rendus à la vie et glorifièrent le Seigneur Tout-Puissant. Après beaucoup de miracles et de bonnes œuvres qu'il m'est impossible de rapporter en détail , le bienheureux apôtre André alla à Patras, où se trouvait gravement malade Maximille , femme du proconsul Egée , qui avait succédé à Lisbius. Alors Efïidime,qui avait été convertie par l'enseignement de Sosie, pria l'apôtre de visiter Maximille qui était malade de la lièvre. 11 se rendit dans la chambre de la malade , conduit par Effidime. 11 fit sa prière : la fièvre disi parut , et la malade fut guérie. Le proconsul offrit au saiut de Dieu cent pièces d'argent qu'il ne voulut pas même regarder.
Pendant que le bienheureux apôtre opérait à Patras de nombreux miracles , et qu'à la vue des secours corporels qu'il prodiguait , plusieurs personnes passaient à la foi du Christ, Stratocle , frère du proconsul Egée, arriva d'Italie. 11 avait un esclave nommé Algînana, qu'il aimait beaucoup, et qui, obsédé par le démon, gisait écumant dans la cour. Tout à coup un grand tumulte s étant élevé, Stratocle, en proie à la ■ plus vive douleur, fit, à la persuasion de Maximillé et d'ElFidime , appeler chez lui le bienheureux André. Aussitôt que l'apôtre eut prié , le jeune démoniaque fut guéri. C'est ce qui détermina Stratocle à croire au Seigneur : fortifié dans la foi, il s'attacha à l'apôtre, pour entendre de lui la parole de Dieu. Egée s était
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Vendu en Macédoine, et Maximille, qui était embrasée d'un amour spirituel, cherchait journellement l'occasion de recevoir de l'apôtre la céleste doctrine , et ne cessait d'aller le voir dévotement. C'est ce qui irrita vivement contre l'apôtre le proconsul , indigné de ce que sa femme, après avoir reçu le dogme du salut , ne voulait plus partager le lit conjugal.
Nous allons maintenant raconter en peu de mots , et placer avec vérité dans ce livre la passion du trèsbienheureux André : cette histoire, conservée depuis les temps les plus anciens dans les bibliothèques de la sainte mère Eglise , est fidèlement récitée par sa pieuse dévotion. Les prêtres et les diacres des églises d'Achaïe ont vu clairement ces événemens sur lesquels ils ont écrit un ouvrage utile et élégant , à Tusage de toutes les églises qui sont établies dans les quatre climats du monde.
Le proconsul Egée , de retour de la Macédoine , vint à Patras qui est une ville d'Achaïe, et se mit à forcer les fidèles du Christ de sacrifier aux idoles. Saint André alla le trouver , et tâcha de l'amener à la vraie foi par les meilleurs raisonnemens ; mais la sagesse ne put pénétrer dans cette a me méchante. Alors le libéral dispensateur de la science divine, quoiqu'il n'eût pu réussir auprès de l'impie Egée , alla prodiguer l'abondance des alimens de la céleste doctrine à d'autres personnes qui étaient destinées à la vie éternelle. 11 traita fort sagement le mystère de la croix , démontra clairement pourquoi Dieu s'était fait homme et avait été mis à mort , et expliqua éloquemment l'histoire de la passion du Sauveur, et les avantages généraux qui en étaient résultés pour
Je genre humain. Irrité de ces prédications , Egée fit saisir l'apôtre et le fit jeter en prison, où les habitans de presque toute la province allèrent le visiter. Us voulaient tuer Je proconsul et briser les portes de la prison pour mettre lapôtre en liberté*. Mais André les calma par de salutaires avis, leur prodigua les instructions pendant toute la nuit, leur rappela à la mémoire la patience du Seigneur Jésus, et lit tous ses efforts pour engager le peuple à ne pas mettre obstacle à sa passion.
Le lendemain le proconsul Egée fit conduire l'apôtre devant lui , et , placé sur son tribunal , employa tous les artifices pour le séduire; mais le saint appuyé sur son Dieu résista courageusement aux caresses comme aux menaces. Enfin Egée le fit étendre , et le fit fouetter avec sept fouets tressés. Après ce supplice, le courageux champion du Christ prêcha le» louanges de la croix-, et, malgré la fureur du tyran, proclama constamment les maximes de vérité. Alors Egée , indigné , ordonna qu'on l'attachât à la croix , et le livra à la question , afin qu'ayant les pieds et les mains liées , il fût tué sur le chevalet ; de sorte qu'il ne devait pas mourir promptement par l'effet des clous , mais souffrir de longues tortures. Pendant que le saint homme était conduit par les bourreaux , il se fit un grand concours de peuple qui criait , et disait : « Qu'a donc fait cet homme juste et ami de « Dieu pour être mis en croix ? » André tranquille et plein de joie marchait au supplice , priait le peuple de ne pas s'opposer à sa passion , et ne cessait d'enseigner la doctrine salutaire. Parvenu au lieu de son dernier combat , il vit l'instrument du supplice , et
s'écria d'une voix élevée : « Salut, ô croix , qui as « été consacrée par le corps de Jésus-Christ , et or- « née comme de pierres précieuses par l'application * de ses membres ! 0 bonne croix qui as reçu du « corps du Seigneur tout ton éclat et ta beauté , comte bien tu as été par moi long-temps désirée , chérie « tendrement, recherchée sans cesse, et préparée « souvent à la satisfaction de mon esprit ! En disant ces choses et beaucoup d'autres qui étaient remplies d'amour et de dévotion , il se dépouilla , et remit ses habits aux bourreaux. Ils s'approchèrent , Félevèrent en croix , et le suspendirent , en l'étendant avec des cordes, par toutes les parties de son corps. C'est ainsi que, parleur cruelle action , ils exécutèrent les ordres de l'impie proconsul. Cependant une foule , de près de vingt mille hommes , se trouvait là , et criait que ce n'était que par un jugement inique qu'on livrait au supplice un si saint homme. Là on voyait aussi Stratocle frère d'Egée. Saint-André fortifiait les ames des fidèles , les engageait à la patience temporelle en leur enseignant que , pour les récompenses éternelles , il faut savoir tout endurer. Cependant la foule se porta au palais d'Egée , et disait dans une exclamation unanime : « Quelle sentence avez- « vous rendue là, proconsul ? Vous avez mal jugé. k Accordez-nous Fho m nie juste-, rendez-nous l'homme « saint ; ne mettez pas à mort l'homme chéri de Dieu. » En entendant ces choses et beaucoup d'autres que disait le peuple, Egée fut saisi de frayeur -, et, promettant de le faire détacher, il alla vers l'apôtre avec le peuple. Saint André l'exhorta à croire au Christ,, et , pendant qu'il le pouvait encore , de recourir à la
foi pour son salut. Cependant, toujours attaché à la croix , il triomphait avec sérénité ; et , en parlant de la vue du Christ qu'il aimait de toute son ame, et qu'il avait long-temps désiré, il disait, plein de joie : « Je vois maintenant mon roi ; je l'adore -, je « suis placé en sa présence. » Alors les bourreaux , ayant mis la main à la croix , ne pouvaient le toucher, et faisaient d'inutiles efforts pour l'en détacher \ et , dans l'impuissance d'y parvenir, leurs bras restaient engourdis. Alors saint André s'écria à haute voix, et fit publiquement à Dieu une prière trèsdévote. Après avoir long-temps prié Jésus son bon maître , soudain, à la vue de tout le monde, une lumière extraordinaire, venant du ciel comme la foudre , l'environna tellement que les yeux humains ne pouvaient le considérer au milieu de tant d'éclat. Cette lumière ayant duré à peu près une demi-heure, André, cet illustre champion du Christ, rendit l'esprit" au moment où elle disparut , et alla trouver le Seigneur avec elle. Alors Maximille , femme de condition sénatoriale , enleva avec respect ce corps précieux, l'embauma et l'ensevelit dans un lieu distingué.
Sur ces entrefaites, pendant qu'il se rendait chez lui, Egée fut saisi par le démon, et mourut, ainsi tourmenté parle malin esprit, sur la voie publique, en présence de tout le peuple. Quant à Stratocle , frère d'Egée , il ne toucha rien de sa fortune, et s'enfuit en emportant Je corps de l'apôtre saint André. Ces événemens causèrent tant d'effroi dans la province, qu'il n'y resta personne qui ne crût au Sauveur notre Dieu. On raconte que du tombeau de
saint André il découle une manne semblable à de la farine, et une huile d'une odeur exquise, qui indiquent aux habitans du pays quelle doit être la fécondité de Tannée. Si le produit est petit , la terre ne donne que peu de fruits } si au contraire il est copieux, on en recueille une grande abondance.
Glorieux apôtre de Jésus-Christ ! c'est uniquement par l'amour que je vous porte que j'ai exposé brièvement le cours de votre vie si heureusement ornée par les grâces divines. J'en rapporte le mérite à la louange de votre maître tout-puissant, auquel vous êtes jusqua la mort resté fidèlement attaché. Apôtre plein de douceur, accordez vos bontés à votre dévot serviteur, et recommandez-moi , moi qui suis un pécheur, par vos pieuses prières, à la clémence du Créateur, au culte duquel je veux, avec son aide , persister d'être fidèle, dans le bonheur comme dans l'infortune. Vous exhortâtes du haut de la croix le cruel Egée , votre meurtrier , à se rendre à l'évidence de la foi ; protégez sans cesse les dignes enfans de l'Eglise , qui, dans la profonde dévotion de leur cœur et la modulation de leurs accens , vous adressent ce
chant pieux. Bienheureux André, vous le plus doux des saints, obtenez-nous le pardon de nos fautes, et , par votre intercession, soulevez le fardeau de péchés sous lequel nous succombons. Nous sommes fréquemment brisés dans les tribulations de ce siècle i chancelant , et nous gémissons du mal qui nous op- > presse. Priez pour nous la majesté du Seigneur afin H qu'il nous accorde la faveur de jouir de la lumière i éternelle. Ainsi soit-il !
Jacques et Jean , tous deux fils de Zébédée , fui. 18
rent appelés par le Christ Boanergées, ou comme ou lit mieux encore, Boanérées, c'est-à-dire enfans du tonnerre , à cause de la fermeté et de la grandeur de la foi avec laquelle ils conservèrent inviolablement et enseignèrent purement la loi du Seigneur. Jacques signifie supplantateur j Jean veut dire grâce de Dieu, ou bien celui dans lequel est la grâce. C'est à bon droit que ces frères choisis portèrent des noms si distingués, eux qui, par la supplantation des vices, vainquirent avec éclat le tortueux serpent dans la carrière de la vie fragile, et devinrent spécialement les amis de Dieu -, eux qui , comblés de toute espèce de grâces, prodiguèrent à la sainte mère Eglise tout le lustre des doctrines de la vérité.
J'ai dit avec sincérité et concision , dans mon précédent livre, autant que j'ai pu le découvrir dans les anciens écrivains, comment le bienheureux Jacques porta l'Evangile dans la Judée et la Samarie , et comment, sur l'accusation des princes des prêtres et des Pharisiens , Hérode , fils d'Aristobule , le fit conduire au martyre. Maintenant je recherche ce qui a été écrit sur Jean l'évangéliste , l'ami de Jésus-Christ -, et je désire recueillir succinctement tout ce qui le concerne pour la pltfs grande gloire du roi Sabaoth. Je suivrai ce qui a été rapporté par Mellitus de Laodicée, et par d'autres fidèles répandus sur la surface du monde , par d'autres illustres antiquaires , et principalement par Jérôme, cet interprète des divines Ecritures , dans le préambule de l'Apocalypse.
Jean, apôtre, évangéliste et vierge, fut choisi par le Seigneur Jésus-Christ, chéri au dessus tous les autres disciples , et devint l'objet d'une telle prédi-
lection que pendant la cène il reposait sa tête sur la poitrine. du Sauveur , qui , depuis , attaché à la croix, ne recommanda qu'à lui sa propre mère. Ainsi il confia la garde de la Vierge à celui qu'il avait détourné du mariage, et appelé à de chastes embrassemens. Lorsque Jean prêcha publiquement en Asie la parole de Dieu , et porta courageusement témoignage de Jésus-Christ devant les Juifs et les nations , il lut accusé à Rome dans un rapport mensonger de ses ennemis jaloux. Par Tordre de Domitien qui , le premier après Nëron, persécuta les chrétiens, il fut enlevé d'Ephèse, et traduit devant César et le sénat , près de la Porte Latine. Comme il persistait, inébranlable dans la foi, il fut, par Tordre de César, plongé dans un vase d'huile bouillante le 2 des nones de mai (6 mai) : mais , protégé par la grâce divine , il en sortit sain et sauf. Le même jour, les fidèles célèbrent dévotement par une fête la mémoire de cet événement. Il se rendit ensuite en exil dans Tîle de Pathmos. Il y écrivit l'Apocalypse dans lequel Tordre et l'état de l'Eglise sont décrits en sept manières, ainsi que les grandes vexations des tribulations et la rétribution des vertus. Enfin, par la grâce de Dieu qui dispose tout justement, la même année que Jean fut envoyé en exil , le sénat romain fit mettre à mort Domitien pour le punir de ses actes de cruauté; ensuite il prescrivit par un sénatus-consulle d'anéantir tout ce que Domitien avait ordonné. C'est pourquoi l'apôtre Jean , qui avait été déporté avec outrage par Tordre de Domitien, retourna vers les Ephésiens avec honneur, et à la satisfaction générale. En effet, tout le peuple d'Ephèse, ayant appris son retour, alla au-
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devant de lui } et les hommes comme les femmes , qui manifestaient fidèlementleur joie , n'eurent qu'une voix pour crier : « Béni soit celui qui vient au nom « du Seigneur! »
Comme Jean entrait dans la ville, on portait au tombeau Drusine qui, le chérissant avec ferveur, avait désiré le voir. Les veuves , les pauvres , les parens et ceux quelle laissait orphelins, pleuraient également, et disaient en criant : « Saint Jean, apôu tre de Dieu , vous nous voyez porter au tombeau « Drusine qui, fidèle à vos saints avis, nous nour- « rissait tous , servait Dieu dans la chasteté et l'huh milité, et, désirant votre prompt retour, disait a journellement : que ne puis-je de mes propres yeux « voir avant de mourir l'apôtre du Seigneur! » Alors le bienheureux Jean fit mettre à terre le cercueil, en fit retirer le corps , et dit d'une voix claire : Dru- « sine, que mon Seigneur Jésus-Christ vous ressus- « cite ! levez-vous , retournez de vos pieds à votre « maison, et m'y préparez un repas. » Aussitôt elle se leva , obéit pleine de joie aux ordres de l'apotre, et il lui parut qu'elle sortait non de la mort , mais du sommeil. C'est pourquoi le peuple ne cessa de crier pendant trois heures : « Il n'y a qu'un Dieu, et c'est « celui que Jean nous enseigne 5 il n'y a aussi qu'un « Seigneur Jésus-Christ. »
Dans le même temps, deux frères , jeunes et trèsriches, à l'instigation du philosophe Craton , vendirent leur patrimoine , achetèrent des pierres précieuses fort belles qu'ils brisèrent sur la place publique en présence du peuple , et par vaine ostentation de leur dédain pour les richesses de ce monde, sedonnè-
rent ainsi en spectacle. Le bienheureux apôtre Jean, passant par la place publique , fut témoin de cet acte de vanité. Ayant pitié de la folie de ces gens, il leur donna unconseil bienveillant : iifit venir àluiCraton, ce professeur d'erreurs , blâma cette destruction ruineuse , enseigna combien, selon le précepte du Christ, il , était utile de mépriser le monde , et rappela l'instruction du maître suprême qui dit à un jeune homme qui lui demandait son avis sur le salut éternel : « Si « vous voulez être parfait, allez , vendez tout ce que « vous possédez , donnez-en le prix aux pauvres , et « vous aurez un trésor dans le ciel; venez et suivez- « moi. » Le philosophe Craton se soumit aux avis salutaires de l'apôtre , et le pria de rétablir les pierres précieuses qui avaient été brisées en morceaux. Alors le bienheureux Jean rassembla toutes ces parcelles , et, les tenant dans sa main, les yeux élevés vers le ciel , il pria long-temps. Ayant terminé sa prière , aussitôt que les fidèles qui étaient présens eurent répondu Jrnen , les fragmens des pierres précieuses se trouvèrent tellement solides qu'on n'y voyait pas même la trace des cassures. Alors le philosophe Craton se jeta avec tous ses disciples aux pieds de l'apôtre; il crut et fut baptisé avec eux. Ce fut alors que, prêchant publiquement la foi de Jésus, il commença à devenir un véritable philosophe. Cependant les deux frères, qui n'avaient pas vainement vendu leur bien, obéirent à l'Evangile, et donnèrent au Christ, dans la personne de ses pauvres, le prix de leurs pierres précieuses. Alors un nombre infini de croyans s'attacha à l'apôtre et suivit ses traces.
Atticus et Eugène son frère , citoyens honorables
de la ville d'Ephèse , imitèrent l'exemple des deux jeunes gens dont nous venons de parler : ils vendirent tout ce qu'ils pouvaient avoir , en firent présent aux pauvres, et suivant l'apôtre, raccompagnèrent dans toutes les villes où il prêcha la parole de Dieu. Il arriva qu'ils entrèrent à Pergame et qu'ils y virent leurs esclaves qui se promenaient avec des vêtemens de soie et tout brillans de la gloire du siècle. Aussitôt , frappés par la flèche du diable, les deux frères devinrent fort tristes de voir qu'ils manquaient même d'un manteau , tandis que leurs esclaves paraissaient puissans et brillans. Alors saint Jean, découvrant les ruses de Satan , ordonna qu'on lui apportât des baguettes réunies en faisceaux et de ces petits raillons qu'on trouve sur le bord de la mer. Ce qui ayant été fait, l'apôtre invoqua le nom du Seigneur, et, tout à coup , les baguettes furent changées en or et les caillous en pierres précieuses. Alors il leur parla en ces termes : « Allez pendant sept jours chez les orfèvres et les lapidaires, et faites-moi connaître quand vous leur aurez fait éprouver votre or et vos pierreries. Les deux frères parcoururent les boutiques d'orfèvrerie , et, au bout de sept jours, allèrent trouver l'apôtre pour lui annoncer que les orfèvres avaient trouvé l'or très-pur , et les lapidaires les pierreries très-fines. Alors saint Jean leur tint ce discours : « Allez , et rachetez les terres que vous avez vendues « puisque vous avez perdu le prix des cieux 5 ache- « tez des habillemens de soie , afin de briller comme * la rose dans le temps. Sa fleur étale un moment « ses parfums et ses couleurs, mais elle ne tarde pas « à se flétrir. Vous avez regretté de voir l'éclat de vos
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« esclaves , et gémi de vous être rendus pauvres ; re- « devenez brillans pour vous flétrir ensuite ; soyez ri- « ches dans le temps pour être réduits à mendier dans « l'éternité. Est-ce que la main du Seigneur n' est pas « assez puissante pour donner la richesse à ses servi- « teurs, et les rendre incomparablement éclatans ? 11 a « voulu le sacrifice des ames afin que ceux qui, pour « son nom , dédaignent la possession des biens tem- « porels , soient convaincus qu'ils jouiront un jour « des richesses éternelles. » Pendant que le bienheureux Jean disait ces choses et d'autres semblables par motif d'édification, et qu'il s'étendait glorieusement sur la misère et le mépris du monde, sur l'apostasie et la persévérance dans la vertu, voilà que tout à coup un jeune homme, nommé Stactée, était conduit au tombeau par sa mère qui était veuve. Cette mère, profondément affligée, et la foule qui assistait aux funérailles , se jetèrent aux pieds de l'apôtre ; et, les larmes aux yeux, le prièrent de ressusciter le jeune homme au nom de son Dieu, de même qu'il en avait agi à l'égard de Drusine , et de rendre ainsi le bonheur à sa mère et à la femme qu'il avait récemment épousée. Alors l'apôtre, s'étant prosterné , pria long-temps en versant des larmes , et, se levant trois fois, il suspendit sa prière pour étendre les mains vers le ciel. Il prolongea beaucoup son oraison secrète; il fit ensuite tirer du cercueil le corps qui y était enseveli , appela le jeune homme par son nom , et lui ordonna de ressusciter, afin d'annoncer les choses qu'il avait vues pendant sa mort. Alors Stactée, se levant, adora l'apôtre , et se mit à réprimander les disciples : « J'ai vu , dit-il , vos anges qui pleuraient , tandis que
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« les anges de Satan se félicitaient de votre humilia- « tion. J'ai vu aussi le royaume qui vous est destiné , « et des appartenons ornés de pierreries éclatantes , « offrant partout la joie, les banquets, les richesses, « la vie éternelle, une perpétuelle lumière, et toutes « les délices auxquelles vous avez renoncé. Et au « lieu de ces biens, quelle douleur! Vous avez ac- « quis un domaine de ténèbres, de dragons et de « précipices, plein de flammes sifflantes et de tor- « tures, d'infections et de tourmens ! » Stactée ayant dit ces choses et plusieurs autres du même genre, la multitude du peuple qui l'écoutait resta stupéfaite. Cependant Atticus et Eugène, ainsi que le ressuscité, se prosternèrent devant l'apôtre , et le prièrent aussi d'intercéder pour eux auprès du Seigneur. Saint Jean , se rendant à leurs supplications, leur donna pour réponse le conseil d'offrir pendant trente jours leur repentir à Dieu , et surtout de persister dans leurs prières pendant ce temps , jusqu'à ce que les verges d'or fussent retournées à leur nature primitive , et que les pierreries fussent redevenues propres à l'usage auquel elles avaient été d'abord destinées. Il arriva que les trente jours se passèrent sans que l'or retournât en baguettes , et les pierreries en cailloux. Enfin les deux frères , accablés d'inquiétude , allèrent trouver l'apôtre , et implorèrent sa clémence avec beaucoup de prières et de larmes. Il prit en pitié leurs pleurs et leur repentir , et , comme tout le monde intercédait pour eux, il ordonna aux baguettes de retourner à la foret , et aux cailloux de regagner la plage Jusqu'à ce qu'ils eussent repris leur première forme. Ensuite les deux frères reconquirent la grâce qu'ils avaient perdue , à
tel point que , comme auparavant , ils chassaient les démons , guérissaient les infirmes , rendaient la lumière aux aveugles , et opéraient de nombreux miracles au nom du Seigneur. Toute la ville d'Ephèse, et même toute la province d'Asie , rendaient des hommages à Jean qu'elles comblaient d'éloges , quand il survint une sédition excitée parles idolâtres. Les Gentils, animés d'une fureur insensée, entraînèrent Jean au temple de Diane , et firent tous leurs efforts pour l'amener à fléchir devant l'infamie des idoles. Rempli de l'Esprit-Saint, il leur proposa d aller à l'Eglise du Christ , d'implorer la puissance de Diane pour renverser le temple du Sauveur -, et s'ils ne pouvaient ainsi en venir à bout , d'invoquer le nom de Dieu pour faire crouler le temple de leur déesse et briser son idole. Il leur dit qu'en agissant ainsi , ils se convaincraient de la vérité , repousseraient leurs vaines superstitions, et marcheraient dans le sentier delà vraie foi et de la justice. Cette condition plut au peuple, et peu de personnes s'y opposèrent. Alors saint Jean exhorta doucement les assistans à s'éloigner du temple , et d'une ame dévote et d'une voix claire, il se mit à prier. Aussitôt le temple et toutes les idoles furent renversées, et se dispersèrent comme la poussière que le vent dissipe sur la surface de la terre. Le même jour , douze mille Gentils, sans compter les enfans et les femmes , se convertirent et reçurent le baptême au nom de la Sainte-Trinité. Alors Aristodime , qui était pontife de toutes les idoles , par l'instigation de l'esprit pervers , porta le peuple à la sédition, à tel point que , le désordre s'étant accru, les citoyens se préparèrent à la guerre contre les citoyens. Jean ,
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qui aimait la paix, s écria : « Aristodime, dites - moi « ce qu'il faut faire pour calmer l'indignation de votre « esprit. » Le pontife répondit : « Si vous voulez que « je croie en votre Dieu , prenez le poison que je vais « vous donner à boire. Si , après l'avoir avalé, vous « ne mourez pas, il me sera démontré que vous ado- « rez le véritable Seigneur. » L'apôtre accepta cette proposition 5 mais Aristodime, voulant l'effrayer, alla trouver le procopsul, et lui demanda deux, hommes, qu'à cause de leurs forfaits on allait décoller. Le magistrat les lui ayant accordés , il les fît conduire sur la place publique , et là , en présence de l'apôtre et du peuple assemblé , ils burent le poison et tombèrent morts à l'instant même. Le bienheureux Jean , voyant étendus sans vie les malheureux qui avaient avalé la coupe empoisonnée , la saisit avec intrépi- - dité , et faisant sur elle le signe de la croix , il pria dévotement et raconta fidèlement à tous les auditeurs les œuvres ineffables du Seigneur. Il s'arma ensuite du signe de la croix , et avala d'un trait tout ce que renfermait la coupe : il rendit grâces au Seigneur et demeura plein d'allégresse et de joie. Ce que voyant les peuples , ils crièrent : « Il n'y a qu'un Dieu , et c'est « celui que Jean enseigne. »
Cependant Aristodime, ayant, pendant trois heures, examiné opiniâtrément l'apôtre de Dieu , et n'ayant remarqué en lui aucun signe de pâleur ni de crainte, refusait encore de croire , malgré les reproches que lui adressaient les assistans , et fermait à la vérité son cœur endurci. Enfin il demanda que les deux hommes morts empoisonnés fussent divinement rendus à la vie, et promit que , s'il en était ainsi , H embrasserait la foi
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sans aucun doute. Cependant le peuple se soulevait contre lui , en disant qu'il fallait le brûler , lui et sa maison, s'il osait commettre encore des vexations
contre l'apôtre de Dieu. Jean , ayant vu qu'une rixe violente s'élevait entre les croyans et les incrédules , réclama le silence, et parla ainsi au peuple : «La pâte tience est une grande vertu que nous devons imi- « ter d'après les vertus divines ; ainsi dénouons les « liens de l'infidélité d'Aristodime , s'il en est encore « enlacé. Je ne discontinuerai pas mon entreprise « tant que je pourrai trouver un remède à la bles- « sure. Il est nécessaire que j'use delà persévérance ce d'un habile médecin qui met tous ses soins à appli- « quer constamment aux malades divers médicamens. ti Ainsi , puisqu' Aristodime n'a point encore été guéri « par ce que nous avons fait jusqu'à ce moment , enu treprenons pour le guérir ce que nous n'avons pas « encore essayé. » Alors il appela le pontife et le revêtit de son habit. Quant à lui , il se couvrit de son manteau et lui dit : « Allez, étendez-vous sur le corps « des morts , et parlez ainsi : Jean, apôtre de notre « Seigneur Jésus-Christ, m'envoie à vous, afin qu'en « son nom vous ressuscitiez , et que tout le monde « apprenne que la mort et la vie obéissent à mon Sei- « gneur Jésus-Christ. » Aussitôt, ayant obéi aux ordres de l'apôtre et vu ressusciter les morts , Aristodime s'empressa d'adorer Jean , et se rendit auprès du proconsul pour lui raconter à haute voix les merveilles dont il avait été témoin. Ensuite il prit une résolution salutaire, et dit au magistrat : « Allons nous jeter « aux genoux de l'apôtre pour lui demander pardon. » Tous deux se rendirent auprès de Jean, et, se pros-
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ternant , sollicitèrent leur grâce. Il les reçut avec bonté , leur offrit de prier et de remercier le Seigneur ; il leur prescrivit ensuite de jeûner pendant une semaine. Quand ils eurent satisfait à ce commandement, ils recurent le baptême ainsi que leurs parens, leurs alliés et leurs domestiques. Ils brisèrent de leurs propres mains toutes leurs idoles , et bâtirent une église au nom de saint Jean , dans laquelle il fut enseveli.
Le bienheureux Jean était parvenu à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, quand le Seigneur Jésus-Christ lui apparut avec ses disciples, et lui dit : « Viens me « trouver, car il est temps que tu assistes à mon ban- « quet avec tes frères. » Alors Jean s'étant levé , se mit en marche ; mais le Seigneur lui dit : « Tu vien- « dras à moi le dimanche anniversaire de ma résur- « rection, lequel arrivera dans cinq jours. » Ayant dit ces mots, le Sauveur retourna au ciel. Le dimanche étant arrivé , toute la multitude se réunit auprès de Jean dans l'église qui avait été bâtie en son nom. Dès le premier chant des coqs, célébrant les mystères de Dieu , il parla au peuple jusqu'à la troisième heure du jour, et il ajouta : « Mes frères et mes com- « pagnons, vous qui hériterez du royaume de Dieu « et qui y prendrez part , apprenez à connaître notre « Seigneur Jésus-Christ; sachez combien, par moi , « il vous a accordé de vertus, de prodiges, de mi- « racles, de grâces et de bonnes doctrines. Persévé- « rez donc dans ses commandemens -, car le Seigneur « daigne me rappeler de ce monde. » Aussitôt il fit creuser , près de l'autel carré , une fosse dont on rejeta la terre hors de l'église. 11 y descendit ; et, étendant ses mains vers le Seigneur , il dit : « Invité à
« votre banquet , Seigneur Jésus-Christ , je vous rends « grâce d'avoir daigné m'appeler à cette faveur , sa- « chant que je la desirais de tout mon cœur. J'ai « vu votre face et je suis comme ressuscité du tom- « beau. Le parfum que vous répandez excite en moi « le désir de l'éternité. Votre voix est pleine de la « douceur du miel, et vos discours sont incomparak blement plus éloquens que ceux des anges. J ai « écrit celles de vos œuvres que j'ai vues de mes « propres yeux , et les paroles qui de votre bouche « sont parvenues à mes oreilles. Maintenant, Sei- « gneur, je vous recommande vos fils que l'Eglise « vierge-mère a régénérés par l'eau et le Saint-Esprit. « Recevez-moi afin queje rejoigne mes frères avec les- « quels vous êtes venum 'inviterà me trouver. Ouvrez- « moi la porte de vie y et conduisez-moi dans la salle « de vos banquets auxquels assistent avec vous tous « vos amis. Vousétesle Christ, fils du Dieu vivant qui, a sur l'ordre de votre père, avez sauvé le monde. Nous « vous rendons grâces pendant l'infinité des siècles. » Tout le peuple ayant répondu : « Ainsi soit-il ! » l'apôtre fut, pendantprèsd'unedemi-heure, entouré d'une lumière si vive qu'on n'en pouvait supporter l'aspect. On trouva ensuite la fosse remplie , mais elle ne contenait rien autre chose que de la manne qu'elle produit encore jusqu'à ce jour : ce qui y occasionne , par les mérites de Jésus-Christ, une grande abondance de miracles. En effet , il y accourt beaucoup de personnes ; elles y adressent à Dieu des vœux et des prières , et , par les mérites de saint Jean , apôtre et évangéliste , elles obtiennent l'effet de leurs oraisons; elles ne tardent pas à ressentir salutairement, dans
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la guérison de leurs infirmités et l'affranchissement de leurs périls , quelles sont les vertus de leurs prières. Pécheur aussi, je me joins à elles , j'ai recours en tremblant à ma dévotion; et, dévoué tout entier, dans la foi et l'espérance, à l'excellent ami du Sauveur, je lui parle ainsi : « 0 très-bienheureux Jean, « ami familier du Christ, qui, choisi vierge par Je « Seigneur Jésus , et principalement chéri entre tous, « avez été plus que qui que ce soit imbu des célestes a mystères, et êtes devenu le plus illustre des Apô- « très et des Evangélistes ! je vous prie avec sincérité , « aimez-moi, misérable que je suis, moi qui vous « aime tant, et montrez-vous clément en exauçant « mes prières. Voyez en pitié les peines et les cha- <( grins, dont je souffre sans cesse, les nombreuses « infirmités de mon corps et les afflictions de mes « membres. Éloignez ces maux de moi par la vivacité « des prières que vous offrirez pieusement en ma fa- « veurau Seigneur, afin que, purifié de mes fautes, « je mérite d'être toujours attaché au culte divin, « associé à la blanche phalange des fidèles, et de « louer éternellement le roi Sabaoth. Ainsi soit-il! »
Jacques-le-Mineur, fils d'Alphée, qui , dans l'Evangile , est appelé le frère du Seigneur, parce que Marie, femme d'Alphée, était la tante de la mère du Sauveur, que Jean l'Evangéliste appelle Marie femme de Cléophas ; ce Jacques fut ordonné évêque de Jérusalem par les Apôtres, peu de temps après l'ascension du Seigneur , et occupa le siège pendant trente ans. Tous les Apôtres l'honoraient , tant pour sa grande sainteté que pour sa parenté avec Jésus, et pendant qu'ils étaient dispersés, pour la prédication , dans les
divers pays du monde, ils recouraient à lui comme à un père, lorsque l'occasion s'en présentait, et lui demandaient humblement, comme de raison, de même qu'à un maître, lesavisquileur étaient nécessaires. Enfin , l'an sept du règne de Néron , pendant que Jacques prêchait à Jérusalem le Christ fils de Dieu , il fut précipité du temple par les Juifs qui le lapidèrent. 11 fut inhumé près du temple le jour des calendes de mai ( ier mai).
flégésippe , homme saint et savant , assez voisin du temps des Apôtres, fait mention, dans le cinquième livre de ses commentaires , de Jacques-le-Jtiste. Il raconte qu'après que le gouverneur Festus, successeur de Félix, fut mort en Judée, cette province manquant de gouverneur et de prince avant qu'Albin vîntl'occuper , Jacques, frère du Seigneur, monta au ciel par l'elFet de la cruauté des Juifs. Dès le sein maternel, il fut doué de la sainteté; il ne but jamais ni vin ni autres liqueurs enivrantes , et ne mangea jamais de la chair d'aucun animal. Le fer n'approcha jamais de sa tête , il ne se frotta jamais d'huile , et n'usa jamais du bain. Il n'employait aucun vêtement de laine et se bornait à un simple pièce de drap. Il entrait seul dans le temple , et se jetait sur les genoux, priant pour le pardon du peuple. Il en résulta qu'à force de s'agenouiller et de persister dans la prière, il lui était survenu à chaque genou des callosités pareilles à celles du chameau. C'est pourquoi, à cause de son incroyable continence et de son équité suprême , il fut appelé le Juste et Oblias , ce qui signifie rempart du peuple.
Quelques hommes qui appartenaient aux sept hé-
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résies des Juifs, lui demandèrent quelle était la signification de Jésus , il répondait : « C'est le Sauveur. » Les Juifs en effet se partagent en sept sectes, qui toutes sont éloignées du sentier de la vérité : les Pharisiens et lesSadducéens, les Esséniens et les Galiléens, les Hémérobaptistes, les Basbuthéens et les Samaritains, se glorifient d1ètre appelés par leurs noms particuliers, et défendent et suivent avec opiniâtreté les divers dogmes qu'ils ont adoptés. Quelques-uns d'entre eux, instruits par Jacques , crurent que Jésus était le Christ. Beaucoup des principaux Juifs s'étant convertis au Seigneur, il s'éleva de grands troubles parmi les Scribes et les Pharisiens , qui disaient : a 11 s'en faut « de très-peu que tout le peuple ne croie que Jésus « est le Christ. » Enfin, d'un commun avis, ils se rendirent auprès de Jacques, et le prièrent respectueusement de monter le jour de Pâques au sommet du temple , et d'y rendre un vrai témoignage de Jésus, à la multitude des Juifs et des Gentils, qui se rendraient pour cette fête à Jérusalem , soit du voisinage , soit des contrées lointaines. Ayant trouvé cette occasion de manifester la vérité , l'apôtre fut comblé de joie , et promit de se rendre aux vœux de ceux qui l'invitaient : ce qui n'était pas à la satisfaction des méchans. L'homme juste sentit qu'il devait agir par l'inspiration divine , et fit ce qu'on lui demandait. En efFet, il monta sur le pinacle du temple et s'adressant au peuple à haute voix , il proclama , avec autant de constance que d'éclat , que Jésus fils de Dieu avait accompli ce qui avait été prédit de lui par les Prophètes.
Enfin les fidèles prédications de Jacques étant ter-
minées, le peuple éprouva une grande joie ; il glorifia le Seigneur , et s'écria : « Gloire au fils de David ! » Cependant les Pharisiens et les autres ennemis de la vérité furent violemment contristés, et , s étant concertés méchamment entre eux , ils crièrent : « Oh î a oh ! le juste est dans l'erreur. » C'est alors qu'ils accomplirent ce qui est écrit dans le livre de la Sagesse : « Enlevons le juste, parce qu'il nous est inutile. » Les Pharisiens montèrent vers lui et parlèrent ainsi : « Nous et vous avons prié de détruire dans le peuple l'erreur « de Jésus , et vous l'avez fortifiée. » Jacques leur répondit : « J'ai détruit l'erreur et manifesté la vérité. » Cependant les Pharisiens , voyant la foule applaudir aux prédications de l'apôtre, et croire en Jésus-Christ, précipitèrent le juste du sommet du temple , et se mirent à le lapider. Renversé, prosternera genoux , il dit en priant : « Seigneur , mon Dieu et mon père , « je vous en prie, pardonnez-leur, car ils ne savent « ce qu'ils font. » Pendant que le supplice durait, et que le saint continuait de prier , un des prêtres , fils de Réchab , s'écria : « Epargnez-le , je vous en « prie , épargnez -le ! Que faites -vous ? Il prie en « votre faveur ce juste que vous lapidez. » Alors un des Pharisiens, enflammé de courroux, saisit le bâton d'un foulon, frappa fortement le martyr à la tête , et lui fit sauter la cervelle. C'est ainsi que le confesseur de Jésus-Christ consomma l'œuvre de son martyre , et fut inhumé près du temple même, le jour des calendes de mai ( ier mai ).
Peu de temps après eut lieu la guerre de Vespasien contre les Juifs , que les plus sages d'entre eux regardèrent comme voulue de Dieu, pour la ven- 1. 19
geance de Jacques le juste , comme on le lit positivement dans les livres de Josèphe, célèbre historien des Hébreux. Pendant que les Juifs incrédules sont livrés aux plus grands dangers par une double calamité , l'Eglise de Dieu , pleine de joie dans la vraie foi et les vertus du salut, invoque, avec une pure dévotion et par ces mots éclatans , pour la seconder dans ses combats journaliers, le champion intrépide qui a enduré ce martyre : « Jacques le juste , frère du a Seigneur Jésus, ayez une pieuse compassion de « nous, coupables que nous sommes d'une jactance « orgueilleuse, et souillés des vices du monde. Exaua cez nos prières avec clémence $ accordez-nous les « joies de la vraie lumière. Vous qui avez prié le Seia gneur pour vos ennemis , accordez votre protection « à ceux c[iii vous implorent , afin qu'ils obtiennent « la récompense éternelle. Ainsi soit- il. »
Philippe signifie bouche de lampe. Ce nom fait connaître qu'il était ouvert entièrement à l'infusion d'une double charité. En obéissant au divin commandement, il était imbu de grâces sacrées, et, comme une lampe éclatante, il répandit sur les nations barbares la lumière étincelante de ses exemples, et la doctrine de la vérité. 11 naquit à Betsaïde, ville de Galilée, et fut un des premiers qui s'attacha aux pas du Christ. Après l'ascension du Seigneur , il prêcha trente ans l'Evangile aux Gaulois ou Galates, et aux Scythes, et conduisit ainsi différentes nations à la connaissance de la vraie lumière. Un jour qu'il était dans la Scythie , arrêté par les Gentils , qui le traînaient à la statue de Mars pour le forcer d'y sacrifier, un énorme dragon sortit de dessous le pié-
destal de la statue, et frappa le fils du pontife , qui présentait le feu du sacrifice , ainsi que deux tribuns employés dans la même province , et dont les officiers avaient mis aux fers le saint apôtre Philippe. Le souffle du dragon rendit tout le monde malade, et la maladie alla toujours en augmentant.
Alors Philippe avertit chacun qu'il devait croire au Seigneur , renverser et briser la statue de Mars, ériger la croix du Christ, au lieu même où l'idole semblait fixée à jamais, et adorer le signe de la rédemption. Enfin il ajouta que si Ton faisait ces choses, les infirmes seraient guéris , les morts ressusciteraient , et que le dragon funeste serait mis en fuite au nom de Jésus-Christ. Alors ceux qui souffraient, vaincus par la douleur , se mirent à crier : « Reprenons nos forces « et renversons cette statue. » Ayant obtenu le silence , l'apôtre ordonna au dragon de prendre la fuite au nom du Sauveur , de fuir dans le désert pour ne nuire à personne , et de rester dans un lieu dont n'approcheraient point les hommes. Alors le cruel dragon sortit , prit rapidement la fuite, et désormais ne reparut plus. Cependant l'apôtre, an nom du Sauveur, ressuscita le fils du pontife , ainsi que les tribuns qui étaient morts , et rendit à la santé tous ceux qui étaient malades. Tous ceux qui avaient persécuté l'apôtre Philippe firent pénitence, et voulurent l'adorer, parce qu'ils le prirent pour un dieu. 11 leur donna constamment ses instructions , les pénétra habilement de la connaissance du souverain Dieu , et répandit incessamment dans les cœurs des croyans tout ce qui tient à la vraie foi. Plusieurs milliers d'hommes crurent au vrai Dieu et furent baptisés par l'apôtre.
yxyi ORDEHIC VITAL.
Philippe , secondé amplement par la grâce de Dieu , construisit un grand nombre d'églises, et dans chacune d'elles ordonna des évéques et des prêtres avec les autres ordres sacrés. D'après une révélation il se rendit en Asie, s'arrêta quelque temps dans la ville de Hiérapolis , et y éteignit l'hérésie des Hébronites , qui nient que Jésus-Christ soit le fils de Dieu , et qu'il ait pris dans le sein de la Vierge un véritable corps humain. Là se trouvaient deux filles de Philippe, toutes deux vierges sacrées , par lesquelles le Seigneur conquit une multitude de vierges. Sept jours avant sa mort , il manda les prêtres , les diacres et les évéques des villes voisines , et leur prédit qu'il ne respirerait l'air de la vie que sept jours ; il les avertit tous de persister virilement dans la foi , et de conserver toujours les doctrines du Seigneur. Enfin le bienheureux apôtre , ayant long-temps exhorté le peuple, se rendit auprès du Sauveur à l'âge de quatre-vingts ans , le 7 des calendes de mai ( a5 avril ). Son corps très-saint fut inhumé à Hiérapolis. Quelques années après ses deux filles furent ensevelies, Tune à sa droite, et l'autre à sa gauche. C'est là que, aux pieuses demandes des fidèles , beaucoup de miracles s'opèrent par les mérites de celui auquel se présentent ses bien-aimés gendres qui , pleins d'allégresse , chantent à haute voix : « Philippe, bouche de lampe , « nous nous prosternons pour vous prier de faire « parvenir nos demandes aux saintes oreilles du cé- « leste juge , afin qu'il nous fasse grâce des supplices « que nous méritons , et qu'il nous accorde les suie prêmes joies que nous implorons de lui. Ainsi « soit-il ! »
Thomas signifie abîme, et Didyrne signifie jumeau , parce que, semblable au Sauveur, cet apôtre fut comblé de toutes les grâces des vertus. Il prêcha l'Evangile aux Parthes et auxMèdes, aux Hircaniens et aux Persaus, aux Bactriens et aux Indiens, et consomma son martyre sous le roi Médée, dans la ville de Calamine, le 12 des calendes de janvier ( 11 décembre ). Peu de temps après , il fit un grand nombre de miracles éclatans dans là ville d'Edesse.
On trouve beaucoup de différences dans les relations qui concernent les Apôtres, tant pour l'antiquité des époques que pour léloignement des contrées où ces cultivateurs du champ de Jésus-Christ prêchèrent les barbares qui , par leurs habitudes étrangères, diffèrent considérablement des Romains, tant pour leurs coutumes que pour leur langage. C'est pourquoi il est certains faits relatifs aux saints apôtres, et qui ont passé jusqu'à nos jours, dont nous devons douter parce qu'ils nous ont été transmis par des auteurs peu certains , et qu'ils ont surtout été qualifiés d'apocryphes par le pape Gélase et par d'autres grands docteurs. L'illustre évéque Augustin a élevé aussi des doutes sur plusieurs de ces écrits, et en a fourni un certain exemple contre le manichéen Fauste en faisant de scrupuleuses recherches sur les gestes de saint Thomas. Je ne rapporte pas ces choses sur le peu d'accord de quelques écrits qu'on trouve par le monde épars dans les rouleaux des anciens , pour attaquer les œuvres merveilleuses des saints , mais afin de discuter certains* récits relatifs aux Apôtres et à d'autres bienheureux , avec le même zèle qu'y apportaient les anciens, en employant les plus
convenables précautions pour la défense de la foi et l'édification des mœurs. Maintenant, au nom du Seigneur, je poursuivrai brièvement mon récit sur le fructueux voyage de l'apôtre saint Thomas, sa prédication du Christ prospère et glorieuse, et sa pénible passion pour parvenir au sentier de la vie éternelle.
Thomas Didyme étant à Césarée , le Seigneur Jésus-Christ lui apparut, le recommanda à Abbane , lieutenant de Gondafore , roi des Indiens , et l'envoya dans l'Inde pour y bâtir à ce monarque un palais à la romaine. Comme ils traversaient la mer , Thomas parla mystiquement à Abbane de la science de son art , et lui promit de construire , en tout genre d'architecture, des ouvrages admirables en marbre et en bois. Le septième jour , ils arrivèrent heureusement à Andrinople, descendirent de leur vaisseau, et entendirent des voix qui chantaient en s accompagnant de flûtes , de cithares et d'autres instrumens de musique. Le roi de cette ville célébrait les noces de sa fille Pélagie avec Denis. Les hérauts parcouraient la ville en criant qu'il fallait venir prendre part au banquet royal, riches, pauvres, nobles , citoyens ou étrangers -, et que ceux qui n'y viendraient pas déplairaient au prince. Ainsi Abbane et Thomas allèrent prendre part an festin-, et le saint, comme à son ordinaire, ne s'occupa ni des jeux ni des mets , mais seulement de pratiques célestes. Cependant une chanteuse juive, jouant de la flûte , faisait le tour des tables , et chantait à chacun ce qu'il desirait. Parvenue auprès de Thomas, elle s'arrêta immobile un moment devant lui, et voyant qu il ne mangeait ni ne buvait , mais qu'il avait les
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yeux fixés vers le ciel , elle comprit qu'il devait être Hébreu , et qu'il priait le Dieu du ciel. C'est pourquoi , se réjouissant avec lui comme avec un compatriote , elle se mit à chanter dans sa langue maternelle : « 11 « n'y a de Dieu que celui des Hébreux , qui a créé « tout ï il a fait le ciel et la terre ; il a creusé les « mers. » En entendant ces mots , l'apôtre redoubla l'ardeur de ses prières , et avertit la chanteuse de répéter avec attention les paroles de vérité qu'elle venait de chanter. Le maître-d'hôtel , voyant qu'il ne mangeait ni ne buvait, le réprimanda , et lui appliqua un soufflet sur la figure. Alors l'apôtre prédit en hébreu ce qui devait arriver à cet officier avant la fin du banquet. En effet, comme le maître-d'hôtel puisait de l'eau à la fontaine , il fut attaqué par un lion qui lui suça le sang , et s'enfuit. Des chiens dévorèrent ses membres, et l'un de ces animaux qui était noir, tenant à sa gueule la main droite qui avait frappé l'apôtre , l'apporta au milieu de la salle. Tous les convives restèrent stupéfaits en voyant ce spectacle , et la musicienne juive , qui seule avait entendu la prophétie, jeta sa flûte, et, courant aux pieds de Thomas , se mit à les baiser , et dit à ceux qui l'entouraient: «Cet homme est un prophète ou un apôtre « de Dieu : car aussitôt que le maître-d'hôtel l'a eu « frappé , il a prédit en hébreu l'événement dont il est « la victime. Je ne me lèverai pas, a-t-il dit, de ce a banquet que je ne voie apporter ici par un chien « noir la main qui m'a frappé. » Le roi s'étant informé d'où provenait le bruit qu'il entendait , et de ce qui venait d'arriver, fit appeler auprès de lui l'apôtre, et le pria de bénir sa fille et son mari. Aussitôt
uo/) ORDERIC VITAL.
Thomas entra avec le roi clans la chambre nuptiale, posa la main sur la tête des deux conjoints, et, ail nom de Dieu, ayant rappelé les noms des patriarches, il leur donna sa bénédiction , après avoir prié pour eux. L apôtre allait sortir de l'appartement , et le nouvel époux le conduisait, quand aussitôt une palme, chargée de ses fruits déjà grands, parut à sa main. Le jeune prince, plein de joie, s'empressa de courir vers sa femme, et lui donna de ces fruits à goûter. Lorsqu'ils en eurent mangé l'un et l'autre , ils s'endormirent , et eurent un songe. Ils virent comme un roi puissant qui brillait dans l'éclat des diamans, et qui, s'étant placé entre eux , les embrassait en disant : « Mon apôtre vous a bénis afin que « vous participiez à la vie éternelle. » S'étant réveillés, comme ils se racontaient ce qu'ils avaient vu, voilà que tout à coup Thomas se présente devant eux , et leur dit : « Mon roi , qui vient de vous parler « pendant votre vision, m'a introduit ici, quoique « les portes soient fermées , afin que la bénédiction u que je vous donne puisse fructifier. Vous aurez l'in- « légrité qui est la reine de toutes les vertus , et le h fruit du salut éternel. La virginité est la sœur des « anges, et le gage de tous les biens; la virginité est « la victoire remportée sur les passions, le trophée « de la foi , le triomphe sur l'ennemi , et l'assurance « de l'éternel repos : car la souillure naît de la cor- « ruption, le crime de la souillure, et la confusion « du crime. »
Thomas ayant dit ces choses et beaucoup d'autres à la louange de la virginité , et sur ce que les passions ont de hideux , et sur les inconvéniens qui , pour la
plupart des hommes, résultent des unions charnelles, Denis et Pélagie écoutèrent avec reconnaissance ces salutaires instructions, et aussitôt deux anges leur apparurent et leur parlèrent en ces termes : « Nous som- « nies les anges que Dieu vous envoie H en consé- « quence de la bénédiction que vous a donnée son « apôtre , afin que nous offrions au Seigneur toutes « vos demandes tant que vous garderez ses comman- « démens. »
Ce fut par de tels avis * remplis de piété, que les deux époux furent instruits. Ils se jetèrent aux pieds de l'apôtre, en disant : « Confirmez-nous en toute vé- « rité , afin qu'il ne nous manque rien de la science « de Dieu. » Thomas leur répondit : « Je viendrai « vous voir la nuit prochaine, et vous instruirai plus « amplement avant de partir. » Il vint comme il IV vait promis; il les instruisit avec soin sur tous les mystères de la vie éternelle, et les sanctifia dans les eau* du baptême. Ayant terminé ces pieux travaux , il s'embarqua , et , au bout de quelque temps , envoya un de ses disciples qu'il ordonna prêtre et établit à Andrinople pour y diriger l'église, dans laquelle un peuple nombreux fut acquis au Seigneur. Ce lieu est le siège de l'apôtre Thomas , et la foi catholique s'y est maintenue jusqu'à ce. jour. Denis fut fait évéque; sa femme prit le voile saint , se consacra à Dieu , et 7 après la mort de son mari , souffrit un double martyre , n'ayant pas voulu habiter avec son mari ni sacrifier aux idoles. Elle fut décollée pour avoir confessé le Christ, et l'on écrivit sur son tombeau, en langue et en caractères grecs : w En ce lieu repose l'épouse « de Denis, évoque, fille de l'apôtre Thomas. »
ig$ ORDERIC VITAL.
Cet apôtre se rendit à Hiéropolis , ville de lTnde. Abbane entra chez le roi Gondafore , et lui annonça l'arrivée de Thomas , qu'il lui dit être un architecte très - habile. Le roi s'occupa avec lui du palais qu'il voulait faire bâtir, et lui montra l'emplacement où il desirait l'élever. Thomas alors prit une canne , mesura le terrain , et parla ainsi : « C'est ici que je place cerai les portes ; cette entrée regardera le soleil le- « vant ; cette première pièce sera le vestibule ; cette « seconde l'antichambre -, cette troisième la salle de « repos ; la quatrième la grande salle ; la cinquième « la pièce d'hiver ; la sixième la pièce d'été ; la sep- « tième le chaulfoir et la salle des banquets; la hui- « tième les bains chauds ; la neuvième le gymnase ; « la dixième les cuisines ; la onzième les réserves « d'eau ; la douzième l'hippodrome et le portique « circulaire pour les promeneurs. » Le roi, ayant considéré cette distribution , dit à Thomas : « Vous êtes « véritablement architecte , et il vous convient de tract vailler pour les rois. » Ensuite il se retira en lui remettant des sommes considérables.
L'apôtre se mit à parcourir les provinces et les villes, à prêcher la parole du Seigneur, à baptiser les croyans, et à donner aux pauvres d'abondantes aumônes. C'est ainsi qu'il acquit à Dieu un peuple innombrable. Il ordonna des clercs , il bâtit des églises , et , pendant deux ans entiers que le roi Gondafore fut absent , il fortifia l'Eglise de Dieu. Le roi étant venu , et apprenant ce qu'avait fait l'apôtre, il le fit jeter au fond d'une prison avec Abbane qu'il fit aussi enchaîner; mais comme Gad , frère du roi , se trouvait à toute extrémité , le supplice fut différé^ Pendant que le roi son-
HISTOIBE DE WORMANDIE -, L1V. II. 299
geait à les faire écorcher vifs , et à les livrer ensuite aux flammes , Gad vint à mourir. Ce prince était généralement aimé , et la douleur fut générale. Les barbares , suivant leurs usages , enveloppèrent le mort dans la pourpre et le lin le plus beau , et ornèrent son corps de pierres précieuses. Le roi lui fit bâtir un tombeau de pierres de pourpre et il fut déposé dans un cercueil de même matière. Pendant que les ouvriers s'occupaient de ces ouvrages magnifiques, et que par conséquent l'inhumation était différée , Gad , qui était mort , ressuscita le quatrième jour à la première heure de la journée. Cet événement occasionna une terreur et une stupeur générale, et fit taire tout à coup les gémissemens de ceux qui , suivant les usages de F Inde , pleuraient sur le tombeau du prince. Cependant Gad réprimanda fortement le roi Gondafore de ce qu'il avait pris la résolution de faire écorcher et brûler l'ami du Dieu auquel les anges obéissent. Il rapporta qu'il venait de voir dans le ciel un palais admirable , tellement disposé que c'était l'exécution du plan de Thomas ; il rapporta ensuite beaucoup de choses sur les mérites de ce saint personnage et sur les secrets du ciel -, puis il se rendit en toute hâte à la prison , délivra l'apôtre de ses fers, se jeta en pleurs à ses pieds, et lui demanda grâce pour Gondafore.
Comme l'apôtre sortait, le roi, devenu plus doux, alla au devant de lui , se prosterna à ses pieds , et sollicita son pardon. Alors l'apôtre , trouvant l'occasion favorable, se mit à prêcher les barbares , leur annonça la vérité , et , entre autres choses , leur dit : « Mon Seigneur Jésus- Christ a été généreux envers
* Sans doulc de porphyre ou de marbre ronge.
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a vous quaud il vous a manifesté ses secrets. Vos pro- « vincessont remplies d'églises; préparez-vous doue « à le sanctifier. » Il dit aux princes ces choses et beaucoup d'autres , et les instruisit dans la foi et Ja religion sacrée.
Toute Flnde fut bientôt remplie du bruit des mer- Teilles que le Seigneur opérait par les mains de son apôtre; et une grande affluence de peuples vint à lui des villes voisines comme des contrées lointaines ; ils voulaient immoler en son honneur , comme à leurs dieux , des veaux et des béliers , parce qu'ils croyaient qu'il était Je Seigneur. Cependant le roi Gondafore , à la persuasion de l'apôtre, ordonna qu'ils attendisseut un mois , jusqu'à ce que toute la province fût réunie T et qu'on ferait alors ce qu'il prescrirait. Au bout de trente jours , une immense multitude se réunit dans un champ, sur le flanc du mont Gazus ; et là se trouvait un très -grand nombre de malades diversement affligés. L'apôtre réunit tous les infirmes sur un même point; il se plaça au milieu d'eux , puis, élevant ses mains vers le ciel , il fit sa prière en leur faveur. Quand cette prière fut terminée, un rayon de lumière frappa les assistans si vivement qu'ils se crurent sur le point de périr d'un coup de foudre. Tous prosternés avec l'apôtre , ils restèrent dans cette position près d'une demi- heure , et sentirent la présence ineffable de la bonté de Dieu ; car les fiévreux , les sourds , les aveugles , les boiteux et tous les autres infirmes furent guéris par la vertu du Créateur. Aux ordres de l'apôtre tout le monde se leva , et chacun , plein d'allégresse, remercia le Seigneur de la santé qu'il avait recouvrée.
HISTOIRE DE NORMANDIE ', L1V. II. 3o I
Ce fut alors que le bienheureux Thomas monta sur une pierre élevée, afin de voir tout le monde, et d'être vu de tous. 11 réclama le silence, et exposa abondamment la véritable doctrine. Le dimanche suivant, on baptisa neuf mille hommes , sans compter les femmes et les enfans. Sur une révélation qu'il eut, l'apôtre partit pour l'Inde supérieure; et tous les peuples venaient en hâte le trouver pour l'entendre. Ils voyaient tous les signes et les prodiges qu'il . opérait; ils les admiraient, et n'osaient mépriser ses prédications. Il chassait les démons, il illuminait les aveugles, il purifiait les lépreux, il guérissait toutes les douleurs tant de chaleur que de froid, il ressuscitait aussi les morts. Une certaine femme, nommée Sintice , qui était aveugle depuis six ans , fut si bien guérie qu'on ne voyait pas même une seule trace de son infirmité passée. C'est ce qui fit que Mygdonie, femme de Charisius, cousin du roi Médée, fut saisie d'un zèle ardent. Elle se déguisa pour prendre place parmi ses propres servantes , afin de se rendre au lieu où saint Thomas prononçait ses salutaires prédications. D'après les instructions de l'apôtre, toute la multitude crut, et, après un jeûne de sept jours, reçut le baptême. QuantàMygdonie, aussitôt qu'elle eut entendu prêcher l'apôtre Thomas, elle ne voulut plus approcher du lit conjugal. C'est ce qui fit que Charisius, irrité, alla trouver le roi, et obtint de lui l'arrestation et l'emprisonnement du saint. Mais Sintice conduisit Mygdonie à la prison , et , avec quelques présens, obtint du geôlier les moyens de pénétrer jusqu'à son prison-nier. L'apôtre, ayant connu quelle était la confiance de Mygdonie, lui ordonna de
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retourner promptement chez elle, et de Py attendre dans sa chambre soigneusement fermée. Vers le milieu de la nuit , l'apôtre se présenta , remplit sa promesse , pénétra dans la chambre, reconforta Mygdonie, l'instruisit dans la foi, et lui ordonna de jeûner durant sept jours. La huitaine accomplie, il retourna de nouveau vers cette femme qu'il trouva fidèle , et qu'il baptisa avec tous ceux qui avaient cru. Cependant Charisius , dont la sœur avait épousé le roi Médée , demanda que la reine Treptie fût envoyée à sa femme pour la rappeler au lit conjugal. Le roi Médée lui accorda sa demande : la reine Treptie se rendit auprès de Mygdonie , lui prodigua les caresses, et employa toutes les ruses et tous les efforts pour la ramener à ses anciennes habitudes. Mais comme Mygdonie était déjà fortifiée puissamment dans le Christ, elle résista, et, devenue champion courageux de la foi, elle tint bon-, elle eut même fart d'amener au Christ la reine vaincue par ses bonnes raisons. Mygdonie, en effet, lui répondit avec une grande douceur , lui glissa adroitement dans le cœur un sentiment tendre pour l'apôtre , et disposa ainsi son cœur à entendre ses prédications. « Ma sœur Treptie, loi i «dit- elle, si vous connaissiez les choses que j'ai « apprises, vous ne prendriez pas Thomas pour un «homme, mais pour un Dieu. En effet, il rend « l'ouïe aux sourds, et la santé à tous les malades, la « vie même aux morts. Il nous enseigne une autre « vie qui est éternelle , inaccessible à la douleur et à « la tristesse. Cette nuit même un mort a été par lui « ressuscité. Simfore , chef des soldats , s'est rendu à « la prison , a réclamé sous sa responsabilité l'apôtre
HISTOIRE DE NORMANDIE; LIV. II. 3o3
« qu'il a reçu des mains du geôlier , et la conduit chez « lui. Thomas s'est mis en prières , et a rendu à la « vie le fils unique de cet officier. Dans ce moment « même l'apôtre est dans la maison de Simfore, où « il enseigne tous ceux qui se présentent à lui , et « guérit leurs maux. »Treptie répondit: « S'il en est <( comme vous le dites, allons-y, et si j'éprouve la « vérité de vos récits , je m'empresserai de croire. Il « serait d'un insensé de ne pas désirer la vie éter- « nelle, et de ne pas ajouter foi à tant de vertus. » Elles se rendirent à la maison du général ; elles entrèrent , mais elles ne purent parler à l'apôtre qui était occupé à imposer les mains sur plusieurs infirmes. La reine , ayant vu tant de merveilles , resta stupéfaite, et s'écria : « Maudits soient de Dieu ceux « qui ne croient pas aux œuvres du salut ! » Alors un homme malade de l'éléphantiasis , ayant un aspect horrible, le visage couvert de galle, et la voix trèsrauque , fut introduit sur le commandement de l'apôtre qui , l'ayant considéré, se mit à pleurer sur lui. Il fléchit les genoux, pria très-long-temps, lui imposa la main droite , et supplia le Seigneur en l'invoquant. Ensuite un certain enfant parut , ayant la figure très-brillante. Il tira d'un coin écarté un lépreux auquel il fit quitter ses vêtemens -, il le dépouilla de sa peau comme d'une tunique, de même que l'on écorche un veau , et le présenta à l'apôtre. Celui-ci , lui ayant fait un signe de croix , le baptisa , et le fit vêtir d'habillemens blancs et neufs. Le peuple, voyant ces choses, glorifia le Seigneur. La reine ellemême, baisant les pieds de Thomas, demanda aussi à être baptisée. Alors l'apôtre, dont la prescience
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lui annonçait comme prochain le temps de son passage à une meilleure vie, baptisa la reine avec tous ceux qui étaient présens.
La reine , de retour , engagea le roi à se rendre à la foi , et elle se montra constamment chrétienne. Alors le cœur du roi fut effrayé, et, tout en colère contre Charisius , il s'écria ; « Quand je suis « occupé à vous rendre votre femme, ne voilà-t-il a pas que je perds la mienne ? Treptie est deve- « nue plus opiniâtre contre moi que Mygdonie ne u Tétait contre vous. » Il envoya aussitôt vers Thomas, et le fit conduire devant lui, les mains liées derrière le dos. 11 lui ordonna de persuader aux femmes qu il avait déçues de rentrer au lit conjugal. Comme Thomas refusait de déférera cet ordre, et préférait sauver par la foi ses persécuteurs eux-mêmes , le roi, plein de fureur, ordonna de faire rougir des lames de fer, de déchausser l'apôtre, et de l'y faire tenir debout nu-pieds jusqu'à ce qu il succombât à la douleur. Aussitôt il vint à couler de l'eau, et les lames furent refroidies. Ensuite, par le conseil de Charisius, l'apôtre fut jeté dans la fournaise des thermes , mais on ne put parvenir à les chauffer. Le lendemain, l'apôtre en sortit sain et sauf. Enfin, on voulut le forcer à sacrifier à une statue du soleil. Cette statue était d'or, portée dans un quadrige doré, ainsi que ses chevaux qui semblaient à toute bride s'élancer rapidement vers les cieux. Dans le temple les Gentils exécutaient des. danses à la mapière des barbares. Des vierges chantaient au son de la lyre, de la flûte et du tympauon, en portant des encensoirs et
des drapeaux. Comme le roi et ses amis conduisaient
HISTOIRE DE NORMANDIE; LIV. II. 3o5
l'apôtre dans Je temple , et lui persuadaient de sacrifier à la statue du soleil , Thomas , parlant en hébreu, ordonna au démon de sortir, de se présenter à lui, et d'exécuter ses ordres. Le démon, sorti du sein de la statue , se présenta devant lui , de manière que seul il l'aperçut. L'apôtre s'entretint en hébreu avec ce diable, et personne ne savait ni ce qu'il disait, ni à qui il parlait.
Enfin saint Thomas , adorant Dieu à genoux dans le temple, et ayant ordonné au démon , en présence du roi et au nom de Jésus - Christ , de ne blesser personne, mais de réduire en poussière le métal de la statue , aussitôt l'idole fondit comme de la cire approchée du feu , et se réduisit à rien. Alors les prêtres se mirent à crier horriblement ; le pontife du temple passa son glaive au travers du corps de l'apôtre ; le roi prit la fuite avec Charisius; un grand trouble s'éleva , parce que la plus grande partie du peuple élevait des acclamations en faveur de l'apôtre , et cherchait le meurtrier pour le brûler vif. Le peuple transporta honorablement à l'église le corps de l'apôtre en chantant des hymnes, en célébrant ses louanges , et l'embauma avec de précieux aromates. Il se fit là un grand nombre de signes et de miracles ; car les démoniaques étaient délivrés et toutes les maladies guéries. Longtemps après , les Syriens supplièrent Alexandre , empereur romain , qui revenait vainqueur de la Perse, après avoir triomphé du roi Xerxès , et obtinrent de lui qu'il envoyât des ambassadeurs aux rois de Tlnde pour obtenir le corps de Thomas. Ainsi il fut transporté de cette contrée et déposé à Edesse dans un coffret d'argent , suspendu à des chaînes du même métal, i. . 20
3o6 ORDERIC VITAL.
Là ne peuvent vivre ni idolâtres , ni hérétiques , ni Juifs.
Abgar fut roi d'Edesse : c'est lui qui mérita l'honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur; un enfant nouvellement baptisé doit en faire ht lecture si une nation ennemie marchait contre cette ville. Le même jour qu'elle aurait été lue , les barbares seraient ou ramenés à des sentimens de douceur ou mis en fuite avec menace, tant par l'écrit du Sauveur que par les prières de saint Thomas apôtre, surnommé Didyme , qui , ayant touché le côté de Jésus , lui dit : « Seigneur, vous êtes mon Dieu. »
Georges Florent Grégoire, vénérable archevêque de Tours , écrit qu'il a appris , d'un certain Théodore qui avait voyagé dans l'Inde, plusieurs faits importans sur saint Thomas, que cet homme à son retour raconta ainsi qu'il suit :
« Dans l'Inde , au lieu où fut placé d'abord le corps « du bienheureux apôtre Thomas, on trouve un mo- « nastère et un temple d'une admirable grandeur , « construit et décoré avec le plus grand soin. Le a Seigneur opère dans ce temple un grand miracle. « Un flambeau , placé et allumé devant le tombeau de « l'apôtre, y jette continuellement nuit et jour un « grand éclat par une faveur spéciale de Dieu , quoi- « que le feu n'en soit alimenté par aucune huile ni au- « cune mèche ; la flamme n'en diminue pas la source 5 « le vent ne saurait l'éteindre , ni aucun événement a le détruire. 11 reçoit la matière qui l'alimente par * la vertu de l'apôtre et d'une manière inconnue aux « hommes qui ne peuvent l'attribuer qu'à la puissance « divine. Dans la ville d'Edesse , où nous avons dit
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« que sont inhumés les bienheureux restes de l'apô- « tre , lorsque la féte de sa translation arrive , il se « réunit un grand concours de peuples qui viennent « de diverses contrées pour acquitter des vœux ou « pour se livrer au commerce -, ils ont toute liberté de « vendre et d'acheter pendant trente jours sans payer « aucuns droits. De grandes et incomparables faveurs « sont accordées au peuple pendant ces jours qui ap-r « partiennent au cinquième mois. Là ne s'élève au- « cune querelle parmi les hommes -, aucune mouche « n'attaque Ja viande môme la plus mortifiée ; aucune « source ne se tarit pour ceux qui ont soif 5 quoi- « qu'on y tire des puits plus de cent pieds d'eau , pour « peu que vous creusiez, vous trouverez des eaux en « abondance. On ne saurait douter que ces merveilles « ne s'opèrent par la vertu de l'apôtre. Quand les jours « de la solennité sont passés, le fisc reprend son a exercice , ]a mouche absente reparaît , la source u cache ses eaux 5 ensuite une pluie, envoyée par « l'ordre de Dieu, nettoie tellement le parvis du « temple de toute espèce d'ordures et de saletés qui, « pendant la solennité , s'y sont amassées, que vous « croiriez qu'on n'y a pas même marché. »
Notre Dieu tout-puissant, juge équitable et pieux, patient rémunérateur, accorde à ses saints une merveilleuse gloire, et les couronne ineffablement d'un honneur éternel; il châtie le genre humain en l'effrayant, et en le punissant il le sauve par Ja pénitence. C'est pourquoi , gémissant dans cette vallée de larmes, supplions-le; rendons-lui grâces pour les biens ineffables qu'il nous accorde; attachons-nous à ses commandemens , pour nous hâter d'arriver à lui.
3û8 ORDERIC VITAt.
Prions aussi le bienheureux apôtre Thomas , nommé Didyme, et confians dans son intercession, disons-lui dans nos chants : « 0 Thomas, qui avez touché le côté « de Jésus-Christ, nous vous prions par ces saintes h plaies, qui ont effacé tous les péchés du monde; « purifiez-nous de nos crimes par vos prières. Nous « ressentons les cruelles blessures des péchés. Dans « notre anxiété nous en soupirons, nous prions avec « larmes -, soyez assez clément pour offrir au Dieu ton- « nant vos puissantes prières. Ainsi soit*il ! »
Barthélemi est un mot syriaque , qui se rend par ces termes : « Le fils de celui qui suspend les eaux.» Ce fut à lui que la prédication de la Lycaonie échut en partage. 11 porta ensuite l'Evangile en Assyrie, à Tarse, et dans l'Inde. Enfin , vivant à Alban, ville de la grande Arménie , il fut écorché vif par les Barbares, et décollé par Tordre du roi Astyage ; il fut inhumé le 9 des calendes de septembre (24 août ). Son corps sacré fut d'abord transporté dans l'île de Lipari, puis à Bénévent, l'an 809 de l'incarnation du Sauveur , et il est honoré par la pieuse vénération des fidèles.
Il s'agit maintenant de rechercher avec soin toute la suite de l'histoire de sa passion , et de la tirer de l'ancien livre , pour l'insérer avec concision dans notre narration.
Suivant les historiens, les Indes se divisent en trois parties , dans lesquelles on rapporte qu'il se trouve cinquante mille villes , et neuf mille peuples. La première partie de l'Inde s'étend jusqu'à l'Ethiopie ; la seconde, jusqu'aux Mèdes-, la troisième, jusqu'à la fin de la contrée, parce que d'un côté elle touche à la
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région des ténèbres, et de l'autre à l'Océan. Ce fut dans cette dernière partie de l'Inde que l'apôtre Barthélerai se rendit : il entra dans un temple où se trouvait l'idole d'Astaroth, et il y resta comme pèlerin. A l'arrivée de l'apôtre, Astaroth perdit la parole, ne rendit aucune réponse à ceux qui le consultaient , et ne put remédier à ce qui le blessait. Le temple était rempli de malades; Astaroth ne répondait plus aux sacrifices qu'on lui faisait journellement ; les infirmes que l'on conduisait là, des contrées les plus lointaines, se plaignaient douloureusement de leurs maux; les adorateurs de l'idole ne tiraient aucun avantage, ni des offrandes qu'ils faisaient , ni des blessures dont ils se couvraient suivant leur usage. On se rendit dans une autre ville où on adorait un autre démon , nommé Béérith : on lui sacrifia et on lui demanda la raison du silence d'Astaroth, ainsi que des autres événemens qui avaient lieu. 11 répondit à ces questions : a Votre Dieu est tellement lié de chaînes de u fer enflammé , qu'il n'ose plus ni soupirer ni parler, u depuis que l'apôtre de Dieu, Barthélemi, est entré a dans ce pays. » Le démon répondit, en outre, à ceux qui lui demandaient quel était ce Barthélemi : « C'est l'ami du Dieu tout-puissant ; il est venu dans « cette province pour en chasser les dieux qui sont « révérés par les Indiens. » Les adorateurs d'Astaroth ajoutèrent : « Dites-nous à quel signe nous pourrons « le reconnaître parmi tant de milliers de personnes « que nous voyons. » Béérith répondit : « Les cheveux « de sa téte sont noirs et crépus ; sa carnation est « blanche ; ses yeux sont grands ; son nez est régulier « et droit ; ses oreilles recouvertes de cheveux ; sa
k barbe longue avec peu de poils blancs ; sa taille bien « prise et d'une proportion telle qu'on ne saurait la « considérer comme grande ni comme petite. 11 est « vêtu d'une tunique sans manches de couleur blan- « che avec des clous de pourpre ; il se couvre d'un « manteau blanc , aux coins duquel sont attachés des « pierres de pourpre. 11 y a vingt-six ans qu'il porte « ces habillemens, qui ne s'usent ni ne se salissent. « Les sandales qu'il porte à ses pieds depuis un pareil « nombre d'années n'ont pas non plus besoin de ré- « paration. Il s'agenouille et prie le Seigneur cent fois a pendant la nuit ; sa voix est forte comme le son de « la trompette ; il marche accompagné des anges de « Dieu, qui ne souffrent pas qu'il soit fatigué , ni qu'il « ait faim. Il conserve toujours le même air, le même « esprit ; à toute heure il reste serein et joyeux $ il « prévoit tout, il connaît tout; il parle et comprend « toutes les langues de tous les peuples. Il sait même « quelles ont été les demandes que vous m'avez « faites , et quelles sont mes réponses à son égard. Les « anges de Dieu lui obéissent et l'annoncent. » Après avoir dit ces choses et beaucoup d'autres, le démon garda le silence.
A leur retour, ces gens parcoururent tous les lieux d'hospitalité où se trouvaient les étrangers, et considérèrent avec attention leurs figures et leurs vêtemens ; mais pendant deux jours ils ne purent découvrir l'apôtre. Enfin un certain démoniaque, nommé Seustique , s'écria : « Apôtre Barthélemi , vos prières « portent le feu dans tout mon corps. » L'apôtre lui répondit : « Devenez muet, et sortez d'ici. » Aussitôt l'homme qui pendant beaucoup d'années avait été
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tourmenté par le malin esprit, fut délivré de sa possession.
Polémius, roi de cette province, ayant entendu parler de ces événemens, envoya trouver Barthélemi, et le pria de guérir sa fille qui était lunatique, et qui mordait, déchirait et frappait tous ceux qu'elle pouvait saisir. L'apôtre s'étant levé , alla au palais avec l'envoyé du roi, et ordonna de débarrasser de ses chaînes la jeune princesse. Comme les ministres et les gens de la maison craignaient d'approcher de la malade, l'apôtre leur dit : «Je tiens enchaîné l'ennemi « qui s'était emparé d'elle. Allez, déliez-la, lavez -la, « donnez-lui à manger, et amenez-la-moi demain ma- « tin. m On fit ce que l'apôtre ordonnait, et le démon cessa de tourmenter la princesse. Alors le roi fit charger plusieurs chameaux d'or, d'argent, de pierres précieuses et de robes ; il fit chercher l'apôtre ; mais , comme on ne le trouva pas, on rapporta les présens au palais.
Le lendemain , au moment où l'aurore se levait , pendant que le roi était encore dans sa chambre exactement fermée , l'apôtre tout seul lui apparut et l'instruisit dans la vraie foi et dans les doctrines du salut ; car il lui rapporta , dans un ordre convenable , l'incarnation du Verbe de Dieu, qui avait pour mère une vierge immaculée, la triple tentation et la triple victoire , qu'il expliqua avec un grand soin. Le roi Polémius se rendit à la prédication de l'apôtre, et ordonna, à dessein, aux pontifes des idoles de sacrifier le lendemain. Comme ils offraient leur sacrifice à la première heure du jour , le démon leur parla et se plaignit de tous les tourmens que les anges lui fai-
3 12 ORDEBIC VITAL.
saient endurer. Par Tordre de l'apôtre, il fit publiquement l'aveu des déceptions auxquelles il livrait les malheureux. Alors Tapôtre dit au peuple : « Voilà « le dieu auquel vous avez attribué votre guérison. a Entendez maintenant le vrai Dieu , votre créateur , « qui habite dans les cieux. Si vous voulez que je prie « pour vous , et que tous les malades ici présens re- « couvrent la santé , renversez et brisez cètte idole. « Quand elle sera détruite, je ferai la dédicace de ce « temple au nom de Jésus-Christ , et je vous consa- « crerai tous ici par son baptême. » En conséquence de cette prédication et par Tordre du roi , le peuple apporta des cordages et des machines ; mais il ne put renverser l'idole. Alors Tapôtre parla en ces termes : « Détachez ces liens. » Quand ils furent enlevés , il ordonna au démon de prendre la fuite et de briser la statue. C'est ce qu'il fit aussitôt, en anéantissant toutes les idoles qui se trouvaient là. Tous ceux qui virent ce miracle crièrent à haute voix : « 11 n'y a qu'un Dieu « tout-puissant, et c'est celui que Tapôtre Barthélemi a nous enseigne. » Alors ce bienheureux apôtre éleva ses mains au Seigneur, et pria long-temps pour le salut de tonte l'assistance. Chacun ayant répondu : Ainsi soit-il! Tange du Seigneur, étendant les ailes, et tel qu'un soleil brillant , apparut , vola dans les quatre coins du temple , et grava avec son doigt le signe de la croix sur les pierres de taille. Ensuite il ordonna que chacun fît sur son front le signe de la croix. Il leur montra ensuite un grand égyptien plus noir que la suie , ayant la figure décharnée, la barbe longue, les cheveux tombant jusqu'aux pieds , les yeux brillans comme le fer rougi au feu , et lançant des étin-
celles : il sortait de sa bouche et de ses narines du soufre enflammé ; il avait comme le Sphinx les plumes et les ailes couvertes d'aiguillons ; ses mains étaient lides derrière le dos , et il était tout enchaîné dans des fers rouges. Aussitôt que le pervers Satan eut été vu par tout le peuple et délié par lange, il reçut Tordre de fuir dans un lieu désert , loin de l'habitation des hommes, et d'y attendre le jugement dernier : alors il jeta un horrible hurlement de sa voix épouvantable, prit son vol et ne reparut jamais. Ensuite , à la vue de toute l'assistance, l'ange du Seigneur s'envola vers le ciel.
Alors le roi Polémius , ainsi que sa femme et ses deux fils , tous ceux qui avaient été délivrés , tout le peuple de sa ville et des villes voisines qui faisaient partie de ses Etats , crurent au Seigneur et reçurent le baptême. Lui-même, ayant déposé le diadème de son front ainsi que la pourpre, s'attacha à l'apôtre. Cependant les pontifes et les idolâtres de tous les temples se rassemblèrent , et allèrent trouver le roi Astyage , frère aîné de leur prince , et lui adressèrent leurs plaintes en ces termes : « Votre frère s'est fait le disciple d'un « magicien qui s'empare de nos temples et met nos « dieux en pièces. » Ayant fait ce rapport les larmes aux yeux, les prêtres des autres villes, non moins affligés , présentèrent les mêmes plaintes. Alors le roi Astyage, indigné , envoya mille soldats avec les pontifes pour tâcher de découvrir l'apôtre et pour le conduire enchaîné devant lui. Barthélemi , ayant été amené au roi , interrogé par lui sur le vrai Dieu , répondit avec constance. Cependant on annonça au roi que son dieu Waldach venait de tomber et s'était mis
frj 0RDERIC VITAL.
ca pièces. Alors le roi déchira le vêtement de pourpre dont il était couvert, fit frapper avec un bâton le saint apôtre , et ordonna de le décoller ensuite. Les peuples innombrables de douze villes qui croyaient au Seigneur , vinrent enlever le corps en chantant des hymnes avec une grande pompe. Us lui construisirent une basilique d'une merveilleuse grandeur, et y déposèrent ses restes sacrés. Trente jours après cet événement , le roi Astyage et tous les prêtres tombèrent au pouvoir de Satan , et , venant au temple , confessèrent l'apôtre ; et ainsi , par le jugement de Dieu , tombèrent morts. Alors une grande frayeur s'empara de tous les incrédules , qui, voyant la vengeance manifeste de Dieu , se soumirent à la foi et reçurent le baptême des prêtres que lapôtre Barthélemi avait ordonnés. D'après une révélation qu'il eut , le roi Polémius , aux acclamations du peuple et du clergé , fut ordonné évêque par l apôtre -, il fit des miracles et vécut vingt ans dans l'épiscopat -, après avoir perfectionné ses travaux et mis l'ordre dans son église , il rendit son arae à Dieu.
L'espace de beaucoup d'années était franchi , une seconde persécution eut lieu contre les Chrétiens. Comme les Gentils voyaient tout le peuple courir au tombeau du bienheureux Barthélemi , et lui adresser assidûment leurs prières avec ferveur , excités par l'envie , ils enlevèrent son corps, le placèrent dans un cercueil de plomb, et le précipitèrent dans la mer. A l'aide de la providence de Dieu , ce cercueil de plomb , enlevé de ce lieu par les flots , fut porté à l'île de Lipari, et là fut révélé aux Chrétiens pouV qu'ils le reçussent honorablement. Il y fut recueilli et enseveli ;
on éleva sur son tombeau un temple magnifique , et on y établit des moines pour y chanter les louanges du Seigneur.
Matthieu Lévi était, comme il le rapporte dans son évangile, percepteur des deniers publics oupublicain , lorsqu'il fut appelé par le Seigneur et enrichi d'une multitude de grâces. 11 évangélisa d'abord dans la Judée, puis il prêcha en Macédoine. Enfin il souflrit le martyre en Ethiopie pendant qu'il célébrait la messe, du temps d'Hirtacus Adelphe, après avoir converti et baptisé en Jésus-Christ le roi Eglippe avec beaucoup de soldats de sa nation. C'est ainsi qu'il passa au Seigneur le n des calendes d'octobre ( 21 septembre). On trouve ainsi qu'il suit dans de vieux ouvrages la suite de la prédication et de la passion de ce bienheureux évangéliste.
L'apôtre Matthieu , ayant écrit en hébreu son évangile dans la Judée , se rendit en Éthiopie par l'ordre de Dieu, et, opérant beaucoup d'œuvres divines, il sauva un grand nombre d'hommes. Etant entré à Nadaber , ville considérable , il découvrit les prestiges des magiciens Zaroèset Arphaxath qui se faisaient passer pour des dieux , et trompaient ainsi le roi Eglippe et tout son peuple. Quand ils le voulaient, ils rendaient les hommes immobiles ; ils avaient l'art de les aveugler et de les assourdir ; ils ordonnaient aux serpens de blesser des malheureux , et par leurs enchantemens ils les guérissaient. On ne parlait que d'eux dans toute l'Ethiopie -, et des contrées les plus lointainès de ce royaume, on s'empressait d'accourir vers ces magiciens , et les trompés adoraient les trompeurs. 11 en résultait que , comme le
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dit le vulgaire , on avait pour ces niéchans plus de crainte respectueuse que pour les bons de tendre amour.
Ce fut pour remédier à tant de maux que le Seigneur , dans sa clémence, s'occupant du bonheur des hommes, envoya l'apôtre Matthieu pour secourir les Éthiopiens entachés d'une double noirceur. Un eunuque éthiopien nommé Candace , ayant vu Matthieu , après avoir été baptisé par le diacre Philippe , l'un des Apôtres , alla, plein de joie, se jeter à ses pieds , 1 adora , et lui donna asile dans sa maison. Tous les amis de l'eunuque Candace venaient voir Matthieu, et après l'avoir entendu proférer les paroles de vie , croyaient au Seigneur Jésus-Christ. La plupart se faisaient baptiser en voyant que l'apôtre de Dieu guérissait tous les maux que les magiciens faisaient aux hommes. En effet, ces imposteurs blessaient tous ceux qu'ils pouvaient atteindre , afin que, pour obtenir leur guérison, ils vinssent s'adresser à eux-, et ces malheureux passaient pour être guéris quand leurs blessures ne continuaient pas. Mais Matthieu , l'apôtre du Christ, ne se bornait pas à guérir ceux que les magiciens avaient blessés; il rendait encore la santé à toutes les personnes qui, souffrant de diverses infirmités, lui étaient présentées. 11 annonçait au peuple la vérité de Dieu si parfaitement que tout le monde admirait son éloquence , et s'étonnait de ce qu'il parlait si bien les langues de la Grèce, de l'Égypte et de l'Éthiopie. Candace l'ayant interrogé avec confiance et affection, Matthieu lui expliqua clairement comment l'orgueil des hommes avait occasionné la confusion des langues à la tour de Babel ;
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comment la divinité , s étant incarnée par l'humilité du Christ, avait de nouveau racheté le genre humain, vaincu l'antique ennemi des hommes , enflammé du feu du Saint-Esprit les cliens qu'il avait choisis , et donné amplement à tous la science des langues et la sagesse des Ecritures. Comme le saint apôtre prodiguait aux peuples qui l'écoutaient bénévolement toute la doctrine du salut qu'il tirait du trésor de sa prudence , il arriva quelqu'un qui dit que les magiciens allaient se présenter avec leurs dragons. Ces serpens étaient couverts d'un casque -, ils vomissaient un souffle enflammé ; leurs narines répandaient une odeur de soufre brûlant qui suflisait pour tuer les hommes. Alors saint Matthieu se signa, et sortit malgré les représentations de l'eunuque Candace. Dès qu'il fut en présence des magiciens , les deux dragons vinrent s'endormir à ses pieds. Alors l'apôtre dit aux magiciens : « Où donc est votre art ? Si vous le pou- « vez , tirez ces serpens du sommeil. » Ils essayèrent vainement , par les charmes de la magie , de tirer du sommeil les dragons en employant toutes les ressources de leur art. Cependant les peuples s'assemblaient, et restaient stupéfaits à la vue de ces merveilles. A la fin le bienheureux apôtre donna , au nom du Seigneur , l'ordre aux deux animaux féroces de retourner avec la plus grande douceur à leur place , et de se retirer sans faire de mal à personne. Aussitôt les serpens levèrent la tête , se mirent en mouvement , sortirent de la ville dont on leur ouvrit les portes, et ne reparurent jamais. Alors le saint évangéliste s'adressa avec bonté au peuple rempli de joie, et lui raconta toute la suite de l'histoire de la
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condition du premier homme, des charmes du paradis, de l'envie et de la fourberie de Fange apostat, de la chute d'Adam par suite de la prévarication de ce premier homme, et de la rédemption du genre humain par la passion du Fils de Dieu. Comme l'apôtre prêchait beaucoup d'autres choses sur l'essence du Verbe , tout à coup on entendit un grand bruit occasionné par le deuil, parce qu'on s'attristait de la mort d'Euphranon , fils du roi Eglippe. Des magiciens assistaient à ses funérailles * et , ne pouvant le ressusciter, assuraient au roi que son fils avait été enlevé par les Dieux pour prendre place dans le ciel, conseillant de le comprendre au nombre des divinités, et de lui élever un temple et des statues. La reine Euphénisie reçut un conseil plus judicieux de son fidèle Candace. Ayant méprisé les abominations des magiciens , elle envoya respectueusement des barons illustres pour appeler l'apôtre Matthieu auprès du roi. Dès que l'apôtre entra , elle se prosterna aussitôt a ses genoux ; elle le pria fidèlement et dévotement de ressusciter son fils. Le bienheureux apôtre la félicita de sa foi fervente, et pria le Seigneur tout-puissant pour la résurrection du défunt. Il prit ensuite la main du jeune prince , lui ordonna de se lever , au nom de Jésus-Christ , et aussitôt il fut ressuscité.
A la vue d'un si grand miracle , le cœur du roi fut saisi d'effroi. 11 fit apporter la pourpre, envoya des hérauts dans toutes les villes et les provinces de TÉthiopie , et les chargea de faire la publication suivante : « Venez à la ville , et vous y verrez le Sei- « gneur caché sous la figure d'un homme. » Tout le peuple étant accouru avec des cierges et des lampes,
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avec des parfums et différentes offrandes pour le sacrifices, saint Matthieu parla ainsi : « Je ne suis point « Je Seigneur, mais le serviteur du Dieu toui-puis- « sant qiû m a envoyé vers vous pour vous faire quit- « ter vos erreurs, et vous donner la connaissance du « vrai Seigneur , afin que vous l'adoriez. Éloignez de « mesyeuxl'or, lescouronnesdorées etl'argent. Allez, « élevez un temple au Seigneur afin que nous puisce sions nous y assembler , et que vous y entendiez la « parole de Dieu. » A ces mots le peuple se retira plein de joie ; soixante mille hommes se mirent à bâtir un temple, et terminèrent en trente jours cette sainte église. A cause de la résurrection du fils du roi , Matthieu nomma cette église la Résurrection ; il y siégea vingt-trois ans ; il établit des prêtres et des diacres , ordonna des évéques pour les villes et les principales places , et construisit beaucoup d'églises. Le roi et la reine , ainsi que les différens peuples d'Éthiopie, reçurent le baptême du Christ , et les magiciens effrayés s'enfuirent en Perse. Le bienheureux Matthieu opéra un grand nombre de miracles qu'il m'est impossible de raconter en détail: par exemple, il rendit la lumière aux aveugles , guérit les paralytiques , délivra les démoniaques , et même ressuscita les morts.
Le roi très-chrétien Eglippe , parvenu à une extrême vieillesse , se rendit auprès du Seigneur , et Hirtacus Adelphe prit les rênes de l'empire. 11 voulut épouser Ephigénie , fille du feu roi, qui, s'étant consacrée au Christ, avait reçu le voile sacré des mains de l'apôtre , et se trouvait déjà à la tête de plus de deux cents vierges. Il espérait que , par l'intermédiaire de Matthieu , il pourrait toucher le cœur
d'Ephigénie, et il eut à cet égard avec lui l'entretien suivant : « Prenez la moitié de mon royaume, et fai- « tes que je puisse m'unir par le mariage avec la « princesse. » Alors le bienheureux Matthieu prescrivit au roi , à Ephigénie et à tout le peuple de se réunir le samedi suivant dans l'église pour y entendre la parole du Dieu tout-puissant : c'est ce qui fut exécuté. Toute rassemblée ayant observé le plus strict silence , l'apôtre parla de la continence et d'un bon mariage , et de ses œuvres raisonnables , sur lesquelles il s'étendit avec éloquence et sagesse. Il démontra clairement que l'aliment des viandes ou l'union conjugale n'étaient point exemptes de souillure , mais qu'ils n'étaient pourtant point criminels ; que les ordures du corps pouvaient être lavées par les aumônes et les œuvres de miséricorde , taudis que les crimes ne pouvaient l'être que par les larmes de la pénitence. « Si quelqu'un, dit-il, pense se restau- « rer par le spirituel aliment du corps du Seigneur, « après avoir pris une nourriture charnelle, il de- « vient doublement coupable de crime, d'infamie et « d'orgueil , non pas parce qu'il a mangé , mais parce « qu'il a usurpé les avantages de l'Eucharistie , con- « trc l'ordre, la justice et les lois de Dieu. C'est « ainsi que l'homicide et le mensonge , quoique par « leur nature ils soient un mal, peuvent cependant « devenir un bien selon le motif qui les occasionne. « En effet, si quelqu'un profère un mensonge pour « rendre service à un innocent, et pour le protéger « contre ses ennemis, ou si un juge condamne à « mort un scélérat pour l'empêcher de tuer un grand « nombre d'innocens, il en résulte un fruit bon et
« utile. C'est ce qui paraît (Tune manière évidente « dans le meurtre de Goliath et de Sisara, d'Aman « et d'Holopheme. Ainsi, quand un mariage a lieu, « il prend sa source dans l'honnêteté des bonnes a œuvres , et cette union devient sainte et juste. Si le « serviteur d'un roi osait usurper la fiancée de son « maître , il est clair qu'il commettrait , non seule- « ment une offense , mais même un grand crime , et « qu'il mériterait d'être jeté vivant dans les flammes « du bûcher. Ce qui constitue le crime n'est pas de « s'être procuré une épouse , mais d'avoir fait tort à « plus puissant que soi. » Ce fut par ces discours et par d'autres exemples manifestes que l'apôtre Matthieu voulut dissuader le roi Hirtacus d'épouser Ephigénie , déjà consacrée à Dieu, en lui faisant craindre d'exciter le courroux du roi céleste, s'il avait la témérité de s'unir à elle par le mariage. Cette prédication irrita tellement Hirtacus qu'il se retira , tandis que l'apôtre , plein de constance et de joie , persistait dans sa doctrine et ses discours. Alors il bénit devant tout le peuple Ephigénie prosternée à ses pieds , et donna le voile à toutes les vierges qui étaient là présentes. Toute l'église ayant reçu les mystères du Seigneur par la célébration de la messe , et chacun s' étant retiré chez soi , Matthieu resta près de l'autel où il avait consacré le corps du Sauveur , et là , les mains étendues et priant, il reçut le martyre. Un soldat, envoyé par Hirtacus , frappa d'un coup d'épée l'apôtre par derrière , et en fit ainsi un martyr du Christ. Dès que cet événement fut connu , le peuple se rendit au palais avec des torches , et ce ne fut pas sans peine que les prêtres , les diacres et les i. 21
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autres personnes religieuses parvinrent , par de saints discours , à empêcher que le roi ne fût brûlé avec tous ceux qui l'entouraient. Cependant Ephigénie donna aux prêtres et au clergé tout ce qu'elle possédait en or , en argent et en pierres précieuses , afin que Ton pût bâtir en l'honneur de l'apôtre une basilique digne de lui , et que Ton donnât le reste aux pauvres. Hirtacus, de son côté, essaya de faire condescendre à ses vœux la princesse , en employant d'abord l'entremise des femmes nobles, et ensuite la séduction des magiciens. Enfin, quand il vit que rien ne lui réussissait pour parvenir à l'accomplissement de ses vœux, il fit entourer de feux le prétoire dans lequel Ephigénie habitait avec les vierges du Seigneur, et servait Dieu jour et nuit. Comme la flamme se répandait autour de l'édifice, un ange du Seigneur apparut avefc saint Matthieu, fortifia les vierges sacrées, et leur promit une prompte délivrance. Aussitôt Dieu excita un violent ouragan , détourna l'incendie de la maison de ses vierges , et embrasa le palais du roi avec toutes les richesses qu'il contenait. Hirtacus parvint à grand'peine à se sauver avec son fils unique 5 mais depuis ce moment il ne put goûter un moment de joie : car un démon fougueux s'empara du jeune prince , l'entraîna rapidement au tombeau de l'apôtre Matthieu, et, lui ayant lié les mains derrière le dos, le força de confesser les crimes de son père. Quant au roi , attaqué de l'éléphantiasis , il se frappa de son glaive, se perça l'estomac de sa propre main, et par cette mort expia le martyre de l'apôtre. Tout le peuple insulta à son trépas, et plaça sur le trône
Behor, frère d'Ephigénie , qui avait été baptisé par Matthieu» Ce prince commença à régner à 1 âge de vingt-cinq ans , conserva le sceptre pendant soixantedeux années , et maintint une paix solide avec les Romains et avec les Persans. Toutes les provinces des Ethiopiens se remplirent d'églises catholiques dans lesquelles , sous la confession du bienheureux apôtre Matthieu , beaucoup de miracles s'opérèrent. Matthieu fut le premier qui écrivit en hébreu 1 Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel, d'après sa révélation, fut retrouvé sous l'empire de Zénon. La sainte mère Eglise célèbre par une fête la mémoire de saint Matthieu, le 1 1 des calendes d'octobre ( ai septembre ) , et chante ses louanges, de bouche et de cœur , par les plus doux concerts.
0 saint Matthieu , vous qui êtes doué d'une double puissance, priez constamment Jésus pour nous , afin qu'il nous gouverne au milieu des tourbillons du monde , de peur que nous ne soyons engloutis dans l'enfer pour l'éternité.
Simon le Cananéen ou le Zélé , pour le distinguer de Simon Pierre , ainsi que du traître Judas qui s'appelait Simon Iscariote , était originaire de Cana , village de Galilée, où le Seigneur changea l'eau en vin. 11 reçut la mission de l'Egypte.
Jude, fils de Jacques, eut trois noms : car on l'appelait également Jude, Thaddée et Lebbée. Il prêcha dans la Mésopotamie et dans le royaume de Pont : il se réunit à Simon pour pénétrer en Perse, où, après avoir soumis au Christ une innombrable multitude de peuples, ils consommèrent leur martyre le 5 des calendes de novembre ( 28 octobre. )
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Craton , disciple des Apôtres , a longuement écrit ce qu'ils ont fait pendant treize ans , et ce qu'ils ont souffert dans la Perse. Son ouvrage occupe dix volumes que l'historiographe Jules Africain traduisit en langue latine. Abdias , évéque de Babylone , qui reçut l'ordination de ces Apôtres, écrivit en hébreu leur histoire qui fut mise en grec par son disciple Eutrope. C'est d'après tous ces travaux que Jules Africain donna son interprétation aux Latins : on en a fait un abrégé , fort agréable pour ceux qui veulent savoir quels furent les commencemens de leurs prédications, quand ils les terminèrent pour abandonner le monde, et comment ils se rendirent au royaume céleste. Les saints apôtres Simon et Jude , ayant eu une révélation du Saint-Esprit , entrèrent en Perse , et y rencontrèrent les deux magiciens Zaroès et Arphaxath qui avaient fui d'Ethiopie à l'aspect de l'apôtre saint Matthieu. La doctrine de ces hommes était dépravée et remplie de blasphèmes mortels contre le Seigneur et les prophètes. Quand les Apôtres furent arrivés en Perse, Warardach, préfet et duc du roi des Babyloniens , qui se nommait Xerxès, lequel faisait la guerre contre les Indiens qui venaient d'envahir les frontières du royaume, se présenta devant Jude et Simon. Dès leur arrivée, les démons, qui donnaient des réponses mensongères à ceux qui leur offraient des sacrifices , devinrent muets dans tous leurs temples. Leurs adorateurs , qui se rendaient au temple d'une ville voisine, les consultèrent. Pour réponse le démon se mit à mugir, et déclara qu'il ne pouvait parler tant que les apôtres de Dieu, Simon et Jude, seraient pré-
sens. Alors le duc Warardach fit rechercher les Apôtres, et, les ayant découverts , leur demanda qui ils étaient et d'où ils venaient. Ils dirent qu'ils appartenaient à la nation des Hébreux , et qu'ils étaient venus pour le salut de tous. Le duc les pria de rendre à ses dieux la puissance de parler : ils en donnèrent la permission après avoir fait la prière. Aussitôt les serviteurs des idoles furent saisis par les démons, et prédirent qu'une grande guerre allait avoir lieu , et qu'il y périrait beaucoup de monde de part et d'autre. Les Apôtres s'étant mis à rire , le duc fut effrayé-, mais, à leur persuasion, il différa jusqu'au lendemain le départ des ambassadeurs qui devaient demander la paix. Cependant les pontifes profanes étaient en fureur contre les Apôtres , et disaient qu'on ne devait laisser ni parler ni entendre dans une ville aussi opulente que Babylone , ces hommes vils et couverts de haillons. Alors le duc fit garder à vue jusqu'au lendemain les deux Apôtres, ainsi que les pontifes insensés , et attendit , d'après l'avis des premiers , le résultat de l'affaire.
Le jour suivant , la parole des Apôtres s'accomplit. Les envoyés du duc revinrent très-rapidement , montés sur des dromadaires avec les ambassadeurs des Indiens, et annoncèrent que tout s'était passé comme ces Apôtres l'avaient prédit. En effet , les Indiens restituèrent les territoires envahis , payèrent des tributs , et conclurent des traités de paix durables. Voyant que Jude et Simon étaient des hommes véridiques , ainsi que l'événement le prouvait, Warardach , irrité, fit préparer un grand bûcher pour les pontifes, et ordonna de les y précipiter avec leurs complices.
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Les Apôtres, qui n avaient pas perdu de vuç les ordres du Seigneur, se jetèrent aux pieds du duc, se couvrirent la tête de poussière , le supplièrent de ne pas faire périr leurs ennemis, et annoncèrent éloquemment devant le peuple qui les admirait que telle était la doctrine de notre Dieu.
Enfin Warardach ordonna de compter les pontifes, et de rechercher quelles étaient leurs richesses pour les donner aux Apôtres. On trouva que les temples étaient desservis par cent vingt pontifes, et que chacun d'eux coûtait tous les mois au fisc une livre d'or. Quant au suprême pontife , il recevait le quadruple de la somme de chacun. Leurs richesses , tant en or et en argent qu'en habillemens et en animaux , étaient si considérables qu'on ne pouvait les compter. Le duc les offrit aux Apôtres qui les refusèrent avec dédain , et ordonnèrent qu'on les distribuât aux pauvres. Enfin le duc , ayant annoncé au roi Xerxès tout ce qu'il avait fait, ainsi que les Apôtres, Zaroès et Arphaxath, qui se trouvaient alors avec le roi, se mirent à déprimer les Apôtres , et s'efforcèrent d'engager Je public à les contraindre d'adorer les dieux. Le duc n'en parla pas moins toujours en faveur de Simon et de Jude. Enfin, une plaidoirie eut lieu en présence du roi. Après que les magiciens eurent parlé en public, les avocats qui leur étaient opposés restèrent muets, et il se passa l'espace d'à peu près une heure sans qu'aucun de ces avocats , naguères très-diserts et éloquens , pût exprimer une seule parole. Enfin les magiciens leur permirent de parler, mais ils ne purent marcher , et, ayant fait quelques pas en arrière , ils ne purent rien voir quoiqu'ils eussent les yeux
ouverts. A l'aspect de ce prodige , tout le monde fut saisi d'effroi , et on respecta les magiciens , plutôt par crainte que par amour. Ce spectacle dura depuis le matin jusqu'à la sixième heure, et les avocats, fort tristes , furent obligés de se retirer chez eux avec confusion.
Cependant le duc raconta ces choses aux Apôtres qu'il aimait tendrement. Il convoqua chez lui le corps des avocats dont nous venons de parler , et présenta devant eux les apôtres de Dieu , Simon et Jude , afîu qu'ils pussent triompher des magiciens en obéissant à leurs ordres. Quand les avocats virent des hommes vêtus d'habillemens misérables , ils éprouvèrent une sorte de mépris-, mais Simon, par une salutaire prédication , réprima ce mouvement d'orgueil. 11 démontra que l'on déposait quelquefois des objets d'un mince mérite dans des coffrets d'or enrichis de diamans, tandis que, dans des boîtes de bois ou de peu de valeur, on plaçait souvent de précieux bijoux ; que parfois on remplissait de vinaigre les vases les plus brillans , en même temps qu'on plaçait les meilleurs vins dans des cruches d'un aspect hideux 5 que de même on remarquait quelquefois de grandes vertus dans des personnes qui semblaient méprisables au premier coup d'œil, et que la vertu, par l'éclat de son mérite, plaisait par dessus tout au suprême Créateur.
Enfin les saints Apôtres donnèrent de salutaires avis aux avocats, et par de pieuses prières les recommandèrent à Dieu , et leur firent le signe de la croix sur le front. Zébédée et les autres avocats, parvenus devant le roi, se mirent à insulter les magiciens , qui
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ne purent les offenser par aucun raisonnement. Alors les magiciens en courroux firent venir une multitude de serpens , qui effrayèrent grandement ceux qui les virent. A Tordre du roi, les Apôtres se présentèrent. Dès leur arrivée ils remplirent leurs manteaux de ces serpens , et les lancèrent hardiment contre les magiciens, dont ils se mirent aussitôt à dévorer les chairs. Ces imposteurs hurlaient comme des loups à la grande satisfaction des spectateurs qui voyaient clairement les souffrances des impies. Le roi et le peuple disaient aux Apôtres : « Laissez mourir ces « gens. » Les Apôtres répondirent : « Nous sommes « envoyés pour rappeler de la mort à la vie, et non « pour précipiter de la vie dans la mort. » Ensuite ils prièrent, et ils ordonnèrent aux serpens de retirer leurs poisons des magiciens, et de retourner à leur place. Ces hommes souffrirent des tourmens plus vifs quand tous les serpens recommencèrent à déchirer leurs chairs et à sucer leur sang, pour retirer leur venin. Quand les serpens se furent retirés, et que de l'avis des Apôtres les magiciens affligés eurent passé trois jours sans manger, ni boire ni dormir, Simon et Jude allèrent les voir pour les visiter, et les guérir sans vouloir leur rendre le mal pour le mal. Comme les magiciens avaient déjà en Ethiopie fui la présence de saint Matthieu , ils prirent la fuite , persistèrent dans leur méchanceté , se retirèrent ainsi couverts de confusion loin des saints personnages , et portèrent à les détester tous les idolâtres de la Perse. Ils allaient sacrifiant dans tous les temples, et par leurs prestiges ils rendaient les spectateurs soudainement immobiles, puis libres et aveugles, puis clairvoyanset sourds, puis
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doués du sens de l'ouïe. C'est ainsi qu'ils se moquaient de ceux qui sacrifiaient aux idoles et de tous leurs semblables.
Les Apôtres invités par le roi et par le duc , s'arrêtèrent à Babylone , opérant de grands miracles , faisant entendre les sourds» redressant les boiteux, rendant la vue aux aveugles , purifiant les lépreux , et chassant les démons du corps des possédés. En conséquence ils avaient un grand nombre de disciples , parmi lesquels ils choisissaient les prêtres , les diacres, et les clercs des églises.
La fille d'un Satrape très-opulent , qui avait été séduite , ayant éprouvé de grands dangers pendant ses couches, pour lesquels on accusait le diacre Eustosin du crime d'inceste, les Apôtres entendirent parler de cet événement , se firent présenter les parens de la jeune fille ainsi que le diacre, et se firent apporter l'enfant qui, ce jour-là même, était né à la première heure. Ayant commandé à l'enfant de parler , il dit d'une voix très-claire : « Ce diacre est un « homme saint et chaste,ll n'a jamais souillé sa chair.» Les parens insistèrent pour connaître le père de l'enfant ; alors les Apôtres dirent : « Nous devons abn soudre les innocens ; mais il ne nous appartient pas a de divulguer les coupables. »
Hicharon, ami du roi, se trouvait à la guerre lorsqu'il reçut au genou une flèche , que l'on ne put arracher de ses os par aucun procédé. Alors le bienheureux Simon invoqua le Seigneur Jésus, et bientôt enleva la flèche par la sainte application de sa main ; de sorte que l'homme fut soudain guéri , et qu'on ne voyait aucune trace de blessure.
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Deux tigres très-féroces s'échappèrent des fosses où ils étaient renfermés, et se mirent à dévorer tout ce qu'ils rencontraient. Alors tout le peuple s'enfuit vers les apôtres de Dieu , qui invoquèrent le nom du Seigneur Jésus; et aussitôt les deux animaux féroces, que rien n'avait jamais pu calmer, devinrent doux comme des agneaux. En efFet, pendant le jour, ils restaient comme des moutons au milieu du peuple, et le soir ils se retiraient dans la cellule des Apôtres ; et , quand ceux-ci se rendaient dans d'autres villes , on les voyait leur servir de gardes à la porte de leurs habitations. C'est de là que ces pieux prédicateurs prirent le sujet d'un de leurs sermons : ils enseignèrent aux peuples ce que devaient faire les hommes raisonnables, et comment on devait obéir à Dieu-, ils en démontrèrent au doigt et à l'œil la nécessité par l'exemple des animaux les plus sauvages.
A la demande du roi et des peuples, les Apôtres restèrent à Babylone un an et trois mois. Pendant ce temps ils baptisèrent plus de soixante raille hommes, sans compter les femmes et les enfans. Le roi d'abord et tous les hommes constitués en dignité reçurent Ja foi ; car ils voyaient que la simple parole des pieux personnages suffisait pour guérir toutes les infirmités , éclairer les aveugles , et ressusciter les morts. Abdias qui était venu de Judée avec eux , et qui de ses propres yeux avait vu le Seigneur Jésus , fut ordonné évêque, et toute la ville fut remplie d'églises. Après avoir mis Tordre partout et pourvu au service divin , les Apôtres partirent; ils furent suivis d'une troupe de disciples, qui ne s'élevait pas à moins de deux cents hommes ; ils parcoururent douze provinces
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de la Perse, ainsi que les villes de ces contrées.
Maintenant il est temps de raconter quelle fut la passion des saints Apôtres. Les magiciens Zaroès et Arphaxath, dont nous avons parlé plus haut, commettaient dans les villes d'énormes abominations : ils prétendaient être des dieux et fuyaient toujours l'aspect de Simon et de Jude. Ils ne restaient dans chaque ville que jusqu'au moment où ils apprenaient l'arrivée des Apôtres. Il y avait à Sanir soixante-dix pontifes pour les temples des idoles , qui recevaient du roi, quatre fois par an , chacun une livre d'or, lorsqu'ils célébraient le banquet du Soleil, savoir au commencement du printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver. Les magiciens dont nous venons de faire mention soulevaient autant qu'ils le pouvaient les peuples contre les Apôtres -, ils les précédaient et mettaient beaucoup d'obstination à leur nuire.
Quand les saints Apôtres eurent parcouru toutes les provinces et furent venus à Sanir habiter dans Ja maison de Sennes leur disciple, tout à coup , vers la première heure du jour , les pontifes firent irruption dans leur domicile, et, criant horriblement contre Sennès, ordonnèrent qu'on leur remtt les ennemis de leurs dieux. Cependant on s'empare des saints Apôtres, et on les conduit au temple du Soleil. Lorsqu'ils y entrèrent , les démons , qui s'étaient emparés de quelques énergumènes , se mirent à crier : « Apôtres du « Dieu vivant, qu'y a-t-il entre vous et nous? A votre h arrivée ici, les flammes nous consument. » Dans un appartement du temple , vers l'orient , était un quadrige d'or fondu , sur lequel brillait de tout l'éclat de ses rayons un soleil de même matière. Dans une autre
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pièce on voyait une lune fondue en argent , montée sur un char traîné par deux bœufs d'un métal pareil. Les pontifes et les magiciens se réunirent au peuple pour forcer les Apôtres d adorer leurs idoles -, mais ceux-ci s'entretenaient en hébreu de la vision de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'ils contemplaient au milieu des anges , d'où il les appelait à lui. Un ange du Seigneur leur apparut aussi et les réconforta. Enfin, lorsque le silence se fut établi, ils s'adressèrent au peuple, et, par de bonnes raisons, lui prouvèrent les erreurs où il tombait en rendant inutilement à la créature des hommages qui n'étaient dus qu'à Dieu seul \ ils dirent qu'il était injurieux à la Divinité de renfermer dans des habitations, qui étaient l'ouvrage des hommes , le soleil et la lune , que , depuis le commencement du monde, Dieu a créés et placés dans le ciel pour y paraître et briller durant tous les siècles. Comme tous les auditeurs étaient stupéfaits , Simon ordonna au démon de sortir de là et d'anéantir la statue du soleil et son quadrige. De son côté, Jude ordonna de briser la statue de la lune. Alors deux Ethiopiens , noirs et nus , ayant une face épouvantable , parurent sortir du milieu de l'assemblée : en brisant les statues, ils jetaient d'épouvantables hurlemens. Alors les faux pontifes se jetèrent sur les Apôtres et les massacrèrent , comme ils étaient occupés à rendre , dans leur joie, des actions de grâces à Dieu. Sennès, leur hôte, fut martyrisé avec eux , parce qu'il refusa de sacrifier aux idoles. Dans le même moment, quoique le ciel fût très- serein , on vit briller des foudres extraordinaires , qui fendirent en trois parties les murs du temple depuis le sommet de son toit jusqu'à la der-
nière pierre de son fondement. Zaroès et Arphaxath furent frappés par la foudre , brûlés et réduits en charbon.
Trois mois après , le roi Xerxès enleva leurs dignités aux pontifes, et fit transporter les corps des Apôtres dans sa ville avec de grands honneurs , pour les placer dans une église dont le pourtour octogone présentait huit angles chacun de quatre-vingts pieds; de sorte que Ton comptait, en en faisant le tour, huit fois quatre-vingts pieds, sur une hauteur de cent vingt. Cette basilique fut construite de marbre taillé carrément 1 , et les chapelles en furent décorées de îames dorées. On plaça au milieu un tombeau d'argent fin. Cette construction occupa quatre années entières sans interruption ; elle fut terminée le jour natal des deux apôtres, c'est-à-dire, le 5 des calendes de novembre ( 28 octobre ) , et mérita d'être dédiée en leur honneur. Les croyans obtiennent dans ce lieu toutes les grâces divines quand ils y viennent révérer les martyrs, qui ne cessèrent jamais, jusqu'à leur mort , de rendre hommage à notre Seigneur Jésus-Christ. Quant à nous qui, pleins d'espérance dans le Sauveur, rapportons ces faits dans nos écrits, nous louons ces bienheureux Apôtres qui sont les compagnons et les joyeux convives du monarque suprême, et, dans les parvis de Jérusalem , qui est notre mère , nous chantons dévotement en leur honneur avec les enfans qui criaient : « Gloire au Rédempteur. »
Bienheureux Simon , illustre Thaddée , contemplez
• Orderic Vital ajouic et sinmaticis : nous n'avons pu découvrir le sens de ce mol , probablement défiguré par les copiâtes et qui ne se retroure nulle part.
nos gémissemens et nos larmes ; après avoir mérité l'enfer par notre chute, méritons par vous l'entrée des cieux. Ainsi soif-il!
Matthias, l'un des soixante-dix disciples, après avoir été élu au sort par les Apôtres à la place de Judas , prêcha dans la Judée et y fut martyrisé pour le Christ. On célèbre sa féte le 6 des calendes de mars ( 24 février), et la troupe des clercs , se présentant dévotement , lui adresse ainsi de pieuses prières : « Juste « Matthias, appelé par le sort sur le douzième trône, « délivrez - nous de tous les liens du crime , afin « que , grâces à vos prières sacrées, nous jouissions « des joies de la vraie lumière. Ainsi soit-il. »
Judas Simon Iscariote sortit de la tribu d'Issachar, et fut compté au nombre des douze Apôtres. Enflammé d une mortelle cupidité , il vendit aux Juifs pour trente pièces d'argent son maître et son Seigneur , perdit la dignité de l'apostolat, et finit par s'étrangler misérablement dans son repentir et sa douleur. Il a encore aujourd'hui dans l'Eglise de nombreux imitateurs qui , tout en commettant des iniquités , voudraient conserver un nom sacré. Judas eut, tout indigne qu'il était , des noms pleins de dignité, et qui ne sont pas sans mystère : il désigne typiquement l'Eglise des faux Chrétiens. En effet, Judas signifie confessant , et par ce nom on entend ceux qui, comme dit l'apôtre, prétendent connaître le Seigneur qu'ils renient par leurs actions. Quant au mot Simon, il veut dire obéissant ; et par cette expression on figure les hypocrites, les trompeurs, et ceux qui obéissent faussement , et ceux qui , non par amour de Dieu et par le désir du ciel , exécutent les préceptes du Seigneur ,
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et sont conduits à une vaine gloire par une faveur mondaine et pour une récompense transitoire : plusieurs d'entre eux , comme Judas Iscariote, sont aveuglés par l'excès de la cupidité , et , abandonnant la recherche et l'usage des bonnes choses , tombent volontairement dans des crimes détestables , et courent les plus grands dangers, enlacés qu'ils sont indissolublement dans les liens du péché. Ils se contententd'une récompense passagère dans le siècle présent , et recevant quelque prix pour certaines bonnes actions et certaines observances manifestées en public , ils s'enflent d'un vain orgueil -, mais liés dans l'avenir par des nœuds inextricables, ils pleureront dans les cloaques de l'enfer , et , tourmentés par un indicible genre de supplices à cause des crimes qu'ils ont commis, ils seront privés de tout espoir de pardon.
Le traître Judas s'étant retiré du corps des Apôtres , que méritèrent ceux qui persistèrent à rester avec le Seigneur ? Un honneur ineffable et la béatitude éternelle. La sainte mère Eglise croit, et tout catholique affirme avec foi , que les douze Apôtres sont véritablement sublimes et bienheureux , et qu'ils participent à l'éternelle félicité. En effet, sel de la terre , lumière du monde , formant les douze heures du jour éternel, ceps féconds de la vigne chargée de fruits, collaborateurs du Christ, et ses cohéritiers dans le royaume des cieux , ils sont partout adorés et célébrés dans la mémoire ; chez toutes les nations où règne la vraie foi , ils sont honorés et implorés avec respect comme les maîtres des peuples et les gouverneurs des églises : constitués ainsi juges de l'univers par le Christ, censeurs rigoureux des ré-
prouvés , pieux protecteurs des âmes dévotes et leurs assidus intercesseurs. Après avoir méprisé tout ce qui est mondain , ils s attachèrent indissolublement au Christ , qui est la vraie vigne et la vraie vie. Maintenant ils régnent dans les cieux avec le roi des rois 5 ils se réjouissent avec les anges en le louant éternellement, et , assis sur douze trônes , ils jugent avec le Seigneur les douze tribus d'Israël.
J'ai recherché avec un grand soin ce qui les concerne dans les écrits que l'Eglise approuve, et je me suis exercé à en faire pour moi un abrégé d'après ce que j'ai trouvé dans les anciens ouvrages.
Maintenant j'ai le désir de parler de leurs compagnons et de leurs successeurs. Avec l'aide de Dieu , je ferai dans ce livre une dévote mention de ce qui les concerne. J'entreprendrai cet ouvrage, non pas qu'il soit besoin de donner des louanges à ceux dont la louange est Dieu même qui, triple et unique, règne dans l'éternité, et rend les siens perpétuellement heureux avec lui par une récompense sans fin ; mon' travail a pour but de montrer ma dévotion , et d'obtenir la faveur des saints personnages , afin que par leur intervention je puisse pieusement acquérir mon salut.
Joseph , surnommé Barnabé , c'est-à-dire fils de consolation , né dans la ville de Cypre , qui fut fondée par Cyrus , roi des Perses , parvint à l'apostolat chez les Gentils avec Paul l'an troisième après la passion du Seigneur. 11 fut l'un des soixante-douze disciples du Christ, resta avec les Apôtres dans leur prospérité comme pendant leurs afflictions, et, d'après son nom, donna aux croyans de grandes consolations,
surtout quand il vendit le champ qu'il possédait pour en déposer le prix aux pieds des Apôtres. Il se lia d'amitié avec Paul après sa conversion , le présenta aux Apôtres auxquels il était encore inconnu et suspect , et raconta à ceux qui l'ignoraient l'histoire de sa vocation. Les Apôtres l'envoyèrent à Antioche. Témoin de la grâce de Dieu , il s'en réjouit avec les disciples , et ses exhortations amenèrent au Seigneur une grande multitude de fidèles. Il fit le voyage de Tarse pour y chercher Saul qu'il y trouva , et qu'il conduisit à Antioche. Ils y restèrent toute une année pendant laquelle ils instruisirent beaucoup de gens. C'est là que pour la première fois les disciples furent appelés chrétiens.
Barnabe et Saul, qui étaient miséricordieux et bienveillans, portèrent en Judée à leurs frères les aumônes de ceux qui, parmi les Gentils, étaient croyans. Après leur retour de Jérusalem, et l'accomplissement de la mission dont ils s'y étaient chargés, ils se réunirent à Jean surnommé Marc, et prirent place à Antioche parmi les prophètes et les docteurs. Comme ils rendaient leurs devoirs au Seigneur et qu'ils jeûnaient , le Saint-Esprit leur dit: « Que Bar- « nabé et Saul se séparent de vous pour l'œuvre à « laquelle je les ai destinés. » Ainsi envoyés par le Saint-Esprit , ils allèrent à Séleucie , et gagnèrent ensuite par mer l'île de Chypre. Ayant privé pendant quelque temps de la lumière le magicien Bar-Jésus que Ton appelait aussi Elymas, ils couvertirent à la vraie foi le proconsul Serge Paul, et amenèrent à la lumière de la vérité une grande multitude de peuples. Les élus accourant à la foi et à la justice , les réprouvés n'en i. 22
furent que plus enflammés de courroux ; ils excitèrent des séditions, et chassèrent les Apôtres du pays. Ceux-ci , pleins de joie, et remplis du Saint- Esprit, prêchèrent la parole de Dieu , et convertirent au Seigneur une multitude considérable de Juifs et de Grecs. Arrivés à Listre , ils guérirent un homme qui était hoiteux depuis le sein maternel. A la vue de ce miracle , la foule les prit pour des dieux , et dit : « Des dieux qui ont pris la ligure de l'homme « sont descendus chez nous. » D'après cette idée , ils appelaient Barnabe Jupiter, et Paul Mercure. Un prêtre de Jupiter, qui demeurait auprès de la ville, amena et plaça devant leur porte des taureaux et des couronnes, et voulait, avec le peuple qui raccompagnait, offrir des sacrifices aux Apôtres. Ceux-ci, qui avaient horreur d'un tel forfait, les chassèrent, et, déchirant leurs vêtemens, s'élancèrent au milieu de la foule en criant, et eurent beaucoup de peine, malgré leurs bonnes raisons , à empêcher la multitude de leur offrir des sacrifices. Rendus de là à Derbe, ils y évangélisaient, ils instruisaient les peuples par leurs vertus , et parcouraient les provinces en annonçant la parole du Seigneur. Enfin ils allèrent à Jérusalem, et, bien accueillis par les saints Apôtres , ils leur annoncèrent avec joie combien ils avaient opéré de miracles par le moyen de Dieu. Il y avait alors à Antioche quelques hommes sans foi qui élevèrent une question sur la nécessité de la circoncision. A ce sujet les saints Apôtres s'assemblèrent pour délibérer , et chargèrent Barnabé et Paul d'extirper une telle erreur. Ceux-ci partirent en hâte pour Antioche , munis d'une épître apostolique, et par leurs prédi-
cations détruisirent l'impiété de l'hérésie. Comme de vrais pasteurs , ils annonçaient la parole de Dieu , instruisaient les ignorans, guérissaient les malades, et s'occupaient avec la plus grande sollicitude des intérêts de la sainte religion. Afiu que les néophytes ne fussent pas exposés à tomber dans quelque hérésie , ils prenaient les plus soigneuses précautions , et visitaient en conséquence fréquemment les églises dans lesquelles ils avaient prêché la parole divine. Ils savaient combien étaient adroites les ruses de Satan. C'est pourquoi ils veillaient à ce que le cœur des fidèles régénérés ne fût pas souillé par le germe mortel de l'ivraie. Ensuite , comme le rapporte l'évangéliste Luc , il parut convenable que Paul quittât Antioche , et que Barnabé se rendît à Chypre où il était né. Ce dernier avait avec lui, pour le seconder , Jean surnommé Marc : celui-ci avait été païen, et servait, avec son compagnon Orduon , Cyrille, grand -prêtre de l'horrible Jupiter, et fut baptisé dans le lieu qu'on appelle Iconium par Barnabé et Paul , qu'il accompagna fidèlement dans plusieurs contrées.
Enfin, pendant que les apôtres dont nous venons de parler prêchaient dans la Pamphilie , et que beaucoup de Juifs et de Gentils croyaient au Seigneur, Paul eut pendant la nuit la vision d'un ange qui lui prescrivit de se rendre à Jérusalem , et de permettre à Barnabé d'aller à Chypre. La vision ayant cessé, les Apôtres s'agenouillèrent et prièrent; et, s'embrassant l'un l'autre en pleurant abondamment, ils se firent leurs adieux, et, séparés de corps, ils ne se revirent plus en cette vie.
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Barnabé et Jean descendirent à Laodicée , et allèrent dans nne ville que Ton appelle Anémorie. Là , quelques païens , pleins de sagacité et de bonne volonté , ayant entendu prêcher la parole du Christ, crurent et reçurent par le baptême la vertu du Saint-Esprit, lisse rendirent par mer à Chypre où ils trouvèrent Timon et Ariston serviteurs du Seigneur. Timon était dévoré des ardeurs de la fièvre ; mais Barnabé , lui ayant imposé les mains et le saint Evangile , la fièvre fut chassée par l'invocation de Notre-Seigneur Jésus , et Timon se trouva tellement fort qu'il suivit aussitôt avec joie les saints de Dieu.
Le bienheureux Barnabé, fidèle à la doctrine des Apôtres, portait toujours avec lui l'Evangile de l'apôtre saint Matthieu. Partout où il trouvait des malades, il leur imposait ce livre , et aussitôt ils étaient guéris, quelle que fût la maladie dont ils fussent affligés.
Barnabé ordonna évêque , pour l'instruction des fidèles , Héraclius , que l'apôtre Paul avait baptisé. E suite, comme il voulait aller à Paphos, Bar-Jésus, m igicien juif, que Paul avait pour un temps privé de la lumière , eut connaissance de l'arrivée de l'apôtre. Excité par la méchanceté , cet homme opposa tous les obstacles qu'il put à l'entrée de l'apôtre dans Paphos. Le saint personnage arriva dans un lieu où il vit des païens des deux sexes courir nus dans des jeux. Barnabé, indigné d'un tel spectacle, maudit bientôt le temple dont une partie croulant de fond en comble écrasa aussitôt sous ses ruines beaucoup de païens. Ceux qui échappèrent à ce désastre allèrent se réfugier dans le temple d'Apollon. L'illustre champion du Christ entra dans la ville de Saiamine \
il y trouva une synagogue de Juifs auxquels il prêcha constamment l'Evangile , et dont plusieurs se convertirent à la foi du Christ. Bar-Jésus , ayant découvert les démarches du saint apôtre de Dieu , montra toute la méchanceté dont il était capahle en excitant une sédition. Les Juifs voulurent prendre Barnabé , et le livrer au proconsul de Salamine-, ils l'accablèrent d'abord de tortures multipliées , et de tourmens de toute espèce. Comme ils le conduisaient tout brisé, et mourant du supplice qu'il avait souffert , et (ju'ils allaient pour le faire juger , ils apprirent qu'Eusèbe, homme illustre et puissant, qui appartenait à la famille impériale, venait d'arriver dans l'île. Ils craignirent qu'Eusèbe ne tirât Barnabé de leurs mains , et , pour prévenir cet événement, ils lui passèrent une corde au cou , puis le traînèrent pendant la nuit tout déchiré depuis la synagogue jusqu'à l'hippodrome, et ensuite hors des portes de la ville. Là, ils l'entourèrent de feu , et le brûlèrent cruellement. C'est ainsi que le bienheureux apôtre , après de longues souffrances et des combats journaliers , brûlé pour l'amour du Christ, parvint aux joies éternelles. Cependant les Juifs impies , non encore rassasiés de sa mort, enlevèrent son cadavre, le renfermèrent dans une çaisse de plomb, et se disposèrent à le précipiter dansla mer. Sur ces entrefaites Jean Marc, accompagné de Timon et de Rodon, enleva secrètement pendant la nuit le bienheureux corps , et le plaça dans une grotte qui avait jadis servi d'habitation à des Jébuséens, le 3 des ides de juin ( 1 1 juin ). A cause de cet enlèvement nocturne , les vénérables reliques de Barnabé restèrent cachées pendant le cours d'un
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grand nombre d années, et ne purent être découvertes par les chrétiens. Enfin, du temps de l'empereur Zénon et du pape Gélase , le corps du saint apôtre fut , d'après la révélation qu'il en fit, découvert et placé merveilleusement an chant des hymnes et des louanges en l'honneur de Dieu. Ceux qui invoquent pieusement les m érites'de l'apôtre saint Barnabé reçoivent de lui les plus grands bienfaits , auxquels nous fait aussi participer la grâce abondante de notre Dieu qui opère infatigablement, et devient pour ceux qu'il a prédestinés à la vie un protecteur eiBcace pendant tous les siècles. Ainsi soit-il !
L'évangéliste Marc, disciple interprète du bienheureux Pierre, apôtre, futson fils dans le baptême, et écrivit sous sa dictée l'Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. On rapporte qu'il se fit couper le pouce, afin de se rendre impropre au sacerdoce. Cependant les Apôtres ne l'en repoussèrent pas ; ils le choisirent , au contraire , pour évéque d'Alexandrie. Le bienheureux Pierre l'appela auprès de lui pendant qu'il était à Rome, et le destina à prêcher les Gentils en Italie. <c Pourquoi, lui dit-il, restez- vous ici avec « nous ? Vous êtes instruit de tout ce qu'a fait Jésus « de Nazareth ; levez-vous , rendez-vous à Aquilée , « et prodiguez-y au peuple les dogmes du vrai salut. » C'est ainsi que Marc reçut la première part de la prédication , et le bâton du pontificat. Il prit la route qui lui était prescrite, et se rendit à Aquilée qui est la principale des villes d'Italie. Il y trouva un jeune lépreux nommé Ataulphe, fils d'Ulfin, homme illustre et le premier de la ville-, il s'entretint avec lui , et lui
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prit la main et le bras. Aussitôt ce bras et cette main furent purifiés de la lèpre. A la vue de cetté guérison, le jeune homme courut en toute hâte vers son père, et raconta, plein de joie, tout ce que Marc avait opéré en lui. Aussitôt Ulfin accourut avec beaucoup de monde , trouva Marc assis à la porte occidentale , et le pria1 de guérir son fils. C'est ce que lui promit l'apôtre, s'il voulait croire au Seigneur Jésus. Ulfin crut; alors Marc baptisa le jeune homme , et toute sa lèpre disparut. Après cette guérison , Ulfin reçut le baptême avec toute sa famille. Ce même jour, une grande multitude de peuple fut baptisée aussi. Quelques années après , Marc eut le désir de revoir Pierre. A cet effet , il voulut quitter le peuple en secret , et se rendre à Rome. Les peuples , ayant , par la permission de Dieu, découvert ce départ, coururent de grand matin au domicile de Marc, et le prièrent à grands cris de leur donner un pâsteur. Alors Hermagôras fut élu parle peuple, et conduit à Home par le bienheureux Marc. Il y fut, par le bienheureux apôtre Pierre, établi premier évêque de la province d'Italie; après beaucoup de miracles que Dieu opéra par lui sur le peuple, Hermagôras fut martyrisé avec l'archidiacre Fortunat le 3 des ides de juillet ( 1 3 juillet ) , sous J'empire de Néron et la présidence de Sébaste.
Quant au bienheureux Marc , il alla occuper le siège d'Alexandrie , d'après les ordres de Pierre , et fut le premier qui prêcha le Christ sur la terre d'Egypte; il annonça aussi la vraie foi dans la Libye marmarique et ammonienne , que l'on appelle aussi Pentapole. Tous ceux qui habitaient ces contrées étaient
incirconcis, idolâtres, et pleins de toutes sortes d'infamie. Marc étant parvenu à Cyrène , qui appartient à la Pentapole, y trouva des peuples exécrables à cause de leurs nombreux forfaits. Il commença un discours divin , et appliqua les remèdes nécessaires à tant de maux, au nom du Seigneur. En effet, il purifiait les lépreux, et par ses seules paroles chassait les mauvais esprits. La plupart de ceux qui voyaient ces prodiges crurent, détruisirent leurs idoles, coupèrent leurs bois sacrés, et se firent baptiser au nom du Seigneur qui est triple et unique.
Peu de temps après, le Saint-Esprit lui révéla la pensée de se rendre au temple d'Alexandrie. Alors Marc dit adieu à ses frères, et leur découvrit ce qui lui avait été divinement révélé. Les frères le conduisirent jusqu'au vaisseau, et, mangeant avec lui le pain de vie, ils le quittèrent. « Le Seigneur Jésus- « Christ, dirent-ils, vous accorde un voyage heu- « reux î » Sept jours après , il arriva à Alexandrie , descendit du vaisseau , et ne tarda pas à arriver dans la ville. Dès qu'il y fut, sa chaussure se brisa : -< Vraiment, dit-il, voilà mon voyage terminé. »
Le saint homme donna sa chaussure à raccommoder à un certain savetier , nommé Aignan. Comme cet homme faisait le travail dont il était chargé, il se blessa grièvement la main gauche , et s'écria aussitôt : « 11 n'y a qu'un Dieu. » Dès que le bienheureux Marc apprit cet événement, il s'en réjouit, et dit lui-même : « Le Seigneur, en effet, m'a accordé un « heureux voyage. » Aussitôt il cracha sur sa main , et frottant ensuite celle du savetier, il dit : « Que « cette main soit guérie au nom de J ésus- Christ y
« fils du Dieu vivant ! » Aussitôt la main fut guérie. Le savetier, considérant la puissance d'un homme si remarquable, l'eflicacité de ses paroles, et la continence de sa vie , le pria de s'abaisser jusqu'à venu; à sa maison, et manger le pain avec lui. Marc, plein de joie , entra chez Aignan , lui donna sa bénédiction, pria, annonça la vraie foi à ses auditeurs, et assura que la sagesse de ce monde n'était que folie devant le Seigneur. Aussitôt après il joignit à ses paroles véridiques des signes et des prodiges au nom du Sauveur. Aignan, ainsi que toute sa maison et une foule de voisins , crut, se fit baptiser, et seconda son maître dans ses prédications.
Cependant les idolâtres d'Alexandrie , ayant vu le prédicateur gai il éen détruire leur culte et leurs cérémonies, cherchèrent à le faire périr, et lui tendirent beaucoup d'embûches. Le bienheureux Marc, qui connaissait leurs projets, ordonna Aignan évêquede la ville, et conféra aussi les ordres aux trois prêtres Mélin , Savin et Gerdon , à sept diacres , ainsi qu'à onze autres personnes qu'il chargea du ministère ecclésiastique. Delà il alla dans la Pentapole, y passa deux ans, et affermit les frères qui avaient cru précédemment. 11 ordonna des évéques et des clercs pour ces contrées. 11 revint à Alexandrie, et trouva que les frères s'y étaient multipliés dans la grâce et la foi. En voyant l'église qu'ils avaient bâtie dans le lieu que l'on appelle Bucolie, c'est-à-dire du bouvier, au-dessous des rochers qui bordent la mer, il se réjouit grandement, mit les genoux en terre , glorifia le Seigneur, et ajouta avec tendresse à ses bonnes œuvres par ses paroles et ses prières.
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Lorsque le temps fut accompli, comme les chrétiens se multipliaient dans la foi, et que Ton renversait les idoles , les Gentils reconnurent l'arrivée du saint, et furent remplis d'une excessive envie à cause des miracles dont ils avaient découvert qu'il était ] auteur : effectivement il guérissait les infirmes, prêchait les incrédules , rendait l'ouïe aux sourds , et donnait la vue aux aveugles. Ils firent tous leurs efforts pour le saisir; mais ils ne purent découvrir dans quel lieu il était. Aussi, à la vue de leurs idoles, frémissaient-ils de toutes leurs dents , et criaientils dans leurs orgies : « La puissance de ce magicien « est bien grande. » Enfin le dimanche de la Pâque, c'est-à-dire le 8 des calendes de mai ( avril) , temps où on faisait les fêtes de Sérapis , on réunit des espions, qui découvrirent l'homme de Dieu occupé à faire de saintes offrandes à la majesté divine. Aussitôt les profanes se saisirent du serviteur de Dieu , lui mirent la corde au cou , et le traînèrent à travers les rochers , si cruellement que ses chairs tombaient sur la terre , et que les pierres étaient teintes de son sang. Comme ces furieux disaient: « Trairions ce buffle à « la place de Bucolie, » saint Marc rendait grâces à Dieu, et disait : « Jésus-Christ, mon Seigneur, je « vous rends grâces , pa*rce que j'ai été jugé digne de « souffrir en votre nom. » La nuit s'approchant, les Alexandrins le mirent en prison jusqu'à ce qu'ils eussent décidé par quel genre de mort ils le feraient périr. Vers le milieu de la nuit, quoique les portes fussent fermées, et pendant que les gardes étaient endormis devant la porte, tout à coup il se fit un grand tremblement de terre. Alors un ange du Sei-
gneur descendit du ciel, et dit à Marc en le touchant : « Marc , serviteur de Dieu , prince et propagateur de « ses très-saints décrets dans toute l'Egypte, voilà « que votre nom est inscrit dans Je livre de la vie « céleste, et que votre mémoire sera conservée pour « les siècles 5 car vous êtes associé aux vertus d'en- « haut. Lescieux recueilleront votre esprit, et votre « repos n'aura pas de terme. » En entendant ces mots , le bienheureux Marc tendit les mains vers le ciel, et s'écria : « Seigneur Jésus-Christ, je vous * rends grâces de ne m'avoir pas abandonné, et de « vous être souvenu de moi avec vos saints. Je vous « en prie, Seigneur Jésus-Christ, recevez mon ame en « paix , et ne souffrez pas que je sois plus long-temps « séparé de vous. » Quand il eut prononcé ces paroles, le Seigneur Jésus vint à lui sous la figure et les habits qu'il avait avec ses disciples avant sa passion , et lui dit : « Que la paix soit avec vous , Marc , « notre évangélisteî » Marc reprit : « Je vous rends c< grâces, Seigneur Jésus-Christ. » Le jour s'étant levé, tout le peuple de la ville s'assembla , le tira de prison, lui mit de nouveau la corde au cou, et le traînait en disant : « Traînez ce buffle à la place de « Bucolie. » Pendant le trajet Marc rendait grâces à Dieu, et disait : « Seigneur, je me remets entre vos « mains. » A ces mots il rendit l'esprit. Alors une troupe cruelle de Gentils alluma, dans le lieu que Ton appelait des Anges, un grand feu pour y brûler les saintes reliques de l'apôtre. Alors, parla providence de Dieu, il s'éleva une tempête effroyable; le soleil retira ses rayons , et d'épouvantables coups de tonnerre se firent entendre. Une pluie abondante tomba
du matin jusqu'au soir si fortement que beaucoup de maisons s'écroulèrent, et que beaucoup de personnes périrent. Comme les gardes étaient effrayés, ils quittèrent le saint corps, et prirent la fuite. Quelques railleurs disaient que Sérapis en agissait ainsi le jour de sa fête par la jalousie qu'il avait de son ennemi. Alors des hommes pieux vinrent enlever le corps du juste, et l'ensevelirent avec honneur sous un tombeau de pierre taillée , le 7 des calendes de mai ( a5 avril ). C'est ainsi que le bienheureux Marc, évangéliste, premier évêque d'Alexandrie, souffrit pour Jésus-Christ, et que son corps fut placé dans la partie orientale de la ville. Au bout d'un grand nombre d'années, par la crainte de l'invasion des païens qui, comme des sauterelles, couvrirent tout l'orient, et soumirent à leur pouvoir la plus grande partie du monde, au midi et au nord, les fidèles chrétiens transportèrent le corps de Marc à Aquilée, où il avait le premier annoncé le Christ. L'évêque d'Aquilée conserve encore la mitre . patriarchale dont Marc se servait lorsqu'il était évéque d'Alexandrie, et, par respect pour cet ornement, il brille dans l'univers comme quatrième primat. C'est saint Marc qui fut destiné pour l'Ei»ypte par Pierre , porte-clef du royaume des cieux ; ce fut à lui que Pierre confia la principauté des climats du midi pour le salut d'un grand nombre d'ames. Les habitans de Venise et les peuples d'occident se félicitent de posséder le corps du bienheureux évangéliste; ils le révèrent sans cesse en l'honneur du Dieu toutpuissant, et le prient de leur accorder l'avantage d'être comptés dans le collège des bienheureux pour l'éternité. Ainsi soit-il.
L'évangéliste Luc, Syrien de nation, savant dans l'art de la médecine à Antioche , et disciple des apôtres du Christ, suivit Paul jusqu'à sa confession, et , persistant sans tache dans sa virginité , préféra servir le Seigneur à toute autre occupation. Excité par le commandement de Dieu , il écrivit son évangile dans l'Achaïe ; il exposa dans une narration fidèle aux fidèles de la Grèce l'incarnation du Seigneur , et démontra qu'il descendait de la race de David. II fit en outre un livre spécial dans lequel il débrouilla clairement les actes des Apôtres, et les commencemens de l'Eglise naissante ; et Luc publia ses deux livres en faveur de Théophile, nom qui signifie aimant Dieu , et l'offrit à tous ceux qui, par l'inspiration du Saint-Esprit , sont embrasés d'une double charité. Dans le premier de ces livres, il décrit le vrai sacerdoce du Christ, pendant lequel l'agneau de Dieu expia les péchés du monde par l'effusion de son sang. Le second ouvrage a pour objet d'exposer la sublimilé de la divinité ineffable par laquelle le fils de Dieu monta sous la figure humaine à la droite de son père. Il y raconte aussi l'avènement en langues de feu de l'Esprit consolateur sur les Apôtres, avènement qui jeta un si glorieux éclat sur la primitive Eglise. Dans ces deux livres de Luc , médecin spirituel , on trouve la médecine véritable qui guérit les maladies mortelles des pécheurs, et apporte à ceux qui la réclament avec piété le remède de la justice de vie. Par ses écrits autant que par ses discours, le bienheureux Luc annonça le Seigneur , et porta la lumière de vérité dans l'âme des ignorans. Entre autres miracles qu'il opéra , on rapporte qu'il ressus-
cita un mort au nom de Jésus -Christ. Enfin, quand il fut parvenu à l'âge de quatre-vingt-trois ans , il mourut plein de l'Esprit-Saint en Bithynie Je i5 des calendes de novembre ( 18 octobre ) , Tan vingtième du règne de Constance. Le 7 des ides de mai (9 mai ), ses os furent transférés à Constantinople avec les os de saint André et de Timothée , disciple de Paul.
C'est aycc une grande joie que j'ai fait mention des saints Apôtres et des Evangélistes, qui furent les convives et les compagnons du Sauveur. J'ai dans cette entreprise été puissamment secondé par Jes bontés du Seigneur. Autant que je l'ai pu, j'ai recueilli en peu de mois, et avec véracité, tout ce qui les concerne dans divers ouvrages, et j'en ai fait un tout pour mon instruction.
11 me reste maintenant à parler du bienheureux Martial de Limoges qui, puissant par la réunion de toutes les vertus, est, après les Apôtres, compté au nombre des plus grands saints et des plus illustres. Un Orléanais qu'il avait ressuscité d'entre les morts, au nom du Seigneur, a écrit avec beaucoup d'ordre , de vérité et "de soin, les détails et les particularités de sa vie. Je vais en extraire quelques articles ; pour ce travail j'invoque le Saint-Esprit, afin qu'il daigne accorder son assistance à mon zèle.
Pendant que notre Seigneur Jésus-Christ prêchait en Judée, et qu'une grande multitude de Juifs se réunissait autour de lui , lui fournissait ce qui était nécessaire aux besoins humains, l'écoutait avec attention et apprenait de lui le chemin du salut, un homme très-noble, Juif de la tribu de Benjamin, nommé Marcel, s'approcha de lui, ayant à ses cotés
sa femme Elisabeth et Martial, leur fils unique, âgé de quinze ans. A la vue des choses extraordinaires que faisait le Sauveur, entendant les choses salutaires qu'il prêchait, ils crurent en lui dans toute la componction de leur cœur, et, d'après l'ordre de Jésus, ils furent baptisés par le bienheureux apôtre Pierre ; chacun retournant chez soi , Martial se dévoua tout entier au Seigneur Jésus , et se réunit continuellement à ses disciples. Associé sans cesse à l'apôtre Pierre qui était son proche parent , il suivait toujours le Seigneur; il fut témoin de la résurrection de Lazare i mort depuis quatre jours, et assista à beaucoup d'autres miracles ; il se trouva à la sainte Cène, et fit avec Ciéophas le service dans d'autres réunions mystiques ; il se trouva aussi avec d'autres disciples à des apparitions certaines, après la résurrection et à la glorieuse ascension du Sauveur. Il vit heureusement l'avènement de l'esprit consolateur ; largement imbu des grâces divines, il brilla d'un nouvel éclat, et sa vigueur se fortifia virilement lorsqu'il eut été instruit par la foi et la grâce pour la prédication de l'Evangile. Après la dispersion des Apôtres, Martial se rendit à Antioche avec le bienheureux apôtre Pierre , son parent , et sept ans après il alla à Rome. C'est là que Pierre et ses compagnons furent reçus en hospitalité par le consul Marcellus ; ils habitèrent dans son palais un grand nombre de jours, et prêchèrent publiquement aux Romains les salutaires préceptes de la vie. C'est là que le Seigneur Jésus apparut au bienheureux Pierre, et lui ordonna d'envoyer Martial prêcher dans les provinces des Gaules. Pierre manda Martial , et lui raconta par ordre
tout ce que le Seigneur lui avait prescrit. A ces mots, Martial pleura amèrement, parce qu'il redoutait les contrées lointaines et la barbarie des peuples. Le bienheureux Pierre le consola avec douceur, et l'envoyant prêcher lui rappela les avertissemens de Dieu. Aussitôt Martial , avec les deux prêtres Alpinien et Austriclinien, prit le chemin qui lui était prescrit. Dès leurs premiers pas, Austriclinien vint à mourir. Dans sa tristesse Martial regagna Rome, et annonça à Pierre la mort de son compagnon 5 mais, par Tordre de l'apôtre, il retourna vers son frère défunt, toucha le cadavre de ce prêtre avec le bâton de l'apôtre : aussitôt, par les mérites des saints personnages, Austriclinien ressuscita. Ensuite Martial avec ses disciples alla à Tulle -, il y fut reçu en hospitalité par le riche Arnoul , chez lequel il demeura deux mois; il annonça avec un grand zèle la parole de Dieu. Aussi journellement un peuple nombreux accourait vers lui, recevait avec reconnaissance ses avis salutaires, et voyait beaucoup de miracles extraordinaires. Dans ce temps la fille d'Arnoul, qui était tous les jours tourmentée par un démon, vomit, d'après l'ordre de Martial , cet esprit immonde et resta comme morte ; mais l'homme de Dieu , la tenant par la main , la releva et la rendit bien portante à son père. Il n'otFrait que sainteté, bonté, humilité humaine et prières assidues.
Le prince du château de Tulle s'appelait Nerva ; il était parent de l'empereur Néron , et son fils avait été étranglé par le diable. Le père et la mère du défunt, et tout le peuple qui était présent se prosternèrent aux pieds de Martial, devant lequel ils étendirent, en pleurant amèrement et en gémissant de toutes leurs forces,
le cadavre du jeune homme, et dirent : k Homme de « Dieu, soyez-nous en aide. » Ce pontife très-saint eut pitié des larmes du peuple; il se mit même à pleurer avec ses disciples , et pria avec eux le Seigneur tout-puissant de ressusciter le mort. La prière finie , le saint prélat ayant ordonné au mort, au nom du Sauveur crucifié, de se lever sain et sauf, il revint aussitôt à la vie, se jeta aux pieds du bienheureux , et se mit à crier : « Homme de Dieu , baptisez- « moi , et marquez-moi du signe de la foi, » Puis il « ajouta : Deux anges sont venus sur moi avec une « grande impétuosité pour me dire que je serais « ressuscité par les prières du bienheureux Martial. « L enfer est sans bornes : là ne sont que pleurs et « amertumes, que ténèbres, mugissemens et plain- « tes, que tristesse profonde, froid horrible, feux « brûlans sans cesse , que morsures de serpens , ce puanteur insupportable, pourriture, misère, et « vers qui ne meurent jamais; là se trouvent les « geôliers infernaux , qui frappent avec des fouets « cruels les hommes qu'ils ont pu ravir. » Ayant dit ces choses et d'autres semblables, tout le peuple commença à confesser le Seigneur, et Ton baptisa sur la place trois mille six cents personnes de l'un et de l'autre sexe. Les assistans offrirent aussi de grands présens au saint homme , qui ordonna de distribuer tout aux pauvres. Il se rendit ensuite aux statues des idoles, brisa tous ces simulacres sculptés et les anéantit.
Ensuite le bienheureux prélat se rendit avec ses disciples au bourg d'Ahun , et y prêcha la vraie foi aux idolâtres trompés par les séductions du diable. *■ a3
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Cependant les prêtres des idoles accoururent, et frappèrent grièvement les saints prédicateurs. Ceuxci bénissaient le Seigneur , et supportaient patiemment leurs adversités par amour pour lui , réclamant avec confiance sa protection contre les tribulations qui les menaçaient : aussitôt ceux qui les frappaient devinrent aveugles , et , se tenant par la main , gagnèrent la statue de Mercure. Comme à l'ordinaire , Mercure ne fit aucune réponse à leur demande, parce que le démon était enchaîné par les anges. Comme ils marchaient vers une autre idole , ils entendirent que son Dieu ne pouvait plus répondre parce qu'il était lié par des anges avec des chaînes enflammées. Alors les prêtres devenus aveugles allèrent trouver saint Martial , se jetèrent à ses pieds, et demandèrent pardon au saint. Le bienheureux prélat leur rendit la vue -, il alla avec tout le peuple à la statue de Jupiter , conjura le démon au nom du Seigneur d'en sortir à l'instant, et de la briser en présence de l'assistance. Le démon obéit à ses ordres , et mit la statue en mille pièces. Alors on baptisa là deux mille six cents personnes. Un certain paralytique , ayant entendu parler de ce miracle , se fit porter à l'homme de Dieu : il appartenait à une grande famille , et était très-riche en or, en argent et en biens. L'homme de Dieu écouta ses prières , reconnut sa foi , lui tendit la main, fit une prière , et le guérit. Le paralytique , rendu à la santé, glorifia le Seigneur, et offrit au bienheureux des présens qu'il ne voulut pas recevoir , mais qu'il fit donner en totalité aux pauvres.
Pendant que saint Martial demeurait dans cette ville , le Seigneur lui apparut en vision , et lui dit :
« Ne crains pas de descendre à Limoges, parce que « je t'y glorifierai et y serai toujours avec toi. » Alors le bienheureux pontife réconforta ceux qu'il avait baptisés , les recommanda au Seigneur , et se rendit à la ville avec ses disciples. Us furent reçus en hospitalité dans la maison d'une noble dame nommée Suzanne, et dès le lendemain ils commencèrent à prêcher publiquement le Seigneur.
Dans la maison où se trouvait l'homme de Dieu, un frénétique était lié avec des chaînes, et personne n'osait le détacher. Suzanne pria l'évêque de guérir cet infirme , comme il en avait guéri tant d'autres. Il eut égard à ses supplications , fit sur le malade le signe de la croix : aussitôt les chaînes furent brisées , et le frénétique rendu à la santé. Cette noble femme et sa fille Valérie, en voyant ce prodige , crurent au Seigneur , et se firent baptiser par le bienheureux prélat, ainsi que six cents personnes de leur maison.
Comme les saints prêchaient dans le théâtre de la ville , les prêtres des idoles furent indignés. Ils les frappèrent de verges avec cruauté , et les mirent en prison. Saint Martial et ses compagnons souffrirent patiemment les outrages dont ils étaient victimes , et rendirent grâces à Dieu. Vers la troisième heure du jour suivant, Martial se mit en prières, et aussitôt la prison fut illuminée d'une grande lumière aussi vive que celle du soleil. Toutes les chaînes des prisonniers furent brisées , et les portos s'ouvrirent. Tous ceux qui s'y trouvaient demandèrent le baptême. La ville elle-même éprouva un tremblement de terre , et retentit du bruit des foudres et des tonnerres. Les païens s'enfuirent inutilement vers les temples
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de leurs idole» : là furent tués par la foudre les prêtres qui avaient frappé les saints de Dieu. C'est ce qui détermina tous les citoyens de la ville , atteints d'une terreur panique , à se rendre à la prison. Ils se jetèrent aux pieds du prélat, implorèrent le pardon de leurs crimes , et lui demandèrent sa protection. Pendant que le bienheureux pontife priait avec ses collègues, Aurélien et André ressuscitèrent, se prosternèrent, et demandèrent pardon à tout le peuple qui admirait tant de prodiges réunis : ils confessèrent le vrai Dieu. Le jour suivant , le bienheureux Martial convoqua les citoyens depuis le premier jusqu'au dernier , et , après leur avoir fait une exhortation convenable , les baptisa tous. Alors il y eut là vingtdeux mille personnes qui crurent au Seigneur, et se soumirent humblement à la salutaire piété.
Le saint prélat se rendit avec tout le peuple au temple où l'on voyait les statues de Jupiter et de Mercure, de Diane et de Vénus. Il fit briser ces idoles, et dédia l'église en l'honneur de saint Etienne, premier martyr.
La bienheureuse Suzanne mourut heureusement dans le Seigneur , et fut inhumée par le bienheureux Martial avec une grande vénération. Elle fit beaucoup de dons au saint homme , lui accorda beaucoup de bienfaits, et lui soumit une multitude de serviteurs. Cependant Valérie sa fille consacra sa virginité au Seigneur, et, remplie du Saint-Esprit, elle se montra toujours digne de servir de modèle en toutes sortes de bonnes œuvres. Quand elle apprit que le duc Etienne, son fiancé, se rendait à la ville de Limoges, sachant que certainement il porterait de graves at-
teintes à son voeu de pureté, elJe distribua aux pauvres toutes ses richesses tant en or qu' en argent, tant en habillemens de toute espèce qu'en pierres précieuses : car elle avait autrefois, d'accord avec sa mère, donné au saint prélat tous ses domaines avec leurs cultivateurs, et tous ses esclaves, afin qu'après son décès ses saintes dépouilles fussent inhumées dans l'église.
Le duc Etienne possédait une principauté qui s'étendait depuis le fleuve du Rhône jusqu'à l'Océan , et il était maître en outre de tout le pays en deçà de la Loire, ainsi que de toute l'Aquitaine, c'est-à-dire du pays des Gascons et des Goths. Cependant il n'avait pas le titre de roi, parce que personne ne prenait un tel titre , excepté le seul Néron qui occupait le trône de l'empire romain. Ce prince entra dans la ville de Limoges , et ordonna qu'on lui amenât Valérie , sa fiancée. Ayant d'après son entretien appris qu'elle refusait de lui accorder sa main , et que par conséquent il ne pouvait s'unir à elle par des nœuds qu'elle refusait de contracter , il frémit d'un courroux excessif, et ne souffrit pas qu'elle s'entretînt plus long-temps avec lui, mais il ordonna dans sa fureur qu'elle fût emmenée hors de la ville, et décollée. Conduite au lieu du supplice, elle prédit au bourreau une mort très-prochaine > étendit les mains vers le ciel, pria et se recommanda avec confiance au Seigneur son Dieu. Pendant sa prière, on entendit du ciel une voix qui dit ; « Valérie , ne craignez « rien : car les anges vous attendent dans un éclat « de lumière qui n'aura pas de terme. » En entendant cette voix, la vierge se réjouit, et, ayant élevé les yeux an ciel , elle proféra ces paroles: « Seigneur,
« je recommande mon esprit en vos mains. » A ces mots , elle tendit volontairement le cou , et sa tête fut tranchée d'un seul coup par le bourreau. Beaucoup de personnes virent Famé de la jeune martyre sortir de- son corps , brillante comme le soleil , et formant un globe de feu , s'élever dans les deux au son des hymnes chantés par les anges qui disaient : « 0 bienheureuse Valérie, martyre du Christ , vous avez « observé les commandemens du Seigneur; vousjoui- « rez constamment de sa vue, entourée d un éclat de « lumière sans terme. »
En entendant ces paroles, i'écuyer du duc Etienne, qui lavait décollée, annonça en toute hâte à son maître tout ce qu'il avait vu et entendu; et, quand il eut raconté le discours de la vierge au moment de la mort, frappé par un ange, il tomba aux pieds du prince, et sur l'heure il expira. La crainte et une terreur excessive s'emparèrent d'Etienne et de tout son peuple. C'est ce qui détermina le duc à se revêtir d'un cilice et à prier le bienheureux Martial de venir le trouver. Quand le prélat fut venu , le prince se prosterna à ses pieds, et lui dit en pleurant abondamment : « Homme « très-saint, j'ai péché en répandant le sang du juste ; « je vous en prie , ressuscitez cet écuyer et faites-moi « croire en votre Dieu. » Alors le saint pontife convoqua tout le peuple chrétien , et lui dit de prier le Seigneur avec lui pour obtenir la résurrection du mort. Le silence s'étant rétabli, il pria lui-même à haute voix, et, apçès avoir terminé son oraison, il se rendit auprès du corps du défunt, lui prit la main , et lui ordonna au nom du Seigneur de ressusciter. L'écuyer se leva aussitôt ; puis , se jetant aux pieds de l'évêque ,
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lui demanda le baptême. Le duc Etienne ayant vu ce miracle, se jeta pareillement aux pieds du saint, et implora le pardon du crime qu'il avait commis. Le bienheureux pontife lui prescrivit une pénitence pour le meurtre de la vierge martyre 5 il baptisa ensuite ce prince, tous ses comtes et ses ducs, toute l'armée et tout le peuple de l'un et de l'autre sexe , au nombre de quinze mille. Le duc dont nous venons de parler donna à son maître Martial de grands présens en or et en argent , afin qu'il en fit bâtir des églises en l'honneur du Seigneur. 11 donna ensuite de grands domaines et beaucoup de bénéfices , avec des vignes et des esclaves dans la province de Limoges, afin d'embellir et orner les églises qu'il allait construire , et de pourvoir convenablement à l'indigence des clercs qui devaient y servir Dieu. Il fit ensuite élever un hôpital pour les pauvres au nom de la bienheureuse Valérie, afin qu'on y entretînt journellement trois cents indigens-, il en institua encore un autre où il prescrivit de donner chaque jour des alimens à une troupe de six cents pauvres, et fit ensuite élever une église sur le tombeau de Valérie, vierge et martyre.
Cependant Etienne , prince des Gaules , fut appelé en Italie par l'ordre de l'empereur Néron ; il y fit son service avec quatre légions de combattans durant un sémestre. Pendant ces exercices militaires , il ne perdit pas de vue la loi de Dieu , et forma si bien son armée que chacun était content de ses soldats. Si quelqu'un d'eux se permettait un vol , il le condamnait à mort. Ayant terminé le temps de son service , il obtint la permission de retourner dans ses Etats , mais
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il ne voulut point partir avant d'avoir vu le bienheureux Pierre prince des Apôtres. En conséquence il se rendit à Rome avec son armée ; ils entrèrent dans la ville , et trouvèrent l'apôtre dans le lieu qu'on appelle le Vatican , où il enseignait une grande multitude de peuple. Aussitôt , nu-pieds et couverts du cilice , ils se prosternèrent devant Pierre, et lui demandèrent sa bénédiction avec une grande humilité. Pierre, ayant vu une si belle jeunesse gauloise, apprit qu'elle avait été instruite dans l'Evangile de Dieu, et baptisée par le bienheureux Martial. Rempli de joie, il bénit le Seigneur, L'apôtre s'étant informé avec intérêt des mœurs de la Gaule , et du genre de vie du prélat de Limoges, le dévot prince lui rapporta agréablement tout ce qu'il savait sur les vertus de Martial , sur ses prodiges , et sur la conversion des peuples qui accouraient de toutes parts à la fontaine du saint baptême.
Le duc obtint de l'apôtre l'absolution du crime qu'il avait commis en répandant le sang innocent de Valérie. 11 lui fit l'offrande de deux cents livres d'or , dont l'empereur Néron lui avait fait présent-, mais Pierre ordonna au duc de remettre cet or au saint prélat, afin qu'il en fit bâtir des églises, ou qu'il le donnât aux pauvres. Enfin, ayant reçu la bénédiction de l'apôtre , le prince et son armée repassèrent dans les Gaules. D'après l'avis du duc , ils allèrent voir leur commun patron avant de rentrer dans leurs foyers. Etant arrivés à un certain palais royal nommé Saint- Junien , ils dressèrent leurs tentes et leurs pavillons sur ]a rivière de Vienne. Brûlés par l'ardeur du soleil , ils se rendirent sur le bord de la rivière pour
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éviter la chaleur et la sueur. Hildebert, fils d'Arcadius, comte de Poitiers; vint au lieu qu'on appelle Garri , ety périt étranglé par le diable. Ce fut en vain que toute l'armée chercha son cadavre. Alors Arcadius , vivement affligé ainsi que tous ses soldats , se rendit en pleurs à Limoges auprès du bienheureux Martial , et le pria humblement en faveur de son fils. Alors une grande multitude de Goths et de Gascons se rendit à Limoges , et de divers pays les peuples accouraient pour entendre du saint homme les paroles du vrai salut. Arcadius et tout le peuple tombèrent aux pieds de l'homme de Dieu , et l'implorèrent , en pleurant amèrement , en faveur du jeune prince noyé dans la rivière. Arcadius pleurait aussi : il se rendit au lieu où son fils avait péri , prit le cilice, et marcha nu -pieds. Pendant que tout le monde priait , l'homme de Dieu conjura les démons qui se tenaient cachés au fond d'un fossé ; il leur ordonna d'apporter le corps du jeune homme sur le bord de la rivière , et de se montrer à découvert en présence du peuple. Aussitôt le corps fut jeté sur le rivage , à la distance d'environ six stades-, et les démons parurent sous l'apparence de cochons. Ensuite le peuple faisant des oraisons, et l'évêque des imprécations, ils sortirent de l'eau en faisant un grand bruit , et vinrent se jeter aux pieds de saint Martial. Semblables aux Ethiopiens , ils étaient plus noirs que la suie. Leurs pieds étaient énormes, leurs yeux terribles et sanglans : tout leur corps était recouvert de leurs cheveux , et il leur sortait de la bouche et des narines des flammes sulfureuses. Quand ils parlaient , leur voix ressemblait à celle des corbeaux. Le
prélat leur ayant demandé leurs noms, l'un d'eux lui répondit : « Je m'appelle Mille-OEuvres , parce « que j'ai mille moyens de tromper le genre humain.» Un autre dit : « Mon nom est Neptune , parce que « j'ai précipité dans cette fosse un grand nombre « d'hommes pour les plonger dans les tourmens de « l'enfer. » Le saint pontife ajouta : « Pourquoi por- « tez-vous au nez des anneaux enflammés ? » Les démons lui firent cette réponse : « Quand nous avons « séduit les ames des hommes , c'est avec ces chaînes « que nous les menons à notre maître. » Le prélat , continuant de les interroger, leur demanda comment leur maître s'appelait 5 ils dirent: « Rixaud , « parce qu'il désire toujours les rixes, et ne cesse « d'être bouillant de colère et d'indignation. » Enfin comme les démons priaient Martial de ne pas employer davantage la langue latine dans son entretien avec eux , et de ne pas non plus les envoyer ni dans un abîme ni dans l'océan , il leur ordonna en hébreu de se retirer dans un lieu désert , et de n'y offenser aucune créature jusqu'au jour du jugement. Aussitôt les démons , prenant leur vol à travers les airs , ne reparurent jamais. Cependant le duc , tout le peuple et toute l'armée réunis de diverses provinces, témoins de ce spectacle , se précipitèrent aux pieds du saint prélat , et le prièrent en pleurant de ressusciter le mort. Martial , attendri de leurs larmes , ordonna que tous ensemble se missent à prier le Seigneur, et, prenant la main du défunt, il lui dit : « Hildebert, « au nom de Notre-Seigneur Jésus, levez-vous. » Aussitôt Hildebert se leva , et vécut ensuite religieusement vingt-six ans. Tous ceux qui avaient vu ce
miracle glorieux glorifièrent le Seigneur. Saint Martial appela Hildebert, et lui dit de raconter , pour l'édification des auditeurs , tout ce qu'il avait vu pendant sa mort. Il raconta en hésitant les événemens suivans : « Fatigué de l'ardeur du soleil , je nettoyais « mon corps de la sueur dont j'étais couvert, quand « aussitôt des démons me précipitèrent dans une fosse « de la rivière , et m'y étranglèrent. Ils voulaient me « lier avec des chaînes de feu , quand l'ange du Sei- « gneur venant à paraître m'arracha de leurs mains. « A peine nous commencions à prendre la route de « l'orient , que deux bataillons de démons se présen- « tèrent devant nous , et nous décochèrent des flè- « ches de feu. De ces deux corps , l'un nous prit en « tête, tandis que l'autre nous chargeait par derrière. « J'étais excessivement effrayé -, mais l'ange qui m'ac- « compagnait m'encourageait gracieusement. Cet « ange se mit à entonner d'une voix sonore et avec « une douce modulation un cantique qu'il adressa « au Seigneur , en disant : Mon ame , bénissez le « Seigneur , et que tout ce qui est en moi bénisse le « saint nom de celui qui vous pardonnera vos iniqui- « tés, et rachètera de l'enfer votre vie. Nous parvîn- « mes ensuite aux feux du purgatoire , dans lequel a les chrétiens sont tourmentés pour leurs dérégle- « mens journaliers qui ne sont pas trop criminels. Ce « purgatoire est un fleuve de feu sur lequel est posé « un pont, où l'ange du Seigneur, m'ayant conduit et « placé, me dit, en me prenant la main : Vous res- « terez là jusqu'à ce que , purifié de vos péchés , vous « méritiez de participer au royaume des cieux. Puis « nous arrivâmes à la porte du paradis auprès de la-
« quelle nous rencontrâmes une multitude de démons « assemblés dont je redoutais fortement la cruauté a et les calomnies. C'est alors qu'une voix du ciel fit « entendre ces paroles : Que l'ame de ce jeune homme « retourne dans ses entrailles, et qu'il vive vingt-six a ans. L'ange qui me conduisait était d'une beauté in- « croyable , et toute sa personne surpassait la nature « humaine. Comme j'interrogeais cet ange sur notre « docteur Martial , il me répondit : Il a un grand méu rite dans les cieux parce qu'il reste vierge, qu'il « n'a nulle concupiscence pour les femmes , et qu'il se « propose d'être toujours ainsi. Dès sa jeunesse il a a commencé à servir le Seigneur , et à s'attacher au « bienheureux Pierre. Il n'est jamais retourné dans « la maison paternelle. Comme il est reconnu pour « être étranger aux concupiscences de la chair, il « sera étranger aux douleurs de la mort. Le Seigneur « a envoyé près de lui douze de ses anges qui, mar- « chant sans cesse avec lui, ne permettent pas qu'il « se fatigue ni qu'il souffre de la faim ou de la soif: « ils le préservent de tout accident, et le rendent in- « vulnérable à la contagion des douleurs. »
Pendant qu'Hildebert racontait ces choses et beaucoup d'autres semblables, le pontife et le duc se ré-; jouirent avec tout le peuple qui était réuni autour d'eux, et rendirent au Seigneur des actions de grâces pour les bienfaits qu'ils avaient reçus. Hildebert, suivant les avis de lange, se tondit la tête, s'attacha au saint prélat, et persista dans le service de Dieu. Ne buvant jamais de vin , et ne mangeant jamais de chair, il marcha toujours les pieds nus, se contenta pour nourriture seulement de pain et d'eau , et ne
porta pour tout vêtement qu'un cilice. Il était exact à faire des prières assidues , des jeûnes fréquens , et à accomplir incessamment de bonnes œuvres; tout ce qu'il recevait de ses parens il le distribuait aux pauvres, et ne réservait jamais rien pour le lendemain. Beaucoup de personnes suivirent son exemple, et, renonçant à leurs propres volontés, coururent au Christ par la voie étroite du salut.
Le duc Etienne rendit un décret qu'il adressa à tous les peuples soumis à sa puissance , afin qu'ils missent en pièces leurs temples et leurs idoles, qu'ils les brûlassent , qu'ils n'adorassent qu'un seul Dieu , et s'occupassent à le servir. Quant à lui, ainsi qu'il l'avait appris de son bon maître, il offrait sans cesse à Dieu l'observation d'une vie religieuse. 11 faisait assidûment l'aumône, était équitable dans ses jugemens et atTectueux pour les pauvres. Il se montrait docile envers les prêtres et tous les ministres de Dieu auxquels il était dévoué, toujours père trèsprudent des chrétiens, toujours persécuteur trèscruel des païens. Depuis le jour où il reçut le baptême, il ne se souilla plus par la cohabitation d'aucune femme, et vécut dans la chasteté jusqu'au jour de sa mort.
11 y avait dans la ville de Bordeaux un comte nommé Sigebert qui depuis six ans était gravement malade de paralysie. Quand il apprit les miracles que le bienheureux Martial opérait, il ordonna à sa femme Bénédicte d'aller trouver en toute hâte l'homme de Dieu , de lui porter vingt-six livres d'or et de l'argent en quantité suffisante , et d'implorer l'assistance propice de Dieu par l'intercession de son ami. Elle se
prépara avec une grande promptitude à exécuter les 1 ordres de son mari , et se rendiLauprès du saint personnage avec deux mille huit cents cavaliers. Arrivée auprès de lui, elle lui demanda avec une grande confiance le rétablissement de la santé de son mari. Le bienheureux Martial , joyeux de lui trouver tant de foi , lui promit la guérison du malade. Alors il remit à cette dame son bâton, et lui prescrivit de le poser sur son mari, afin de lui rendre la santé. Quant à l'or et à l'argent , il ne voulut pas les recevoir ; mais , suivant le précepte du Seigneur , il l'employa gratuitement en bonnes œuvres. Il baptisa la noble Bénédicte et tous ses compagnons de voyage, et les renvoya chez eux après les avoir tous- confirmés dans la foi.
Cependant comme le peuple de la ville de Bordeaux se rendait au temple des idoles , et que le pontife brûlait l'encens , le démon dit qu'il sortirait à la voix d'un certain Hébreu nommé Martial. Il avoua , avec beaucoup de tristesse , les grandes vertus du saint prélat , et sa dignité auprès du Seigneur. Enfin, Bénédicte étant entrée dans la ville, les vieillards du peuple allèrent au devant d'elle , et lui racontèrent tout ce que Jupiter leur avait appris. Alors la comtesse manda le premier pontife des idoles , et lui ordonna de parcourir tous les temples , et de les détruire de fond en comble , à l'exception de celui du Dieu inconnu. Ensuite, réunie à ses frères chrétiens , ses compagnons de voyage , elle implora la clémence de Dieu, et en son nom se rendit au lit de son mari sur lequel elle posa le bâton du bienheureux pontife. Aussitôt les membres qui avaient
été lésés par la contraction des nerfs et par la vicieuse humeur des fièvres se dégagèrent comme s'ils n'avaient jamais été privés de leur force. Dès que le comte Sigebert dont nous venons de parler eut été guéri, il se rendit, en grand appareil , avec beaucoup de monde, auprès du saint évéque, et le pria de le régénérer ainsi que toute sa suite dans les eaux sacrées du baptême. Il fit d'abondantes offrandes de prières et de grâces pour les bienfaits célestes qu'il avait reçus , et vécut ensuite heureusement dans le service du Seigneur. Un jour que la ville de Bordeaux , par l'effet des crirries des hommes , allait périr consumée dans les feux de l'incendie , et qu elle était menacée d une destruction complète, la pieuse Bénédicte opposa avec foi le bâton de l'homme de Dieu à la violence du feu 5 elle confessa la toute-puissance du Créateur , et réclama son assistance. Aussitôt l'incendie s'assoupit tellement qu'on ne voyait nulle part aucune trace du feu. Dans ce temps-là Martial , prélat du Christ , averti par une inspiration divine , se transporta sur le fleuve de la Garonne , et prêcha la parole de Dieu à un grand nombre de peuples qui accoururent pour l'entendre dans le lieu qu'on appelle Mortagne : il y passa trois mois dans la sainte occupation de ses bonnes œuvres. Neuf démoniaques chargés de chaînes furent conduits de Bordeaux devant lui par leurs parens : saint Martial chassa les diables , et guérit les possédés. Ces diables qui , par la vertu de la foi chrétienne, avaient été chassés de la ville de Bordeaux , irrités contre ceux qu'ils avaient subjugués , s'étaient emparés de quelques misérables idolâtres 5 et , maîtres de leurs
corps, les tourmentaient horriblement. Traînés par leur famille en présence de l'homme de Dieu , il pria pour eux , et ordonna aux malins esprits de s'enfuir : ceux-ci sortirent , avec beaucoup de sang, de Ja bouche des possédés. Le bienheureux Martial prêchant un jour à Mortagne, et une grande multitude de peuple s'étant rassemblée pour entendre les vrais dogmes, le comte Sigebert résolut de se rendre, avec une armée considérable , auprès du saint, et de lui procurer , en véritable ami , tout ce qui lui était nécessaire en alimens et en boissons. 11 désira donc de se procurer une grande quantité de poissons, et envoya ses gens vers la mer pour y pêcher. Comme les pêcheurs rapportaient avec eux une abondante capturc , et qu'ils cherchaient à regagner le rivage qui était l'objet de leurs vœux, soudain s'éleva sur la mer une tempête qui menaça les hommes de la mort et les vaisseaux du naufrage. La comtesse Bénédicte qui attendait sur le rivage voyait en tremblant le danger qui menaçait. Les hommes et les vaisseaux commençaient à s'engloutir quand cette femme pieuse étendit les mains vers le ciel , et criant à haute voix invoqua le Seigneur. Aussitôt la tempête se calma , puis cessa tout-à-fait. Les pêcheurs revinrent au port sans accident , avec leurs bâtimens , leurs poissons et leurs filets. Tous ceux qui virent ces merveilles glorifièrent le Seigneur. Le pieux prélat , de retour de Mortagne, regagna Limoges, et se rendit ensuite en un bourg nommé Assi. Il y avait là une idole de Jupiter , très-révérée des païens -y et une grande multitude de malades souffrant de différentes infirmités se trouvaient en ce lieu. A l'arrivée de Martial , le démon
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devintmuet ; mais, à la demande deshabitans, l'homme de Dieu lui commanda de sortir de la statue, de la briser, et de se rendre visible aux peuples. Aussitôt il sortit de cette idole comme un petit enfant noir , plus sombre que la suie, dont les cheveux noirs aussi et très-épais tombaient jusqu'à ses pieds : il lui sortait de la bouche et des yeux une flamme ardente et fétide. Le saint fit voir aux peuples quel était celui qu'ils avaient adoré comme leur seigneur , et ordonna à ce démon de briser la statue , et d'en réduire en poussière les fragmens. Depuis ce moment il ne reparut plus nulle part. Alors le vénérable évêque fit rassembler autour de lui tous les malades ; et , ayant fait sur eux le signe de la croix , il les guérit au nom de Dieu , et baptisa tous ceux qui demeuraient dans ce lieu. Ensuite il retourna à son siège , fit construire des oratoires , et les décora avec soin de pompeux ornemens. Il fit bâtir une église en l'honneur du premier martyr saint Etienne , son parent , et une autre en l'honneur de l'apôtre saint Pierre , son maître. Tout l'autel fut , dans son pourtour, revêtu de lames d'or. Après avoir bâti des basiliques , le bienheureux prélat fit connaître le jour fixe de leur dédicace -, et le duc Etienne ordonna de préparer , pour cette solennité sacrée , tout ce qui était nécessaire à ceux qui y viendraient. Pendant que le saint pontife célébrait la solennité de la messe , Hérivée , comte de la ville de Tours , fut saisi par le diable , avec sa femme chrétienne. L'homme du Seigneur ne souffrit pas que ces personnes fussent plus long-temps tourmentées : il les fit venir à lui , et réprimanda les démons de ce qu'ils avaient osé s'en emparer.
Les démons répondirent que cette entreprise leur était permise, à cause de la transgression que le comte et sa femme avaient faite des saints commandemens, en se souillant toute la nuit d'impuretés charnelles. Le duc et le peuple ayant prié pour les possédés , le saint prélat chassa le démon au nom du Sauvent , et rendit les possédés à toute la vigueur de leur . ancienne santé. La basilique de Saint-Pierre fut consacrée le 6 des nones de mai (2 mai), du temps de l'empereur Néron : le jour de cette consécration fut éclairé par une si vive lumière que personne ne pouvait voir son voisin , quelque près qu'il fût de lui.
Ces cérémonies accomplies, le bienheureux Martial ordonna Aurélien , et l'établit à Limoges pour lui succéder après son décès. Il confia l'église de l'apôtre saint Pierre au prêtre André , et y établit avec lui Hildebert, fils du comte Arcadius, et trente-six autres clercs. Le duc Etienne donna de ses biens un revenu suffisant afin de pourvoir largement à leurs vêtemens et à leur nourriture.
On a beaucoup écrit sur les œuvres du bienheureux Martial , et il n'est pas possible de rapporter tout en détail. Il était rempli d'une science divine, illustre par sa religion , puissant par la probité de ses mœurs, et admirable par ses miracles. Il méprisait le siècle , aimait Dieu et le prochain , ne vivait que pour le Christ, et la mort lui semblait un bien. Ainsi que nous l'avons dit souvent , il rendait la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, une démarche aisée aux boiteux , la parole aux muets , et la vie aux défunts. Aurélien rapporte de Martial
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beaucoup d'autres choses dignes d'une éternelle mémoire , et qu'il opéra par la grâce du Christ. Si ces choses étaient confiées à l'écriture , les incrédules les regarderaient comme apocryphes.
L'an quarante de la résurrection du Seigneur, pendant que le bienheureux évéque Martial était en oraison , suivant sa coutume , voilà que tout à coup Jésus-Christ lui apparut dans un grand éclat avec ses disciples, l'appela, le salua d'une manière amicale, et lui prédit que le quinzième jour serait celui de sa sortie de ce monde. Rempli d'une grande joie, le saint homme rendit grâces à Dieu , et se prépara à la mort pendant deux semaines par l'assiduité des jeûnes , des veilles et des prières. Pendant un certain temps de la nuit qu'il avait choisie à cet effet , après un léger repos nécessaire à la réparation de ses fatigues , il se levait pour prier , et jusqu'à la seconde heure du jour poursuivait le cours de ses prières et des louanges de Dieu ; à la seconde heure , il offrait un sacrifice au Seigneur pour lui et pour toute l'Eglise , et ensuite prêchait assidûment jusqu'au soir. Lorsque la nuit arrivait, il prenait le peu d'alimens qu'il s'était permis , le pain et l'eau.
Le terme de sa vocation approchant, l'homme de Dieu convoqua ses frères, et leur annonça que le jour de sa mort n'était pas éloigné. 11 envoya des courriers dans toutes les contrées et les provinces dont il avait fait l'acquisition pour le Seigneur. Il vint beaucoup de monde en gémissant , savoir les peuples du Poitou , du Berri, de l'Auvergne , de la Gascogne et de la Gothie. Comme il touchait au jour de sa mort , / à la prière des assistans , il alla au-delà de la porte de
la ville , dite porte Calcinée , y fit un sermon sur la vraie foi et les divines œuvres , et rappela utilement quelles étaient les vertus bienheureuses qui embellissent les mœurs pour le salut. Ayant terminé son exhortation , il bénit le peuple , le recommanda par de pieuses prières au Seigneur Dieu, il se fit porter à l'oratoire de saint Etienne , et là , étendu sur la cendre et revêtu du cilice, il attendit sa fin prochaine, fléchit les genoux, étendit les mains au ciel , et eut soin de se munir de prières pour sortir de la vie. A la fin il adressa ces paroles au Seigneur : « Seigneur, je remets mon esprit en vos mains. » Comme tout le monde pleurait et priait , il fit signe de la main pour obtenir le silence , et il dit : « Taisez- « vous. Est-ce que vous n'avez jamais appris com- * « bien il vient de louanges du ciel ? Assurément le « Seigneur est venu comme il lavait promis. » Aussitôt une grande lumière répandit son éclat , et la voix du Seigneur qui l'appelait fit entendre ces paroles : « Sortez, ame bénie. » Ensuite il monta au ciel avec une grande splendeur, et Ion entendit le concert des anges. Le lendemain, à la troisième heure , un paralytique , qui avait touché son cercueil , fut aussitôt guéri. Lorsqu'on portait son corps pour l'ensevelir , au moment où il sortait pour se rendre à l'église de Saint-Etienne, les cieux s'ouvrirent , et continuèrent d'être ouverts pendant que les porteurs du bienheureux corps allaient au lieu de la sépulture. En outre un grand nombre d'infirmes s'étant * rendus à la cérémonie, Je bienheureux Alpinien, prenant le suaire du saint pontife , toucha les corps des malades, et les guérit tous en invoquant le Christ.
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Entre autres, on remarqua un certain hydropique , apporté de la ville de Toulouse, avec six aveugles, et quatre démoniaques. Le lendemain de la mort de Martial , ils furent présentés à son tombeau , touchèrent le saint suaire , et furent guéris.
Le très-saint prélat opéra d'innombrables miracles après son inhumation : leur grand nombre ne permet pas d'en donner par écrit tout le détail. Peut-être de plus amples volumes , si on les écrivait , ne suffiraient pas à ceux auxquels ne suffit point notre récit.
Que le saint prélat Martial , qui fut le convive du Christ et le compagnon des Apôtres , qui se fit remarquer à Limoges comme pieux pasteur , et qui le premier prêcha chez les peuples occidentaux, veuille bien intervenir pour nous qui nous entretenons de ses vertus , afin que protégés par ses saintes prières , nou méritions de participer à l'héritage de l'éternité ! Ainsi soit-il !
Ayant résolu d'écrire l'histoire d'après les récits des écrivains , j'ai commencé ma narration , pour ce qui concerne l'Eglise , par les saints Apôtres , sur lesquels je me suis exprimé en peu de mots. Maintenant , avec l'aide de Dieu , je vais tâcher de donner la suite non interrompue des pontifes romains. Je commencerai par le bienheureux Pierre , apôtre , auquel le Christ confia les clefs du royaume des cieux. Je crois cet ouvrage nécessaire, et je présume qu'il sera avantageux aux personnes studieuses, et à toutes celles qui sont dociles à l'instruction. J'ai étendu mes recherches véridiques pendant le cours de onze cents «ans, depuis que le puissant Emmanuel vint à nous
revêtu du voile de la chair qu'il emprunta à la Vierge sans tache. Dans la ville de Rome qui , depuis son origine, travailla à faire dominer ses faisceaux sur tous ses voisins , et qui étendit, d'après les dispositions de Dieu, les limites de sa domination jusqu'à l'Euphrate et à l'Océan , on vit un grand nombre de vaillans champions, avec l'aide de Dieu, tenir les rênes du gouvernement ecclésiastique , dont il est agréable de suivre la course triomphale sur les (lots du monde , afin que ceux qui marcheront sur les traces des héros s'attachent constamment à imiter leurs actions courageuses et salutaires. Le* bienheureux Simon Pierre , prince des Apôtres , fils de Jean , originaire du bourg de Bethsaïde , dans la province de Galilée , occupa d'abord le siège d'Antioche pendant sept ans. 11 se rendit ensuite à Rome , sous l'empire de Claude, pour y combattre Simon-le-Magicien. C'est là que , prêchant l'Evangile , il gouverna l'Eglise pendant vingt-cinq années. Il disputa un grand nombre de fois en présence de Néron et du peuple contre Simon qu'il vainquit : ce qui fut cause de son martyre que Néron ordonna en même temps que celui de Paul , l'an 36 de la Passion du Seigneur , le 3 des calendes de juillet ( 29 juin ).
Lin , fils d'Herculan , né en Toscane , occupa le siège de Rome pendant onze ans, trois mois et douze jours. Il fut martyrisé le 5 des calendes de décembre ( 26 novembre ). C'est lui qui , d'après le précepte de l'apôtre Pierre , décréta qu'aucune femme ne pourrait entrer dans l'église sans être voilée.
Clet, né à Rome, siégea pendant douze ans, un , mois et onze jours. Il fut mis à mort sous Domitien
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le 6 des calendes de mai ( 26 avril ). L'épiscopat fut vacant pendant vingt jours. Un fin, prêtre d'Aquilée, dit en parlant de Lin et de Clet , dans le préambule de l'histoire de Clément , que ces prélats furent en fonction du vivant même de l'apôtre Pierre , et qu ils lui succédèrent. Je m'étonne beaucoup que cet écrivain , aussi savant comme interprète que comme historiographe, et si profondément versé d'ailleurs dans les lettres, tant grecques que latines, n'ait pas considéré que ces deux pontifes terminèrent leur course bienheureuse par le martyre , et qu'aucun autre n'a souffert à Rome de persécution pour le Christ jusqu'à la treizième année du règne de Néron , à l'occasion de la chute de Simon-le-Magicien. Ainsi Lin fut mis à mort du temps de Vespasien, et Clet pendant la persécution suscitée par Domitien.
Clément, né à Rome dans le quartier du mont Cœlius , eut pour père Faustin. 11 tint les rênes de l'épiscopat pendant dix ans, deux mois et dix jours. Sous Trajan il fut précipité dans la mer , le 9 des calendes de décembre ( a3 novembre ). Le siège fut vacant pendant vingt-un jours. Il s'attacha à suivre la discipline instituée par le bienheureux apôtre Pierre. Il brillait d'un tel éclat par la bonté de ses mœurs , qu'il n'était pas moins agréable aux Juifs et aux Gentils qu'à tous les chrétiens. Il tenait un registre nominal de tous les pauvres , et ne permettait pas que ceux qui avaient été purifiés par la sanctification du baptême fussent exposés à la mendicité publique. 11 consacra sous le saint voile la vierge Flavie Domitille , nièce du César Domitien , et fiancée d'Aurelius. Il fortifia dans son projet de chasteté Théodora , femme
du comte Sisinnius. Comme le mari de Théodora , enflammé de colère, la poursuivait dans l'église où elle entrait secrètement, Clément se mit en prières, et aussitôt cet homme devint aveugle et sourd. Ses esclaves, ayant voulu le conduire hors de l'église , tournèrent long-temps autour de l'enceinte sans pouvoir trouver la porte, jusqu'à ce que Théodora, ayant prié pour son mari , obtint qu'il pût sortir avec ses enfans. Conduit chez lui , il resta aveugle; et, après la messe , Théodora fit connaître au pape saint Clément tout ce qui s'était passé. Le pontife ordonna au peuple de prier le Seigneur. Ensuite il se rendit avec cette femme auprès du malade : il fit sa prière , et lui rendit aussitôt la vue et l'ouïe. Sisinnius , ayant recouvré les sens du corps, perdit la raison, et ordonna de saisir et de lui amener l'évêque Clément qu'il croyait être entré chez sa femme. Ses esclaves liaient de grosses pierres , et les traînaient tantôt dedans, tantôt dehors. Pendant ces actes de folie de Sisinnius et de ses esclaves, Clément se retira, et Théodora passa tout le jour à pleurer et à prier pour son mari. Enfin vers le soir l'apôtre Pierre lui apparut, et lui dit pour la réconforter : « Sisinnius « sera sauvé par vous, afind accomplir ce qu'a dit mon « frère Paul l'apôtre : Le mari infidèle sera sanctifié par a la femme fidèle. » Aussitôt Sisinnius, ayant recouvré sa raison , pria Théodora de faire venir Clément , confessa sa démence , crut au Dieu tout-puissant , et , corroboré par la foi , reçut le baptême aux fêtes de Pâques suivantes , avec trois cent vingt-trois personnes des deux sexes. Beaucoup de personnages illustres et nobles furent amenés par lui à croire au Sei-
gneur , et furent baptisés après avoir embrassé la vraie foi.
Publius Torquéanus , qui était trésorier - général , jaloux de voir une si grande multitude de chrétiens , donna de l'argent à ses subordonnés, dans diverses contrées, pour exciter un soulèvement contre les sectateurs du Christ. Pendant que Mamertin était préfet du peuple romain, une sédition s'éleva, et, par Tordre de Torquéanus , Clément fut en secret conduit auprès de lui. Le pontife essaya d'amener ce juge à la vraie foi par les bonnes raisons qu'il lui donna pendant l'interrogatoire. Le tumulte croissant toujours, on fit à Nerva et à Trajan le rapport de l'affaire. Ce dernier prince écrivit d'envoyer Clément , s'il ne voulait pas sacrifier aux idoles , en exil dans la ville de Cherson, qui est au-delà des mers. Le Seigneur fit tant de grâces au bienheureux Clément que ses gardes même, qui étaient païens , pleurèrent sur son sort. Le président Julien le recommanda à Dieu en pleurant , et lui fit donner un vaisseau chargé de tout ce qui pouvait lui être nécessaire. Beaucoup de personnes religieuses , tant du peuple que du clergé , accompagnèrent le pontife. Il trouva dans le lieu de son exil plus de deux mille chrétiens condamnés à scier le marbre. Il s'en réjouit quand il sut que c'était pour le nom de Dieu qu'ils souffraient l'exil : il leur prodigua les instructions sur la nécessité de se maintenir dans la foi, et de souffrir avec patience. Ayant appris que ces infortunés étaient obligés de transporter sur leurs épaules , pendant un trajet de six milles , l'eau dont ils avaient besoin, il pria le Seigneur, et lui demanda de l'eau. Sa prière était à peine terminée,
qu'il vit un agneau sur la montagne voisine qui lui montrait, en élevant le pied droit , un lieu distinct. Il y frappa légèrement avec une baguette, et aussitôt il s'ouvrit une fontaine remplie de filets d'eau trèsabondans, qui, sortant avec impétuosité, donnèrent naissance à une rivière. Lorsqu'on connut cet événement, toute la province accourut , et une grande multitude de personnes embrassèrent la religion de saint Clément. 11 en résulta qu'en un jour cinq cents personnes et plus furent baptisées, et qu'en moins d'un an, les croyans brisèrent les idoles, et construisirent soixante-quinze églises.
Trois ans après , les païens, poursuivant leur entreprise, adressèrent à l'empereur Trajan un rapport mensonger qui détermina ce prince à envoyer le duc Aufidien , pour faire périr un grand nombre de chrétiens par divers genres de supplices. Après que l'on eut massacré la multitude , Aufidien fit conduire à la mer le seul Clément , lui fit attacher une ancre au cou, et le fit précipiter au milieu des flots , afin que les chrétiens ne pussent le découvrir , ni le vénérer comme un Dieu. Ses ordres ayant été exécutés, Phébus et Corneille , disciples de saint Clément , qui étaient sur le rivage avec un grand nombre de chrétiens, se mirent à prier avec larmes. Aussitôt la mer se retira à près de trois milles du rivage, et les peuples, y étant entrés à pied sec, virent des choses merveilleuses. Ils trouvèrent une habitation en manière de temple de marbre , bâtie par la main des anges qui y avaient déposé le corps de saint Clément dans une caisse de pierre : l'ancre avec laquelle il avait été précipité était posée près de lui. Une révélation défendit
à ses disciples de l'enlever, parce que, à chaque anniversaire de son martyre , la mer devait se retirer , et donner , pendant sept jours, un passage à pied sec à tous ceux qui viendraient le visiter. Beaucoup de miracles s'étant opérés là , tous les gentils des environs crurent au Christ , et se firent un devoir d'obéir à celui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il!
Clément décida que le manteau de l'autel , la chaire et le candélabre devaient être brûlés quand ils étaient trop vieux.
Anaclet , grec , né à Athènes , siégea neuf ans , deux mois et dix jours. Il mourut le 3 des ides de juillet (i3 juillet), et l'épiscopat fut vacant pendant seize jours. Il décida que les prêtres ne pouvaient être accusés que par des hommes de probité et de capacité suffisante pour être à l'abri des soupçons.
Evariste , juif, fils de Judas , né à Bethléem , occupa le siège pontifical pendant neuf ans , dix mois et deux jours , sous l'empire de Domitien , de Nerva et de Trajan. Après son martyre , l'épiscopat vaqua dîxhuit jours. Il ordonna sept diacres pour accompagner l'évêque pendant sa prédication, et pour être en tous lieux comme les yeux de sa surveillance. Il statua que le mari ne pouvait quitter sa femme , ni la femme son mari 5 et que l'Eglise ne pouvait recevoir d'évêque tant que le titulaire vivait encore.
Alexandre naquit à Rome dans le quartier de la Tête de taureau : son père s'appelait aussi Alexandre. 11 gouverna l'Eglise pendant dix ans, sept mois ét onze jours. Il introduisit l'usage de bénir les maisons par
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une aspersion d eau et de sel 5 et prescrivit aux prêtres de placer la passion du Seigneur dans la célébration de la messe. Le Sauveur opéra par lui un grand nombre de miracles, et conduisit au salut un grand nombre d'ames. Il fut décollé sur la voie Numantine le 5 des nones de mai (3 mai). L'épiscopat vaqua trente-cinq jours.
Sixte , né à Rome dans la Voie grande, eut pour père Pastor : il siégea dix ans , deux mois et un jour. Il prescrivit que les clercs serviteurs de l'église touchassent seuls aux choses saintes. Il ordonna aux prêtres de chanter pendant la messe cet hymne des anges et des hommes : « Trois fois saint est le Seigneur Dieu « Sabaoth. Les cieux et la terre sont remplis de sa « gloire. Gloire à Dieu dans les cieux ! Béni soit celui « qui vient au nom du Seigneur. Gloire à Dieu dans a les cieux ! » 11 ordonna de rechercher avec soin quelles étaient la personne , la foi, la vie et les habitudes de ceux qui accusaient les prêtres, et de ne pas croire ceux qui ignorent la vérité de la religion, ou qui n'ont pas une conduite régulière, ou qui sortent de la maison des ennemis du Christ. Enfin il fut martyrisé le jour des nones d'avril (5 avril). A sa mort le siège fut vacant pendant quatorze jours.
Thélesphore, grec, fut à la tête du pontificat pendant onze ans, trois mois et vingt-un jours , du temps d'Antonin et de Marc-Aurèle. 11 prescrivit de célébrer un jeûne de sept semaines avant Pâques, de chanter une messe pendant la nuit de la naissance du Sauveur , et de réciter , au commencement du sacrifice , Thymne des anges, c'est-à-dire le Gloria m excehis Deo. Enfin il fut martyrisé le jour des nones de jan-
vier (5 janvier). L'épiscopat fut en vacance pendant sept jours.
• Hygin , athénien , et autrefois philosophe , garda le pontificat pendant quatre ans, trois mois et quatre jours , durant l'empire de Vérus et de Marc-Aurèle. 11 défendit aux métropolitains d'entendre aucune cause sans le concours de tous les évêques de la province , et aux évêques sans l'assistance de leurs clercs, à peine de nullité de leur sentence. Il fut inhumé le 3 des ides de janvier ( 1 1 janvier). La vacance de l'épiscopat dura trois jours.
Pie , italien , né à Aquilée , siégea dix-neuf ans , quatre mois et trois jours, sous l'empire d'Antoninle-Pieux. Instruit dans les devoirs de pasteur, il fit placer au dimanche la fête de Pâques. Il mourut le 5 des ides de juillet ( 1 1 juillet). Le siège vaqua qua • torze jours.
Anicet, syrien, tint les rênes du pontificat pendant onze ans, quatre mois et trois jours, sous le règne de Sévère et de Marc-Aurèle. Il prescrivit aux clercs de couper leurs cheveux-, il déclara nulle toute ordination d'évêque qui ne serait pas faite par trois évêques au moins ; il statua que le métropolitain devait être consacré par tous ceux qui seraient ses suffragans. 11 fut martyrisé le 11 des calendes de mai (20 avril). L'épiscopat vaqua dix-sept jours.
Soter , campanien , fils de Concordius, né dans la ville de Fondi, occupa le siège de Rome neuf ans, sept mois et vingt-un jours, sous l'empire de Sévère. H mourut le i5 des calendes de mai ( 17 avril). Le siège vaqua vingt-un jours.
Eleuthère, grec, fils d'Abundius, siégea quinze
ans et trois mois sous Antonin et Commode. 11 défendit de juger les absens , et d'entendre contre eux la calomnie ni la voix des traîtres. 11 défendit aux Chrétiens de refuser aucuns alimens à moins qu'ils ne fussent pas en usage parmi les hommes , ou approuvés par la raison. 11 mourut le 7 des calendes de juin(*6 mai).
Victor , né en Afrique , occupa le siège durant dix ans, deux mois et dix jours. 11 reçut la couronne du martyre le jour des calendes d'août ( ieraoût). L'épiscopat vaqua douze jours. Il décida que personne ne serait accusé sur des faits incertains.
Zéphirin, romain , siégea huit ans, six mois et dix jours sous Antonin et Sévère. Il fut enterré sur la voie Appienne le 7 des calendes de septembre (26 août). Le siège vaqua sept jours. 11 ordonna que celui qui aurait été injustement dépouillé fût provisoirement remis en possession , qu'il pût répondre ensuite à ses accusateurs , et qu'on lui accordât des délais suffisais, s'il était nécessaire.
Calixte , romain aussi , du pays de Ravenne , occupa le siège sept ans , deux mois et dix jours , sous l'empire de Martien ' et d'Héliogabale. D'après sa décision, les évêques n'avaient le droit de juger et d'excommunier que les paroissiens de leur diocèse. En effet personne n'est assujetti au jugement d'aucun autre prélat que du sien, et ne peut être condamné que par lui. Il statua que celui qui était tombé dans le péché, pourvu qu'il en fit une pénitence suffisante, ne devait pas être privé de son ancien emploi, et qu'il en pouvait obtenir, s'il n'en possédait pas encore.
1 Macrin.
11 prescrivit d'observer , trois fois par an , le jeûne du samedi , en blé , en vin, en huile , selon la prophétie , le quatrième , le septième et le dixième. Ensuite il fut martyrisé le a des ides d'octobre ( 14 octobre ) , sous l'empire d'Alexandre Sévère. La vacance de l'épiscopat fut de six jours. Alors le prêtre Calépode , Astère , et le consul Palmatin furent martyrisés avec deux cents personnes de leur famille.
Urbain , romain , fut à la tête de l'Eglise quatre ans, six mois et douze jours. Il prescrivit à tous les fidèles, après leur baptême , de recevoir le Saint-Esprit par l'imposition des mains des évêques , afin de devenir complètement chrétiens. Alors furent mis à mort Tiburce, Valérien, Maximien et Cécile. 11 fut martyrisé le 8 des ides de juin ( 6 juin).
Poncien, romain, siégea neuf ans, cinq mois et deux jours, du temps d'Alexandre, qui l'exila en Sardaigne avec le prêtre Hippolyte. 11 mourut le 3 des calendes de novembre ( 3o octobre ) , et Fépiscopat vaqua dix jours.
Anthéros, grec, siégea douze ans, un mois et douze jours. Il fut martyrisé le 3 des nones de janvier ( 3 janvier ) , et l'épiscopat vaqua treize jours.
Fabien, romain, siégea quatorze ans et onze mois. Il décréta, entre autres choses, qu'il faut considérer comme une accusation les injures d'un homme en colère ; que l'accusateur devait prouver le crime qu'il imputait à l'accusé, et que celui qui ne faisait pas sa preuve devait souffrir la peine qu'il avait voulu faire ^ infliger. Il fut mis à mort le i4 des calendes de février ( 19 janvier), et l'épiscopat vaqua sept jours.
Corneille, romain, siégea deux ans, deux mois et
trois jours. Ce fut lui qui , à la prière de sainte Lucine, fit pendant la nuit l'enlèvement des corps des Apôtres. Il déposa le corps du bienheureux Paul sur la voie d'Ostie , et celui de Pierre dans le temple d'Apollon, sur le mont doré au Vatican. Sous le règne de Dèce exilé à Centumcelles, puis conduit à Rome, il fit plusieurs conversions, et fut décollé le 18 des calendes d'octobre ( 14 septembre). L'épiscopat vaqua trente -cinq jours. Il décréta que les prêtres ne devaient prêter de serment que pour la foi.
Lucius, romain, siégea trois ans*, trois mois et trois jours, du temps de Gallus et de Volusien. Par la permission de Dieu il fut rappelé d'exil. Valérien lui fit trancher la tête, le 3 des noues de mars (5 mars). L'épiscopat vaqua trente - cinq jours. Il établit que tout témoignage ecclésiastique devait être rendu en présence de l'évêque , assisté de deux prêtres et de trois diacres.
Etienne, romain, siégea sept ans, cinq mois et deux jours, du temps de Valérien, de Gallican et de Maxime. Il rendit la lumière à Lucile qui, depuis le berceau, était aveugle-, il baptisa le tribun Emèse son père , et soixante-deux autres personnes des deux sexes. Après le martyre de Sempronius , d'Olympius , d'Exupérie et de Théodole , qui précédèrent douze prêtres , ainsi que Bon , Faust , Maur, Primice , Calumniosus , Jean , Exupérance , Quirille , Honorât 1 , et plusieurs autres qui moururent le jour des calendes d'août ( ier août ), il fut lui-même décollé, après avoir célébré la messe, le 4 des nones d'août (i août).
1 Ou Honore.
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L'épiscopat vaqua vingt-sept jours. 11 statua que les personnes infâmes n'auraient pas le droit d'accuser les prêtres , et que ni les prêtres ni les autres ecclésiastiques ne porteraient, dans l'usage journalier, les vêtemens sacrés qu'à l'église.
Sixte , grec, précédemment philosophe, siégea un an, dix mois et vingt-trois jours , du temps de Gallien et de Dèce. 11 frappa d'excommunication tous ceux qui , au mépris de leur propre juge , avaient recours à un autre. Il fut décollé le 8 des ides d'août ( 6 août), avec les six diacres Félicissime, Agapit, Janvier, Magnus, Vincent et Etienne. L'épiscopat fut vacant pendant trente-cinq jours. Alors l'archidiacre Laurent et Hippolyte avec sa famille , Abdon et Sennes sous les rois de Perse , et plusieurs autres , furent martyrisés par divers genres de supplices.
Denis, autrefois moine, siégea six ans, deux mois et quatre jours. Il donna des églises aux prêtres -, il établit les cimetières des paroisses et des diocèses. 11 fut martyrisé le six des calendes de janvier (27 décembre). L'épiscopat vaqua cinq jours. On trouve ce qui suit dans les décrets de Denis : « Il ne faut pas « ajouter foi à la confession qui n'est pas libre, car « elle doit être faite volontairement et ne pas être « extorquée, »
Félix, romain, siégea quatre ans, trois mois et vingt-cinq jours , du temps de Claude et d'Aurélien. Il reçut la couronne du martyre, le 3 des calendes de juin ( 3o mai). L'épiscopat vaqua cinq jours. Il décida qu'un évéque ne pouvait être privé de son évêché avant d'avoir été entendu et jugé.
Eutychien, toscan de la ville de Lima, siégea un
an, un mois et deux jours, sous l'empire d'Aurélien. Il mourut le 6 des calendes d'août ( 27 juillet). Lepiscopat vaqua huit jours.
Caïus , dalmate , siégea onze ans , quatre mois et douze jours , du temps de Carin , de Dioelétien et de Constance. Il établit sept degrés dans les ordres, savoir : portier, lecteur, exorciste, sous-diacre, diacre, prêtre, évêque. Il fut martyrisé le 10 des calendes de mai ( 22 avril). L'épiscopat vaqua onze jours.
Marcellin , romain , siégea neuf ans , quatre mois et seize jours , du temps de Dioelétien et de Maximien. Il décréta que le majeur ne devait pas être jugé par le mineur ; qu'un laïque n'avait pas le droit d'accuser un clerc , et qu'un clerc , de quelque ordre qu'il fût, ne devait appeler personne en jugement devant un séculier, sans la permission de son évêque. II fut martyrisé le 7 des calendes de mai ( 25 avril ). 11 périt avec lui, pour la foi du Christ, dix-huit mille hommes dans l'espace de trente jours. Alors la persécution contre les chrétiens fut très-rigoureuse, et l'épiscopat vaqua sept ans, sept mois et vingt-cinq jours.
Marcel, romain, du quartier de la Voie Grande, siégea dix ans, sept mois et vingt-un jours, du temps de Maxence et de Maximin. 11 fut , par l'ordre du tyran , condamné à panser des chevaux dans une écurie -, et enfin il mourut le 17 des calendes de février ( 16 janvier ). Alors l'épiscopat vaqua vingt jours.
Eusèbe , ancien médecin grec , siégea six ans, un mois et trois jours, du temps de Constantin. Il mourut le 6 des nones d'octobre ( 2 octobre), et Tépis-
copat vaqua une semaine. Ce fut de son temps que l'on découvrit la croix de Notre - Seigneur Jésus- Christ, le 5 des nones de mai ( 3 mai ) , et que Judas Quiriaque fut baptisé.
Melchiade, africain, siégea quatre ans. Il défendit aux fidèles de jeûner le dimanche ni la cinquième férié, selon l'usage des païens. Il fut inhumé dans le cimetière de Calixte sur la Voie Appienne , le 4 des ides de décembre ( 10 décembre). L'épiscopat vaqua seize jours.
Sylvestre , romain , fils de Rufin et de Justa , siégea vingt-trois ans , dix mois et onze jours. Il fut instruit à Rome par le prêtre Cyrin, dont il imita la vie et les bonnes mœurs ; il parvint au plus haut sommet de la piété chrétienne. Sylvestre , dès sa jeunesse, exerça pieusement l'hospitalité, et fit beaucoup d'autres bonnes actions. Il reçut chez lui, à son arrivée d'Àntioche à Rome, Timothée, qu'il seconda de tous ses efforts , dans la prédication publique du Christ. Ensuite , quinze mois après , il enleva pendant la nuit le corps de ce martyr, qui avait été mis à mort pour la cause de la vérité, par l'ordre de Tarquin, préfet de la ville. Il conduisit dans sa propre maison Tévêque Melchiade, avec de saints prêtres et des diacres, pour y ensevelir le confesseur de Jésus-Christ. Timothée fut honorablement inhumé dans le jardin de Théone, femme chrétienne, près du tombeau de l'apôtre Paul , et Sylvestre fut arrêté par ordre de Perpenna Tarquin, qui l'envoya en prison, où il se proposait de le livrer le lendemain aux tortures , comme confesseur de Dieu. Cependant le préfet, ëtant à dîner, fut étouffé par l'os d'un poisson qui
s'arrêta dans sa gorge, et Sylvestre sortit joyeusement de prison , pendant que son persécuteur était conduit au tombeau au milieu du deuil. Sylvestre était âgé de trente ans quand il fut fait diacre , et peu de temps après, à la demande de tout le peuple, il fut ordonné prêtre par le saint évéque Melchiade, à la mort duquel il fut unanimement élu pape. 11 brillait de toutes les vertus , et plaisait à tout le monde par le mérite de sa sainteté. On voyait un énorme dragon sur le mont Tarpéien , où est placé le Capitole. Des magiciens se rendaient auprès de lui une fois par mois , avec des vierges sacrilèges , et descendaient trois cent soixante-cinq degrés , comme s'ils étaient allés en enfer , en portant des offrandes et des ornemens. Ce serpent montait tout à coup , et , quoiqu'il ne sortît pas , il corrompait tellement de son souffle l'air du voisinage, qu'il occasionnait une grande mortalité, et faisait périr beaucoup d'enfans, dont la perte répandait partout l'affliction. Enfin , les païens ayant imploré l'assistance de Sylvestre, il prescrivit aux chrétiens un jeûne de trois jours, après lequel , instruit dans une vision par le bienheureux apôtre Pierre, il descendit avec trois prêtres et deux diacres -, puis , par la vertu de Dieu, il renferma sévèrement le dragon. Toute la ville fut depuis ce jour délivrée de son souffle empesté, et rendit grâces à Dieu. Plusieurs Gentils, témoins de ce miracle, et débarrassés de la contagion du dragon, crurent au Christ , et se firent baptiser. Comme l'empereur Constantin forçait les chrétiens à sacrifier aux idoles , et avait fait massacrer un grand nombre de personnes qui ne voulaient pas adorer les statues, Sylvestre quitta la ville avec ses
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clercs , et se cacha pendant quelque temps sur le mont Soracte , où il pratiqua le jeûne et la prière. Mais la main vengeresse de Dieu frappa Constantin de la lèpre élépbantine , et arrêta ainsi l'effusion du sang des fidèles. Cet Auguste, affligé d'une si grande calamité , s'appliqua à rechercher avec soin ce qui pouvait mettre un terme à ses maux. Alors, parle conseil des méchans pontifes du Capitole , il ordonna de mettre à mort une troupe d'enfans, s'élevant a plus de trois mille , afin de composer de leur sang un bain , dans lequel l'empereur, teint de ce sang tout fumant , implora le remède à son mal. Constantin étant sorti de son palais pour se rendre au bain , et ayant vu une multitude de femmes qui pleuraient très-amèrement le massacre prochain de leurs enfans, s'informa de la cause d'un si grand deuil , et eut horreur du crime aussitôt qu'il le connut. Dans un discours long et excellent , il condamna cette cruauté digne des barbares , et fit connaître quelle était l'humanité de l'empire romain. En conséquence > il ordonna de rendre les enfans à leurs mères ; il y joignit des présens considérables, avec des chariots et des provisions, et les envoya ainsi comblées de joie.
La nuit suivante , il vit dans une apparition les apôtres Pierre et Paul , qui lui conseillèrent de rappeler Sylvestre avec ses clercs , de se soumettre à ses instructions sur le salut , et de lui obéir en toutes choses. Ensuite le pape prescrivit au prince et à tout le peuple chrétien un jeûne d'une semaine. Quand il fut terminé , Sylvestre fit préparer le samedi au soir le bain salutaire dans le palais de Latran , et le sanctifia selon la coutume. Alors Constantin fut bap-
tisé , et aussitôt, au milieu d'une grande lumière qui dura presque une demi-heure , il fut purifié de la lèpre et confessa qu'il avait vu le Christ.
Sous l'empire de Constantin , on tint dans la ville de Rome un concile de quarante-quatre évêques. Là le pape Sylvestre disputa contre les douze plus habiles chefs des Juifs; avec le secours de Dieu, il triompha de ses adversaires , qu'il accabla d'une grêle de sentences authentiques. Il soutint contre les rabbins Abiathar et Joasis , que le Père , le Fils et le Saint-Esprit ne faisaient qu'un seul Dieu. 11 prouva clairement, d'après les livres des Prophètes, contre les scribes Godolias et Anne , que le Christ était né d'une vierge , qu'il avait été tenté par le diable , qu'il avait été trahi par un de ses disciples , que ses ennemis l'avaient arrêté , bafoué et flagellé ; qu'il avait été abreuvé de vinaigre, vendu, couronné d'épines, et dépouillé ; que ses vétemens avaient été tirés au sort, qu'il avait été attaché à la croix, qu'il était mort et avait été enseveli. 11 expliqua aux maîtres Dohet et Chusi, et aux interprètes de la loi, Bourim et Archel, quelle était la grande utilité de l'incarnation du Christ , de sa tentation et de sa passion. 11 rendit évident , contre les pharisiens Jobal et Thara, que Jésus-Christ est Dieu parfait , et homme parfait , qui selon l'humanité, et pour le salut de tous , a été tenté , a souffert et est mort; mais que ce tout-puissant Dieu, dans toute sa passion, a été exempt de blessures , comme la lumière du soleil sur l'arbre que coupe la cognée. Il prouva par d'amples raisons au prêtre Séléon que le Fils de Dieu est , à bon droit , appelé l'agneau sans tache , parce qu'il s'est immolé pour racheter les péchés de
tout le peuple ; qu'il est né d'une vierge , afin que nous naissions aussi du sein virginal de l'Eglise ; qu'il a été triplement tenté , afin de nous délivrer d'une tentation semblable ; arrêté , pour nous mettre en liberté ; enchaîné, pour nous dégager des liens de la malédiction; bafoué, pour nous soustraire à la dérision du démon ; vendu, pour nous racheter; humilié, pour nous élever; captif, pour nous débarrasser des chaînes de Satan ; dépouillé, pour couvrir la nudité du premier homme qui a donné entrée à la mort ; couronné d'épines pour éloigner de nous les épines et les chardons de la première malédiction ; nourri de fiel et abreuvé de vinaigre , pour nous introduire dans une terre où découle sans cesse le lait et le miel ; enfin sacrifié sur l'autel de la croix , pour effacer les péchés de tout le monde. Ainsi se trouva en défaut la puissance du diable qui, ayant opposé veau contre veau et bouc contre bouc, ne put trouver d'agneau contre l'agneau sans tache. En effet, notre roi est mort pour enchaîner l'empire de la mort ; enseveli, pour bénir les sépultures des saints; ressuscité, pour rendre la vie aux morts ; monté aux cieux , non seulement pour rendre à l'homme le paradis qu'il avait perdu, mais encore pour lui ouvrir les portes des cieux. Il s'est assis à la droite du Père , pour exaucer les prières des croyans. 11 doit venir juger les vivans et les morts, pour rendre à chacun ce qui lui appartient, selon ses œuvres. Telle est la véritable foi des chrétiens.
Quand Sylvestre eut puissamment discuté ces objets et beaucoup d'autres , et que Séléon , au milieu du silence des autres Juifs, eut produit ses argumens
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à la louange du pape , un douzième adversaire , nommé Zambri , qui était un magicien très -artificieux, se présenta dans la lutte ; il ne s attacha pas aux textes authentiques des Ecritures, il voulut employer la magie, et demanda que Ton conduisît devant tous les auditeurs un taureau des plus féroces. Bientôt, sur Tordre du pape et d'Auguste 1 , on amena le taureau de Térence , animal que cent des plus forts soldats ne pouvaient contenir. Zambri lui ayant dit à roreille quelque chose de secret , aussitôt le malheureux jeta un mugissement et expira violemment , après la perte de ses yeux, qui jaillirent de sa tête. Alors tous les Juifs se mirent à insulter Sylvestre, et pendant près de deux heures le tumulte fut au comble. Auguste ayant ordonné le silence , Sylvestre s'approcha du magicien , et lui demanda de ressusciter au nom du Seigneur le taureau qu'il avait fait passer de la vie à la mort. C'est ce que Zambri ne put faire ; mais il déclara hautement et assura, par le salut d'Auguste , que si le pape pouvait rappeler à la mort le taureau , tous les Juifs renonceraient à leur loi et embrasseraient la religion chrétienne. Alors le saint pontife étendit les mains, fléchit les genoux, et pria longtemps avec larmes. Ayant fini ses prières , il s'approcha du taureau et dit à haute voix : « Au nom de Jésus- « Christ , qui a été crucifié par les Juifs , sous le gou- « vernement de Ponce Pilate , lève-toi , et reste ici « en paix. » Aussitôt l'animal se leva , le saint prélat s'approcha de lui et détacha les liens de ses cornes. « Va-t-en , dit-il , rejoindre ton troupeau , et conserve
« Ordcric Vital emploie ce mot pour désigner l'empereur , soit de Rome , soit de Constnntinoplc.
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« ta douceur. » A l'instant le taureau, devenu tranquille et doux, regagna le troupeau auquel il appartenait. Alors tous les Juifs se prosternèrent aux pieds de Sylvestre , et demandèrent à être régénérés par les eaux du baptême.
Hélène , mère de l'empereur, parut en public sans l'appareil des cours , et devant tout le monde , baisant les genoux du pape , lui demanda un lieu de pénitence. Dans le même moment un grand nombre de démons sortirent des corps des possédés, et, par Tordre de saint Sylvestre , confessèrent que c'était lui qui les en avait chassés.
Dans la dispute entre les Chrétiens et les Juifs dont nous venons de parler, Zénophile et Craton, furent choisis censeurs principaux et ordinaires par Auguste et le sénat : l'un d'eux était Grec, et l'autre Latin. Tous deux étaient d'excellens orateurs, amis de la vérité qu'ils ne craignaient pas de dire , depuis longtemps renommés dans le barreau de Rome comme observateurs fidèles de la probité , et comme ayant un profond mépris pour l'avarice : tous deux étaient Gentils, afin qu'ils fussent impartiaux dans cette querelle de religion , qu'ils ne favorisassent que la justice , et que ni les Chrétiens ni les Juifs ne les regardassent comme suspects à leur secte.
Le Christ ayant triomphé par la bouche de saint Sylvestre, beaucoup de Juifs et de païens crurent. Comme ces choses eurent lieu dans le commencement du premier mois, ils reçurent un nom , et furent baptisés à Pâques. Depuis ce moment le nom du Seigneur fut glorifié par tout le peuple romain; le troupeau des fidèles fut réconforté partout le monde,
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et considérablement relevé par la vertu de Dieu.
D après l'ordre de Constantin, le pape Sylvestre réunit à Nicée, en Bithynie, trois cent dix-huit évêques , et deux cent soixante-dix-sept à Rome , qui formèrent un concile. On y décréta qu'aucun laïque ne pouvait accuser de crime les clercs ; que l'accusé opprimé aurait pour juges ceux qu'il choisirait -, que les diacres se serviraient de dalmatiques , et qu'ils couvriraient leur bras gauche d'un voile de lin ; qu'aucun clerc ne paraîtrait dans les tribunaux pour quelque cause que ce fût, et ne se défendrait devant aucun juge ailleurs que dans l'Eglise -, que le sacrifice de l'autel serait célébré à la messe non pas avec des étofFes de soie ou enrichies de teintures , mais avec des toiles de lin, comme on lit dans les Ecritures que le corps du Seigneur avait été enseveli par Joseph d'Arimathie; que si quelqu'un veut appartenir à l'Eglise militante ou enseignante , il doit rester lecteur pendant vingt ans , exorciste pendant trente jours , acolyte pendant ciuq ans, sous-diacre pendant le même nombre d'années, diacre pendant sept ans, prêtre pendant trois , et ensuite évêque , s'il le mérite \ enfin après d'innombrables bonnes actions, Sylvestre mourut le a des calendes de janvier (3i décembre). Le siège vaqua cent soixante-cinq jours.
Marc , romain , fils de Priscus , siégea deux ans , huit mois et vingt jours. 11 bâtit deux basiliques, l'une sur la voie d'Ardée , dans le cimetière de Balbine où il repose , l'autre dans la ville de Rome , près du mont Palatin. Il ordonna vingt-sept évêques en divers lieux. Il mourut le jour des nones d'octobre (7 octobre). L'épiscopat vaqua vingt jours.
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Jules, romain , fils de Rustique , siégea quinze ans , deux mois et sept jours. Du temps de l'hérétique Constantin ce pape endura de grandes tribulations, et souffrit pour la foi catholique un exil de dix mois -, mais après la mort du tyran il remonta sur son siège. Il bâtit deux basiliques , établit trois cimetières , et ordonna neuf évêques. Il mourut la veille des ides d'avril ( 12 avril). L'épiscopat vaqua vingt-cinq jours.
Libère , romain, fils d'Auguste, siégea du temps de Constance pendant six ans , trois mois et quatre jours. Il fut trois ans exilé pour la foi 5 ensuite prenant parti pour les ariens , il fut rappelé par Ursatius et Valens , prêtres hérétiques , et persécuta violemment les catholiques. Enfin il fut enseveli dans le cimetière de Priseille, sur la voie Solara , le 7 des calendes de mai (25 avril). L'épiscopat vaqua six jours.
Félix, romain , fils d'Anastase, siégea un an, trois mois et trois jours , pendant l'exil de Libère. Il frappa de l'anathème , dans un concile de quarante-huit évêques , l'empereur Constance qui s'était fait rebaptiser par Eusèbe de Nicomédie , ainsi que les hérétiques Ursatius et Valens. Il fut déposé et mis à mort dans la ville de Cortone, le 3 des ides de novembre (1 1 novembre). L'épiscopat vaqua trente-sept jours. Il ordonna dix-neuf évêques. Ces jours comptent dans les ordonnances de Libère -, car les statuts que ce pape avait faits avant son exil sont authentiques, et il n'en est pas de même de ceux qu'il publia après son retour , pendant qu'il fut favorable aux hérétiques.
Damase, espagnol de nation, fils d'Antoine, siégea dix-huit ans , trois mois et onze jours. Ursin fut ordonné intentionnellement en même temps que lui ;
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mais, chassé de Rome, il fut établi évêque à Naples. Damase mérite beaucoup d'éloges pour ses vertus. 11 chercha et trouva beaucoup de corps des saints , dont il orna les tombeaux de vers de sa composition. Accusé faussement d adultère par les deux diacres Concordais et Calixte , il fut justifié dans un synode de quarante-quatre évéques qui condamnèrent ses accusateurs. Il ordonna de chanter des psaumes jour et nuit dans Féglise : il transmit à cet effet un décret aux prêtres , aux évéques et aux monastères. 11 aima beaucoup Jérôme , interprète de la loi divine; il le seconda de toute son autorité pontificale , et l'engagea fortement à travailler pour établir la certitude des saintes Ecritures. Il ordonna soixante-deux évéques en différais lieux. Le 3 des ides de décembre (n décembre) il fut enseveli auprès de sa mère, sur la voie d'Ardée, dans une église qu'il avait bâtie. Le siège vaqua trenteun jours.
Sirice, romain, fils de Tiburce , siégea quinze ans. Il fit plusieurs statuts avantageux quil envoya par tout le monde, animé quil était d'une grande sollicitude pour le troupeau du Seigneur. Il consacra , en dilFérens lieux, trente-deux évéques; il fut inhumé sur la voie Solara , dans le cimetière de Priscille , le 8 des calendes de mars (11 février). L'épiscopat vaqua vingt jours.
Anastase , romain , fils de Maxime , siégea trois ans et dix jours. Il établit que , toutes les fois qu on réciterait les saints Evangiles , les prêtres ne devaient pas s'asseoir , mais se tenir inclinés. Il défendit d'ordonner aucun clerc d'outre-mer, sans l'autorisation par écrit de son évéque. Il bâtit la basilique cres-
centienne dans la seconde région de la ville de Rome , et consacra onze évêques. Il fut inhumé le 5 des calendes de mai (27 avril), dans son cimetière auprès de FOurs coiffé. L'épiscopat fut vacant pendant vingtun jours.
Innocent, d'Albano , fils d'Innocent , siégea quinze ans, deux mois et vingt-un jours. Il fit un grand nombre de statuts, découvrit beaucoup d'hérétiques, et les envoya en exil. Il condamna les hérétiques Pélage et Céleste -, il ordonna de baptiser celui qui était né d'une mère chrétienne : c'est ce que Pélage condamnait. Il éleva la basilique des saints martyrs Gervais et Protais , sur le produit d'un testament qu'il devait à la dévotion de l'illustre Vestine. Il embellit beaucoup cet édifice ; il ordonna cinquante-quatre évêques. Il prescrivit le jeûne du samedi , parce que c'était à un tel jour que le Seigneur avait été mis au tombeau , et que les Apôtres avaient jeûné.' Il fut enseveli à l'Ours coiffé le 5 des calendes d'août (28 juillet). L'épiscopat vaqua vingt-deux jours.
Zozime , grec , fils d'Abramius, siégea un an , trois mois et onze jours. Il fit beaucoup de choses à l'avantage de l'Eglise $ il ordonna que les diacres portassent à gauche des voiles de lin , et que l'on bénît le cierge dans les paroisses. Il consacra huit évêques.
Boniface , romain , fils du prêtre Joconde , siégea trois ans, huit mois et sept jours. 11 fut ordonné le même jour intentionnellement avee Eulalius, et la dissension régna dans le clergé pendant sépt mois et quinze jours. Eulalius fut ordonné dans la basilique de Constantin , et Boniface dans celle de Jules. L'un
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et l'autre furent repoussés par l'autorité de l'auguste Honorius , et de Yalentinien , fils de l'Auguste Placilla. Aux approches de Pâques , Eulalius entra à Rome , baptisa dans la basilique de Constantin , et célébra la Pâque. Les empereurs, irrités de tant d'audace, exilèrent Eulalius dans la Campanie; ils rappelèrent à Rome Boniface, qu'ils y établirent évêque. Il décréta qu'aucune religieuse ni autre femme n'avait le droit de toucher au manteau sacré de l'autel, ni de le laver, et que le prêtre seul devait porter l'encens dans l'église; qu'aucun esclave ni aucun homme obligé aux fonctions curiales, ou à quelque autre service public, ne pourrait être clerc. Boniface fit bâtir, dans le cimetière de la martyre sainte Félicité, un oratoire auprès de son corps , et ordonna trente-six évêques pour différens sièges. Il fut enseveli auprès du corps de sainte Félicité, sur la voie Solara, le huit des calendes de novembre (25 octobre). L'épiscopat vaqua neuf jours. Alors le clergé ou le peuple demandèrent le rappel d'Eulalius, mais il ne voulut pas consentir à revenir à Rome.
Célestin, romain, fils de Priscus, siégea huit ans dix mois et dix-sept jours. Il fit plusieurs statuts utiles , il prescrivit de chanter à deux choeurs les cent cinquante psaumes de David avant le sacrifice de la messe : auparavant on se bornait à réciter une épître de saint Paul et le saint Evangile; puis la messe avait Heu. Il consacra quarante-six évéques; il fut inhumé dans le cimetière de Priscille, le 4 des ides d'avril. L'épiscopat vaqua vingt-un jours.
Sixte , romain , fils de Xiste , siégea huit ans et neuf jours. Il fut accusé de crime par un de ses cliens. En
conséquence l'empereur Valentinien réunit un synode de cinquante-six évéques, devant lesquels le pape se justifia , et le client fut condamné. Cet homme mourut au bout de trois mois, et le pape l'inhuma à Saint- Pierre. Sixte décora de beaucoup d'ornemens les basiliques des saints, et ordonna cinquante-deux évéques. Il fut enseveli sur la voie tiburtine, dans une chapelle souterraine, auprès du corps du bienheureuxLaurent, et l'épiscopat vaqua vingt-deux jours.
Léon, toscan , fils de Quintien , siégea vingt-un ans, un mois et treize jours. A l'aide de Marcien , prince catholique, il réunit à Chalcédoine deux cent cinquante-six prêtres ; il obtint l'assentiment par écrit de quatre cent six évéques, et condamna les hérétiques Eutychès et Nestorius, après avoir exposé la foi catholique. Il écrivit à l'avantage de la foi un grand nombre d'épîtres pour confirmer les décisions du concile de Chalcédoine. Il adressa douze épîtres au prince Marcien, neuf à l'auguste Pulchérie, et dix-huit aux évéques d'Orient. Plein de zèle pour les choses sacrées , il fit beaucoup de bien. Il ordonna cent quatre-vingt-cinq évéques. Il fut enseveli à Saint-Pierre, le 3 des ides d'avril ( 1 1 avril ). L'épiscopat vaqua sept jours.
Hilaire,de Sardaigne, fils de Crispin, siégea six ans , trois mois et dix jours. Il écrivit beaucoup de lettres sur la foi catholique dans tout l'Orient, et confirma les trois conciles de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine ; il frappa d'anathème toutes les hérésies ; il fit placer dans les basiliques des saints beaucoup d'ornemens précieux ; il ordonna vingt-deux évéques. Après avoir opéré beaucoup de bonnes œuvres , il fut
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enseveli à Saint-Laurent, dans une chapelle souterraine, auprès du corps de l'évêque saint Sixte. L'épiscopat vaqua quinze jours.
Simplice, de Tibur1, fils de Castin, siégea quinze ans, un mois et sept jours. Il ordonna trente-six évêques ] il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre, le 6 des nones de niai (a mai). L'épiscopat vaqua six jours.
Félix, romain, fils du prêtre Félix, du quartier de Fiesoles, siégea huit ans, onze mois et dix-sept jours, dans les temps de l'empereur Zenon et d'Odoacre, roi des Goths, jusqu'au roi Théodoric. 11 excommunia Pierre, évêque d'Alexandrie , et Achace, évêque de Constantinople , qui déviaient de la rectitude de la foi, et il envoya contre eux en mission, de la part du siège apostolique, les deux évêques Mesène et Vital. Quand ils furent entrés dans la ville d'Héraclée , ils se laissèrent corrompre par l'or, et n'exécutèrent pas les ordres du pape. Félix ayant appris cette perfidie examina l'affaire, et les rejeta tous deux de la communion. Il ordonna trente-un évêques ; il fut inhumé dans la basilique de Saint-Paul, apôtre, du temps du roi Théodoric et de l'empereur Zénon. L'épiscopat vaqua cinq jours.
Gélase , africain , fils de Valère , siégea huit ans et dix-huit jours. Il aima beaucoup les pauvres , augmenta la puissance du clergé , délivra Rome des dangers et de la famine, et fit pour toute l'église des constitutions. Ce pape composa des hymnes et des chants comme Ambroise, des livres contre Eutychès et Nestorius, que l'on conserve encore jusqu'à ce
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jour dans les bibliothèques. Il fit déporter en exil les Manichéens, qu'il découvrit dans la ville de Rome, et fit brûler leurs livres devant les portes de l'église de Sainte-Marie. Il condamna à perpétuité, s'ils ne faisaient pénitence , Pierre et Achace qui occasionnaient beaucoup de maux et beaucoup de meurtres. 11 ordonna soixante-sept évêques. Il fut enseveli, le h des calendes de décembre (21 novembre), dans la basilique de l'apôtre saint Pierre. L'épiscopat vaqua sept jours.
Anastase, romain, fils de Pierre, du cinquième quartier dit la Tête de Taureau , siégea un an, onze mois et vingt-quatre jours. Plusieurs membres du clergé se séparèrent de sa communion , parce qu'il voulait rappeler secrètement Achace , ce qu'il ne put exécuter, parce qu'il fut frappé de Dieu. Il consacra vingt évêques. Le i3 des calendes de décembre ( 19 novembre) , il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre. L'épiscopat fut quatre jours vacant.
Symmaque, Sarde, fils de Fortunat, siégea quinze ans , sept mois et vingt-sept jours , du temps du roi Théodoric et de l'empereur Anastase. Il fut intentionnellement ordonné avec Laurent, évêque de Nocéra^ mais comme il avait été ordonné le premier, et par le plus grand nombre , il fut confirmé sur le siège apostolique par le jugement de Théodoric. Trois ans après, il fut faussement accusé, par la méchanceté des Romains, et Pierre, évèquede la ville d'Altinum, usurpa contre la teneur des canons le siège apostolique. Alors l'Eglise fut déchirée par un grand schisme , et tout le clergé fut encore divisé. Le pape Symmaque se justifia, dans un synode de cent quinze évôques, qui 1. 26
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condamnèrent Laurent de Nocéra et Pierre d'Altinum , usurpateurs du Saint-Siège. Alors Symmaque fut glorieusement réintégré auprès de saint Pierre par tous les évêques, et par tout le clergé et le peuple. Cependant Festus, chef du sénat, et Probinus, exconsuls, en vinrent aux mains dans la ville avec d'autres sénateurs : tous ceux qui étaient attachés à Symmaque furent si étrangement persécutés que même les religieuses furent arrachées de leurs couvens ou de leurs retraites, mises complètement nues et couvertes de blessures. Au milieu de la ville, on se battait tous les jours auprès d'une église , où beaucoup de prêtres et d'autres fidèles trouvaient la mort. Entre autres , Dignissime et Gordien, tous deux prêtres, furent pris et périrent sous le glaive et le bâton , ainsi que plusieurs autres chrétiens. Aucun ecclésiastique n'était en sûreté dans la ville, ni le jour ni la nuit. Le seul Faustus, ex-consul, combattait pour l'Eglise. Cependant Symmaque se maintint depuis le consulat de Paulin jusqu'au consulat de Sénateur. Il chassa en exil tous les Manichéens qu'il put trouver dans Rome, et fit brûler leurs simulacres et leurs livres , devant les portes de l'église de Constantin. 11 décora de beaucoup d'ornemens les églises des saints $ il ordonna cent dix-sept évêques ; il prescrivit de chanter tous les dimanches l'hymne des Anges. Il fournissait tous les ans des habilleraens et de l'argent, en Afrique et en Sardaigne, aux évêques qui y étaient exilés. Il racheta de ses fonds les captifs qui se trouvaient dans la Ligurie et d'autres provinces. Il fit des dons considérables aux pauvres. Après avoir opéré beaucoup de bonnes œuvres, il fut enseveli dans la basilique
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de Saint-Pierre, le dix-neuvième jour du mois de juillet. L'épiscopat vaqua sept jours.
Hormisdas , fils de Juste , né en Campanie, dans la ville de Frosinone, siégea huit ans et dix-sept jours. Par le conseil du roi Théodoric , il envoya à Constantinople Ennodius, évêque de Pavie, et Fortunat , évêque de Catane, pour absoudre les Grecs qui avaient Êk été anathématisés à cause des hérétiques Pierre , | évêque d'Alexandrie , et Achace , évêque de Constan- * tinople ; mais l'empereur Anastase , qui favorisait l'hérésie d'Eutychès, chassa les envoyés du Saint-Siège avec témérité, et écrivit orgueilleusement au pape , entre autres choses, ce qui suit : a Nous voulons com- « mander, mais nous ne sou (Irons pas qu'on nous com- « mande. » Peu de temps après, par l'ordre de Dieu , ce prince fut frappé de la foudre. Justin, catholique sincère, régna après Anastase, et s'empressa d'obéir en tout "aux ordres du pape. 11 reçut honorablement Germain, évêque de Capoue, et les autres envoyés du siège apostolique, et les conduisit depuis Château- • Rond jusqu'à Constantinople, avec Je consul Vitalien, et une multitude de moines et de personnages illustres. Alors certains prêtres , complices d' Achace, furent méchamment jaloux de tant de gloire; ils se renfermèrent dans la grande église de Sainte-Sophie; et, après avoir délibéré entre eux, ils mandèrent à l'empereur que si on ne leur rendait pas absous leur évêque Achace, ils n'obéiraient pas au siège apostolique.
Alors Clovis, roi des Francs, se fit chrétien , et envoya au bienheureux apôtre Pierre de riches présens avec des diamans précieux. Le pape dont nous venons de parler , fleurit depuis le consulat de Sénateur
jusqu'à Symmaque et Boèce 5 il ordonna cinquantecinq évêques pour divers sièges. Il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre, le 8 des ides d'août ( 6 août ). L'épiscopat vaqua sept jours.
Jean, natif de Toscane, fils de Constantin, siégea deux ans, neuf mois et seize jours, depuis le consulat de Maxime jusqu'à celui d'Olibrius. Alors Justin, toujours orthodoxe, voulut anéantir tous les hérétiques, et consacrer leurs églises à Dieu. C'est pourquoi Théodoric Gualamer, qui était hérétique, entra dans une violente colère, et résolut de ravager toute l'Italie par le glaive. Sur ces entrefaites, le pape Jean fut prié à Ravenne, par le roi, d'accepter une mission pour Constantinople , où il se rendit quoique malade, et guérit un aveugle. Reçu avec gloire, le pontife couronna l'empereur Justin , et lui demanda pardon pour les hérétiques, afin de prévenir les désastres dont l'Italie était menacée. Cependant le monarque hérétique fit périr sous le glaive d'illustres sénateurs et les ex-consuls Symmaque et Boèce. Il fit arrêter traîtreusement à leur retour le pape Jean et les sénateurs qui avaient été reçus honorablement à Constantinople par l'empereur ; il fit martyriser le pape dans la prison de Ravenne, le i5 des calendes de juin ( 18 mai). Il mourut lui-même subitement, parla volonté de Dieu , quatre-vingt dix-huit jours après ce crime. Le pape Jean consacra quinze évêques. Son corps fut transféré de Ravenne à Saint - Pierre ; et l'épiscopat vaqua cinquante-huit jours.
Félix, Samnite1, fils de Castorins, siégea quatre ans, deux mois et treize jours, du temps de Théo-
1 El non pa* <l« Samo» $«mius) , comme Je «lit Orilerie Vital.
doric , d'Athalaric , son neveu , et de l'empereur Justinien , depuis le consulat de Tiburce jusqu'au consulat de Lampadius et d'Oreste. Il fut tranquillement ordonné, et consacra vingt-neuf évéques. Il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Paul , le 4 des ides d'octobre ( 12 octobre). L'épiscopat fut vacant pendant trois jours.
Boniface, romain, fils de Sigibulde, siégea deux ans et vingt-cinq jours, du temps de l'hérétique Athalaric et de l'empereur Justinien. Son ordination fut la cause d'une gfande dissension, qui dura vingt-huit jours, entre le clergé et le sénat, parce que Dioscore avait été ordonné en même temps que lui , dans la basilique de Constantin ; mais peu après , par la permission de Dieu , Dioscore mourut le 2 des ides d'octobre ( 14 octobre). Il avait de nombreux partisans. Quant à Boniface, il donna de ses fonds de la vaisselle aux pi é\ très, aux diacres et aux notaires, et fournit au clergé beaucoup d'alimens pendant une famine, dout il avait beaucoup à souffrir. Il rassembla un synode dans la basilique de Saint- Pierre, apôtre, et choisit pour son successeur le diacre Vigile ; mais s 'étant ensuite repenti de cette démarche, il jeta au feu, en présence du clergé et du sénat, l'acte qu'il avait souscrit de sa signature. Le dix-septième jour du mois d'octobre, il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre. L'épiscopat fut vacant pendant deux mois et quinzejours.
Jean Mercure, romain, fils deProjectus, du mont Cœlius, siégea deux ans, quatre mois et six jours, sous les règnes d'Athalaric et de Justinien. Ce pieux empereur , par l'effet de son grand amour pour la religion chrétienne , rédigea par écrit sa profession de
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foi, et la fit remettre en propre autographe au siège apostolique avec de précieux présens, par Eparchius et Démétrius. Jean consacra vingt-un évéques. Il fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre, le 6 des calendes de juin. L'épiscopat fut vacant durant six jours.
Agapit, romain, fils du prêtre Gordien, siégeadeux ans, onze mois et dix-huit jours. Théodat, roi des Goths, qui avait fait périr la reine Amalasonte , fille du roi Théodoric, l'envoya en mission auprès de l'empereur Justinien, qui le reçut à Constantinople avec de grands honneurs. Il exila de cette ville Anthémius qui en était évêque , parce qu'il niait que le Christ eût deux natures , et il consacra pour évéque Ménas qui était catholique. Ce pape mourut à Constantinople, le io des calendes de mai ( 22 avril ). Son corps fut transféré à Rome dans une caisse de plomb, et inhumé à Saint-Pierre le 12 des calendes d'octobre (20 septembre). L'épiscopat vaqua un mois et vingt-huit jours.
Silvère, né en Campanie , fils d'Hormisdas, évéque de Rome, siégea un an, cinq mois et six jours. Il dut son élévation au tyran Théodat, qui employa illégitimement l'or, la violence et la crainte. Deux mois après , par la permission de Dieu , Théodat vint à mourir. Guitigis1, ayant épousé la fille d'Amalasonte, monta sur le trône des Goths. Cependant l'empereur Justinien envoya contre ces peuples le patrice Bélisaire qu'il chargea de délivrer l'Italie. En conséquence, ce patrice prit de vive force la ville de Naples , et fit passer au fil de l'épée tous les Goths et
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tous les citoyens-, de sorte que, même dans les églises , les prêtres et les religieuses n'étaient pas en sûreté. Cependant Guitigis, rassemblant en toute hâte l'armée des Goths, assiégea Rome pendant un an, et fit périr une innombrable quantité de personnes, non seulement par le glaive , mais encore par la famine , qui fut excessive dans tout l'univers. Il n'était permis à personne d'entrer dans Rome ni d'en sortir. Alors périrent dans les flammes toutes les propriétés, soit privées, soit publiques, de même que les églises. Les hommes étaient tués par le glaive ou bien périssaient de faim ou de maladie. Enfin la grâce de Dieu employa le bras de Bélisaire pour mettre les Goths en fuite et protéger Rome. L'impératrice 1 pria Silvère de rappeler l'hérétique Ànthéraius : mais le pape, fidèle à Dieu , ne céda pas ; au contraire , il fortifia vigoureusement de son autorité la sentence de ses prédécesseurs. Alors elle ordonna au patrice Bélisaire d'envoyer le pape Silvère en exil , et de lui substituer l'apocrisiaire Vigile. Ce fut malgré lui que Bélisaire obéit à ses ordres, et qu'il le fit saisir dans le palais Pincius,sur l'accusation de certains faux témoins, qui déclarèrent que ce pontife avait voulu livrer au roi des Goths la ville de Rome , en l'introduisant par la porte des Anes près de Latran. Alors la patrice Antonine faisant au pape de graves réprimandes, le sous-diacre Jean lui enleva du cou le pallium, le dépouilla dans sa chambre, et le revêtit de l'habit monacal. Ensuite Silvère fut envoyé en exil dans l'île Pontia , où , n'ayant pour se sustenter que le pain de la tribulation et l'eau d'angoisse , il fut enseveli
' Thcodora.
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le 12 des calendes de juillet (20 juin). Il consacra dix-huit évéques , et fit après sa mort beaucoup de miracles en rendant la santé aux malades. L'épiscopat fut vacant pendant quatorze jours.
Vigile, romain, fils du consul Jean, siégea quinze ans, six mois et vingt-six jours. C'est alors que Bélisaire vainquit Guitigis, et que Jean Sanguinaire, chef des soldats, l'ayant poursuivi pendant la nuit, le fit prisonnier. Conduit à Constantinople, le roi vaincu fut bien reçu par l'empereur Justinien, qui le créa patrice et comte , et le fit partir pour les frontières de la Perse , où il resta jusqu'à sa mort. L'empereur éleva aussi beaucoup Bélisaire, par les dignités qu'il lui conféra ; il l'envoya ensuite en Afrique. Ce général ayant trompé Guittarith, roi des Vandales, sous des apparences de paix , le fit mourir, et ramena sous les lois de la république l'Afrique, qui en avait été détachée pendant quatre-vingt-dix-neuf ans. Il vint à Rome , et donna une partie des dépouilles des Vandales à Dieu , à Saint-Pierre et aux pauvres.
L'impératrice Théodora écrivit au pape Vigile pour le presser de rappeler l'hérésiarque Anthémius. Le pontife s'y refusa entièrement, et maintint avec force la sentence de ses prédécesseurs. Les Romains ayant par jalousie accusé Vigile comme homicide de la mort de Silvère son prédécesseur, le secrétaire Antémus fut envoyé à Rome , où le pape fut arrêté dans l'église de Sairîte-Cécile , conduit par mer en Sicile, puis à Constantinople.
Les Grecs insistèrent pendant deux ans , secondés parla puissance impériale, pour faire rappeler l'hérétique , comme Vigile l'avait promis pendant qu'il était
dans les honneurs du diaconat 5 mais il ne voulut rien accorder, préférant une mort honorable à um; vie honteuse. Enfin, ayant parlé courageusement en présence de Justinien et de Théodora , il fut injurié et même frappé à la face. Il se réfugia dans l'église de Sainte-Euphémie , et s'attacha à la colonne de l'autel ; mais il en fut arraché. On lui mit la corde au cou, et jusqu'au soir on le traîna ignominieusement par la ville. 11 fut ensuite resserré dans une étroite prison 5 et les prêtres romains qui l'avaient accompagné, furent dispersés dans dilFérens cachots. C'est alors que les Goths se donnèrent pour roi Totila Vadua, et ne tardèrent pas à mettre le siège devant Rome. Celte ville éprouva une si cruelle famine , que les mères même voulaient dévorer leurs enfans. Enfin Totila entra dans la ville, et s'y maintint quelque temps , pendant que le peuple était caché dans les églises. Alors l'eunuque Narsès, chambellan de l'empereur , fut envoyé en Italie ; il y remporta la victoire, et détruisit l'armée de Totila, tué lui-même dans Faction. A cette nouvelle, l'empereur Justinien fut comblé de joie , et , à la demande des Romains et de Narsès , il remit en liberté Vigile et les autres prêtres prisonniers -, mais le pontife mourut à Syracuse , dans les douleurs de la pierre. Il fut enseveli sur la voie Solara dans l'église Saint-Marcel. L'épiscopat vaqua trois mois et cinq jours. II consacra quatre-vingt-un évêques ; pendant son exil, il remit le gouvernement du clergé entre les mains d'Ampliat prêtre, et son vicaire, et envoya de la Sicile au palais de Latran l'évêque Valentin.
Pélage, romain, fils de Jean Vicarien , siégea onze
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ans, dix mois et vingt-sept jours. Les deux évêques Jean de Pérouse et Bon , ainsi qu'André , prêtre d'Ostie, l'ordonnèrent pontife. Une grande quantité de religieux , de gens sages et de personnes nobles, s'étaient séparées de sa communion, prétendant que Pelage avait conlribué à la mort du pape Vigile, en s'unissant à ses persécuteurs. Pélage et Narsès ayant pris conseil des circonstances , on chanta des litanies à Saint - Pancrace , ainsi que des hymnes et des cantiques spirituels , et le pape , ainsi que le général, se rendirent à la basilique de saint Pierre apôtre. Là Pélage , tenant l'Evangile à la main et la croix du Sauveur sur sa tête, monta en chaire , et satisfit tout le peuple , en assurant qu'il n'avait fait aucun mal à Vigile. Il consacra quaranteneuf évêques , et fut enseveli dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre , le 6 des nones de mars ( a mars ). L'épiscopat vaqua trois mois et vingt-cinq jours.
Jean, romain, fils de l'illustre Anastase, siégea douze ans, onze mois et vingt-six jours. Alors les Hérules se donnèrent pour roi Sindual , et envahirent toute l'Italie; mais Narsès, ayant tué leur roi , les soumit complètement. Avec l'aide de Dieu, il tua Amiugue et Bucelin, ducs des Francs, qui menaçaient l'Italie, à laquelle il rendit la paix et la joie. Les Romains, jaloux, l'accusèrent auprès de Justinien, et se soulevèrent injustement contre lui. Cependant Narsès, se voyant privé de ses dignités par l'empereur, engagea les Guiniles Lombards , qui habitaient la Pannonie, à venir envahir l'Italie. C'est ce qu'ils firent. Peu après Narsès mourut; son corps, mis dans
un cercueil de plomb, fut, avec toutes ses richesses, envoyé à Constantinople. Le pape Jean consacra soixante-un évêques-, il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre, le 3 des ides de juillet ( i3 juillet), et l'épiscopat vaqua dix mois et trois jours.
Benoît, romain, fils de Boniface, siégea quatre ans, un mois et vingt-huit jours. L'an de l'incarnation du Seigneur 568 , le roi Alboin conduisit ses Lombards en Italie. Alors une grande famine affligea le pays et le força de se soumettre à ces peuples. Cependant l'empereur Justinien ayant appris ces calamités, envoya en Egypte, et fit passer à Rome des vaisseaux chargés de blé , et secourut ainsi les malheureux qui mouraient de faim. Ce prince ayant vaincu souvent les nations ennemies, fut surnommé l'Alamannique , le Gothique, l'Alaniquè, le Vandalique et l'Africain. Il bâtit un temple au Seigneur Jésus-Christ dans l'intérieur de la ville de Constantinople, et, d'un nom grec, l'appela Sainte-Sophie. Cet ouvrage l'emporte tellement sur tous les édifices, qu'on n'en peut trouver de semblables dans aucune partie de la terre. Ce prince était catholique dans sa foi, droit dans ses œuvres et juste dans ses jugemens : c'est pourquoi il avait du succès dans toutes ses entreprises. De son temps, le sénateur Cassiodore, qui devint moine, se distingua beaucoup à Rome dans les sciences , tant humaines que divines -, entre autres ouvrages qu'il a écrits avec une grande distinction , on remarque surtout son excellente explication des psaumes. Alors Denis , abbé , établi à Rome , fit un admirable ouvrage sur le calcul pascal.
Priscien de Césarée , établi à Constantinople, pénétra , si je puis «l'exprimer ainsi, toutes les profondeurs de Fart grammatical.
Arator, sous-diacre de l'Eglise romaine, poète admirable , mit en vers héxamètres les Actes des Apôtres.
C est alors que le révérend père Benoît, fixé d Sabord dans le lieu que I on appelle aujourd'hui Sublacum à quarante milles de Rome, et qui se rendit ensuite au Mont-Cassin , brilla des plus grands mérites de la vie et de toutes les vertus apostoliques. Sa vie a été, comme on sait, l'objet d'un discours très-agréable, dans les dialogues du bienheureux pape Grégoire.
Le pape Benoît, accablé de travaux et d'afflictions, vint à mourir; il fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre, le a des calendes d'Auguste (3i juillet). 11 consacra vingt-un évéques. L'épiscopat vaqua trois mois et dix jours.
Pélage, romain, fils de Winigilde, siégea dix ans, deux mois et dix jours. 11 fut ordonné sans la jussion d'Auguste, parce que les Lombards assiégeaient encore la ville de Rome , et dévastaient épouvantablement l'Italie. Alors le massacre régnait partout, et des pluies excessives occasionèrent de grands ravages. Le pape mourut subitement d'une maladie contagieuse, le 7 des ides de février (7 février) 5 il fut enseveli à Saint-Pierre. Il ordonna quarante-huit évêques pour différens sièges. L'épiscopat vaqua six mois et vingt-cinq jours.
Grégoire , philosophe de profession , fils de Gor-
' Subbiacu.
dien, préteur romain, homme très-distingué, et de la bienheureuse Silvie, présida l'Eglise pendant treize ans, six mois et dix jours*, du temps des empereurs Tibère, Constantin, Maurice et Phocas. Il composa quarante homélies sur les Evangiles-, il fit un travail sur Job et Ezéchiel 5 il publia un pastoral et un dialogue et beaucoup d'autres ouvrages que nous ne pouvons pas citer. Cet incomparable docteur brilla avec distinction, et travailla utilement, avec beaucoup de sagacité et un grand zèle , dans l'art de parler et d'écrire -7 il rendit les plus grands services aux enfans de l'Eglise de Dieu. Il ajouta à la prière du canon : Diesque nostras in tua pace disponas. Le patrice et exarque romain se rendit à Rome et y causa beaucoup de troubles. Comme il retournait à Ravenne, il s'empara des villes qui tenaient pour les Lombards, telles que Sutri , Polymartium , Àmelia, Pérouse et plusieurs autres. Le roi Agilulfe, irrité de ces événemens , attaqua Pérouse avec une puissante armée, y assiégea Maurision, duc des Lombards, qui s'était rendu aux Romains, et, l'ayant pris au bout de quelques joues, le fit aussitôt périr. Peu après ayant repris Pavie , il fit avec les Romains une paix solide , par l'intervention du bienheureux pape Grégoire. Dans ce même temps, le pape Grégoire envoya les serviteurs de Dieu, Mellitus, Augustin, Jean et plusieurs autres craignant le Seigneur, pour prêcher en Angleterre , afin d'en convertir les peuples à notre Sauveur Jésus-Christ. Après de grands et nombreux travaux , il fut inhumé dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre, devant le sanctuaire , le 4 des ides de mars (4 mars). Il ordonna
soixante-deux évêques en diflférens lieux. L'épiscopat fut vacant pendant cinq mois et dix-huit jours.
Sabinien , toscan , né dans la ville de Bléra , fils de Bon, siégea un an, cinq mois et neuf jours. Rome éprouva alors une grande famine. Le pape ayant fait la paix avec les Lombards , fit ouvrir les greniers de l'Eglise et vendre les blés , à raison d'un sou les trente boisseaux. Il fut enseveli dans l'église du bienheureux apôtre Pierre , le 6 des calendes de mars (24 février). 11 ordonna vingt-six évêques. L'épiscopat vaqua onze mois et vingt-trois jours.
Boniface, romain, fils de Jean de Cappadocc , siégea huit mois et vingt-deux jours. Il obtint de l'empereur Phocas que le siège apostolique fût déclaré le chef de toutes les églises, contre les prétentions de l'Eglise de Constantinople , qui se disait supérieure à celle de Rome , et écrivait qu'elle était la première de toutes. Il fut enseveli dans l'église de saint Pierre, apôtre, le 2 des ides de novembre (12 novembre). Il consacra vingt-un évêques. L'épiscopat vaqua dix mois et six jours.
Boniface, né à Valérie , ville du pays des ÎVfarses , fils du médecin Jean , siégea six ans , huit mois et treize jours. De son temps, la famine, la peste et d'affreuses inondations ravagèrent l'Italie. C'est alors que le pape Boniface demanda au prince Phocas le temple qu'on appelle le Panthéon; il l'obtint, et le dédia à l'honneur de tous les saints. 11 fut enseveli à Saint-Pierre, le 8 des calendes de juin (25 mai). Il ordonna trente-six évêques. L'épiscopat vaqua six mois et vingt-cinq jours.
Deusdedit, romain, fils du sous-diacre Etienne,
HISTOIRE DE NORMA.NDIE j LIV. II. ^iS
siégea trois ans et vingt-trois jours. Il aima et honora beaucoup le clergé. C'est alors qu'Eleuthère, patrice et chambellan, assiégea Naples et y fit mourir Jean Compsin , rebelle, qui avait tué beaucoup de monde. Ainsi la paix fut rendue à toute l'Italie. On ressentit alors un grand tremblement de terre à la suite duquel le peuple fut malade d'une gale si horrible, qu'on ne pouvait reconnaître les hommes après leur mort. Le pape Deusdedit fut enseveli à Saint-Pierre, le 6 des ides de novembre (8 novembre). Il accorda pour ses obsèques un vêtement à chacun des membres du clergé. Il ordonna vingt-neuf évêques. L'épiscopat vaqua un mois et seize jours.
Boniface, campanien, né à Naples, fils de Jean, siégea cinq ans. Il fut le plus doux des hommes ; il fit beaucoup de bien à l'Eglise. Alors le patrice Eleuthère usurpa le trône en Italie; mais, venant de Luceolis à Rome, il fut tué par des soldats de Ravenne. Le pape fut enseveli à Saint-Pierre, le 8 des calendes de novembre (î>.5 octobre). Il ordonna vingt-neuf évêques. L'épiscopat vaqua treize jours.
Honorius, campanien, fils du consul Pétrone, siégea douze ans, onze mois et vingt-deux jours, du temps de l'empereur Héraclius. Il fit un grand bien; il enseigna avec zèle , et décora de beaucoup d'ornemens les églises des saints ; il ordonna que, tous les samedis, une procession sortirait de Saint-Apollinaire , et que tout le peuple se rendrait à Saint-Pierre, en chantant des hymnes et des cantiques spirituels. Il consacra quatre-vingt-un évêques ; et fut inhumé le 4 des ides d'octobre (ia octobre), dans l'église de sainte Agnès, martyre, qu'il avait fait construire.
4l6 ORDERIC "VITAL.
L'épiscopat vaqua un an, sept mois et dix-sept jours.
Severin, romain, filscTAbien, siégea deux mois et deux jours , sous l'empire d'Héraclius. Il fut doux et libéral -, il aima beaucoup le clergé et les pauvres. C'est alors que le palais épiscopal de Latran fut considérablement dévasté par l'armée romaine , sous les ordres de Maurice -le-Chartrier et d'Isaac, patrice et exarque. Ce pape , après avoir ordonné quatre évêques, fut inhumé à Saint-Pierre, le 4 des noues d'Auguste (a auguste). L'épiscopat vaqua trois mois et vingt-quatre jours.
Jean , Dalmate , fils de Venance-le-Schol astique , siégea un an , neuf mois et dix-huit jours. Il envoya , par les mains du très-saint abbé Martin , dans toute la Dalmatie et 1'Istrie , beaucoup d'argent pour le rachat des captifs ; il en fit transférer avec honneur Jes reliques des saints. Il fut enseveli à Saint-Pierre , Je 4 des ides d'octobre ( 11 octobre). L'épiscopat vaqua un mois et treize jours.
Théodore , grec, fils de Tévêque Théodore, né à Jérusalem, siégea six ans, cinq mois et dix-huit jours. Alors le perfide Maurice-Je-Chartrier se révolta contre le patrice Isaac , et s'attacha par le serment tous les magistrats et l'armée. Isaac envoya contre lui Donus, son sacristain et chef de l'armée. Maurice fut pris. Isaac le fit décoller, fit attacher sa tête au bout d'un pieu dans le cirque de Ravenne, et fit renfermer dans une étroite prison, jusqu'à leur punition, ses principaux partisans attachés deux à deux. Toutefois, par la permission de Dieu, Isaac ne tarda pas à mourir, et Théodore Calliope, envoyé par l'empereur, vint gouverner l'Italie. Le pape Théodore fut très-pieux et
très-bon ; il déposa Pyrrhus et Paul , évêques hérétiques de Constantinople. 11 ordonna quarante-six évêques. Il fut inhumé à Saint-Pierre , le jour des ides de mai (i5 mai). L'épiscopat fut vacant pendant un mois et seize jours.
Martin , de Todi , siégea six ans, un mois et vingtsix jours. De son temps , Paul, évêque de Constantinople, s'éleva contre les dogmes catholiques, et dépouilla témérairement, en le dévastant, l'autel du siège romain y qui avait été consacré dans la maison de Placidie. Il empêcha que les apocrisiaires romains* y fissent leurs adorations, qu'ils y présentassent à Dieu l'offrande de l'hostie sans tache et qu'ils y pussent recevoir les sacremens de la communion. Repris par les apocrisiaires et par d'autres prélats orthodoxes , il s'irrita de plus en plus, et sa folie alla jusqu'à en jeter quelques-uns en prison, à déporter quelques, autres, et à faire fouetter plusieurs d'entre eux. Alors le pape Martin réunit à Rome cent cinq prélats; il condamna Jes hérésies et fortifia l'Eglise de Dieu. Peu après, à la suggestion de Paul , l'empereur Constantin envoya en Italie l'exarque Théodore , et lui fit conduire le pape Martin en exil à Cherson , où le saint prélat mourut, le i5 des calendes d'octobre (17 septembre).
Eugène, Romain , du premier quartier, dit Aventin, fils de Rufinien, fut clerc dès le berceau-, il siégea deux ans, neuf mois et vingt-quatre jours. Il fut trèsbon, et anathématisa , pour fait d'hérésie, Pierre,
évêque de Constantinople. Il ordonna vingt-un évêques. 11 fut enseveli dans Saint-Pierre, Je 4 des noncs 1. a*:
de juillet (4 juillet). L'épiscopat fut vacant pendant
un mois et vingt-un jours. '
Vitalien, né à Segni, en Campanie, fils d'Anas- ' tase , siégea quatorze ans et six mois. Il fut très-régulier, et consacra quatre-vingt-dix-sept évêques. Alors l'empereur Constant assiégea dans Bénévent Romuald , fils du roi Grimoald ; mais ayant été obligé de , prendre la fuite, il se retira à Rome. Il y fut reçu j honorablement par le peuple et le clergé ; il y passa douze jours , et fit enlever tout l'airain qui était destiné à l'embellissement de la ville j il fit beaucoup de mal | aux Italiens et aux autres nations qui étaient soumises à son empire. Il fut tué dans le bain, en Sicile, par ' ks gens de sa maison. A sa mort, le tyran Mézence 1 s'empara du trône. C'est alors que les Sarrasins firent en Sicile un grand carnage des Chrétiens. Cependant Vitalien vint à mourir, le 6 des calendes de février (27 janvier). L'épiscopat fut vacant deux mois et treize jours. 1 Adéodat, Romain , ex-moine , fils de Jobien, siégea j quatre ans, onze mois et cinq jours. Alors Mézence fut tué par l'armée dans la ville de Syracuse ; il eut la tête tranchée , ainsi que plusieurs magistrats , et sa | têle fut envoyée à Constantinople. Les Sarrasins s'emparèrent de Syracuse, massacrèrent beaucoup d'habitans, y firent un grand butin, parce que l'empereur Constantin y avait récemment apporté beaucoup de richesses , et s'en retournèrent à Alexandrie. Le pape Adéodat consacra quarante-six évêques ; il fut enseveli à Saint-Pierre, le 6 des calendes de juillet (26 juin). L'épiscopat vaqua trois mois et quinze
* Ou Me/.iiins.
jours. C'est alors qu'on éprouva des pluies excessives, accompagnées de tonnerre, qui ne permirent pas de recueillir les biens de la terre ; mais l'année suivante ils se reproduisirent d'eux-mêmes.
Donus, Romain, fils de Maurice, siégea un an, cinq mois et dix jours. Alors une comète parut en Orient , au mois d'août . et, pendant trois mois , depuis le chant du coq jusqu'au matin,, glaça d'effroi ceux qui la virent en différens pays. Une grande mortalité d'hommes eut lieu dans ces contrées orientales.
Le pape accorda divers honneurs 1 II consacra
six évêques -, ensuite il fut enseveli à Saint-Pierre , le 3 des ides d'avril ( 1 1 avril). L'épiscopat vaqua deux mois et quinze jours.
Agathon , Sicilien , siégea deux ans , six mois et quatre jours, du temps des empereurs Constantin , Hêraclius et Tibère. Alors , au mois de juin , la lune éprouva une éclipse de dix-huit jours : il s'en suivit une mortalité affreuse. On conduisait au tombeau les parens avec deux ou trois de leurs enfans. Les légats du siège apostolique furent reçus honorablement par les empereurs dans la ville royale ; ils réunirent cent cinquante évéques des contrées orientales, pour discuter en synode général ce qui concernait la foi catholique. Là George , évéque de Constantinople , convaincu d'hérésie, cessa ses violences, tandis que l'opiniâtre Macaire , évéque d'Antioche, mérita d'être condamné avec ses sectateurs. Ce dernier , déposé par une décision générale , fut envoyé en exil à Rome. Théophane fut établi abbé de l'île de Sicile. Le pape Agathon consacra dix-huit évêques. II fut enseveli
' Il y a In une lamnr Annu les manuscrits rnmmr r'ans l'imprime.
dans l'église du «bienheureux saint Pierre , apôtre , le 4 des ides de janvier ( 10 janvier ). L'épiscopat vaqua un an, sept mois et cinq jours.
Léon-le-Jeune , Sicilien de nation , fils de Paul, siégea dix mois €t dix-sept jours. 11 fut très-éloquent, instruit dans les divines Ecritures , savant dans les langues grecque et latine , le premier dans le chant et la psalmodie , et fort habile en toutes sortes d'ouvrages excellens. 11 convoqua le sixième concile dans le palais de l'empereur Constantin , que Ton appelle Trullus 1 ; il en traduisit avec grand soin les actes de grec en latin. Le seizième jour du mois d'avril , après la Cène du Seigneur, la lune souffrit une éclipse, parut presque toute la nuit ensanglantée et souffrante; mais, après le chant du coq, elle commença peu à peu à s éclaircir. Le pape Léon ordonna vingt-trois évêques. Il fut enseveli à Saint-Pierre le 5 des nones de juillet ( 3 juillet ). L'épiscopat vaqua onze mois et vingt-deux jours.
Benoît-le-Jeune , Romain , fils de Jean , siégea dix mois et douze jours. Depuis son enfance il servit l'Eglise, et s attacha aux bonnes œuvres. Il fleurit du temps de Justinien et d'Héraclius. Alors la lune , couverte entièrement comme d'un nuage, parut au milieu d'un ciel serein , le jour de Noël. Au mois de février, une étoile quitta l'occident, et déclina vers l'orient. Ensuite, au mois de mars, le mont Vésuve, dans la Campanie, vomit de la lave pendant dix jours , et détruisit tout son voisinage par ses éruptions de cendre. Ce pape ordonna douze évêques. I) fut ense-
1 Ce concile e*t généralement designé par in Tru/lo.
veli à Saint-Pierre le 8 des ides de mai (8 mai ). L'épiseopat vaqua deux mois et quinze jours.
Jean, Syrien, né à Antioche, fils de Cyriaque, siégea un an et neuf jours du temps de l'empereur Justinien. Pendant son diaconat, il avait été envoyé par le pape Agathon à Constantinople comme légat, avec quelques autres prêtres. Le 4 des nones d août (a août) , il fut enseveli dans l'église du bienheureux apôtre Pierre. L'épiscopat fut vacant pendant deux mois et dix-huit jours. 11 fut constamment malade. U ordonna treize évêques.
Conon, Sicilien , fils de Tracèse , siégea onze mois. 11 y eut de grands débats à son élection : car le clergé avait pris parti pour Farchi-prêtre Pierre , et l'armée pour le prêtre Théodore dont le nom suivait le premier. Mais tout à coup , par Tordre de Dieu , on abandonna Pierre et Théodore , et tout le monde choisit le seigneur Conon, vieillard de belle apparence, et très-religieux. II fut toujours retenu par ses infirmités-, il ordonna seize évêques. Il fut enseveli à Saint- Pierre le 10 des calendes d'octobre ( 21 septembre). L'épiscopat vaqua deux mois et vingt-trois jours.
Serge , Syrien , originaire d'Antioche , fils de Tibère, né à Palerme en Sicile, siégea treize ans, huit mois et vingt-trois jours, du temps de l'empereur Justinien , fils de Constantin. A la mort du pape Conon , une partie du peuple élut l'archi-prétre Théodore ; une autre partie Tarchi- diacre Pascal : mais pendant que de grands débats s'élevaient, Serge fut élu par le clergé. Cependant Pascal donna en secret une forte somme à l'exarque Jean Plautin , afin d'obtenir par son entremise les moyens den-
4aa OROERIC VITAL.
vahir la papauté à force ouverte. Ses entreprises n'en lurent pas moins inutiles. Peu de temps après, comme Pascal s'était attaché à certains eriebantemens , il fut dépouillé de Parchi-diaconat, et cinq ans après il mourut dans l'impénitence. L'empereur Justinien fit réunir dans la ville royale un concile, dont il signa de sa main impériale et transmit les décisions à Rome, au pape Serge , par le chef d'office Serge. Le pape ne voulut pas les souscrire, parce qu'il trouva qu'on y avait inséré certaines choses qui étaient contraires aux dogmes ecclésiastiques. Ce refus occasionna de grands troubles. L'empereur envoya à Rome Zacharie, protospathaire de ses armées, pour se saisir du pape , et le déporter à Constantinople. Mais , excitées par Dieu même, les troupes se réunirent à Ravenne, et les habitans de la Pentapole se rassemblèrent à Rome et fermèrent les portes de la ville pour mettre à mort Zacharie. Celui-ci, tout tremblant, s'enfuit dans la chambre du pape 5 et par bassesse , dans la crainte de Ja mort, il se cacha sous un lit. L'armée de Ravenne étant entrée en armes , par la porte de Saint-Pierre , se présenta au palais de Latran , et menaça d'enfoncer les portes qui étaient fermées , si l'on ne s'empressait de les ouvrir. Alors le bienheureux pape sortit, reçut honorablement les soldats et le peuple qui étaient accourus à sa défense -, et leur ayant fait une réponse pleine de douceur , il parvint à calmer les cœurs. Rempli du zèle de Dieu et de l'amour du prélat , ils ne voulurent pas quitter la garde du palais jusqu'à ce qu'ils eussent chassé ignominieusement de la ville le protospathaire. Cependant celui qui l'avait envoyé , recevant en son temps la récompense que
lui réservait le Seigneur , fut à bon droit privé de sa couronne ; et l'Eglise de Dieu, par les faveurs du Christ, fut conservée saine et sauve, ainsi que son prélat. Serge, conduit par Dieu, trouva daus le sanctuaire de Saint-Pierre , dans une cassette d'argent , une grande portion de la sainte Croix , et il ordonna qu'elle serait adorée tousjes ans parle peuple, le jour de l'Exaltation. Il ordonna aussi qu'au moment de la rupture du corps du Sauveur, le clergé et le peuple chanteraient trois fois : Agnus Dei. Il ordonna Damien archevêque de Ravenne, Berthoald archevêque de Cantorbéri, Clément Guillebrod évéque des Frisons, et quelques autres pour diverses provinces, au nombre de quatre-vingt-dix-sept. Il fut inhumé le 6 des ides de septembre ( 8 septembre ) dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre , sous le règne de Tibère. L'épiscopat fut vacant pendant un mois et vingt jours.
Jean, Grec, siégea trois ans, deux mois et douze jours. Il sauva par ses avis Théophylacte , exarque d'Italie , que le peuple en tumulte était 'sur le point de massacrer. 11 fit aussi rentrer dans ses domaines Guélulfe duc des Lombards , qui avait commis beaucoup de ravages et d'incendies dans la Campanie , et lui fit porter beaucoup de présens pour le rachat des captifs. Il consacra quinze évêques, fut enseveli à Saint-Pierre, et laissa l'épiscopat vacant pendant un mois et dix-huit jours.
Jean, Grec, fils de Platon, siégea deux ans, six mois et dix-sept jours. Ce pontife , très-savant et très-éloquent , fleurit du temps de Tibère et de Justinieu \ il rétablit avec un grand soin ce qui avait été dévasté
ou détruit dans les cimetières des saints et dans Jes églises. Cest alors qu'Aripert , roi des Lombards, fils de Ragirabert , duc de Turin , rendit à saint Pierre les Alpes Cottiennes, et en fit écrire la donation en lettres d or. L empereur Justinien recouvra , avec l'aide de Terbel , roi des Bulgares , le trône qu'il avait perdu , et fit égorger dans le Cirque, en présence du peuple , Léon et Tibère , usurpateurs de son empire. Le pape Jean ordonna dix-neuf évêques ; il fut envevelidans l'église du bienheureux apôtre Pierre, devant fa u tel qu il avait élevé à sainte Marie , mère de Dieu , le i5 des calendes de novembre { 1 8 octobre ). L'épiscopat vaqua deux mois.
Sisinnius, Syrien, fils de Jean, siégea vingt jours. Son caractère avait de la fermeté; il était très-attaché aux Romains ; il fut excessivement tourmenté par la goutte. Il mourut subitement le vingtième jour de son ordination , et fut enseveli à Saint-Pierre. L'épiscopat vaqua un mois et dix-huit jours.
Constantin , Syrien , fils de Jean , siégea huit ans et quinze jours. C'était un homme d'une bonté parfaite. Rome éprouva alors une grande famine, qui dura trois ans, et qui fut suivie d'une très-grande abondance. L'empereur Justinien envoya en Italie le patrice Théodore , qui prit Ravenne. Il fit exiler dans le Pont l'orgueilleux archevêque Félix, après lui avoir fait crever les yeux. A la prière de l'empereur, le pape se rendit à Constantinople , avec un grand nombre d'ecclésiastiques , et fut très-honorablement reçu par Justinien , par son fils Tibère , et par le peuple. Peu de temps après , Philippe tua Justinien et s'empara du trône. Il en jouit peu de temps : Anastase le chassa,
HISTOIRE DE NORMANDIE} LIV. 11. ^iS
prit la couronne et protégea la vraie foi. Le pape consacra soixante-quatre évéques. Il fut enseveli à Saint- Pierre le 6 des ides de janvier ( 8 janvier ). L'épiscopat fut vacant pendant quarante jours.
Grégoire, Romain, fils de Marcel , siégea seize ans, neuf mois, onze jours, du temps des empereurs Anastase , Théodose , Léon et Constantin. Il bâtit un grand nombre d'églises et d'abbayes , et fit beaucoup d'autres bonnes choses, qu'il est impossible d'énumérer. Il convertit la Germanie à la foi du Christ , par le moyen de l'évëque Boniface. Alors la lune parut ensanglantée jusqu'au milieu de la nuit. Le fleuve du Tibre sortit de son lit, et pendant sept jours couvrit tellement Rome, qu'il surpassait la porte Flaminienne, et que, dans la Voie Grande , l'eau s'élevait à la hauteur d'un homme et demi. Le pape, le clergé et le peuple, ayant fait de fréquentes processions, enfin le huitième jour , Dieu prenant pitié de tant de calamités, éloigna les eaux. Anastase , chassé du trône, combattit contre Tibère , mais il fut vaincu et obligé de se faire clerc. L'infâme nation des Arabes affligea l'Espagne pendant dix ans -, mais comme ils voulaient passer le Rhône pour entrer en France , Eudes, duc des Aquitains , les vainquit et en tua trois cent mille. On rapporte qu'il ne périt dans cette bataille que quinze cents Francs. On vit alors dans un certain lieu de la Campanie tomber du ciel une pluie comme de feu, qui brûla le blé, l'orge et les légumes. Sous l'empire de Léon , Constanlinople fut assiégée deux ans par les Arabes ; mais comme Dieu la protégeait y elle ne fut pas prise. Toutefois la famine et la peste enlevèrent trois cents habitans de cette ville.
Liutprand, roi des Lombards, opprimait alors les Romains; mais les exhortations, les prières et la sainteté du pape le retinrent et le rendirent plus modéré- Le duc Bazile , l'exarque Paul et quelques autres hommes pervers essayaient, d'après les instigations de l'empereur Léon , de faire périr le pape Grégoire ; mais les Romains et les Lombards, inspirés par Dieu, résistaient de tous leurs efforts et protégeaient le pontife. Ils mirent à mort Jourdain-le-Chartrier, Jean Barion, le duc ExcJarat et son fils Adrien, et mirent ainsi obstacle aux méchantes entreprises de l'empereur. Car ce prince avait prescrit de ne laisser dans aucune église les images ni du Sauveur , ni de sa sainte Mère , ni d'aucuns saints martyrs, ni des anges. Il prétendait que ces objets étaient maudits. En conséquence , dans la ville royale , il avait fait renverser les images sacrées, et les avait publiquement brûlées. 11 condamna à la décollation ou à l'amputation de quelques membres ceux qui s'opposeraient à l'exécution de ses ordres. Ainsi il priva de son siège Germain , évéque de Constantinople , qui lui résistait à cet égard , et il lui substitua le prêtre Anastase. Au mois de janvier , pendant dix jours , on vit briller de tous ses rayons vers l'occident l'étoile que l'on appelle Antefer. Ensuite Tibère -Petasius essaya de s'emparer du trône , mais il fut tué par l'exarque Euticius , et par les Romains qui avaient pris les armes. Le pape Grégoire ordonna cent cinquante évéques , et, après avoir fait beaucoup de bien , il fut enseveli dans l'église de saint Pierre, apôtre , le 3 des ides de février ( 1 1 février ). L'épiscopat vaqua un mois et cinq jours.
HISTOIRE DE NORMANDIE j LIV. II. 4*7
Grégoire, Syrien, fils de Jean, siégea dix ans, huit mois et vingt-cinq jours , sous l'empire de Léon et de Constantin \ Ce pontife se distingua beaucoup par sa sainteté, sa piété, sa sagesse , et par son éloquence dans les langues grecque et latine ; il fit un grand nombre d'établissemens utiles , et les églises lui durent de grands ornemens. Il réunit à Rome un synode de quatre-vingt-treize évêques contre Léon et Constantin , empereurs hérétiques , qui arrachaient des églises et faisaient brûler avec irrévérence les images sacrées de Dieu et de ses saints. Enfin il ajouta dans le canon à ce que devait dire le prêtre , et fit graver sur la pierre dans son oratoire, ces mots: Quorum solemnitas hodie in conspectu majestatis tuœ celebratur, Domine Deusnoster, in toto orbe terrarum. Le roi Liutprand assiégea Rome , ce qui détermina ce pape à solliciter des secours de Charles, roi des Français. C'est alors que quatre villes furent enlevées aux Romains , en faveur de Transamond , duc de Spolète , qui s'était réfugié à Rome. Le bienheureux pape consacra quatre-vingts évêques , et le 4 des calendes de décembre (28 novembre ), il fut enseveli dans l'église de l'apôtre saint Pierre. L'épiscopat vaqua huit jours.
Zacharie, Grec , fils de Polochrone , siégea dix ans, trois mois et quatorze jours. Orné de toutes les vertus», il servit beaucoup l'Eglise de Dieu. Alors l'Italie était troublée excessivement. C'est ce qui détermina ce pape à se rendre auprès du roi Liutprand ; il fit avec lui la paix pour vingt ans , et ramena les prisonniers qui avaient été faits. Liutprand mourut après un règne de trente-deux ans, et Ratchise, fils de Pémon ,
» Constantin Copronynie.
4^8 OKDERIC VITAL.
duc de Forli, monta sur le trône. Alors, pendant que l'empereur Constantin marchait contre les Arabes , u n certain Artonaste s'empara furtivement de l'empire. Constantin rassembla aussitôt l'armée d'Orient, attaqua vigoureusement la ville, se saisit du roi rebelle , et lui fit crever les yeux ainsi qu'à ses complices. Carloman , fils de Charles-Martel , roi des Français , se fit moine au Mont-Cassin. D'après les exhortations du pape, le roi Ratchise vint à Rome, et, par l'inspiration de Dieu , déposa le diadème royal et embrassa la vie monacale. Le pape Zacharie traduisit du latin en grec les quatre livres de Dialogues du pape saint Grégoire. Il ordonna quatre-vingt-cinq évêques. Le jour des ides de mars ( 1 5 mars ) , il fut enseveli à Saint-Pierre. L'épiscopat vaqua douze jours.
Etienne , Romain , fils de Constantin , siégea cinq ans et vingt-huit jours. Le peuple avait élu un prêtre nommé Etienne ; mais trois jours après , s'étant assis bien portant à son réveil pour régler ses affaires domestiques , il perdit tout à coup l'esprit et la parole et mourut le lendemain.
Etienne fut ordonné diacre ; il était orné de toutes les vertus. A cette époque, Astolphe, roi des Lombards , persécutait cruellement la sainte Eglise , et cherchait à soumettre entièrement Rome à sa puissance. C'est pourquoi le pape voyant qu'il ne pouvait rien obtenir de ce prince , ni par les prières , ni par tes présens , fut contraint de se rendre en France pour la défense de la sainte Eglise. Le roi Pépin, ainsi que les Francs, reçurent honorablement Etienne, qui passa l'hiver à Paris, dans le monastère de Saint-Denis. Ensuite Pépin , à la tête de l'armée française ,
alla mettre le siège devant Pavie , et força Astolphe de jurer la paix aux Romains. Pépin étant de retour dans ses Etats , Astolphe trahit ses sermens : il assiégea Rome pendant quatre mois, fit ouvrir les cimetières et viola les reliques d'un grand nombre de saints. Pour la seconde fois, Pépin, attiré par les prières du pape, remit le siège devant Pavie , et força le roi parjure à rendre à saint Pierre Ravenne , Narni , Rimini et plusieurs autres villes qui avaient été enlevées aux papes. Peu de temps après, Astolphe, étant à la chasse, périt, frappé d'un coup que la main de Dieu avait dirigé. Le duc Didier s'empara du trône. Le pape Etienne ordonna quinze évéques; il consacra Pépin, roi des Francs, la reine Bertrade, et leurs fils, Charles et Carloman. Le jour des calendes de mai ( ier mai ) , il fut enseveli dans l'église du bienheureux Pierre apôtre. L'épiscopat vaqua cinq jours.
Paul, Romain, frère d'Etienne , siégea dix ans et un mois. C'était du temps de Constantin et de Léon. Il opéra beaucoup de bien ; il ordonna soixante évéques. Après sa mort , l'épiscopat vaqua un an et un mois , pendant que l'usurpateur Constantin envahissait le siège apostolique.
Etienne, Sicilien, fils d'Olybus, siégea trois ans, cinq mois et vingt-huit jours. Homme habile, bon et sage, il rendit de grands services à l'église de Dieu. Avant son élection, il se commit à Rome un grand attentat j car Toton , duc de Népi, fit consacrer pape son frère Constantin, qui était laïque, par Georges , évêque de Préneste , qui fit cette ordination malgré lui. Après cette ordination, Georges tomba malade, et cet accident fut porté si loin qu'il ne put désormais chanter
43o ORDER1C VITAL.
la messe. Sa main droite se dessécha et fut tellement paralysée, qu'il ne pouvait pas même l'élever jusquà sa bouche. La même année il mourut de cette cruelle maladie. Un an après, Rome fut livrée au primicier Christophe et au sacristain Serge, le duc Toton fut tué frauduleusement par Démétrius et Gracoisus. Après cet événement , le pape Etienne fut légitimement élu à l'unanimité. Peu de temps après, quelques hommes médians s'emparèrent de l'intrus Constantin , de son frère Passibius et de Théodore, évêque et vicaire, qui eurent les yeux crevés. Christophe et Serge , son fils , ainsi que plusieurs autres, périrent dans les embûches et par les ordres du roi Didier. Sur ces entrefaites , dans les commencemens de son ordination, le pape Etienne envoya Serge , le secondicier auprès de Charlemagne , roi des Français , pour lui demander son avis et son assistance. Le monarque reconnaissant lui envoya douze des évêques, les plus illustres de France et des plus instruits dans les Ecritures divines et dans les règles des saints canons.
Au mois d'avril , il assembla un synode de beaucoup d'évêques , dans la basilique de Saint-Sauveur , près du palais de Latran. Constantin qui avait été fait si promptement de laïque qu'il était , clerc et même pontife , fut condamné par un jugement unanime. Ensuite on rendit une sentence générale sous l'interdiction de l'anathême , pour défendre d'élever aux hautes dignités de l'Eglise aucune personne , tant laïque que d'un autre ordre, autrement qu'en observant la distinction des grades -, et pour faire recommencer, à l'exception du baptême et du saint crème, tout ce que Constantin avait fait pour le culte divin dans les
matières ecclésiastiques. Le pape Etienne consacra trente évéques. Il fut enseveli à Saint-Pierre. L'épiscopat vaqua huit jours.
Adrien , Romain , fils de Théodore, du quartier de la Voie Grande, siégea vingt-trois ans, dix mois et dixsept jours. 11 était plein de noblesse, de beauté, de fermeté , de piété et de sainteté. Alors Didier, roi des Lombards , faisait beaucoup de mal à Rome , à Ravenne et à leurs sujets : c'est ce qui engagea Charlemagne , d'après les prières du pape , à se rendre en Italie -, il assiégea Pavie pendant six mois , la prit avec l'aide de Dieu , et fut reçu honorablement à Rome avec son armée , le samedi de Pâques. Ce monarque envoya en France le roi Didier qu'il avait pris avec son épouse, et restitua à saint Pierre tout ce qui lui avait été enlevé. Le pape Adrien construisit des églises , les décora , et fit beaucoup de choses excellentes; il engagea l'empereur Constantin à réunir à Nicée trois cent cinquante évéques , et fit traduire du grec en latin les actes de ce concile. La vingtième année du pontificat d'Adrien , le Tibre s'éleva jusqu'à la porte de Saint-Pierre, et causa beaucoup de dommages à tous les citoyens : mais le pape ordonna des processions -, et le Seigneur , dans sa commisération , retira les eaux. Ce pape ordonna cent quatre-vingt-cinq évéques : il fut inhumé dans Saint-Pierre le 7 des calendes de janvier (26 décembre) : le même jour le pape Léon lui fut substitué.
Léon, Romain, fils d'Aizupius , siégea vingt ans, cinq mois , seize jours. 11 fut semblable en tout à ses prédécesseurs. Pendant qu'il s'occupait de faire le bien , et qu'un certain jour il se rendait avec le peu-
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pie en procession au bienheureux Pierre apôtre , le primicier Pascal et le sacristain Campol sortirent tout à coup de leurs ,embûches avec des satellites armés, mirent en fuite, par la terreur des armes, l'assistance qui n'en avait pas , et s efforcèrent d'arracher au pape les yeux et la langue devant l'autel Saint- Pierre; mais quelques jours après il fut tiré de prison par le chambellan Albin-, et le Seigneur tout-puissant lui rendit toute sa santé. Cependant Winiges , duc de Spolète, vint à son secours. A la vue du pape qui , déchiré sous les bâtons , et traîné devant l'autel tout sanglant et demi-mort , avait été miraculeusement guéri, le duc et les autres fidèles glorifièrent le Seigneur. Apres ces événemens , le pape alla trouver le roi Charlemagne , et se plaignit à lui des malheurs qui lui étaient arrivés. Le monarque reçut honorablement un si grand homme, et le fît reconduire par les deux archevêques Idiluald et Arnon , par six évêques et trois comtes. Le Roi vint ensuite à Rome : il y fut couronné par le même pape , dans l'église Saint-Pierre, le jour de la Nativité du Sauveur , et déclaré Empereur romain, tant par tous les habitans de Rome que par les Francs.
Ensuite le a des calendes de mai ( 3o avril) , indiction 9 , un grand tremblement de terre se fit ressentir, et détruisit toute l'église de l'apôtre saint Paul , que le pape Léon fit très-bien rétablir. 11 ordonna de faire des processions pendant les trois jours qui précèdent l'ascension du Seigneur. Aucun de ses prédéctsseurs ne fit autant que lui pour les églises des saints, pour leur décoration, et pour toutes les autres choses qui leur sont nécessaires. 11 ordonna cent vingt-six évê-
HISTOIRE DE NORMANDIE j U V, H.
ques. 11 fut enseveli dans la basilique de l'apôtre saint Pierre, le 2 des ides de juin ( 12 juin). L'épiscopat vaqua un mois.
Etienne , Romain, fils de Marin , siégea sept mois. Pour confirmer la paix de la sainte Eglise, il se rendit en France auprès de l'empereur Louis, et obtint de lui tout ce qu'il voulut. Il rappela avec clémence les criminels qui avaient été exilés pour l'attentat commis sur le bienheureux pape Léon. 11 consacra cinq évêques ; il fut enseveli à Saint-Pierre. L'épiscopat vaqua vingt-six jours.
Pascal , Romain , fils de Bonose , siégea sept ans , quatre mois , dix-huit jours. 11 se montra le plus saint imitateur de ses prédécesseurs, et fit beaucoup de choses utiles et belles pour l'avantage de l'Eglise et du peuple. Il consacra quarante évêques -, et fut enseveli dans l'église Saint-Pierre. L'épiscopat vaqua quatre jours.
Eugène, Romain, homme bon et saint, siégea quatre ans. L'univers jouit alors d'une grande abondance, et de la paix.
Valentin , Romain , fils de Pierre , du quartier de la Voie Grande , doué de toutes les vertus , siégea quarante jours. Il fut élu dans le palais de Latran par cent évêques , par les grands de Rome et par tout le peuple : tiré de l'église de Sainte-Marie mère de Dieu , il fut élevé au trône pontifical , mais peu après il mourut saintement.
Grégoire, Romain, fils de Jean, beau et noble, sage et saint , siégea seize ans. Alors les Arabes sortirent de leur pays, et dévastèrent horriblement les îles et les Etats chrétiens. Ils tuèrent les hommes, j. a8
dépouillèrent les basiliques et les habitations des fidèles ; et dans leur fureur insensée commirent les plus grandes destructions. Tant de désastres déterminèrent le pape Grégoire à faire entourer de murs la ville d'Ostie, qui , depuis ce moment , à cause de ces constructions , prit le nom de Grégorianopolis. H fit en outre d'innombrables travaux $ car il bâtit beaucoup de basiliques, fit transférer les corps d'un grand nombre de saints, et les plaça avec soin dans des lieux convenables. 11 consacra cent quatre-vingt-cinq évêques, et fut enseveli dans l'église de l'apôtre saint Pierre. L'épiscopat vaqua quinze jours.
Serge, Romain, fils de Serge, siégea trois ans. Quoiqu'il eût été régulièrement élu , le diacre Jean , à la tête d'une troupe de paysans armés de piques , • brisa les portes , et , transgressant la tradition de la loi et de Tordre, entra par violence dans le palais pontifical. Il s'était à peine écoulé une heure, que la troupe , saisie de frayeur , prit la fuite. Alors l'intrus Jean fut pris, frappé de verges , et privé du diaconat. Dans ce temps-là, l'empereur Lothaire envoya à Rome Drogon , archevêque de Metz , et Louis , son propre fils, avec un grand nombre d'évêques , d'abbés et de comtes-, ils firent, durant leur route, un grand carnage dans les villes et les campagnes , et forcèrent de fuir dans les cavernes tous les gens du pays qu'ils avaient effrayés par leur tyrannique cruauté. Un certain jour, les nuages les plus noirs s'amoncelèrent, et quelques-uns des primats de Drogon périrent frappés de la foudre. Cependant Louis se rendit à Rome ; le pape Serge lui donna l'onction sainte , et le consacra roi des Lombards. Serge or-
HISTOIRE DE NORMANDIE; LlV. 11. 435
donna vingt-trois évêques-, il fonda plusieurs abbayes et plusieurs églises. Il fut enseveli dans Saint-Pierre. L'épiseopat vaqua deux mois et quinze jours.
Léon, Romain, fils de Raduald, siégea huit ans , trois mois et six jours. Il se distingua par d'innombrables bienfaits, de même que le soleil luit sur le monde-, il servit de toute manière l'Eglise de Dieu en faisant construire des édifices , en les ornant et en faisant beaucoup d^autres choses utiles. Peu après la mort du pape Serge , les Sarrasins dépouillèrent les basiliques des deux apôtres Pierre et Paul ; mais, comme ils voulaient retourner en Afrique sur leurs vaisseaux, la tempête les attaqua, et ils périrent en mer. Alors la ville de Rome éprouva un tel tremblement de terre, que tous les élémens semblaient s'anéantir. Léon défendit aux laïques d'assister aux messes qui se disaient dans les presbytères. La première année de son pontificat, il mit en fuite , par ses prières et ses mérites, un basilic qui, retiré à Rome dans de noires cavernes , tuait de son souille quiconque l'approchait. Ce bienheureux pape, au moyen d'un signe de croix , éteignit un incendie violent qui dévorait la rue des Saxons. Il bâtit plusieurs églises , leur donna des ornemens , restaura quelques anciennes villes, et renouvela les murs de Rome. Il entoura aussi d'un mur l'église Saint-Pierre , la fortifia comme une ville , qui de son nom fut appelée Léonienne , et il en fit la dédicace, le 4 des calendes de juillet (*8 juin), réuni à tout le peuple romain, et au milieu de l'allégresse générale.
J'ai fait mention des cent pontifes qui, après le bienheureux Pierre, occupèrent le siège apostolique ;
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je les ai insérés dans ce petit ouvrage, selon que je les ai trouvés dans les écrits du saint pape Damase à Jérôme ou dans les gestes pontificaux. Quant aux quarante autres qui présidèrent au siège des Apôtres depuis Léon iv jusqua notre âge, je n'ai pu découvrir à leur égard que des récits mutilés • c'est pourquoi je n ose dire que peu de chose sur leur compte : je me bornerai à donner leurs noms par ordre. Mais je suis forcé de garder le silence sur leur origine et leurs actes, jusqu'à ce que je puisse , secondé par Dieu et comme je le désire, découvrir des ouvrages plus parfaits.
Le pape Benoît siégea un an, six mois et dix jours ; le pape Nicolas neuf ans et dix mois; le pape Adrien cinq ans; le pape Jean dix ans ; le pape Marin un an et quatre mois; le pape Adrien un an et quatre mois
aussi.
Le pape Agapit siégea un an -, Basile et Etienne siégèrent un an. Ensuite Formose, Jean et Etienne . fleurirent du temps de Louis d'Outre-mer. Ils furent suivis de Marin, d'Agapit, dOctavien, de Léon, de Benoît , de Jean , qui bénit Othon le jeune, de Benoît, d'un autre Benoît , de Gerbert, deSilvestre, d' Agapit et de Benoît. Ainsi , pendant près de cent dix ans , onze papes occupèrent le siège apostolique; mais, jusqu'à ce jour, je n'ai pu découvrir ni leur généalogie, ni le temps certain de leur élévation ou de leur mort.
Clément Suitger, qui avait été évéque de Bamberg, siégea neuf ans; il bénit l'empereur Henri et Agnès son épouse.
Opon Damase \ ancien évëque d'Aquilée, siégea un an.
Léon , Lorrain , siégea cinq ans. Sous le nom de Brunon , il fut évêque de Toul ; il passa en France , et tint à Rheims un grand concile. Il remit en vigueur plusieurs anciens décrets des- saints Pères, lesquels étaient tombés en désuétude -, il établit beaucoup de réformes utiles et salutaires , tant dans l'Eglise que dans les affaires du siècle.
Gebehard Victor siégea trois ans -, Frédéric Etienne , fils du duc Gothelon, siégea un an.
Girard Nicolas , premier pape pris en France , siégea deux ans.
Alexandre, de Lucques, siégea onze ans.
Grégoire Hildebrand , moine depuis son enfance , siégea quatorze ans. De son temps, l'empereur Henri plaça Fintrus Guibert, évêque de Ravenne, sur le siège de Rome, et, ayant chassé le pape, apporta de grands troubles dans l'Eglise.
Didier Victor, qui était abbé du Mont-Cassin, siégea deux mois.
Urbin Odon , qui avait été moine de Cluni et évêque d'Ostie , siégea douze ans. Ce fut lui qui engagea l'armée chrétienne à marcher contre les Païens à Jérusalem.
Pascal Rainier , de la vallée des Bruttiens ; ancien moine , siégea douze ans.
Gelase Jean, de Gaëte, siégea deux ans. Calixte Gui, fils de Guillaume, duc des Bourguignons, ancien archevêque de Vienne, siégea six ans.
* Popon.
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Honorius Lambert , ancien évêque d'Ostie , siégea cinq ans.
Innocent Grégoire , de la famille des Papi , siégea douze ans. La neuvième année de son pontificat, il tint à Rome un grand concile : il établit beaucoup de choses utiles, dont on n'a conservé qu'un petit nombre.