‹ Histoire de Normandie (volume 4)Chapitre 5 sur 30 · I»4 0ADE1UC VITAL · texte numérisé non relu

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pouvoir dans tout le Vexin. Entouré d'un nombreux cortège de fils , de parenspuis&ans et d'alliés très-opulens d'ailleurs, il s élevait au dessus de presque tous ses voisins. Sa femme nommée Rollande, fille d'Odon de Chaumont, lui donna Godefroi et Pierre, Jean et Guallon, et plusieurs filles qui eurent une grande postérité. Le père et les frères dont nous venons de parler furent des chevaliers d'un grand mérite, et, autant du moins qu'il le parut à l'extérieur, fort religieux, et probes envers Dieu et les hommes. Rollande fut toute sa vie douée d'une honnêteté parfaite : elle survit encore aujourd'hui à son mari et à ses enfans, depuis long-temps enlevés au monde. Ce fut par leur bienveillance et leur protection que la chapelle Saint-Nicolas fut bâtie et rendue jusqu'à ce jour propre à l'habitation des moines , qui vivent régulièrement et chérissent la paix.

A cette même époque, Foulques, fils de Radulphe de Chaudri, aima beaucoup le vénérable Roger, à cause des bonnes qualités qui le distinguaient. Il lui présenta son fils pour le tenir sur les fonds de baptême : ce qu'il fit avec beaucoup de plaisir. Comme leur connaissance et leur amitié s'accrurent peu à peu , Foulques donna à son compère l'église de Saint-Martin de Parnes 1 , dans laquelle se réunissaient aux jours prescrits les fidèles de sept villages voisins , pour rendre leurs vœux au Seigneur, et pour entendre, comme il convient , les louanges et les préceptes de Dieu. Il manda l'abbé Mainier. Quand ce père fut arrivé à Parnes , Foulques, du consentement de son frère Guasselin, donna à Saint-Evroul l'église , toutes les redevances

« Dan» le Vexin , pre* du flfonl-Jnvouli , sur le Cudrond.

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auxquelles elle avait droit , dans le même lieu une terre d'une charrue, la dîme de sa charrue, la propriété de deux maisons, et un moulin nommé Barre* Chemin , de plus l'archidiaconat qu'il tenait de ses prédécesseurs auxquels lavait cédé l'archevêque de Rouen, et la seigneurie sur tous les hôtes qui résidaient à Parnes, à la condition que s ils forfaisaient au couvent , il ne les punît pas à leur domicile , mais partout ailleurs. Les habitans de Parnes se félicitaient beaucoup d'être soumis aux moines , espérant qu'avec leur protection , ils seraient mis à l'abri des insultes des Normands de leur voisinage , dont les vexations étaient fréquentes. Par la suite , sous le prieuré de Goisbert le médecin , Foulques fit don de tout le cimetière, pour commencer la nouvelle église. Alors on jeta les fondemens de l'édifice, qu'une succession d'obstacles pendant trente-quatre ans, n'a pas encore permis de terminer. Ce chevalier était courageux et magnanime, et très -ardent dans toutes ses entreprises; prompt à s'enflammer de colère, et terrible les armes à la main ; disposé à ravir audacieusement le bien d'autrui , comme à prodiguer imprudemment le sien, afin de mériter le frivole éloge de magnifique. Il prit pour femme Ita, fille de Hérémard de Pontoise, de laquelle il eut Gauthier, Mainier, Hugues, Gervais, Hérémard et Foulques, ainsi qu'une fille nommée Luxovie. Dès leur enfance, Mainier et Foulques furent liés par la règle monacale ; les quatre autres suivirent la carrière des armes.

Foulques, dont j'ai déjà peint le caractère inconstant, aimait beaucoup les moines et les défendait courageusement contre leurs ennemis, et quelquefois

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aussi il les vexait cruellement. A Parnes , le vieux Roger et Goisbert le médecin , Robert-le-Chauve et Haimeric, Jean et Isambert, et plusieurs autres servirent Dieu dans la vie monastique. Quelques-uns d'eux, tels que Bernard surnommé Michel, Rainauld, Théoderic, Gaultier-le-Chauve et Guillaume de Caen, qui fut surnommé Alexandre, vécurent dans une grande religion, et ayant terminé leur carrière y furent inhumésavec respect.Tout ce que Foulques avait donné aux moines leur fut confirmé par Robert l'Eloquent de Chaumont, qui était le seigneur principal. Peu de temps après, comme il enlevait avec violence le butin qu'il avait fait sur la terre de Saint- Ouen , il tomba de cheval tout armé ; son casque entra en terre, il se rompit le cou et mourut misérablement. Son corps fut enseveli près d'AJiières par l'abbé Mainier, dans le chapitre des frères de PVavigni, qui y demeuraient. Alors ses fils, Otmond de Chaumont, Guazon de Poix «, et Robert de Beau vais confirmèrent à Saint -Evroul tout ce qui avait été donné ou concédé par leurs prédécesseurs, ainsi que nous l'avons rapporté. C'est ainsi que l'église de Parnes fut accordée aux moines d'Ouche : cette église fut bâtie anciennement en l'honneur de Saint-Martin, archevêque de Tours : on y conserve avec respect depuis long-temps le corps de saint Josse, confesseur du Christ. Je dirai en peu de mots quel était ce saint, et d'où il était originaire; je puiserai avec véracité quelques détails dans un volume écrit sur sa sainte vie.

Le bienheureux Josse était fils de Judicael, roi des

1 DePexeio.

Bretons, et frère d'un autre Judicael, roi aussi. Pendant qu'on le cherchait pour lui confier le trône, il se rendit en pèlerinage à Rome avec onze autres pèlerins , après avoir abandonné les études qu'il faisait au couvent de Lanmelraon. Haimon, duc de Ponthieu , l'ayant reconnu pour un noble personnage , le retint à son passage, et le fit ordonner prêtre chape- lain. Sept ans après, Josse servit Dieu dans l'ermitage de Braïc, sur la rivière d'Autie', où il vivait d'oiseaux de différentes espèces, et de petits poissons qu'il prenait à la main , comme des animaux privés. N'ayant qu'un seul pain, qu'il allait diviser à quatre pauvres, malgré les murmures de son disciple Oulmare, il reçut de Dieu, par la rivière d'Autie, quatre petites barques chargées de provisions de toute espèce. Ensuite il bâtit un oratoire en l'honneur de saint Martin à Runiac, sur la rivière de Canche', et s'y fixa pendant quatorze ans. Un jour qu'un aigle avait enlevé onze poules , et finit par emporter le coq lui-même , l'homme de Dieu se mit en prières, et fit un signe de croix : aussitôt l'aigle revint, rendit le coq sain et sauf et mourut aussitôt.

Un jour que Josse se trouvant avec le duc Haimon cherchait dans une épaisse forêt une habitation qui lui convînt, le duc, fatigué par la chasse et par la soif, s'endormit : l'homme de Dieu enfonça en terre le bâton dont il se servait , fit sa prière à Dieu , et une fontaine jaillit aussitôt. Les malades y viennent avec vénération, et dès qu'ils y ont bu, ils sont soudain guéris.

Le serviteur de Dieu construisit de ses propres

• Braicum , probablement la Broie. — » Quantia,

mains dans la forêt, deux oratoires en bois; il dédia l'un à Pierre , le porte-clef des cieux , et l'autre à l'éloquent Paul. De là il partit pour Rome, et en apporta beaucoup de reliques de saints. La jeune Juliule, aveugle de naissance , fut avertie dans une vision qu'elle devait se laver la figure avec l'eau dans laquelle Josse lavait ses mains. Dès qu'elle l'eut fait elle recouvra la vue. Cet événement se passa au retour de l'homme de Dieu, et l'on éleva une croix de bois en ce lieu, qui de là fut appelé La Croix. Cependant, lorsque Josse était en route pour Rome, le duc Haimon fit construire dans l'ermitage une église en pierre , qu'à l'arrivée de l'homme de Dieu il fit dédier en l'honneur de saint Martin. 11 donna en outre pour doter cette église une ferme de ses propriétés, avec tous les accessoires qui en dépendaient. C'est là que Josse, ce fidèle athlète de Dieu, combattit long-temps pour le ciel , et , terminant heureusement le cours de sa sainte vie, se rendit auprès du Christ, le jour des ides de décembre ( 1 3 décembre ).

Ses deux neveux Winoch et Arnoch lui succédèrent en ce lieu , et prirent l'habitude de laver et de nettoyer le saint corps , qui resta long -temps sans se corrompre. Drochtric , successeur d'Haimon , ayant connu ce miracle , hésita à le croire. Voulant dans son audace s'en assurer, il fit ouvrir le saint tombeau de vive force, et y ayant porté ses regards insolens , il s'écria saisi d'effroi : « Ah ! « saint Josse ! » Aussitôt il devint sourd et muet , et , jusqu a sa mort , il éprouva une grande faiblèsse dans toutes les parties de son corps. La femme de ce duc , effrayée du malheur de son mari , éleva ses

gémisseraens vers Dieu , et , pour le salut de son ame , donna à saint Josse les deux villages de Crespiniac et de Nétreville \ Ces événemens se passèrent du temps de Dagobert, fils de Clotaire -le -Grand , roi des Francs. Isembard de Fleuri , à la demande de l'abbé Herbald, écrivit au moine Adelelme que le corps de saint Josse fut découvert de la manière que voici, Fan de Tlncarnation du Seigneur 977 , sous Lothaire , fils de Louis, roi des Français. Un certain paysan nommé Etienne , qui gagnait sa vie à travailler dans un moulin, averti en songe par un certain homme dont les habits étaient éclatans, alla au lieu où était le saint, et, abandonnant sa femme et ses enfans , il se fit clerc. Conformément aux avertissemens de sa vision , il se mit à chercher dans l'intérieur de Féglise, et, de l'avis de Pridien Sigenaire , il découvrit le tombeau à la droite de l'autel Saint-Martin , et trouva le corps de saint Josse, dont tous les mortels avaient jusqu'alors ignoré l'emplacement. Chacun s'étant réjoui de cet événement et chantant les louanges de Dieu , on déterra le mausolée avec le saint corps. La renommée fit connaître partout cette découverte : une grande multitude de peuple accourut de toutes parts pour voir lever le corps , et lui offrit des vœux et des présens. 11 s'opéra là beaucoup de miracles, et un grand nombre de maladies différentes y trouvèrent leur guérison. Enfin, le huit des calendes d'août ( 25 juillet), le corps de saint Josse fut déposé avec vénération sur Fautel de Saint-Martin.

Cette même année on commença en ce lieu à jeter les fondemens d'un monastère ^ on entreprit d'y réta-

1 Cnspiruacum ; Netreuilla.

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