‹ Histoire de Normandie (volume 5)Chapitre 14 sur 20 · XXXII. Si une femme en fait autant , semblable peine · texte numérisé non relu

XXXII. Si une femme en fait autant , semblable peine

XXXIIL Si un mari quitte sa femme , ou la femme son mari sans la permission de Tévéque , semblable peine.

XXXIV. Ceux qui consultent les morts ou font des maléfices , semblable peine.

XXXV. Si quelqu'un désavoue ou nie le crime qui lui est imputé, et qu'il en soit convaincu par le jugement du fer, si ce n'est pendant la trêve de Dieu , semblable peine.

' Bétail égaré. — * Si guis assallierit,...

Bpela (le son nom Julia-Bona , dont les Barbares ont , tpar la corruption du mot, fait sortir celui de Lille- ^bonne. César parcourut exactement toute laNeustrie, ft fit bâtir sur le fleuve de la Seine la ville de Rouen, dans un lieu très- avantageux , où les rivières d'Au- Ibette * et de Robec ^ coulent pour aller se jeter dans la Seine à l'orient, tandis que la Maronne ^ coule à t'occident. Cette ville fut appelée par ses fondateurs ttodomus y comme pour signifier la maison des Romains ( Romanorum Domus ). Là se fixa en sûreté une légion romaine, pour gouverner et contenir les provinces d'alentour ^.

La ville de Rouen est très-peuplée et très-riche par différens genres de commerce^ elle est très-agréable à cause de Taffluence de bâtimens qui se réunissent dans son port , par le murmure de ses eaux courantes et par l'agrément de ses prairies. Une grande abondance de fruits , de poissons et de toutes sortes de denrées ajoute encore à son opulence. Les montagnes et les forêts dont elle est entourée de toutes parts , les murs , les retranchemens et les autres constructions militaires, la rendent très-forte. Elle reçoit beaucoup de lustre de ses édifices ainsi que de l'aspect de ses maisons et de ses églises. Ce fut vers elle que saint Denis, du temps de l'empereur Domitien, enyoya l'évéque Nicaise avec ses compagnons-, mais, pendant leur voyage , Nicaise fut arrêté dans un certain lieu

• Albula.

' Rodebeccum.

' Ou Bapaume.

* 11 serait difficile de découvrir où Orderic Vital a puise' toutes les erreurs qu'il raconte ici sur Lillebonne et sur la foadation de la ville de Rouen.

3l4 ORDERIC VITAL.

XL VII. Si les évéques peuvent prouver devant la cour du roi qu'ils ont possédé du temps du comte Robert, ou par la concession du roi Guillaume, quelque chose qui ne soit pas écrit ici , le roi ne leur en conteste pas la propriété ; mais ils ne doivent pas s'en saisir, jusqu'à ce qu'ils aient prouvé à sa cour qu'ils doivent lavoir. II en est de même des laïques auxquels le roi ne retire , par le présent décret , rien de ce qu'ils pourront prouver à sa cour que les évêques n'ont pas droit de posséder : toutefois les évêques n'en seront pas dessaisis *, jusqu'à ce que les laïques prouvent à la cour du roi que les évêques ne doivent pas le retenir.

Ce synode fut célébré sur le bord de la Seine , dans un bourg royal ' où fut autrefois l'antique ville que les habitans appelaient Galet, d'où le pays cirçonvoisin, depuis la mer jusqu'à Talou ', a été appelé Gaux *. Gomme on lit dans les anciens livres qui trai* tent des exploits des Romains, Gains Jules-Gésar assiégea cette ville et la détruisit pour se venger de l'excessive obstination des assiégés, qui se défendirent très-vivement dans l'intérieur de la place. Ensuite, ayant, suivant ses désirs, puni ses ennemis, et considérant les avantages du lieu, il y bâtit provisoirement un fort pour y établir les Romains , et l'ap-

' Episeopos inde non disaisiscant,..,

* In vico reguli..,. Sigebert Tappelle aussi Sedes regia,

^ Talaucium, On lit dans d^autres aatears Xalogiwn. C'est le comté de Tellau ou plutôt Talou , qui prit ensuite le nom de comte' d'Arqués , vers le x* siècle.

4 Le mot CaleteSf dans Jules-César, désigne les habitans du territoire que nous appelons le pays de Caux. Quant à une prétendue ville nommée Caletus , comme le dit ici Orderic Vital , et comme l'a répété Nagerel , on ne trouve nulle part aucune trace d'une semblable dénomination pour un tel lieu.

HISTOIRE DE NORMANDIE^ LIV. V. Sl^

laquelle est située sur la rivière d'Itou , et y répandait •es lumières. En effet, le bienheureux Taurin y avait . été envoyé par Denis Macaire, et, avec l'aide de Dieu, jivait fait de nombreux miracles -, car Dieu était touurs avec lui et dirigeait glorieusement toutes ses Ipeuvres. C'est ce qui lui avait fait choisir courageuseioient les souffrances et les tourmens de ce siècle. Il ^vait laissé à Rome son père Romain Tarquin , et sa paère Eutychie, très-pieuse adoratrice du Christ, avec îplusieurs autres personnes qui étaient de ses amis ou ^e ses parens. Par l'ordre du pape Clément , ce jeune et agréable voyageur s'était rendu dans les Gaules {^vec le Grec Denis. Lorsque la seconde persécution ^exerça ses rigueurs contre les chrétiens sous l'empire ..de Domitien, ce Denis, promu à l'évêché de Paris, or- ^donna évéque Taurin qu'il aimait comme son fils, et r jui était déjà parvenu à l'âge de quarante ans , et , ^ après lui avoir prédit tout ce qu'il aurait à souffrir , vfl l'envoya au nom du Seigneur auprès des habitans id'Evreux. Comme l'homme de Dieu s'approchait des ^portes de la ville , le démon se présenta devant lui «tous trois formes différentes : il voulut effrayer le ^champion du Christ en s'offrant à ses yeux comme un Ours, comme un lion et comme un buffle-, maisTauiriin , semblable à un mur inexpugnable , résista fortement dans la foi et reçut l'hospitalité dans la maison de Lucius. Le troisième jour , comme Taurin prêchait le peuple d'Evreux, et que ses nouveaux auditeurs éprouvaient un grand plaisir à recevoir les douceurs de la foi , le diable , plein d'affliction , se mit à tourmenter Euphrasie , fille de Lucius, et la jeta dans le feu. Elle mourut aussitôt : mais, peu après. Taurin

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qu'oQ appelle Ecaux * par Sisinnius Fescenniiius, et, persévérant constamment dans la foi du Christ, il fut décollé avec le prêtre Quirin et le diacre Scunicule', le 5 des ides d'octobre (ii octobre). Les persécuteurs de ces saints firent abandonner leurs corps aux oiseaux de proie , aux chiens dévorans et aux autres bêtes féroces pour leur servir de pâture 5 mais, par Tordre de Dieu tout -puissant, ils furent conservés intacts, grâces aux soins des anges. Quand les satellites profanes se furent retirés , les saints martyrs se levèrent miraculeusement la nuit suivante , par le secours d^ Dieu ; puis , ayant pris leur tête , ils passèrent la rivière d'Epte vers un gué jusqu'alors inconnu aux hommes et se reposèrent dans une île très-agréable que forme cette rivière. En mémoire de ces saints, ce lieu a conservé jusqu'à ce jour le nom de Gâni ', c'est-à-dire gué Nicaise. Par les mérites de ces martyrs , Dieu accorda beaucoup de bienfaits à ceux qui 'l'imploraient avec foi. Les anciens Gentils , après le martyre de leurs prédicateurs , possédèrent long- temps la ville de Rouen et la remplirent des innombrables ordures de leurs idoles jusqu'à répoque de saint Mellon archevêque.

Dans ce même temps , la foi du Christ avait conquis la ville des Evantiques, c'est-à-dire d'Evreux *,

' Scanciusy et non pas Soamnis , comme on lit dans le texte de Dur chesne, page 55 j. On écrit aujourd'hui plus communément Ecos. Cette commune est dans Tarrondissement d'Andelys , département de l'Eure.

• Saint-Nicaise ou Pîigaise f Saint-Cerin ou Quirin {Quirinus)\ Saint- Escobille ou Egobille (Scuniculus, iScuvicuîus , ScnbiliuSy etc.).

' P^ani , id est vadum lYigasii.

* C'est l'ancien Mediolanum Eburouicum. Il ctait situé au Vieil- Errenx , à deux lieues sud-est de la ville actuelle.

ij L'envieux Satan s'affligea de voir tant de bien 5 il esji saya de porter atteinte à l'homme de Dieu, par di- / verses machihations , et suscita contre lui beaucoup j d^ennemis.DeuxmagicienSîCambissesetZaraa, étaient

/.prêtres de Diane. Ils gémirent de voir le peuple se convertir à Dieu , et engagèrent vingt de leurs disciples à tuer Taurin. Dès leur arrivée, l'homme de Dieu les vit de loin et les reconnut ; faisant contre eux le ^gne de la croix , il les força aussitôt de rester immobiles. A son ordre ils redevinrent libres , se jetèrent à ses pieds , crurent et furent baptisés au nom de la sainte et indivisible Trinité. Quand les magiciens Inrent que leurs artifices étaient impuissans contre le soldat du Christ , ils se tuèrent de leurs propices couteaux. Cependant le comte ' Licinius entendit parler ; du bienheureux pontife , et se le fit présenter dans ^, sa maison de Gisai *. Comme on y conduisait Taurin, il rencontra un paralytique dont la sœur était aveugle, sourde et muette. Aussitôt il bénit de l'eau , en . versa sur les malades, et ils recouvrèrent la santé. ^ Les bourreaux virent ce miracle et crurent aussitôt - au Seigneur. Le prélat et le comte disputèrent vivement sur l'idolâtrie et la croyance de Dieu \ le comte ordonna , dans les transports déraisonnables de sa fureur , de dépouiller Taurin et de le frapper de verges. Le saint prélat pria Dieu avec fidélité , et fut reconforté par une voix qui se fit entendre du ciel. Les mains des bourreaux se desséchèrent à l'instant. Licinius , enflammé de colère contre sa femme Léoville , parce qu'elle parlait en faveur de l'homme de Dieu , le fit livrer aux tortures.

' Consul. — > In GizaicoviT/a. Dans rarrondiiscment de Bernai.

3l8 ORDERIC VITAL.

s'ëtant mis en prières et ayant ordonné à cette fille de ressusciter , elle revint à la vie au nom du Seigneur. On ne trouva en elle aucun signe de brûlure. Tous ceux qui virent ce miracle éprouvèrent une terreur soudaine, et dans leur stupeur crurent au Seigneur Jésus -Christ. Ce même jour, cent vingt hommes furent baptisés , huit aveugles rendus à la lumière, quatre muets recouvrèrent la parole, et beaucoup d^autres personnes afi&igées de diverses infirmités revinrent à la santé au nom du Seigneur.

Taurin entra ensuite dans le temple de Diane, et, par la vertu de Dieu, força le diable de se rendre visible au peuple. A cette vue, toute la population païenne fut saisie d'une grande frayeur; car il leur apparut clairement sous la forme d'un Ethiopien noir comme la suie , ayant la barbe longue, et jetant par la bouche des étincelles de feu. Ensuite un ange du Seigneur arriva brillant comme le soleil , et, aux regards de tout le monde, emmena le démon les mains liées derrière le dos. Dans le cours de cette journée deux mille hommes furent baptisés , et tous les malades furent guéris par le secours divin. Déodat, frère d'Euphrasie, vit ces choses; il crut, fut baptisé, et, devenu prêtre, il rapporta avec vérité par écrit ce dont il avait été témoin. Alors Taurin fit son entf ée dans le hideux temple de Diane , le purifia par ses exorcismes , ses prières, et le consacra au service divin en l'honneur de sainte Marie mère de Died. D se mit ensuite à détruire les idoles dans tout le pays aux environs , à consacrer des églises au Christ , à visiter tout son diocèse , à faire des ordinations csmiyniques , et à établir des hôpitaux en tous lieut.

HISTOIRE DE NORMANDIE", LIV. V. iig

L'envieux Satan s'affligea de voir tant de bien ^ il essaya de porter atteinte à Thomme de Dieu , par diverses machihations , et suscita contre lui beaucoup d'ennemis. Deux magiciens, CambissesetZaraa, étaient prêtres de Diane. Ils gémirent de voir le peuple se convertir à Dieu , et engagèrent vingt de leurs disciples à tuer Taurin. Dès leur arrivée, l'homme de Dieu les vit de loin et les reconnut ; faisant contre eux le $igne de la croix , il les força aussitôt de rester immobiles. A son ordre ils redevinrent libres , se jetèrent à ses pieds , crurent et furent baptisés au nom de la sainte et indivisible Trinité. Quand les magiciens virent que leurs artifices étaient impuissans contre le soldat du Christ, ils se tuèrent de leurs propres couteaux. Cependant le comte ' Licinius entendit parler du bienheureux pontife , et se le fit présenter dans sa maison de Gîsai *. Comme on y conduisait Taurin, il rencontra un paralytique dont la sœur était aveugle , sourde et muette. Aussitôt il bénit de l'eau , en versa sur les malades, et ils recouvrèrent la santé. Les bourreaux virent ce miracle et crurent aussitôt au Seigneur. Le prélat et le comte disputèrent vivement sur l'idolâtrie et la croyance de Dieu ; le comte ordonna , dans les transports déraisonnables de sa fureur , de dépouiller Taurin et de le frapper de verges. Le saint prélat pria Dieu avec fidélité , et fut reconforté par une voix qui se fit entendre da ciel. Les mains des bourreaux se desséchèrent à rinstaoL nius , enflammé de colère contre sa femme parce qu'elle parlait en faveur de Thomme le fit livrer aux tortures. • '■ •#

' Consul. — > In Gizaico villa, DaniTi

3s^ ORDEBIC VITAL.

qa'ii avait prédit reçat son accomplissement. En effet, k tombeau du saint prêtre et l'anniversaire de sa mort fttfeot long*temjf» dérobés à la connaissance dés bom« mes^ mais, par là révélation de Dien, ils obtinrent ensuite une glorieuse manifesfiation. Journellement il se fait ënbore à Evreux de nombreux miracles par rin** tercession de ce saint. Le démon qu'il avait expulsé du temple de Diane resta long-temps dans la m<éme ville y let se présenta fréquemment sous diverses formes, mais il ne put puir^ à personne. Le vulgaire rappeUe Gbbelin % et assure que, jusqu'à ce jour, lés mérites de saint Taurin Font empêché de nui^ aux hommes : comme il avait obéi aux ordres du saint évè* que en brisant ses propres statues, il ne fut pas àlHnstant replongé dans Tenfer, mais il subit sa peine dans le lieu où il avait régné , et vit sauver les hommes auxquels il avait si souvent insulté en travaillant de tant de manières à leur perte.

Les habitans rapportent , et ce fait est vrai , qu'il ne peut vivre aucun animal venimeux dans la ville d'Evreux, quoique le sol naturellement gras du pays, baigné par le cours de la rivière d'Iton, produisit beaucoup de couleuvres ainsi que de serpens , et que la ville d'Evreux fût remplie de ces animaux. A la demande des citoyens qui se plaignaient amèrement d'une telle peste , saint Taurin pria le Seigneur de délivrer la ville de cette calamité , et de ne pas per-

» Le Gobelm, démon très>facétieux , est encore conna en Normandie. Dans le département de l'Orne, on le désigné aussi sons le nom ^ cheval Bayard. M. Louis du 3oif a inséré un cbapitre sur le Oc^in , dans la grande Statistique 4u département de P Orne 9 ^*il rédî|a en 1807 \ il a reparu en partie dans les Annuaires du même département, *t dans lé tiqlmc i»» des Archives îformandes en i8«4'

mettre qu à Tavenir aucun reptile venimeux pût pénétrer dans les murs de la ville. Là prière du saint fut exaucée. Si par hasard une couleuvre ou un crapaud se trouve apporté dans quelque paquet d'h^k'be, dès qu il a pénétré dans renceinle d'Ëvreux , il meurt sur-le-champ.

Long-temps après , la religion chrétienne prit de Faccroissement ; et le clergé d'Evreux, réuni aux fin dèles du pays, fit la recherche du tombeau dé son premier évêque Taurin , et le trouva par la grâce de Dieu , qui le fit connaître. Le corps fut tiré dé terre avec beaucoup de respect, et transféré peu de temps après par les fidèles dans la ville dé Fécamp. On y construisit un vénérable couvent de moines pour rendre continuellement hommage à Dieu , et le corps du saint homme y fut placé respectueusement dans une châsse précieuse.

Par les prières et les mérites du pieux prélat Taurin , que Dieu nous délivre de tout le venin des vices, qu'il nous décore de l'éclat parfait des saintes vertus , et qu il nous réunisse dans les démeures célestes à la société de ses siaints , afin que nous puisons di* gnement chanter les louanges du Roi des rois pendant tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !

Sous Fempiré d'iEliiis Adrien et d'Ântonin4e-Pîeux, la rage des ennemis frappa vivement dans les Gaules le christianisme naissant , et la sainte mère Eglise re^ eut de grandes humiliations pendlant Icent soixante ans. Nous ne voyons clairement dïins aucune histoire quelle fut la nation qui opprima d'ujue manière int(>* ^ lérable les Chrétiens et les idolâtres, ni d'où elle vint, ni sous quel prince ou quel tyran elle exerça

3a4 ORDEBIG VIT&L.

ses fureurs. Dacu les actes de plasieurs saints <ïe ce temps , OD roit clairement que » sous ces princes , nue année barbare et cruelle ravageait horriblement les Gaules. Dans ce temps , cette contrée n'avait aucun monarque : elle était gonvernëe par les empereursdes Romains , ainsi que les autres Cisalpins , depuis la conquête de Jules César , et leurs gouverneurs ou tous autres magistrats coraniandaient dans chaque ville à leur gré.

On ne s'occupa guère de Dieu dans la Nenstrie , après la mort du saint ëvéque Taurin, jusqu'au temps de Dioclétieu et de Maximien , qui exercèrent la dixième persécution de fureur diabolique , dont fut frappée l'église du Christ, plus durement et plus longtemps qne par les autres. Au reste , celai qui a promis d'asâster constamment les siens dans les affreuses tempêtes des tribulations a réconforté admirablement son épouse ; il l'a délivrée , protégée et élevée ; i] l'a manifestement glorifiée par de brillans triomphes. Il la récompensera du diadème éternel dans la céleste Jérusalem. Ainsi il n'a pas voulu que celle qu'il a tant aimée manquât de maîtres illustres au milieu de la fureur des persécutions.

Pendant que la dixième persécution menaçait rigoureusement les Chrétiens , durant le cours de dix années, et faisait périr par toutes sortes de supplices d'innombrables milliers de martyrs, qu'elle envoyait aux lieux décorés glorieusement de leur prëcieax sang-, Quentin et Lucien, Valérien, Rufîn, Eugène, Mellon , Avicien, et plusieurs autres personnages ^ft ' appartenaient au clergé et à la noblesse romainetcp^ tèrent Rome et se répandirent dans les Gaules potnsj^.

prêcher avec confiance la parole de Dieu. Quentin se rendit à Amiens , et Lucien à Beauvais 5 Mellon , Avicien , et quelques autres hommes distingues passèrent à Rouen.

Dioclétien ei Hercule Maximien ayant déposé volontairement les faisceaux de la puissai^ce, Constance, prince d'une grande bonté, prit Fempire en Occident, ' après l'abdication d'Hercule. U témoignait aux hommes une grande clémence, à Dieu une profonde piété. Ainsi que l'atteste Eusèbe de Césarée , Constance n'a- ' vait pas , malgré la fureur de ses collègues , souillé son règne du sang des hommes pieux, ni détruit par une dévastation furieuse, comme l'avait fait Maximien , les oratoires et les lieux de réunion des chrétiens. U fonda en Neustrie une ville, que de son nom il appela Coutance. Ce fut dans cette province qu'il prit pour concubine Hélène, dont il eut le grand Constantin, qui depuis fonda Constantinople. Dans ce temps-là , le vénérable Mellon , avec quelques autres fidèles , se fixa à Rouen , et , suivant la volonté de Dieu, y occupa le premier la chaire pontificale. Depuis ce prélat jusqu'à ce jour, cette ville a conservé la dignité métropolitaine. Elle a pour suffragantes les six villes des Béiocases ', c'est-à-dire Bayeux , des Evantiques, c'est-à-dire Evreux, de Lisieux% d'Avranches, de Coutances , * et des Salariens^, c'est-à-dire Seès. L'église de Rouen a déjà eu quarante-six évê-

* ques \ le clergé y a publié ^ pour l'instruction de la

7 ' Biducasses , f^iducasses on Bajocasses.

S' * Luxouium. — ^ Solarium.

-I * C'est donc à tort que le 'P. Pommerayc, dans son Histoire des ar-

chet'éques de Rouen, altribuc ces distiques à Ordecic Vital.

3a6 ORDEKIG VITAL.

postérité y un distique héroïque sur chacun de ces évéques: je vais les placer dans cet ouvrage, agréablement et par ordre , avec quelques additions indispensables.

Antistes sfnetits Maihmts , im ordime prunus , ExeoUtit plekmi doctrma RoÈomagmsem.

( Le saint prélat Manon, le premier dans Tordre des ëyâques de Rouen , en instruisit le peuple par sa doctrine ).

Il brilla du temps du pape Eusèbe et de Melchiade , et se rendit auprès du Seigneur le 1 1 des calendes de novembre (22 octobre). Il resta long-temps enseveli hors la ville , dans une crypte de Téglise du saint martyr Gervais, Son mausolée s'y est conservé jusqu'à ce jour \ mais le corps en fut enlevé après y être longtemps resté , par la crainte que Ton eut des Danois. 11 fut transféré daqs une ville forte du Vexin, que l'on appelle Pont-Oise. On l'y conserve respectueusement dans une église bâtie en son honneur , et un couvent de chanoines y célèbre ses louanges.

Post hune, pnecipuus devoius et Jvidianus Obtinuit regimen, curant çuoçue plebis heriiem.

( Après Mallon , le grand et dévot Avidien gouTema Tëglise, et comme un bon maître prit soin du peuple ),

Il assista au concile d'Arles ' , qui eut lieu du temps du pape Silvestre , sous l'auguste Constantin, qui comh mença à régner Tan de Rome 1061. Ce fut alors que fut tenu le concile de Nicée * par trois cent dix -huit Pères , parmi lesquels brillèrent'prindpalement Nico-

' En 3i4. — • Eu 3a5.

las , ëyéque de Myrre en Ly oie , et plusieurs autres prélats d'un mérite éminent.

ni-

Successit prœsul/ufgens virtuÉe Sevenui, ,

Moribus insignis, commfssis ac sibi miiis.

( Il eiit pour successeur Sëyer, prélat éclatant par sa vertu , distingué par ses mœurs , et coimne à lui-même doux au troupeau qu'on lui confia )•

II fleurit pendant quinze ans , du temps de Constantin et de Constance , sotis les papes Marc et Jules. Alors brillèrent comme des astres les évêques Maxi-* min à Trêves, Hilaire à Poitiera, Athanase à Alexandrie, £uaèbe à Verceîl, et Denis à Milan. <

Eusebius , dulcis et in ordine ponti/icali Constans ^ emtuit virlutumjhntnss almis .

( Eusèbe , si doux et si constant dans les devoirs du pontificat , reçut un vif éclat des fleurs précieuses de ses vertus).

II brilla vingt-cinq ans du temps des papes Libère et Félix, sous les règnes de Constaritin , de Julien Fapostat , de Jovien et de Valentinien.

MarceUinms huie successit munere Chris ti^ Pasior prœcipwÀê , montm probiiate décoras.

( Par les faveurs du Christ , Marcellin lui succéda , pasteur distingué , et qu'embellissait Texcellence de ses mœuis ).

Il travailla pour le bien de Tl^Iise pendant vingt ans , du temps du pape Damase , sous les règnes de Valentinien ' de Valens , de Gratien et de Valenti-

' Valentinien i".

3jl8 ORDE&IC VITAL.

nien ' . Alors Antoine , le plus illustre des moines d*£gypte , vint à mourir ^ Pierre , orateur distingué , brilla à Saragosse. Ambroise de Milan s'opposa aux Ariens comme un mur insurmontable. On célébra à Constantinoplé, sous le pape Damase , un concile de cent cinquante Pères contre Macédonius et Euhomius.

Pervigil in populo Peines , dignus quoçue cusios , Sancto eommissum sibi rexit pontificatum,

(Pierre , qui toujours veilla pour son peuple , oomme uu digne l^ardien , occupa saintement la chaire qui lui fut confiée )^

Pendant dix-neùf ans il brilla du temps des papes Cirice et Anastàse, sous Théodose et Arcadius. G^est alors que jetèrent un si vif éclat Martin , évêque de Tours , Maurice 4'A.ng.6r$ , Bazile de Césarée , l'excellent orateur Augusti^ d!Qippoiie , et saint Jérôme

l'interprète des lois divines*

Fictricius, Victor vitiorumjbrtis et ultor, J^cclesiam Domini mandatis imbuit almis.

( Yictricq , vainqueur courageux et vengeur des vices , imbut Téglise de Dieu de ses pieux préceptes ).

Il fleurit vingt-trois ans du temps du pape Innocent, sous Arcadius et Honorius. Alors on vit briller saint Donat, évêque d'Epire , et Jean , évêque de Jérusalem 5 alors se fit l'invention du corps de saint Etienne, premier martyr , d'après la révélation que Dieu en fit à Lucius , prêtre de Caphargamala. Alors le prêtre Orose , qui a écrit le livre de Ormesta mundi ^ en-

* Valentinicn ii.

voyë par Augustin auprès de Jérôme pour lui demander la solution de quelques questions profondes , alla trouver Lucius qui lui remit pour le prêtre Avitus les reliques de saint Etienne qu'il porta en Espagne.

Successit prœsul huic Innocentius almus , Ecclesiam recréons Domini^ plebemque reformons*

( Le pieux prélat Innocent fut le successeur de Yictrice \ il rétablit Téglise du Seigneur , et réforma les mœurs du peuple ).

11 fut ëvéque pendant huit ans , du temps des papes Zozime , Boniface et Célestin , sous les règnes d'Honorius et de Thëodose , fils d'Arcadius. A cette époque , sous la présidence de Cyrille d'Alexandrie , un concile de deux cents évoques se réunit à Ephèse. Palladius , premier évéque des Ecossais , ordonné par le pape Célestin , leur fut envoyé pour les convertir au Christ.

Eloquiis plenus sacris , successit Evodus ,

FoHis et innocuus , prudens , plus atçue modestus,

( Evode , doué d'une sainte éloquence, se distingua par son courage , sa bonté , sa prudence , sa piété et sa modestie ).

Il fut florissant pendant sept années , du temps des papes Célestin et Sixte. A cette époque, les Gaulois se révoltèrent contre les Romains , et s'allièrent aux Francs qui descendaient des Troyens * \ toujours unis, ils établirent pour roi le franc Ferramond % fils du duc Sunnon. On remarque alors Maxime , évêque de Turin, si éloquent dans la composition des sermons.

' Presque tous nos vieux historiens donnent, comme on tait, cette origine à la nation français**. — ' Phararaond.

33o ORDSHIC YIT4t.

Prœfidi Eccîesiœ sanctus Sihesier honore Quam Juste rexitprudens et omplifieaviL

( SaiDt Silvestre présida «fec honneur TEglise , que dans sa prudence il gouverna justement et qu'il combla de biens ).

Il brilla seize an9 , do temps da pape Léon , pendant que Glodion et Mërovée régnaient en France.

Prtpsul Malsonus^ divino dogmate/itltus , Extitit in populo, venerahiUs undique pastor.

( Le prélat Maison, fort des dogmes divins , se montra pour le peuple un pasteur vénérable }.

U gouverna neuf ans son église sous Fempire de Martien et de Valentinien ' ^ lorsque le pape 'Léon réunit cinq cent trente évéques au concile de Ghalcédoine contre Eutychès et Dioscore. Alors Hengist et Horsa passèrent dans la Grande-Bretagne avec les Saxons et les Angles , portés sur trois navires de forme longue, et ils furent employés par le roi Vortigeme contre les Pietés, Alors Germain d'Auxerre fleurit admirablement.

Jncljrtus autistes , populi custos quoque perpes > Suscepit sedem Germanus pontificalem.

( Prêtre illustre , gardien assidu de son peuple , Germain occupa le siège pontifical ).

• Ge prélat brilla onze ans , pendant que Ghildéric donnait des lois aux Français et Léon aux Latins. G'est à cette époque que Théodore , évêque de Syrie, écri-

' Valentinien m.

HISTOIRE DE lïORMANDIB; LIV. Y. 33 1

vit son Histoire ecclésiastique y à partir de la fin des livres d'Eusèbe jusqu'à son tenii;^^ c'est-à-dire , jus-^ qu'au règne de l'empereur Léon * , sous lequel il mourut.

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