II
386 OKDERIG VITAL.
nommé Tyrrel , Alvise et Adélaïde. A cette époque , et depuis larrivée des Normands , il régnait en Neustrie une grande dissolution dans les mœurs du clergé , à tel point que non seulement les prêtres , mais encore les prélats usaient librement du lit des concubiaes et faisaient parade de la nombreuse famille qu'ils en obtenaient. Un tel usage s'étendit beaucoup du temps des néophytes qui furent baptisés avec Rollon , et qui, plus instruits dans les armes que dans les lettres , envahirent violemment cette contrée désolée. Ensuite des prêtres d'origine danoise , très-peu savans, occupaient les paroisses, et, toujours armés, défendaient leurs fiefs laïques par un service tout militaire. Enfin le Lorrain Brunon, évéque de Toul, se l'endit à Rome et devint pape sous le nom de Léon. Pendant qu'il entreprenait le voyage de Rome , il entendit les anges qui chantaient ; Dicit Dominas ^ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis ^ etc. ' . Ce pape s'appliqua à faire beaucoup de bien, et gouverna avec distinction ses sujets par ses bonnes actions et ses bonnes instructions. L'an de Tlncarnation du Seigneur 1049, ^^ P^P^ ^^^^ ^^ France ; il dédia le jour des calendes d'octobre ( i*"^ octobre) l'église de Saint-Remi, archevêque de Rheims , et, d'après l'inspiration de l'abbé Hermar, il transféra avec gloire le corps de ce bienheureux dans le lieu où il est maintenant vénéré. 11 tint dans la même ville un concile général, et, entre autres biens qu'il fît à l'Eglise s il statua que les prêtres ne pourraien^ ni porter les armes, ni avoir des épouses. Depuis
' Ego eniin scio cogitationes quas ego cogito super vos, ait Dominus, cogitationes pacis et non afflictionis, Jérémib, xxtx, ii.
cette époque, cette funeste habitude commença à s'affaiblir. Cependant les prêtres, en quittant volontiers le maniement des armes, ne veulent pas encore s'abstenir de courtisanes ni s'attacher ù la continence.
Le doyen Foulques , dont nous' avons parlé , tout souillé de l'impureté de la corruption journalière , éleva son ame vers une meilleure conduite : déjà courbé par l'âge , il se rélira à Ouche de l'avis de son fils , et sollicita l'habit monacal , abandonnant bien moins le siècle qu'il n'en était abandonné. S'étant fait moine , il donna à Saint-Evroul l'église de Guernanville , une terre qui en dépendait , et une autre terre que Hugues, évêque de Bayeux, lui avait donnée dans le même lieu , et qu'il avait long-temps tenue de Guillaume, fils d'Osbern , neveu de ce prélat. Guillaume , fils et héritier de Foulques , confirma publiquement ces dons en plein chapitre : devenu lui-même héritier avec son père, il déposa la donation sur l'autel de saint Pierre, et reçut en reconnaissance une once d'or de la charité des moines. Cette donation fut confirmée par Guillaume de Breteuil, Gilbert Crépin et ses deux fils, en présence de Roger de Clare, de Hugues l'Ane, de d'Estouteville , de Raoul de La Lande , de Raoul des Fourneaux , de Gaultier de Chaumont, de Guillaume de Longueville et de Guernenville. Ces biens furent concédés en présence de Richer de L'Aigle, par Guillaume Guastinel, qui reçut pour sa concession une once d'or. Les témoins furent Guillaume Halis, Morin du Pin, Robert, fils d'Helgon , et Raoul Cloeth.
J'ai le projet de faire connaître ici en peu dfe mots
les biens de l'église d'Ouche , afin que les aumônes qui lui ont été faites fidèlement soient connues des novices , et pour que ceux qui en usent sachent en quel temps et de qui elles proviennent, soit par don, soit par achat. En effet, d'avides possesseurs s'attachent aux biens terrestres qui sont périssables , et s'occupent trop peu des choses suprêmes qui sont éternelles ; c'est pourquoi beaucoup de gens ne tentent presque rien dans Tespérance du ciel, à moins qu'ils ne voient dans leurs démarches des avantages temporels. Ainsi nos laïques retiennent injustement les dîmes que le Seigneur fit exiger des Israélites par Moïse pour le service du sanctuaire et des Lévites ^ ils ont l'audace de ne les rendre aux ministres de l'Eglise que lorsqu'on les rachète à grand prix. Les dispensateurs des biens des pauvres avertirent , dans leur sollicitude , quelques laïques de rendre les dîmes qu'ils avaient enlevées à l'Eglise de Dieu -, empressés de les leur reprendre par quelque moyen que ce fût , ils donnèrent de grandes sommes d'argent , ignorant que les saints canons ont absolument prohibé toutes ventes et achats de cette espèce. Même dans les conciles modernes , de saints prélats ont frappé d'anathême ce commerce illicite -, mais , par Feffet de leur miséricorde , ils pardonnèrent pour les marchés anciens , et concédèrent à l'Eglise, avec l'autorité pontificale, pour qu elle en jouît à perpétuité , les biens qui étaient alors en sa possession.
Des hommes d'un état médiocre commencèrent à fonder Tabbaye d'Ouche dans un territoire stérile, et, d'après leur position , ils ne purent donner que des biens de peu de valeur et fort dispersés pour la nour-
HISTOIRE DE NORMANblE ^ LIV. V. 889
riture des religieux. Dans tout ce pays le peuple est très-pauvre , et , comme il est sans cesse aux prises avec l'indigence et la dépravation, il ne s'occupe que de vols , de larcins et de rapines : c'est ce qui forçait les moines d'Ouche de tirer de loin les vivres qui leur étaient nécessaires pour eux et pour les hôtes qui leur survenaient. Comme ils s'attachèrent, dès le commencement de leur institution , à une discipline régulière , ils se firent aimer des grands personnages et des prélats religieux , qui furent fidèlement vénérés pour avoir donné aux moines tout ce qui leur était nécessaire, tant en dîmes qu'en églises et autres objets.
Raoul de Couches , fils de Roger de Toëni, qui fut le fameux porte-enseigne des Normands, voulant partir pour l'Espagne, vint à Ouche se présenter au chapitre de Saint-Evroul , implora son pardon de l'abbé Mainier et de l'assemblée des moines, pour avoir jadis secondé Ernauld d'Echaufour, lorsqu'il mit le feu au bourg d'Ouche. Ensuite il fit réparation aux moines, déposa son témoignage sur l'autel , et promit dévotement beaucoup de choses s'il revenait heureusement de son voyage. 11 leur recommanda son médecin Goisbert, qu'il aimait beaucoup, et qui, après le départ de Raoul , le quitta pour faire sa profession monacale , et l'observa courageusement pendant près de trente ans jusqu'à la fin de sa vie. Le héros dont nous avons parlé , revint quelque temps après dans sa demeure ; il se rappela sa promesse , se rendit à Ouche, et donna à Saint-Evroul, pour l'usage de la messe, deux arpens de vigne qu'il possédait à Toëni. Il fit en outre le don de tout ce qu'il avait à Guernanville , sa-
390 ORDERIG VITAL.
voir une terre et le panage ', de manière qu'il n'accordait pas toutefois le premier panage des domestiques , mais bien le second ou le troisième , et qu'il ne le donnait pas pour les moines. En outre , il leur accorda trois hôtes, un à Couches, un à Toëùi', le troisième à Aquigni , que Gérold Gastinel teiiait de lui et avait donné de son propre mouvement iau saint ,père Evroul. Ce Raoul , quelques années après , emmena avec lui en Angleterre le moine Goisbert, et , d'après ses conseils , fit don aux moines d'Ouche de deux maisons , dont une à Norfolk appelée Caude- Côte , et l'autre dans la province de Worcester, nommée Alvinglon. Le roi Guillaume concéda ces biens, et, en présence des grands , les confirma de sa royale autorité dans une charte. Elisabeth , femme de ce chevalier, Roger et Raoul ses fils concédèrent de bonne grâce toutes ces choses. Les témoins de ces donations furent Roger de Clare, Gautier d'Espagne, Guillaume de Paci , Robert de RomiJIi , Gérold Gastinel , Gislebert, fils de Thurold, Roger deMucegros et Gautier de Chaumont.
Alors Robert de Vaux donna à Saint-Evroul la moitié de deux parties de la dîme de Bernières. Api es la mort de son père, Roger, fils de Robert, fortifia cette aumône par sa concession, pour laquelle il reçut quarante sous de Dreux 5 sa femme eut dix sous de la charité des moines. Raoul de Conches , dont nous avons souvent parlé , qui était seigneur en chef, donna de bon cœur son assentiment, et exigea avec bienveillance le consentement de sa femme et de ses
' Le liibut paye par ceux qui envoyaient leurs porcs dans» un bois au U'inps de la glandcc.
HISTOIRE DE NORMANDIE; LÏV. Y» Zgt
eufans. U s'ëtait distingué par un grand mérite dans les armes; il florissait surtout, par les richesses et les honneurs , parmi les plus grands seigneurs de la Normandie ; pendant près de soixante ans il combattit vailJamment sous les princes normands Guillaume , roi d'Angleterre, et Robert, son fils, duc de Normandie. U enleva de nuit Agnès , sa sœur utérine , fille de Richard , comte d'Evreux , et la donna en mariage à Simon de Mohtfort. En récompense il eut pour femme Isabelle , fille de ce Simon , qui lui donna de nobles enfans, Roger et Rodolfe, ainsi qu'une fille nommée Godehilde , qui épousa d'abord Robert, comte de Meulan , et ensuite Baudouin fils d'Eustache , comte de Boulogne. Enfin le vieux Raoul, après plusieurs événemens heureux ou tristes , mourut le 9 des calendes d'avril ( 24 mars ) : son fils Rodolfe posséda environ vingt-quatre ans l'héritage paternel. L'implacable mort ayant soumis à son empire les deux frères , ils furent inhumés avec leur père dans le couvent de Saint-Pierre de Châtillon '•
Isabelle étant restée long-temps dans le veuvage , se repentit du funeste libertinage auquel elle s'était trop livrée dans sa jeunesse -, elle abandonna le siècle, prit le voile dans le couvent des religieuses de Haute- Bruyère , et persévérant admirablement dans la crainte de Dieu , corrigea sa vie d'une manière salutaire. Le comte Guillaume , fils d'Osbern, ayant été tué par les Flamands , le roi Guillaume distribua ses biens à ses enfans : Guillaume, l'un d'eux, eut Breteuil et toutes les autres possessions de son père en Normandie; Roger obtint en Angleterre le comté de Hertford. Ce
' A Conciles.
^g^ ORDEBIG YITiLL.
Guillaume, qui était très-modéré, témoigna beaucoup d'attachement à l'abbaye d'Ouche, et lui donna plusieurs bifsns pour Iç repojs de Famé de sej» parens : il envoya par le pioine Roger du Sap le texte des Evangiles, orné d'or, d'argent et de pierreries, et confirma tout ce que ses hommes avaient donné ou ve^du'à Saiïft-Evroul. 11 accorda cent sous par an du Tonlieu * de GJos , et confirma de bonne grâce la charte suivante ca pri^sence de ses seigneurs :
« Moi , Guilla^imte de Breteuil, fils du comte Guillaume, je donne à Saiut-Evrpul et à ses moines , de mon Tonlieu de Glos, cent sous pour acheter du poisson, chaque année, au commencement du carême, pour la rédemptioa de l'arae de mon père et de ma mère , afin que tous les moines fêtent leur anniversaire et le mien , et pour qu'à chaque anniversaire on distribue aux pauvres la portion de nourriture et bpisson d'un moine. Durait ma vie , il sera chanté pour moi une messe de la Trinité dans le monastère chaque jour de dimanche. Je donne aux n^oines un bourgeois à Breteuil , et leur concède tout ce qui leur a été donné par mes hommes , Richard Fresnel , Guillaume Halis, Raoul de Lacunèle, et par d'autres. Je donne ces choses en présent , et je promets aux moines dorénavant et avec fidélité mon conseil , mon assistance et plusieurs autres avantages. Quiconque après ma mort soustraira ces dons encourra l'excommunication. » Cette charte fut souscrite par Guillaume de Breteuil , Raoul le chapelain , Guillaume le sénéchal , fils de Baron , Ernauld, fils d'Ernauld , et Robert de Louviers.
' Teloneum.
HISTOIRE DE lifORMAIiDIE ^ LIV. V. SgS
L'^n (le rincarnation du Seigneur 1099, le même •Guillaume assista à la dédicace de Tëglise d'Oucbe , et ajouta cent sous, du revenu du cens de GIos, aux cent sous qu il avait auparavant donnés à Saint- Evroul. 11 déposa cette donation sur J'autel encore humide de la sainte consécration^ en présence de trois évéques, de cinq abbés, et de tout le peuple avec le clergé , qui assistait à la cérémonie. Peu de temps après, du temps du duc Robert, le comte Guillaume mourut au Bec, le 2 des ides de janvier (12 janvier) 5 il repose enseveli dans le cloître du couvent de Lire , que son père avait fondé sur son propre fonds. On fête tous les ans son anniversaire dans le monastère d'Ouche. La charte de donation des dix livres dont nous avons parlé , fut munie du sceau de Henri , roi des Anglais *, les successeurs de Guillaume, Eustache, Raoul de Gadère', et Robert de Leicester confirmèrent la concession faite aux moines, et Tontjusqu à ce jour parfaitement acquittée.
Guillaume de Moulins, du consentement de sa femme Alberède, donna à Saint-Evroul Féglise de Mahéru avec la dîme , toute la terre du presbytère appartenant à la même église, et le cimetière du lieu. En outre, il fit don , dans la place de Moulins , de Féghse de Saint-Laurent, ainsi que de la terre qu'il avait dans son domaine auprès du château , de même qu'il la tenait personnellement. 11 fit cette donation en présence de ses seigneurs Gaultier d'Aspres , Evrard de Riz, et quelques autres réunis au chapitre : c'est ainsi qu il mérita les bienfaits de Téglise , comme frère et comme prolecteur généreux. Alors l'abbé Mainier
* Raoal de Gaël.
offrit à ce marquis', grâce à la libéralité des religieux, quinze livres de deniers , et le conduisit à l'autel pour y confirmer la donation avec Alberède, fille de Guitmond, du patrimoine de laquelle le bien provenait. En présence de tout le couvent, ils concédèrent volontiers tout ce qui avait été présenté , et le confirmèrent en forme dans une charte sur Tautel de saint Pierre. Quelque temps après, le héros dont nous venons de parler fit don de l'église de Bons-Moulins avec toute la dîme des moissons, du moulin et du four-, Rainauld-le-Petit , qui conservait par Tordre des moines ce qu'ils y possédaient, donna par charité trente sous.
Après qu'Alberède eut donné à son mari deux fils, Guillaume et Robert, le divorce eut lieu entre eux pour cause de parenté. Guillaume de Moulins ayant porté sa cause devant l'évéque épousa une autre femme nommée Duda, fille de Galerande Meulan, qui lui donna aussi deux fils, Simon et Hugues, lesquels furent frappés dans leur jeunesse par une mort prématurée , qui ne leur permit pas d'avoir des enfans. Alberède prit l'habit de religion , et termina sa vie dans un couvent de filles. Ce Guillaume était fils de Gaultier de Falaise, et il excella à la guerre : c'est ce qui détermina le prince Guillaume à lui donner la fille de Guitmond avec tout le fief de Moulins'. Il s'attacha trop aux louanges futiles et vaines, pour l'obtention desquelles il se rendit coupable d'un grand nombre d'homicides. On rapporte qu'il versa beaucoup de sang, et que sa cruauté féroce était si funeste
* Marchio. Ce Guillaume était en effet seigneur d^ une place frontière , qui a pris et conserve' le nom de Monlius-la>Marc}ie.
que quiconque ëtait frappé par lui, même légèrement, ne pouvait éviter une mort prochaine. Au milieu des alternatives de la prospérité et de l'infortune, il vécut jusqu'à la décrépitude, et jouit de grands honneurs en tout ce qui concernait le siècle. Enfin il mourut dans son château, le i4 des calendes de novembre (19 octobre)^ il repose inhumé dans le chapitre d'Ouche.
Robert son fils, ayant obtenu l'héritage de ses aïeux, tout occupé de son salut à venir, se transporta à Ouche, confirma tout ce que son père et sa mère avaient donné ou concédé, et accorda avec bienveillance à Saint-Evroul ce que les hommes de son fief avaient donné ou vendu. En conséquence, il déposa à l'autel, sur le texte des Evangiles, la concession qu'il venait de faire , et ensuite il reçut de la charité des moines cinq marcs d'argent et un excellent cheval. Pendant près de quinze arts, il gouverna légitimement le fief de son père, et le défendit puissamment contre ses ennemis du voisinage, parce qu'il était très-fort , quoique peu habile dans l'art des combats : contre la défense du roi Henri , il attaqua les armes à la main Enguerrand, surnommé l'Oison, et combattit souvent contre lui avec un grand courage 5 c'est ce qui détermina le roi , enflammé de courroux par les mauvais rapports des délateurs, à le priver de ses biens, et à l'exiler de Normandie dans la Fouille, où il se retira jjvec Agnès, fille de Robert de Grandménil, qu'il avau récemment épousée , et où quelques années après il mourut après avoir erré dans les chaumières de l'étranger. La violence du prince ayant ainsi chassé lefrcre aîné, Simon lui succéda , et , de con-
cert avec sa fenlnie Adeline, confirma avec joie tout ce que ses prédécesseurs avaient donné à Fabbaye d'Ouche.
Roger de Mont-Gomeri , après la chute de la famille de Giroie , posséda , pendant près de vingt-six ans, tout le patrimoine d'Echaufour et de Montreuil. D'abord, tant que vécut sa femme Mabile, qui àVait toujours détesté les Giroie, fondateurs du couvent de Saint-Evroul , Roger, à son instigation, vexa l'abbaye en plusieurs circonstances. Enfin le juste arbitre qui épargne avec bonté les pécheurs, mais qui frappe rigoureusement les impénitens, permit que cette méchante femme , qui s'était teinte du sang de beaucoup de personnes, et qui avait forcé tant de nobles, deshérités par la violence, d'aller mendier chez l'étranger, tombât sous le glaive de Hugues, auquel elle avait ravi un château qui était situé sur La Motte d'Igé % et qu'elle avait ainsi privé injustement de son héritage paternel. Dans la douleur qu'il éprouvait , il conçut une entreprise audacieuse : réuni à ses trois frères, et doué d'une grande vaillance , il parvint de nuit à la chambre de la comtesse, dans un lieu sur la Dive, que l'on appelle Bures, la trouva au lit, où elle venait de se mettre après les délices du bain ; et , pour prix de son patrimoine ravi, lui coupa la tête avec son glaive. Après le meurtre de cette cruelle princesse, beaucoup de personnes se réjouirent de sa chute , et les auteurs de ce grand attentat se hâtèrei^ de fuir dans la Fouille. Hugues de Mont-Gomeri se trouvait à Bures avec seize chevaliers^ ayant appris le meurtre de sa mère, il se mit à poursuivre les assassins
' La Mt)tte d'Ige, ou La Roche d'Jge.
HISTOIRE DE NORMi^NDIE -, LIV. V. 897
fugitifs \ mais il ne put les atteindre , parce qu'ils avaient eu le soin prévoyant de rompre derrière eux les ponts des rivières, pour ne pas tomber entre les mains des vengeurs de Mabile. L'hiver d'ailleurs , les ténèbres de la nuit, les inondations arrêtaient les poursuites, et les fugitifs, après s'être vengés, ne tardèrent pas à quitter la Normandie. Le cadavre mutilé* fut inhumé au couvent de Troarn, dont Durand était abbé , le jour des nones de décembre ( 5 décembre) : non que Mabile y eût droit par aucun mérite envers ce lieu, mais à cause du crédit de ses amis. Durand fit inscrire sur son tombeau l'épitaphe suivante :
Alta clarentum de STIRPE CREATÂ PARENTUM , Hac tegitur tumba Maxim a Mabilia.
hjec inter celebres famosa magis mtjlieres Claruit in lato orbe SUI MERITO.
ACRIOR IPrOENlO, SE^SU VIGIL , IMPIGRA FACTO,
UtiLIS ELOQUIO , PROVIDA GONSILIO ; £XILIS FORMA* SED GRAITOIS PRORSDS HONESTAS ;
Dapsilis in SUMPTU, CULTU SATIS HABITU.
HjEC SCUTUM PATRIE FOIT , H>EC MUNITIO MARCHE ;
YlGINISQUE Si:iS GRATA YEL HORRIBILIS.
Sed , QUIA MORTALES NON OMNIA POSSUMUS OMBŒS ,
H^C PERIIT GLAOIO, NOCTE PEREMPTA DOLO :
Et , QTJIA NUNC OPUS EST DEFUNCTiE FERRE JUYAMEN , Qtjisquis AMICUS AOEST, SUBVENIENDO PROBET.
( Cette tombe recouvre l'illustre Mabile, issue de la grande tige de parens distingués. Fameuse parmi les femmes les plus célèbres, elle brilla dans tout Tunivers par son mérite. Son génie fut entreprenant,
' L'assassinat eat lieu le 3 décembre loSa.
SgS ORDERIC VITAL.
son esprit vigilant, son activité continuelle, son éloquence persuasive , sa sagesse prévoyante. Petite de taille, elle fut grande par ses vertus-, magnifique et somptueuse, elle aimait la parure. Elle fut le bouclier de sa patrie , le boulevard de la frontière , et pour ses voisins, tantôt agréable, tantôt terrible \ mais comme la puissance des mortels a des bornes, Mabile, frappée pendant la nuit et surprise avec perfidie, a péri sous le glaive. Morte maintenant , elle a besoin d'une pieuse assistance : quiconque la chérit doit le prouver en priant pour elle).
Après la mort de Mabile, le comte Roger prit une autre épouse nommée Adelise , fille d'Everard, du Puiset , qui appartenait à une famille très-noble de France. Ce comte eut de sa première femme cinq fils et quatre filles, dont voici les noms : Robert de Bellême, Hugues de Mont-Gomeri, Roger le Poitevin', Philippe et Arnoul, Emma religieuse et abbesse d'Almenêches , la comtesse Mathilde , femme de Robert comte de Mortain , Mabile femme de Hugues de Château-Neuf ' , et Sibylle, femme de Robert fils de Haimon^ Sa seconde femme lui donna un fils nommé Everard qui , instruit dans les lettres, est resté jusqu'à ce jour, parmi les chapelains du roi, à la cour de Guillaume et de Henri , rois d'Angleterre. La nouvelle comtesse difléra beaucoup de l'autre comtesse par ses mœurs ; car elle se fit remarquer par sa sagesse et sa religion , et porta toujours son mari à aimer
* Ce snrnom venait de ce qu'il avait épouse' Almodis, qui hérita da comte de La Marche , en Poilou.
* Chftteaa-Ncuf en Thimerais.
' Ou Hamon , comte de Gloccster.
HISTOIRE DE NORMANDIE; LIY. V. Sgj
les moines et à défendre les pauvres. En conséquence ce héros reconnut tout le mal qu'il avait souvent fait à l'abbaye d'Ouche , et s'attacha à effacer soigneusement ses fautes passées par l'amendement de sa nouvelle vie. En effet, il seconda virilement les moines , leur conféra beaucoup de biens en Normandie ainsi qu'en Angleterre, et, en présence de ses vassaux, leur donna de soii propre mouvement la charte suivante :
« Moi Roger, par la grâce de Dieu, comte de Shrewsbury, je désire honorer le couvent du saint père Evroul, et lui concède à perpétuité, pour mon salut et pour celui des miens, les objets suivans, que je détache de mes biens. J'ordonne de donner tous les ans, à l'entrée du carême, trente sous manceaux de mon revenu d'Alençon, pour l'illumination à faire de jour et de nuit dans l'église d'Ouche devant le crucifix du Seigneur. J'accorde le péage d'Alençon et toutes les douanes qui existent sur toute ma terre , pour faire partie des biens en propre du monastère 5 j'octroie à perpétuité dans toutes mes forêts le panage pour les porcs des moines 5 je donne sur Echaufour une terre d'une charrue, et j'accorde irrévocablement la dîme du moulin et de tous les revenus de cette place -, j'y ajoute de mon propre gré la dîme des marchés de Planches. De ma propre volonté et pour l'amour de Dieu , je concède l'église de Raddon et toute la dîme que Gaultier-Sor a donnée à Saint- Evroul, l'église de Saint-Jouin ', et toute la dîme que le prêtre Renaud a donnée , et qu'Odon père a
' Sanctus Johinus. Saint>Jouin de Blavoa , arrondissement de Morligne en Perche.
4oO ORDERIC VITAL.
cédée ^ dans Téglise de Bailleul , Tautel de saint Léonard et une portion de la dime de ce village , avec la terre que Renauld de Bailleul et sa femme Aimerie , ma nièce , ont donnés au couvent. Je donne aussi en Angleterre deux manoirs, Onna et Merston dans le Staffordshire , la dime de mes fromages et des laines de PultOD j et tout ce que je possède à Melleburn en Granteburgeshire , et une hyde de terre à Graphan en Sussex , et la terre de Vulfuin , orfèvre de Chichester. Je confirjne en outr« tout ce qui a> été jusqu'à ce jour donné à Saint-Evroul , tant en Angleterre qu'en Normandie, par le vicomte Guérin, par Guillaume Pantol ' , par Hugues de Médavi et par quelques autres de mes hommes. J'accorde ces choses en face de Dieu , du consentement de mes- fils Robertde Belléme, Hugues et Philippe, pour la rédemption de mon ame, et de celles de Mabile et d'Adélaïde mes femmes, de mes prédécesseurs et de mes héritiers à venir. Je. confirme ce testament du signe de Ja sainte croix, afin que quiconque diminuera, détruira ou enlèvera quelque chose de ces donations devienne anathème. >i
C'est ainsi que le comte Roger fit ce testament qu'il corrobora de sa souscription. Après lui il fut souscrit à Alençon par ses fils Robert , Hugues et Philippe le grammairien ; par ses autres seigneurs , Robert fils de Thibaut, Hugues son fils, le connétable Gislebert et Hugues fils de Turgis , Foulques du Pin , Engelbart le prévôt, Renaud de Bailleul, Guillaume Pantol, Odon de Pire , et plusieurs autres.
Le comte Roger donna en outre beaucoup de choses
• On Pantoii.
HISTOIRE DE NORMAimiE*, UY. V. 4^1
à d'autres églises ^ telles que celles de Troarn, de Seès, d'Almenéches , de Cluhi , de Caeii , et plusieurs autres : ces donations furent tirées des biens qu'il avait acquis de Théritage paternel. Il commença à bâtir sur la rivière de Mole ^ au lieu où elle se jette dans la Saverne, un nouveau monastère en Thonneur de saint Pierre, prince des Apôtres. Vers la porte orientale de sa propre ville, c'est-à-dire de Shrewsbury, il y avait une chapelle de bois, fondée dans les anciens temps par Siward fils d'Edelgar , et cousin du roi Edouard : le comte Roger Tavait donnée à Ckleli-f rius, fils de Constans d'Orléans^ hdmmé doué de beaucoup d'esprit, d'éloquence et d'érudition dans les lettres. Il était ardent ami de l'équité, et conseiller habituel de Roger, qu'il exhortait avec bonté à bâtir des monastères, et auquel il donnait les conseils propres à faire cesser les incertitudes qu'il éprouvait sur le lieu où il commencerait un si grand ouvrage, et sur les moyens qu'il emploierait pour y parvenilT.
a Homme illustre, lui dit-il, beaucoup de personnes s'attachent à votre sublimité ; mais tout en essayant de vous servir par leurs actions où par leurs paroles, ils sont animés d'intentions bien différentes. Quelqnes-Mins, en effets consultant leurs désirs^ souhaitent plutôt acquérir votre bien pour eùx-mémesj que vouct engag€fr<salutairement à obtenir des biens durables. Celui iqui veut vous servir avec véracité doit toujours aimer votre personne plus que Vos l)iens, et vous procurer sans cesse les choses qui sont nécessaires à votre âme. Vous ave^ commencé , noble chevalier, à vous occuper de la fondation d'un monastère; mais pour cette d^llicile entr6{MÎse , Vous n'avais pas trouvé n. a6
40|l OAOEUG VITAL.
d^Qtiles secours dans ceux qui s'occupent plus d eoxmêmes que des autres. Quant à moi, il me semble très-ayanUgeux que tous fondiez un monastère, que vous j placiez avec soin de dignes religieux sek)n rinstitution do très-saint père Benoit, et que vous y fournissiez abondamment de vos grandes richesses la nourriture et Thabillement aux yrais pauvres de Dieu. Maintenant, voyez prudemment ce que font dans les couvens réguliers les moines sayans qui les habitent. On j &it journellement d'iiuiombrables bonnes actions, et les soldats du Christ j combattent virilement contre le diable. P^sonne ne peut douter que plus un généreux soldat éprouve de £itîgue i la guerre , plus glorieuse sera sa victoire , et plus la coor céleste récompensera largement ses tropliées. Qui pourrait rapporter dignement toutes les YeîUes des moines» leurs hymnes, leur psalmodie, leois oraisons, leurs aummes , et au mifien des pluies de hrmes les <{UOtidiennes offrandes de leurs messes? Les sénateurs du Christ s^occupent exclusirement de ces choses, afia de plaire ainsi à D^ea en se crucifiant eux-mêmes. Ik dédaignent le monde et les parasites moadains, fuient leurs délices comme un vil fumier , et dans Fespoir des biens célestes, feulent anx pîeds avec mépris tons les biens de la terre. On ne trouve en en que rudesse et pauvreté dans leur habillemeiÉt, îiidigeiice et sécheresse dans leurs afimens, et almégalioii de leur propre voloirté pour ramcoor de Kolre-Se^nenr Jésus - Chrkt* Que dtraÀ-je de la chasteté des maîues> de leur coatiuetKe akolue, de leur sdaace, 4ft leur modestie^ ei enfin de leur obéîsauKe ? Une si fti m J e abondance de vert» confhnl |Hir sm
HISTOIRE DE SIORMANDIE) LIV. V. ^oi
rite mon esprit stupéfait, et j'avoue que je ne. puis suffisamment parvenir à l'exprimer par le simple or-, gane de la parole. Les hommes voués à la vie cénobitique sont renfermés dans les cloîtres royaux comme les fdles des rois , de peur que , s'ils sortaient à l'extérieur et contre les règles de la modestie, comme Dina , fille de Lia , ils ne fussent honteusement corrompus par Sichem , fils d'Hémor le Hévéen , à la grande injure de leur vaillant père, et à la honte de leurs frères courageux et fiers. Pour ne pas succomber, ils se renferment volontairement dans leur clôture \ s'ils succombent malheureusement dans cette retraite^ ils deviennent leurs propres accusateurs \ et ils s'efforcent de se purifier, par toutes sortes de moyens, des moindres ordures des vices, de même que Tor dans la fournaise. J'en conclus que leurs prières , quels que soient les fidèles pour lesquels elles sont faites, montent sans retard devant le trône de la divine majesté , et obtiennent du roi Sabaoth Tobjet de leur demande. Dès ma plus tendre jeunesse, j'ai long-temps été admis aux secrets des moines, et par des relations familières j'ai appris à fond quelles étaient leurs mœurs. En conséquence, lorsque je considère la conduite de tous les mortels qui habitent la terre, et que j'envisage la vie des ermites et des chanoines , je vois qu'ils sont tous, dans leur vie , inférieurs aux moines qui vivent canoniquement et suivant les règles de leur ordre. C'est pourquoi, glorieux comte, j'engage fidèlement votre générosité à construire pour Dieu contre Satan une forteresse monacale , pendant que vous le pouvez , dans ce comté que vous n'avez pas obtenu de vos aïeux par droit héréditaire , afin*
4o4 OADERIC VITAt.
que , sous le froc , les soldats du Christ livrent au diable un combat continuel en faveur de votre ame. Voici sur la rivière de Mole une maison que vous m'avez donnée récemment : j'ai déjà commencé à bâtir auprès une église de pierres , ainsi que j'en ai fait le vœu l'an dernier à Rome devant l'autel de saint Pierre, prince des Apôtres. J'ai donc depuis peu, lié volontairement par mon vœu, ainsi que je vous l'ai dit, commencé la construction de cette église -, je l'offre avec joie ainsi que tout ce que je possède au Seigneur tout-puissant, et, d'après mes facultés, je proûiets de seconder en toutes choses ce qui convient au nom de Jésus -Christ. Levez-vous donc promptement , commencez virilement et faites dignement l'ouvrage de Dieu.
Toile morasy semper nocuit differre paratis.
Vous ne manquerez pas de collaborateurs, et, après votre mort, de pieux orateurs. Dès Ja première arrivée des moines et des ouvriers qui jeteront lesfondemens du couvent , j'offre pour le commencer quinze livres sterling; je donnerai, en outre, au monastère ma propre personne , mon fils Benoît, âgé de cinq ans^ et tout ce que je possède, à la condition que la moitié de tous mes biens fasse partie du domaine des moines, et que, sous leur patronage, l'autre moitié passe à mon fils Evrard. Quant à Orderic , mon aîné, je lai depuis long-temps livré à la connaissance des lettres sous un moine libéral, et lui ai procuré en Normandie, dans l'abbaye d'Ouche, un asyle assuré parmi les serviteurs de Dieu ; j'ai donné volontiers de mon bien, à ses maîtres et à ses compagnons , trente
marcs d'argent pour sa bienvenue. C'est ainsi que, pour l'amour du Rédempteur, j'ai éloigné mon jQls aîné , et l'ai envoyé au delà des mers , afin qu'exilé volontaire , il combattît chez l'étranger pour le roi céleste. Là , libre de tout soin de famille et de toute affection pernicieuse, il se fortifiera admirablement dans l'observance monastique et dans le culte de Dieu. Dès long-temps, je desirais ces choses par l'inspiration divine. Je souhaitais m'engager moi-même ainsi que ma famille dans de telles entreprises, afin qu'aidé par la grâce du Seigneur, je puisse mériter d'être , ainsi que mes enfans , compté parmi les élus au dernier examen. »
En conséquence , l'an de l'Incarnation du Seigneur io83, le comte Roger adhérant aux utiles exhortations de son fidèle conseiller, convoqua le 5 des calendes de mars, à la sixième férié (aS février), le vicomte Guérin, Picot de Sai et ses autres seigneurs. Après leur avoir fait connaître son projet et avoir reçu leur approbation unanime, il se rendit avec eux à l'église de l'apôtre Saint -Pierre et y déclara publiquement, en présence de beaucoup de témoins, qu'il allait bâtir une abbaye. 11 donna à Saint-Pierre tout le faubourg qui est situé hors la porte orientale, et déposa sur l'autel sa donation en y laissant ses gants. La même année , Rainauld et Frodon , moines de Seès, s'y réunirent les premiers, et, à l'aide d'Odelirius et de Guérin , et de quelques autres, ils commencèrent à bâtir les cellules du couvent. Le premier abbé de ce monastère fut l'éloquent Fulchered §ous le règne de Guillaume-le-Roux ^ il eut pour successeur Godefroi sous le règne de Henri. Ces passeurs.
4o6 ORDERIC VITAL.
farent tous deux religieux et lettrés ; ils s'applicpèrent diligemment à gouverner le troupeau du Sei-^ gneur pendant près de quarante ans. Leurs bons soins firent prospérer les affaires extérieures du nouveau monastère , et ils donnèrent pour Tintérieur 4 leurs disciples une institution de mœurs tont-à-fait digne d*éloge. Odelirius aussi dont nous avons déjà parlé , et qui était père de Vital % accomplit entièrement tout ce qu'il avait promis. 11 y offrit à Dieu j avec deux cents livres d'argent , son fik Benoit , et lui-même , après la mort do comte Roger, prit Thabit monacal , et y servit Dieu comme moine selon la règle du saint père Benoit. Pendant sept ans , après de grands tra^ vaux , qu'il avait supportés pour le Ciel , il découvrit et racheta ses péchés par une confession sincère , la sixième férié de la semaine de la Pentecôte : après avoir reçu Tonction sacrée et s'être muni du viatique, il mourut le 3 des noues de juin (3 juin). Le comte Roger avait vécu six ans après la mort de Guillaume , roi des Anglais , vieillard héroïque qui fleurit parmi les principaux seigneurs de FAugleterre. Après avoir médiocrement doté de terres et de revenus l'abbaye dont j'ai cité la fondation, il y mourut en 1094, le 6 des calendes d'août (a^ juillet), et fut honorablement enseveli entre les deux autels. Son fils Robert obtint seul toutes ses terres en Norman-* die : comme il était cruel, orgueilleux et tout-à-fait dépravé , il commit d'innombrables iniquités. Hugues de Mont-Gomeri posséda le comté de Shrewsbury; mais, peu d'années après, il fut tué soudain d'un coup de javelot par Magnus , frère du roi de Norwège , et ,
' Ordcric Vital , anteur de cette histoire.
transporté) au milieu du deuil général , au couvent de Shrewsbury , il fut inhumé dans le cloître. Le prudent héros avait pendant sa vie procuré des comtés à ses deux autres fils Roger et Ârnoul *, mais après sa mort ils ne tardèrent pas à les perdre, et par TefTet de leur perfidie, sous le règne de Henri.
J'ai fait une petite digression au sujet de la construction du monastère que la famille du Christ habite maintenant sur les domaines de mon père, et où lui- ^ même , autant qu'il m'en souvient , parvenu déjà à rage de soixante ans, porta librement, jusqu'à' la fin de sa vie , le joug du Seigneur. Lecteur bienveillant, pardonnez-moi, je vous en prie, et ne soyez pas fâché si j'ai confié à cet écrit quelques particularités sur mon père , que je n'ai point vu depuis que, pour l'amour du Créateur, il me chassa en exil comme un beau^fils odieux. Déjà quarante -deux ans se sont écoulés, et, pendant ce temps, de grands changemens se sont opérés au loin sur la surface de l'univers. Je pense souvent à ces choses, et en confie quelques-unes au papier , résistant ainsi soigneusement aux dangers de l'oisiveté, et je m'exerce par ce travail. Maintenant je vais retourner au sujet que j'ai entrepris de traiter ; étranger parmi les indigènes , j'apprendrai à la jeunesse les alOTaires qui la concernent et qu'elle ignore : de cette manière je lui serai utile , avec l'aide de Dieu.
Ainsi qu'on l'a rapporté , Goisbert, citoyen de Chartres , vint pour se convertir ; il vendit une bonne maison qu'il possédait dans la ville , moyennant trente livres chartraines , et en remit avec joie tout le prix aux moines d'Ouche. C'était un homme d'une taille
i(o8 ORDERIC VITAL.
haate et grêle , de mœars douces et engageantes , magnanime et libéral. Gomme il était très-habila dans Tart de la médecine, il était connu de beaucoup de personnes à qui il était nécessaire et dont il était ïami intime. Ce fut par lui que Foulcher de Chartres, Pierre de Maulie et plusieurs autres prirent connaissance des religieux d'Qnche , respectèrent pieusement leurs vertus et leur donnèrent une portion convenable de leurs biens. Ce Foulcher était estimé pour sa noblesse ; il avait en patrimoine de grands biens , était profondément instruit dans les lettres, et déplus chanoine de la sainte mère de Dieu. Il fit une charte de la donation des objets qu'il cédait à Saint-Evroul, et, sous sa dictée judicieuse et agréable, Robert André , écrivain fameux , la traça ainsi qu'il suit :
« Moi Foulcher, fils de Gérard, chanoine, quoi- « que indigne , de Féglise de Sainte-Marie de Char-^ « très, ayant souvent réfléchi en moi-même sur « ma propre condition et celle des autres mortels, «( j'ai reconnu, comme le dit Salomon, que pres- « que toutes les choses qui sont sous le soleil n'of- 4c frent que des sujets de vanité •, et qu'il n'y a rJen <c sur la terre qui puisse rendre les hommes heii- « reux après les angoisses de cette vie , si ce n'est « de faire du bien pendant qu'ils -existent. D'après K ces considérations dont je suis touché , effrayé (( d'ailleurs de l'énormité de mes crimes, puisque u chacun doit un jour rendre compte à Dieu de ce (( qu'il a fait, il m'a paru convenable, et je croîs tt que c'est par l'inspiration divine , de faire don de « ce que je possède au bienheureux Evroul , pour le f( salut de jaon ame et de celle de mes amis , afin
« que mes frères et amis qui demeurent à Ouche « puissent avoir de quoi sustenter leurs corps et « faire ensuite quelquefois avec plaisir mémoire de <( moi. Ce que nous laissons à nos descendans par a droit héréditaire, non seulement ne nous sert « pas après la mort, mais nous est préjudiciable le c( plus souvent parce que nous l'avons mal placé. « Qu'il soit connu de tous les fidèles de la sainte « Eglise, que librement et spontanément, afin de « pourvoir à mon salut à l'avenir, je donne à perpé- « tuité an bienheureux Evroul et à ses serviteurs « toutes les choses, quoique de peu de valeur, que « je vais désigner-, savoir, l'église de Moulicent, la « moitié de la dîme de cette terre , le cimetière et « trois acres de terrain qui se trouvent derrière ; en « outre , l'arcage du monastère , autant qu'en a tenu « Goscelin , et la dîme de mon moulin. Si j'y établis « un marché , je leur en cède également la dîme. « Tout moine qui habitera à Moulicent ne devra ja- « mais de mouture de sa provision -, et, s'il veut mouce dre à son propre moulin, qu'il le fasse; s'il ne lui « plaît pas d'en agir ainsi, qu'il aille moudre au mien « et qu'il garde toute sa mouture. Tout ce que j'ai à « Marchainville, terre, moutier et moulin, je le leur « donne à perpétuité. Dans le village qu'on appelle « La Landelle, je leur donne en outre une terre « d'une charrue et un moutier. Je donne semblablece ment la dîme de ma forêt, c'est-à-dire du panage, « des abeilles, et des bétes sauvages qui y seront « prises. Les porcs des moines ne paieront aucun « panage dans mes bois , et les moines ne seront en « aucun temps , ni envers moi , ni envers mes des-
4lO OHDRRIG VITAL.
« cendans , tenus à aùcua travail , service ou expé^ « dition quelconque. Si quelqu'un de mes hommes <c veut donner ou vendre quelque chose k Saint* « Evroul , je lui en donne la permission , et il peut « le faire sans aucune crainte de ma part. J'offre K spontanément au Dieu tout* puissant qui me les ft <f donnés, et au bienheureuxEvroul, confesseur ^né- « reux, toutes les donations quelconques que je triens « de spécifier. S'il est quelqu'un d'assez lâche oa en-" « vieux pour amoindrir, violer ou enlever de force ou « en cachette quelques-unsde ces objets , que , Itappë « d'un éternel aViathéme , il ne voie jamais les biens « du Seigneur , si ce n'est après avoir fait xùie très- « digne satisfaction et être venu à la résipiscence da « repentir. A ma prière, le seigneur Robert, évêquc « de l'église de Chartres , dans le fief duquel sont les « objets donnés, rapportés ci * dessus, a bien voulu u confirmer cette donation de notre pauvreté. Cette tt concession est ratifiée aussi par mes frères, par Âipès tt ma femme, et par mes fils. )i
Les moines d'Ouche tiennent depuis cinquante ans la propriété de ce qui leur a été donné par le galant homme dont nous venons de parler : ses successeurs, Barthélemi, surnommé Boël, et Gérard, son fils, confirmèrent avec plaisir ces donations. Là demeurèrent Aimeri et Raoul , Hugues l'Anglais et Guillaume du Merle , et plusieurs autres moines , aussi distingués par leur éloquence que par leur vertus ; ils trouvèrent une protection bienveillante dans les évêques de Chartres , Robert et Goisfred , Ives et un autre Goisfred. C^est ainsi que, par le zèle des moines et l'assistance des gens de bien, fut bâtie l'église de Marchainville ,
qui est consacrée à Marie , sainte mère de Dieu , par laquelle le salut du monde s opéra.
Dans le même temps, Landric, Goisfred et Gunhier donnèrent à Saint-Evroul toute la terre de Ghérancei. Gomme Isoard , dé qui ils la tenaient , la donna aux moines libre de toute redevance , il reçut six livres de Tabbé Mainier. Ensuite Landric , et les autres qui viennent d'être nommés, recurent du même abbé la moitié de la terre, et, en présence dlsoard, ils devin* rent les hommes de Tabbaye après avoir joint les mains. Ils donnèrent ensuite tous trois, devant Isoard et plu-» sieurs autres témoins , Téglise du lieu , tout ce qui en dépendait, et toute la dime. Ils concédèrent en outre celle de toute la terre , tant pour ce qui appartenait à Isoard que p'our ce qui appartenait à saint Etienne ou à tout autre. Cette donation se fit en présence du prêtre Gérard et de plusieurs autres personnes.
L'an de llncarnation de notre Seigneur Jésus- Ghrist 1074 , du temps de Guillaume-le-Grand, roi des Anglais et duc des Normands , le chevalier Guillaume, surnommé Pantol, de Favis du vénérable Mainier son ami , et avec la concession du comte Ro-» ger son seigneur , donna à Saint-Evroul les églises de Noron • , dont Tune a été bâtie en l'honneur de saint Pierre , et l'autre en l'honneur de saint Cyr , martyr- Alors il donna aussi toute la dîme de Noron, son propre Plessis , une partie du bois du Pont-Ogeret , et sa part d'une terre appelée Molinx, et d'une autre située au delà du torrent , et que l'on appelle vulgairement Ruptices. Il concéda ensuite tout le fief de Guillaume de Maloi , dans lequel sont compris environ trente
' Près de Falaise.
4l2 ORDERIC VITAL,
acres de terre. En conséquence , il reçut de la charité des moines seize livres rouennaises , pour entreprendre le voyage de Saint-Gilles. Le même chevalier donna à saint Pierre toute la terre que Gaultier, fils de Rufa , avait vendue au moine Robert ; ce qui fit que ce moine lui donna cent sous rouennais. £a outre , le même Guillaume donna aux moines , dans le même lieu, soixante acres de terre , le moulin du Hommet, et la dîme de la moitié du moulin de Noron. Il donna aussi Téglise d'Emié ville \ avec la dime et tous les revenus appartenant à Féglise ; et , dans le même lieu , la terre d'un vavasseur , et deux gerbes de la dime de sa propriété et de tous ses hommes du Ménil-Baclei ■ , et toute la dîme du moulin de Roiville ^. 11 donna à Saint-Pierre toute la /terre que sa mère Béatrix possédait dans son domaine des Fossés, et les hôtes de lauipône de Saint-Germain- d'Aubri *. Sa sœur Helvis donna à Saint-Pierre tous ses droits surÂubri, que le même Guillaume concéda alors. Il y joignit en outre, dans le même lieu, la dîme de ses hommes, Raimbault, Robert l'hérétique et Gualon, fils de SafTred. Le même Guillaume donna en outre à Saint-Pierre de Noron toutes les églises et les dîmes de tous les lieux , tant en Angleterre qu'en Normandie, ou en tout autre pays où il ferait des acquisitions, et la dime de toutes ces possessions , c'est-à-dire , des jumens , des vaches et des fromages , et de tout ce qui est sujet à la dîme. Il concéda semblablement tout
■ Près de Troarn.
* Maisnil Bachelarii, près de Livarot.
* De Roreuilla^ près de Vimouticr.
^ Aujoard'hui Aubri-le-Panthoa , près de Vimoutier.
ce que ses hommes voudraient donner ou vendre à Saint-Evroul , sauf toutefois le service qui lui était dû ; en outre il donna toute une partie de son bien^ de sorte que les moines de Saint-Evroul en eurent la moitié après sa mort , et les moines de Noron une autre moitié.
Guillaume Pantol et Lééline sa femme donnèrent librement, comme nous l'avons dit, toutes ces choses à Dieu pour leur salut et celui de leurs amis. Ils confirmèrent généralement cette concession dans le chapitre de Saint-Evroul , en présence du couvent réuni et de plusieurs témoins. Alors Guillaume donna de la main à la main quarante marcs d'argent pour subvenir aux besoins des frères qui devaient se rendre à Noron pour y construire leur maison.
L'abbé Maînier , le prieur Foulques et Guillaume Pantol se rendirent alors auprès du comte Roger qui demeurait à fielléme : ils le prièrent humblement de confirmer par sa concession les donations du chevalier Guillaume. Ce comte , vertueux et libéral , accueillit avec bonté une si juste demande , et approuva tout ce qu'ils desiraient en présence de tous ceux qui se trouvaient alors à sa cour pour diverses affaires. On y célébrait en ce moment la fête de saint Léonard confesseur 5 et pour cette solennité, le comte, naturellement magnifique , avait invité beaucoup de monde. Hoélin, évéque du Mans, Hugues, évéque de Lisieux , et Robert , évéque de Seès , Ainard , abbé de Saint-Pierre-sur-Dive , Durand de Troarn , Robert de Saint-Martin-de*Seès et Hugues de Lonlai, Emma , abbesse d'Âlmenéches , Hervée , chapelain de Tévéque de Lisieux , Roger Faidel , Hugues , fils de
4t4 ORDERIC \ITAL.
Foucault, Robert, filsdeThëodelin, Roger Goulâfre, et plusieurs autres , tant clercs que laïques , furent prësens à cette concession.
L'an de rincamation du Seigneur 1077, '^ noble abbé Robert , frère de Hugues de Grandménil , alla en Normandie pour une entrevue avec Guillaume, Toi des Anglais:, et accorda à ce monarque le pardon qu'il lui demandait pour Tavoir autrefois in* justement exilé. Philippe, roi des Français, s'était adressé à Robert , parce qu'il voulait lui donner l'évéché de Chartres: mais comme les Français n'aimaient pas à obéir à des Normands , ce siège fut occupé par Goisfred , neveu d'Eustache , comte de Boulogne. En conséquence , l'illustre Robert , après avoir assisté à la sainte dédicace des églises de Caen , de Bayeux et du Bec , qui eurent lieu cette même année , eut un entretien amical^avec le roi Guillaume , ainsi qu'avec quelques-ans de ses amis et de ses parens qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs années ; il regagna ensuite la Fouille , et emmena avec lui Guillaume Pantol , Robert de Cordai son neveu , et quelques autres chevaliers de distinction. Alors Robert Guiscard commandait en Calabre, et venait d'en acquérir le duché de Gisulfe, duc de Salerne. Il était fils d'un certain Taacrède de Haute-Ville , homme de rang médiocre ^jmais comme il était de grand cœur, et que la fortune lavait heureusement secondé, il avait conquis l'Italie. De concert avec ses frères, et ceux de ses compatriotes qui l'avaient joint, il contenait fortement les habitans de la Poiiille. Il l'empc^rtait sur tous ses voisins par l'éclat de ses grands exploits, et, devenu puissamment riche , il étendait sans cesse sa domina-
tipn. U reçut honorablement Guillaume Pantol , lui promit beaucoup de choses , et , à cause de son mérite 5 essaya de le retenir avec lui. Le jour de Pâques, il lé fit au diner asseoir auprès de lui , et lui promit trois villes s il voulait rester en Italie et ne pas le quitter.
Cependant la comtesse Mabile était morte frappée du glaive de Hugues de Saugei ' , chevalier naturellement violent : ce meurtre occasionna le retour de Guillaume Pantol , qui revint de la Pouille , et fit naître de grands troubles. On avait accusé Guillaume du crime de trahison , et plusieurs de ses rivaux étaient devenus pour lui des ennemis redoutables. Mabile s'était emparée du château de Perrai , qui avait été donné à Pantol ^ cette vexation avait fait naître entre eux une haine opiniâtre. C'est pourquoi on soupçon»^ naît qu'il n'avait pas été étranger à l'assassinat de la çomtessse , surtout en remarquant qu'il était très-lié avec Hugues de Saugei, et qu'ils avaient ensemble de firéq^uens entretiens. En conséquence , le comte Roger et ses fils se saisirent de toutes ses terres , et le firent poursuivre afin de le faire condamner à mort; mais Guillaume, sa femme et ses enfans se réfugièrent à Ouche , et y restèrcuot* long-temps sous la protection des moines , tout en éprouvant de grandes frayeurs. Ce chevalier niait hardiment le crime dont on l'accusait; nul ne pouvait le convaincre d'après des indices certains ni réfuter ses dénégations ; et il demandait à se purger légalement de cette action. Enfin , de l'avis de plusieurs grands seigneurs, il fut arrêté à la cour du roi que l'inculpé, pour se laver de la tache du for-
4l6 ORDERIC VITAL.
fait qui lui ëtait impute , irait sabir à Rouen , en présence du clergé, lepreuve du fer chaud. C'est ce qui eut lieu. 11 porta de sa main nue le fer étincelant , et, . par la permission de Dieu , saus aucune brûlure : en conséquence le clergé et tout le peuple chantèrent les louanges de Dieu à haute voix. Les ennemis malveillans de Pantol étaient en armes à ce spectacle , afin que , s'il était reconnu coupable par le jugement da feu , ils le punissent par le glaive et lui coupassent la tête. Dans ces circonstances critiques , qui tourmentèrent beaucoup Guillaume et ses amis , il reçut de grandes consolations de la part de Tabbé Mainier et des moines d'Ouche , qui Taidèrent de tous leurs ef* forts auprès de Dieu et des hommes. C'est ce qui rendit leur amitié plus grande et plus ferme. Aussi donnat-il à Saint*£vroul quatre des manteaux précieux qu'il avait apportés de la Fouille : on en fit , pour les chantres de l'église, quatre chapes, qui, jusqu-à ce jour, y ont servi à donner de TécJat au service divin. Après la mort de Guillaume , roi des Anglais , Guillaume Pantol retourna dans la Fouille , en rapporta à sdn re^ tour les reliques du corps du bienheureux JVicoIas , confesseur du Christ, et les plaça dans l'église de Saint- Fierre-de-Noron , pour la décoration du lieu. Ensuite il donna aux moines qui y demeuraient un manoir en Angleterre nommé Traditon , un moulin , Féglise du même village , et toute la dîme de six autres villages qtd appartenaient à la même église.
L'an de Flncarnation du Seigneur ma, c'est-àdire la douzième année du règne de Henri, roi des Anglais, et la quatrième de celui de Louis, roi des Français, Guillaume Fantol vint à Ouche quarante
ans après avoir commencé ïe monastère de Noron ; fidèle à son ancienne amitié , et se rappelant les dons qu il avait faits , comme nous Tavons dit ci-dessus , il les recensa tous, et, dans une réunion géné« raie des moines, il les confirma expressément, ainsi que sa femme Lééline. Alors Philippe , Ivon' et Arnoul ses fils concédèrent aussi tout ce que leur père avait donné aux moines de Saint-Evroul : tous réunis, Guillaume , Lééline et leurs trois fils , Philippe, Ivon et Arnoul, déposèrent la donation sur Fautel. Quatre des évéques qui occupèrent le siège de Seès, Robert, Gérard , Serlon et Jean, Robert-le-Chauve , Goisfred, A^celin, et plusieurs autres moines religieux habitèrent le couvent de Noron , vivant avec charité dans la crainte de Dieu, et donnant aux peuples l'exemple des vertus* Guillaume Pantol vécut long-temps -, il honora les pauvres et le clergé, fit beaucoup d'aumônes, se montra constamment magnanime, fit courageusement tête à tous ses ennemis, et resta toujours puissant par ses richesses et ses terres. Il fit don de soixante marcs d'argent pour commencer la construction de la nouvelle église d'Ouche ; il entreprit ce bel ouvrage à la louange de Dieu , mais la mort l'empêcha de le terminer. Ses fils obtinrent son patrimoine, Philippe en Normandie , et Robert en Angleterre ; mais ils n'eurent pas le mérite de leur père pour continuer ses entreprises.
Raoul de Mont- Pinçon, sénéchal de Guillaume- Ic-Grand, roi des Anglais , se dévoua tout entier fidè-
* Ivo se rend ordinairement par Ives. Nous préférons Ivon, parce qae ce mot s'est conservé en Normandie, notamment dans la Chapelle-Tvon, près d'Orbec.