‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 22 sur 89 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Dons offerts par plusieurs personnes du pays, el marques signalées de dévotion dans ces derniers temps. Continuation et perpétuité du culte de Notre-Dame de Boulogne. Conclusion de celte histoire.

Je croirais manquer à la considération que mérite la piété d'un chacun, si, m'étant ci-devant étendu sur les vœux et présents offerts depuis le rétablissement de la sainte image , je ne faisais mémoire , avant que de finir, des témoignages de zèle et de respect que lui ont donnés ceux du pays même , principalement [es chanoines , fidèles gardiens et dépositaires de ce précieux gage de l’amour de Marie.

Celui qui semble devoir tenir le premier rang est le sieur Gilles Folie , grand vicaire , chanoine et curé de Boulogne, parce que ejest lui qui a le plus contribué à la réparation de l’ancienne chapelle delà SaintcVicrge, et qui fit , en 1627, poser au-dessus du grand portail de l’église l'image de Notre-Dame de Boulogne, qu’on y voit encore à 'présent*. Il faut dire ici en passant qu’il y a cela do remarquable en cette image, qu’ayant été jetée par les Anglais dans les fondements d’un boulevard qui fait maintenant partie des Pères Capucins , elle en fut tirée quatre-vingts ans après, aussi entière qu’on la voit aujourd’hui.

Les autres chanoines , pour accroître la vénération de ce saint lieu , y ont donné dans la suite leurs meilleurs ornements et leurs plus riches meubles d’église, entre lesquels on peut remarquer une chasublé de satin cramoisi rehaussé de grandes fleurs en broderie d’or, qu< est un don de M. Noël Gantois, doyen ; une autre ^chasuble de toile d’or , de M. Nicolas de l’Espaut, chanoine, qui y a aussi légué quelques revenus annuels pour fondation de messes ; un calice aveé le bassin , les deux burettes et chandeliers , le tout de vermeil doré ciselé , qui est un présent de M. Fursy Vaillant, archidiacre ; et un autre calice d’argent aussi ciselé, provenant de M. Jean de la Planche, archidiacre, official et grand vicaire*'

La dévotion de M. Jean Moucque , doyen , qui a pendant plus de quarante ans avancé de tout son possible le culte de Notre-Dame de Boulogne, l’a porté , eu acquit d’un vœu qu’il lui avait fait, à laisser à la fabrique sa maison située en la rue du château , et à constituer la chapelle légataire universelle du reste de ses biens. M. André Scotté de Velinghen , chanoine fabricien , décédé le 24 janvier 1703 , s’est attaché avec la même ferveur, durant plus de trente années, à tout ce qui pouvait contribuer au meilleur état et embellissement, tant de la chapelle que de toute l’église, y ayant donné, entre autres» choses, des chasubles de toutes les couleurs pour l’usage de l'autel de la Sainte Vierge. M. François Cannet, aussi chanoine , y a pareillement légué sa maison jfrès la Porte-Neuve, avec les arrérages et revenus de la prébende morte, comme

quelques autres confrères avaient fait avant lui (1).

Je joindrai à ces marques publiques de dévotion du corps le plus distingué du clergé, celle qu’ont fait paraître les révérends pères capucins , dont les vertus édifient cette ville depuis près de cent ans. Poussés par un motif de reconnaissance envers la souveraine du pays, ils demandèrent à messire Jean Dolce, évêque de Boulogne, faisant la consécration de leur église le 29 mai 1635, et ils obtinrent que la chapelle , qui y est renfermée, fût dédiée sous le nom et en l’honneur de Notre-Dame de Boulogne. Cette chapelle , ainsi que l’église,entière, avait été bâtie par la libéralité de Nicolas de Lannoy, seigneur d’Amcraueourt, connétable héréditaire du Boulonnais , èe la même famille que le sieur de Morvilliers, dont nous avons décrit les excès. Ilcst bien vraisemblable que Dieu lui aura inspiré le dessein d’un établissement si avantageux à tou te la ville.

Cl) L’auteur de cet ouvrage , si la modestie le lui eût permis , aurait pu se mettre lui-même au rang des bienfaiteurs de la chapelle de Notre- Dame. puisque dès l’année 16S6, il lui avait donné soixante-deux livres quatorze sousde rentes foncières, tant seigneuriales que surcensièies, et que de plus il lui a laissé une |pinc de deux cent quarante livres pour faire célébrer une messe d’onze heures les premiers dimanches de chaque mois.

Depuis sa mort, messieurs Henri de Wismcs de Moncliy , doyen, et Tsaac-Joacbim Régnault, chanoine de la cathédrale de Boulogne, ont légué chacun leur maison à la chapelle de Notre-Dame. Le premier a joint au susdit legs une somme de quatre cents livres. Plusieurs autres chanoines de cette église se sont aussi distingués par leurs pieuses libéralités envers la même chapelle, entre autres messieurs Guillaume Framery, Balthasar Hertault , Jacques Ducrocq , Balthasar Flahault , Joseph Fatus- Desfourneaux, Jacques de Bernes de Batuircthun, etc., qui lui ont donné différentes sommes d’argent ou rentes considérables.

pour lui faire réparer en quelque façon les grands maux qu’un de ses prédécesseurs y avait faits le siècle précédent.

Comme les bons exemples des personnes ecclésiastiques et religieuses sont d’une grande force pour établir la piété parmi les peuples, plusieurs laïques de l’un et l’autre sexe, et surtout de celui à qui la dévotion est comme naturelle , se sont attachés à les imiter en ce point. De ce nombre sont la dame de Saint-Martin , présidente de Calais , qui a fait don à l’image d’une robe de satin cramoisi ; dame Antoinette Monet de La Salle, épouse de Henri de Boivin du Vaurouy, conseiller au parlement de Paris, quia fait présent d’un parement d’autel de moire verte à fond d’argent , et d’une robe de même étoffe , pour servir à l’image ; la demoiselle Jeanne d’Isques , qui laissa en 1677 quelques sommes d’argent pour l'augmentation du culte de Notre-Dame de Boulogne , qu’elle avait fort à cœur , et fonda en partie la messe du saint Rosaire , qui se chante les premiers dimanches des mois devant l’image miraculeuse. La dame deDisquemuede Montbrun y présenta eu 1681 un cœur d’argent, au retoiyr d’un voyage de Paris. En 1697, la dame de Framery, lieutenante-générale d’Ardres , voulut , en donnant des chasubles pour sa chapelle , se rendre participante des messes qui s’y célèbrent. Deux ans après , la dame de Saint-Aubin y fit présent, à la même intention, d’un pavillon à fleurs et d’une toilette de satin blanc, garnie de dentelles et de crépines d’or, depuis employés à faire un ornement complet. Vers le même temps, Anne-Françoise de

• DE BOVLOfc'NE.

Ca Ilayle, épouse d’Alexandre Le Roi Duquesne, ingénieur en chef , et chevalier de l’ordre de Saint-Louis, y offrit une robe verte, à fleurs d’or, garnie d'un point d’Espagne, aussi d’or.

Plusieurs autres dames, gentilshommes et bourgeois y ont fait encore depuis quelques années des offrandes assez considérables , feu égard à la misère des temps ; mais , outre qtie les bornes d’une histoire abrégée ne m’en permettent pas le détail , ce serait m’exposer à blesser la modestie de plusieurs personnes vivantes , qui peuvent désirer que leur libéralité ne soit point

connue.

Je ne puis cependant omettre qu’en 1699 dame Catherine de Poucques, veuve du sieur Fesillier, seigneur d&Dannes, vint en la chapelle le 13 d’octobre , pour s’acquitter du vœu qu’elle avait fait dans l’extrémité d’une maladie où les médecins l’avaient abandonnée, qu’elle y fit chanter une messe solennelle en actions de grâces de sa convalescence, et y présenta la somme de cent livres pour offrande;, que l’année suivante le sieur François Hubin, demeurant au château de Honvault, y fit don de pareille somme, à la charge de sept messes hautes à son intention.

Je dirai encore qu’en 1701 , au chapitre général de la veillé de Noël, M. Balthasar de Flahault, chanoine fabricien et administrateur de la chapelle , présenta, pour l’autel de la Sainte Vierge , au nom de dame Jeanne-Nicole de Lile , épouse de François du Sommerard , commissaire provincial d’artillerie au département de Saint-Omer , une magnifique chasuble de

salin blanc, en broderie fine d’or et d'argent, enrichie de • deux écussons des armes en relief de la princesse Aniie-'Marie-Loqise d’Orléans , duchesse de Montpensîer (1).

Je finis en ajoutant^qu’au mois de février 1702 , dom Philippe de Gelers , natif de çe diocèse, connu par son mérite et par sa renonciation au généralat de l’ordre de Prémonlré , mais recommandable surtout

par son dévouement au culte ^de la Sainte Vierge , vint en son église de Boulogne, après sa promotion à l’abbaye de Dompmarlin , du diocèse «d’Amiens ; qu’il y donna des preuves nouvelles de sa confiance en la protection de celte bienfaisante Maîtresse, et qu’après avoir offert les divins mystères , il laissa des marques de son -profond respect et de>sa parfaite reconnaissance envers la sainte image.. ’ • .

* Toutes ces offrandes^ faites de nos joyrs , et celles qu’on voit encore se faire de temps en temps par des personnes de toutes sortes d’états et de conditions, sont des preuves subsistantes que la dévotion envers cette sainte! image n’est pas éteinte , et que si le'feu n’en est pas si étendu et si ardent qu’il était autrefois , il est du moins comme recueilli dans lg cœur des Boulonnais et de leurs voisins , qui continuent de rendre

(1 J A ccs exemples tic générosité de la pllrl des simples fidèles, l’auteur de cette histoire n’aurait pas manqué d’ajouter , s’il en eût été témoin , celui de darnoiselle Louise Lamiàblc de Grand-Moulin , qui , en 1731 i a laissé à la chapelle de Notre-Dame une rente de quarante liv.; et celui de madame Parlais , veuve de M. de Framcri, lieutenant -general en la sénéchaussée du Boulonnais, qui, en 1737, loi a laissé, sans aucune charge’ la somme de sept cents livres.

, ' 'b* Boulogne. 1 *j45

à l’enviées hommages réglés et- des tributs -de piété à leur Patronne tutélaire* 4 . . , •

VoiJà ce q u ’» n aﻫ5gé a pu permettre de recueillir des effets les plu» éclatants de. la protection de Noire* Dame de Boulogne envers ceux -qui l’ont réclamée dans leurs différentes «édessilés. La multitude dé figures' d argent eide cire, l’amasconfos de potences et d’aufres indices semblables de maladies guéries et de dangers échappés que l’on voyait dans la chapelle avant qu>n y eut fait la table de l’autel, et le lambris dont elle est maintenant ornée , en disaient plus anx yeux. des pélelerins que je ne puis ici raconter aux lecteurs. Qn serait surpris de voir dans les registres , seulement depuis l’année 1630 jusqu’à présent, le nombre de messes qui ‘ s y sont célébrées par des motifs de reconnaissance. Mais ce tableau raccourci .que nous, venons d’exposer au public des merveilles que Dieu a opérées dans cette chapelle en faveur de ceu* qui sont venus honorer sa très-sainte Mère ;■ suffira pour persuader aux fidèles, que sa vertu toute-puissante ne s’est pas encore retirée de ce lieu saint , et que tajat qu’il y aura des cœurs purs et bien disposés, la grâce des miracles ne cessera * point de s’y répondre , de même que l’huile delà veuve (i) visitée par le prophète ne cessa point de couler tant qu’elle eut des vaisseaux pour la recevoir.

-• tf* • • , '

Jam quot membre* œgrü, tôt lingual in verba salutæ,

. Temeritd,virgo . lâudeper astra feront.

At Scriptor sybità factm silet admirator,

Obsequii ref ereus hac monumenta «ut.

Ecquam te mêmorem ? peregrinit ora, manusque ,

Dùm Bolvii. nobis osque manumque ligat.

(DReg., 1. 4,c,4. '

A défaut de termes capables «d’exprimer détendue du pouvoir de cette glorieuse Patronne et de ses bontés envers les malades et les ^nécessiteux , de quelque nature que soient leurs infirmités on leurs besoins, je ne puis mieux terminer ee petit ouvrage que par les paroles d’un saint (1) que Marie a comblé de ses faveurs, et <|uc Boulogne (2) a vu autrefois- aux pieds de ses autels : « O vous, qui que vous soyez 1 2 *, qui vous re- » gardez dans cette vie comme dans une mer orageuse,

» exposé aux vents et aux flots, ne détournez jamais » les yeux de desstis l’étoile qui doit vous conduire, si » vous ne voulez pas périr. Si votre cœur se trouve » agité de. quelque tentation violente pendant que » dureça cette tempête, regardez votre étoile, invoquez » Marie ; si dans le cours de votre vie quelque mau- » vaise affaire vous cause une tribulation excessive , '» pendant que votre veFtu sera en danger d’échouer » contre cet écueil* ne détournez point les yeux de des- » sus votre astre, ayez toujours recours à Marie ; si vos » passions se remuent, si la volupté , l’ambition, la co- »lère, l’envie, l’avarice, s’efforcent de rompre les di- » gués que leur donnent la raison et la foi , opposez- »leur le nom de Marie; si la grandeur de vos péchés, » le mauvais état de votre conscience , la crainte des «jugements de Dieu vous trouble , vous abat , vous » pousse dans l’abîme du désespoir, appelez au secours

(1) Saint Bernard. • . ,

(2) Tom. 1 , Edit, horst. £p. 344 , ad Maftiild..Et Honiil. 2 , super niissus est.

I>E BOULOGNE

» Marie. Dans tous vos dangers, dans toutes vos afflic- » tions, dans toutes vosperplexités,pensezàM.\RiE; invo- » quez Marie; quelle soit toujours dans votre bouche,

» qu’elle ne s’éloigne jamais de votre cœur. Quand » vous la suivrez , vous ne vous égarerez point ; quand » vous la prierez, vous ne vous désespérerez point; quand » elle vous tiendra, vous ne tomberez point; quand elle *> vous protégera, vous ne craindrez point ; sous sa con- » duite vous ne vous fatiguerez point; et enfin, par son » secours, vous parviendrez au port du salut. Ainsi » soit-il. »

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