CHAPITRE DERNIER
Miracles , grâces et secours plus remarquables , obtenus par l’intercession de Notre-Dame de Boulogne , surtout depuis le dernier rétablissement de son image.
II est sans doute bien glorieux à la ville de Boulogne d’avoir été appelée par excellence (1) une ville favokisée de Dieu. Ce titre d’honneur me paraît préférable à tous ceux qui distinguent les autres villes; et c’est avec raison qu’elle en est décorée dans l'histoire , puisque Dieu a répandu, depuis plusieurs siècles, ses plus rares faveurs sur ceux qui y son4 venus réclamer l’assistance de sa très-sainte Mère. Les diverses Chartres des rois très-chrétiens, principalement de Charles V et de Louis XI, en sont des preuves authentiques et convaincantes.
La plupart des écrivains qui font mention de cet ancien pèlerinage , semblent avoir voulu enchérir sur le témoignage que nos rois ont rendu à sa célébrité , en l’attestant par les expressions les plus énergiques, l'erry de Locre (2), entre autres, en parle comme d’une dévotion qui a rendu fameux le nom de cette ville
(1) Hiit. Ecclds. d'Abbeville , 1. 1, c. 17.
(2) Locr. in MariA AtiguMa, 1. 2, ch. 7.
par tout le monde, à cause de la multitude de prodiges qui s’y sont opérés, surtout depuis environ l’an 1212. Maria Boloniensis tractùs Domina ab anno circiter 1212, signorum multilùdine Oppidum ipsum per integrum or— hem gloriosè diffamavit.
Les grâces extraordinaires, dont le bruit s’était si fort répandu en 1212 , n’avaient pas encore souffert d’interruption vers la fin du quatorzième siècle , ail rapport de Jean d’Ypres , abbé de Saint-Bertin , qui florissait alors , et que le voisinage a dû rendre des mieux instruits du concours des peuples à Notre-Damer de Boulogne-sur-Mer. Il remarque dans sa chronique (1) si connue, et si souvent citée par les meilleurs historiens modernes, que ce célèbre pèlerinage devait son origine au grand nombre de miracles qui s’y faisait à la gloire de Jésus-Christ et de sa bienheureuse Mère , et qu’il subsistait de son temps avec le même éclat. .In no 1211, ad laudem et gloriam Jesu-Christi et suœ gloriosissimœ Matris, in bononià suprà mare plurima fmnt Miracula , magnusque populi con/luxus ex omhi parle rcgni , et inde ortum habuit Peregrinatio ad Beatam Virginem , quœ adhuc est.
Mais le détail de toutes ces merveilles n'est pas venu jusqu’à nous, soit par la négligence ou la simplicité de nos ancêtres, qui , se contentant de graver dans leurs cœurs le souvenir de tant de grâces reçues, ne se sont pas mis en peine d’en laisser des mémoires à la postérité; soit plutôt par la malice des ennemis de la
(1) Cliron. S. Bcrt., part 14, c. 45.
religion, qui , ayant livré aux flammes la plupart de nos archives , nous ont dérobé la connaissance de ce qui faisait le juste étonnement de l’antiquité. Les seuls monuments qui nous restent de ces anciens miracles sont quelques figures de pierre demi-usées, autour du grand portail de l’église cathédrale, du côté du cimetière , où sont représentés plusieurs enfants mort-nés qui ont recouvré la vie et reçu le baptême par l’invocation de Notre-Dame de Boulogne , et plusieurs autres personnes délivrées de divers genres de périls par la même intercession.
Il faut donc , malgré moi , borner ma narration aux seules merveilles arrivées dans ces derniers temps , je veux dire depuis la prise de Boulogne par les Anglais et les troubles des huguenots. Encore ne m’arrêteraije qu’à celles qui me paraissent les plus remarquables et en même temps les plus avérées , protestant que je suis fort éloigné de vouloir abuser de la pieuse crédulité des lecteurs , et que je n’avance rien que sur des mémoires fidèles et qui méritent quelque créance..
Ce n’est pas , au reste, que je veuille faire passer tout ce que je rapporterai pour des effets absolument miraculeux. Je sais bien que , selon la décision d’un célèbre docteur sur un semblable sujet , l’on doit regarder pieusement la plupart de ces grâces (l) comme des bienfaits singuliers de la bonté de Dieu, et des assistances extraordinaires de sa main toute-puissante ,
(1) Jac. Pontan. Trot. Tlieol. I.ovan. cl liLir. Ccnsor. in approb. Hist. Virg. Je Monlc-acuto.
qui fait agir les causes secondes pour les besoins des hommes, quand et comme illuiplait ; mais je sais aussi qu'on ne doit point publier comme de vrais miracles les effets les plus surprenants, jusqu’à ce que l’autorité du Saint-Siège ou l’approbation de l’ordinaire les ait déclarés tels Ainsi , comme la plupart des événements que je vais rapporter ne sont reconnus pour miraculeux que par la seule voix publique , je déclare que j’en soumets avec respect le jugement à qui il appartient.
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Diverses marques de la protection de Notre-Dame de Boulogne dans les plus grands dangers sur les eaux.
Il semble que l’image de Notre-Dame de Boulogne n’ait été placée sur les bords de l’Océan que pour offrir sa protection à ceux qui se trouvent obligés d’exposer leur vie et leur fortune sur ce dangereux élément: aussi ne voyons-nous guère de condition qui en ait plus souvent ressenti les favorables effets que celle des gens de mer.
L’an 1612 , le 1" jour de janvier , un navire -de Calais , appelé le Rossignol, ayant été surpris d’une horrible tempête comme il revenait de Bordeaux, et les matelots étant sur le point d’en couper les câbles pour aller échouer aux côtes d’Angleterre , le calme revint tout-à-coup ensuite d’un^œu que quelques-uns d’eux firent à Notre-Dame de Boulogne, et dont Nicolas Gallot , maître du vaisseau , et Jean de Leau , contre maître, s’acquittèrent le 29 du même mois.
Quelques années après, Jean Bertoul, prieur d’un couvent de la Trinité ou de la Rédemption des captifs, proche d’Arras, personnage fort affectionné à Notre- Dame de Boulogne, dont il avait souvent visité l’église à l’occasion de son emploi de commissaire en Picardie et Artois , en fut divinement secouru au milieu des eaux, ainsi qu’il l’a lui-même témoigné depuis par une
Attestation signée de sa main. L’an 1617, comme il revenait à cheval d'un voyage de Hongrie , où il était allé pour les affaires de son ordre et pour le rachat des chrétiens , il tomba avec sa montufe dans un fleuve où il se vit sans secours , et sentit son cheval manquer sous lui. Comme il était près d’être submergé , il fut inspiré d’appeler Notre-Dame de Boulogne à son aide; et il ne l’eut pas plus tôt fait qu’il fut hors de péril , sans savoir de quelle manière cela était arrivé , sinon que cette Mère de bonté lui avait invisiblement prêté la main.
Le 20 d’avril 1631 , Jean de Calais , marchand, et Louis Fourmentin, pilote d’un navire, aussi de la ville de Calais, furent, par les mérites de la même Vierge , préservés du naufrage dans le temps que leurs voiles étant emportées par l’impétuosité des vents, et leur vaisseau se trouvant violemment battu des flots , ils ne voyaient partout qu’une affreuse image de la mort. Us vinrent en rendre leurs actions de grâces dans sa chapelle, et laissèrent deur déclaration des plus authentiques et des mieux circonstanciées.
Sur la fin de janvier 1633, un navire de St.-Valerysur-Somme, revenant de Mildebourg, fut attaqué d’une tempête des plus furieuses à la hauteur de Dunkerque. Une vague , que le vent poussa par-dessus le bord , emporia le maître du vaisseau , appelé Antoine Lamy , et l’ensevelit dans les eaux ; deux compagnons de l’équipage périrent de la même façon. Pierre Lamy , fils d'Antoine, eût éprouvé le même sort si, dans le temps qu’une pareille vague le précipita dans la mer , il ne
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se fût souvenu de réclamer l’assistance de Notre-Dame de Boulogne , car à l’instant même une autre vague , poussée par un vent contraire, mais favorable, le rejeta entre les cordages du vaisseau , après quoi la tempête cessa. C’est ce qu’il assura depuis par serment solennel, devant les maycurs et échevins de Saint-Valéry, qui envoyèrent à Boulogne l’acte signé d’eux et du déposant, et scellé de leur sceau.
Le 15 d’avril de la même année, la Sainte Vierge protégea aussi le sieur Fontaine Le Fèvre , écuyer du roi , dans un extrême danger sur la mer , comme il repassait d’Angleterre en France. Au mois de jnin suivant, le marquis de Fontenai, ambassadeur de France en Angleterre , comme il revenait de son ambassade , reçut de la Sainte Vierge une semblable protection , dont il lui rendit le lendemain scs actions de grâces , et il fit présent, par reconnaissance, d’une somme d’argent à sa chapelle.
Un marinier de Boulogne , appelé Jean de Dértrne , y vint aussi , au commencement de l'année suivante , publier 'l’efficacité de la meme intercession. Comme il venait de Bordeaux , une tempête soudaine l’accueillit et menaça son vaisseau , ainsi que plusieurs autres de sa compagnie, d’une perte inévitable; tous périrent en effet, à la réserve du sien, parce qu'il avait eu soin d’en recommander la conduite à Notre-Dame de Boulogne, et de l’invoquer dans le besoin.
Ce qui est arrivé au sieur Nicolas de Roberty , secrétaire de monsieur le comte d'Eslrécs , vice-amiral de France, est déplus fraîche date. Il se trouva engagé
dans ce malheureux naufrage qu’une partie de notre flotte fit, le onzième de mai de l’année 1678 , proche
de l'ile des Oiseaux , à la hauteur de Colossol et Bon— uairc, dans l’Amérique , où nous pcidîmes douze gros vaisseaux , et oii périrent neuf cents hommes. Au milieu de celle consternation presque générale, où chacun s’abandonnait à la merci des eaux , sans espérer de ressource, il fut inspiré, avant que de se jeter en mer, de faire un vœu à Notre-Dame de Boulogne , qui lui était fort connue , «à cause du voisinage de Montreuil , peu de sa naissance , et promit de visiter dévotement son église, s’il plaisait à Dieu, par son intercession , lui donner les moyens de gagner terre. Ayant achevé de former son vœu , il se jeta avec confiance au milieu
des eaux, et s’attacha, l'espace de huit heures entières,
à un bout de planche de la longueur d’un bras ; il fit, avec ce faible support, deux grandes lieues de mer, jusqu’à ce qu’enfin il fut secouru et mené à bord par quelques-uns de ceux qui s’étaient sauvés du naufrage. Il vint à Boulogne six mois après, remercier celle à qui il se croyait redevable de la vie, et fit une déclaration de tout ceci en présence de M. Samson de la Planche, docteur en théologie, chanoine de l’églfec cathédrale, vicaire général de l’évêché , et de M. Matthias Morlet , aussi chanoine et pénitencier de la même église ; nous, étant alors official, en avons reçu l’acte le 6 de novembre de la même année.
Un an après , Michel Colombel , de la ville de Calais, maître d’un navire nommé le Saint-Jean de Dieppe, et cinq matelots avec lui , furent garantis du naufrage
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d’une manière qui leur donna autant d'admiration que de reconnaissance. Ils ont solennellement attesté qu’au mois de mai 1679, faisant voile pour La Rochelle, ils furent assaillis d’une effroyable tempête, au travers des rochers deGlenan, sur la côte de Bretagne. L’orage dura près de deux jours , et le vaisseau ayant été démâté dès le commencement , le pilote se vit contraint de le laisser aller au gré des vents, et de s’abandonner à la merci des flots. Dépourvu de tout secours du côté de la terre , il crut qu’il fallait uniquement l’attendre du ciel: il le demanda avec instance à celle qui en est la reine , et il promit que s’il le recevait par son crédit auprès de Dieu , il irait l’en remercier dans sa chapelle de Boulogne, et lui présenterait un tableau en actions de grâces. Sa prière fut exaucée : le vent , jusqu’alors contraire , changea tout-à-coup , et servit à leur faire doubler la roche nommée les juments , qu’ils appréhendaient le plus, et où ils ne pouvaient manquer de périr , sans ce changement de vent , qui se remit ensuite comme auparavant, jusqu’à ce que, venant à se calmer sur le soir, il leur donna le moyen d’aborder au port de Quimperlé. Le vœu fut accompli , quoique long-temps après, par celui qui l’avait fait: il est venu avec Pierre Brimont, autre maitre de navire de Calais, suspendre , à l’entrée de l’église de sa libératrice , la peinture du péril qu’il avait encouru.
Nous avons divers autres témoignages, et beaucoup plus récents , de l’efficacité des vœux de ceux qui t dans de semblables disgrâces sur la mer, ont eu recours à la Sainte Vierge et promis de venir honorer son image
miraculeuse à Boulogne; et nous nous croyons-d’autant plus obligés d’en faire ici le récit , que des exemples de protection visible si connus sont capables d’inspirer la même confiance aux gens de mer du pays, qui courent les mêmes hasards sur ce terrible élément.
En 1694 , le sieur Ilerpin , capitaine d'une frégate du roi nommée l’audacieuse , se trouva dans un danger imminent de périr de faim et de misère avec son équipage vers le Togreban; la tempête et le mauvais temps, qui avait duré plus de vingt-cinq jours, avait causé plusieurs maladies dans son vaisseau; il manquait de vivres et de remèdes, et il n’y avait plus à attendre qu’une longue et triste mort pour sortir d’un si pitoyable état. Se voyant réduit à la dernière nécessité, il prit le parti de s' adresser à Notre-Dame de Boulogne, et de lui faire un vœu. Aussitôt après, il fut joint d'une autre frégate, qui lui donna tous les rafraîchissements dont il avait besoin ; ensuite de quoi son vaisseau, ayant encore essuyé quelques risques , aborda heureusement à Dunkerque le 8 septembre, jour de la Nativité de la Sainte Vierge. Ce capitaine et la meilleure partie de son équipage vinrent à Boulogne le 19 du même mois , honorer la puissante protectrice à laquelle ils se sentaient obligés de leur conservation, et certifièrent tout ce que dessus.
Le sieur Augustin Le Roi , lieutenant de vaisseau , rendit les mêmes devoirs àla Sainte Vierge le 1 5 juillet de l’année suivante. Il rapporta qu’étant dans le Nord au mois de mars 1695 , il s’était trouvé , lui et son équipage, dans le dernier péril , ce qui l’avait porté à faire un vœu à Notre-Dame de Boulogne. Il en obtint
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tout ce qu’il désirait , et il ne fut pas plus tôt arrivé à bon port , qu’il se mit en devoir de s’acquitter de son vœu , ayant fait ses dévotions dans la chapelle, et signé ensuite sa déposition.
Le 21 septembre 1696 , le sieur de Bassemesson , capitaine, et tout son équipage, après avoir été délivrés d’un très-grand danger de la mer par le même moyen, y vinrent aussi donner des témoignages de leur reconnaissance. Celle de Jean Poulet , capitaine d’une petite barque de Calais , fut rendue publique par l'offrande d’un grand cœur d’argent qu’il vint faire dans la même chapelle, accompagné de neuf à dix matelots , pour l’acquit de leur vœu commun , et en actions de grâces de l’heureux succès de leur course sur mer.
Il y a quelque chose de remarquable pour sa singularité , en ce qui arriva à Jean Formentin, capitaine d’un petit navire du Hâvrc-de-Grâce. Il en était parti le il de février 1700 , et approchait de la côte de Dannes, à quatre lieues de Boulogne, quand il fut surpris d’une si rude tempête, qu’ après avoir employé tout ce que l’expérience de la marine lui put suggérer , il crut ne pouvoir échapper au naufrage sans quelque assistance extraordinaire. Il implora celle de Notre-Dame de Boulogne , et il en éprouva les effets lorsque lui et ses compagnons effrayés ne savaient plus ce qu’ils en devaient espérer. Ayant été contraints de se jeter à la côte, le vaisseau fut renversé en touchant terre, et tous ceux qui étaient dedans sc trouvèrent couverts des vagues et du bâtiment , sans qu’il leur fût possible de rien voir , jusqu’à ce qu’un coup de vent favorable re-
mit le navire sur sa quille ; et les matelots avec leur capitaine s’étant jetésà la nage, arrivèrent tousheureusement au rivage. Incontinent après, ils acc#ururent à Boulogne dans le même étatobils étaientense sauvant, visitèrent la montagne sainte , d’où ils croyaient que le secours leur était venu , et y signèrent l’acte qui en fut dressé le 16 du même mois.
Divers effets du pouvoir de Notre-Dame de Boulogne contre le fléau delà peste.
Si la mer , dans sa plus grande fureur , a respecté ceux qui se sont mis sous la protection de Notre-Dame de Boulogne, on peut dire que la peste, ce fléau si redoutable , n’a pas moins épargné ceux qui ont réclamé son pouvoir. Cette dangereuse maladie, qui frappe indif- ** féremment toute sorte de personnes , a su quelquefois distinguer ceux qui s’étaient réfugiés entre les bras de cette Vierge , et n’a pas osé les attaquer. Ayant fait de grands ravages dans la ville de Boulogne , l’an 1625 , elle s’apaisa tout-à-coup , ensuite d’une neuvaine que l’on fit à cet efTet devant l’image miraculeuse. L’an 1636, la même maladie ayant reparu dans le pays, diverses personnes eurent encore recours à son intercession, et en ressentirent les effets salutaires, ainsi qu’il est attesté par les déclarations qu’elles en firent en venant lui rendre leurs très-humbles actions de grâces dans sa chapelle.
Ce fut en ce temps-là que le sieur Hobacq , de la ville de Calais , vint à Boulogne remercier la Sainte Vierge de ce qu’ewsuite d’un vœu qu’il lui avait fait pour sa fille , qui était attaquée d’une fièvre pestilentielle, elle en avait été à l’heure même délivrée.
L’année suivante, Charles Thiembronne, de la même ville, vint aussi rendre ses actions de grâces de ce que, se sentant frappé de la peste , et ayant déjà le charbon à la cuisse, il avait trouvé une prompte guérison dans révocation de Notre-Dame de Boulogne.
Le 9 de septembre de la même année, Jean Plouvion, habitantde la ville d’Ardres, attesta qu’un de scs enfants, âgé de dix-huit mois, étant attaqué d’une maladie jugée contagieuse par les médecins ( pour quoi il allait être renfermé lui et sa famille , par ordre du magistrat). Dieu lui avait inspiré de vouer un pèlerinage à Notre- Dame de Boulogne, et que le jourmêmeson enfant avait été parfaitement guéri.
Quelques mois auparavant , les confrères de la Charité de la paroisse de Marc-lès-Calais étaient venus en procession à Boulogne, pour remercier la Sainte Vierge de les avoir conservés pendant la peste en une infinité d’occasions très-périlleuses où leur emploi les avait engagés.
On a toujours cru devoir attribuer à un effet visible de la même protection un évènement arrivé en 1666. Lorsque la peste infectait toutes les places voisines de Boulogne , celle-ci en fut heureusement préservée , à l'exception d’une seule maison de la basse-ville , que plusieurs personnes fréquentèrent habituellement , sans
qu’aucune y prît le mauvais air. 11 n’y a personne qui ne se souvienne qu’en ce temps-là les habitants ne se précautionnaient pas assez contre un mal si dangereux et si prochain , et qu’ils gardaient peu soigneusement les avenues de leur ville ; mais l’intercession de celle qui a établi son trône dans l’enceinte de ses murailles , et dont l’image orne toutes ses portes , valait mieux que toutes les précautions humaines; d’ailleurs les prières publiques que l'on faisait tous les jours dans l’église cathédrale étaient encore un puissant préservatif confire cette maladie.
Dans ces temps de calamités publiques, au milieu des maladies contagieuses de différentes espèces, plusieurs paroisses du diocèse de Boulogne avaient fait au ciel des vœux et des promesses. Ç’a été pour s'en acquitter que depuis quelques années tant de personnes sont venues processionnellement honorer l’ image de la Sainte Vierge .
Le temps assez considérable qui s’était écoulé depuis ces vœux n’avait point effacé le souvenir des grâces reçues dans ces jours d’affliction : un juste sentiment de reconnaissance a réveillé les esprits; le zèle est ranimé ; les paroisses deNotre-Dameet de Saint-Pierre de Calais, de Marck, d’Oye , de Guempe , de Sangatte et de Bonningues, du pays reconquis, de Licques, de Preure, de - Samer, de Desurennes et de Wissant, sont venues, sous la conduite de leurs pasteurs, rendre à Dieu leurs solennelles actions de grâces, etse mettre, par de nouveaux hommages, sous la sauve-garde particulière de la protectrice du diocèse et de toute la province.
Une des premières et plus remarquables de ces pro-
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cessions a été celle delà paroissede Wimille en l’année 1700. Une maladie populaire et presque inconnue en avait affligé la meilleure partie , et la mortalité s’était répandue d’une manière presque contagieuse dans la plupart des maisons. Le curé , plein de zèle pour la conservation de ses chères ouailles, fit un vœu au nom de ses paroissiens à Notre-Dame de Boulogne, et vint l’accomplir , en les conduisant tous devant l’image miraculeuse , où , après avoir célébré une messe haute , il communia le plus grand nombre de ceux qui l’avaient suivi. Tout-à-coup la maladie cessa , et la santé fut rétablie dans son troupeau.
Quelques femmes stériles obtiennent des enfants par l’intercession de la Sainte Vierge , et d'autres en sont soulagées dans les difficultés de l’enfantement.
L’opprobhe de la stérilité dans les femmes qui n’ont point d’enfants , et la difficulté de l’enfantement dans celles que la nature a rendues fécondes , sont deux des plus grands maux qui troublent la félicité des mariages. La Sainte Vierge , en qui la virginité et la fécondité ont été heureusement réunies , n’a ressenti aucune de ces disgrâces , et néanmoins elle ne laisse pas de compatir au malheur de celles qu’elle y voit exposées , et elle se fait un plaisir de les en délivrer lorsqu’elle en est sollicitée dignement.
En 1617, Marguerite de Belloy-Landrethun, femme
de Gabriël de Calonne, baron de Courtebourne , lieutenant pour le roi au gouvernement de Calais, affligée de se voir sans enfants , se souvint que son mari avait été obtenu du ciel après un vœu que ses parents avaient fait à Notre-Dame de Boulogne. Elle employa la môme intercession , qui fut suivie de la bénédiction qu’elle en attendait. Elle devint mère de Charles de Calonne , premier marquis de Courtebourne , gouverneur d’Hesdin , dont le fils , qui lui a succédé au même gouvernement , se distingue aujourd’hui entre les lieutenants-géneraux des armées du roi , par les services les plus importants.
L’an 1533 , Catherine Flahault, femme du sieur de Guersant , de la ville de Calais, reçut une semblable bénédiction , après quatre années de stérilité. Pour en témoigner sa reconnaissance , elle apporta son enfant dans la chapelle au bout de six mois , l’offrit à celle à qui elle s’en croyait redevable , et le tint trois ans vêtu de blanc, en mémoire de cette consécration.
Le 4juin delà même année, la marquise de Fontenay, femme de l’ambassadeur d’Angleterre , dont j'ai parlé ci-dessus , fit célébrer dix-sept messes pour remercier la Sainte Vierge de ce que Dieu , par son intercession , avait rendu son mariage fécond , après seize années de stérilité.
Vers le même temps , Jeanne Clerbault , native de Lille en Flandres , fut pareillement récompensée d’un vœu qu’elle avait fait à Notre-Dame de Boulogne pour là même fin; et par reconnaissance, elle envoya de la ville d’Ypres , où elle demeurait alors , une lampe d’argent qui fut suspendue devant la sainte image , le premier
dimanche d’octobre, fête du saint Rosaire, 1633, après une messe d’actions de grâces qu’elley fit célébrer.
Mais si les femmes stériles se sont senti obligées à cette Vierge Mère du bonheur de leur fécondité, celles qui ont été enceintes n’ont pas moins expérimenté les effets de sa protection dans les périls de l’enfantement. En voici un exemple, arrivé le 3 juillet 1633.
GratienneDesmarest, femme de Guillaume Ambroise, habitant de la ville de Montreuil , ayant été travaillée de mal d’enfant l’espace de quatre jours , et étant réduite à un état de faiblesse qui la fit long-temps passer pour morte, revint à elle tout-à-coup, et se délivra heureusement de son fruit aussitôt que son mari lui eut appliqué sur l’estomac une parcelle de bois de l’image de Notre-Dame de Boulogne , et qu’il eut voué un pèlerinage en son église. Us s’en acquittèrent tons , deux le 15 octobre suivant, accompagnés de quelquesuns de leurs parents , et du sieur Laisné , curé d’Écuirslès-Montreuil, et laissèrent une déclaration signée d’eux et de quelques témoins.
L’année précédente , Isabelle Mennin , femme de Jacques Briifault , de la basse-ville de Boulogne , était accouchée , après un long travail , d’un enfant qui n’avait ni mouvement , ni respiration , ni aucun signe de vie. Ce petit corps fut vu d’un chacun dans cet état l’espace d’une heure entière. Cependant la sage-femihe ayant été inspirée de faire un vœu à Notre-Dame de Boulogne, et le vœu ayant été ratifié sur-le-champ par la mère désolée , l'enfant ouvrit les yeux, pleura et donna toutes les autres marques de vie , au grand é-
tonnement des assistants , qui en firent leur déposition.
Les anciens inventaires de la Trésorerie font mention de figures d’enfants d’argent émaillé , offertes par des personnes de qualité , entre autres par la dame du Pont de Rémy et la dame Ravensten ; et dans ces dernières années on en a aussi apporté plusieurs dans la chapelle, tant en cire qu’en argent : ce qui montre que de tout temps Notre-Dame de Boulogne s’est plue à assister extraordinairement les femmes mariées , soit dans la disgrâce de la stérilité , soit dans les dangers de la grossesse , soit dans les difficultés de l’enfantement.
Au mois de juin 1693 , il fut présenté un enfant de fin or de la part de Barthélemi de Meleun , chevalier , seigneur d’Illy et de Domicour , demeurant à Amette en Artois , pour lequel fut en même temps célébré une -messe en accomplissement de son vœu.
L’offrande de sieur Faulconnier est une des plus récentes , et l’évènement qui y a donné occasion mérite d’être ici détaillé. C’était un négociant de la ville de Dunkerque , conseiller de la chambre de commerce , et commissaire du roi de Dannemarck. Il avait épousé Marguerite Cardon , d’une famille honorable de St.- Omer , et depuis six ans qu’il vivait avec elle , le ciel n’avait pas encore favorisé leur mariage de ses bénédictions. Son emploi l’ayant obligé de voyager souvent en cette ville, il était instruit du culte particulier qu’on y rend à la Sainte Vierge. Il avait même visité plusieurs fois sa chapelle avec édification , et les monuments de piété qu’il y avait remarqués lui avaient inspiré une dévotion des plus tendres pour Notre-Dame de Bou-
logne. Étant donc plein de confiance dans le crédit de cette puissante thaumathurge , il s’adressa à elle pour obtenir la fécondité de son épouse. Il lui promit , s'il était exaucé , d’aller nu-pieds depuis le pont de Marquise jusqu’à sa chapelle (ainsi que le pratiquaient la plupart des pèlerins de Flandre), d’y faire célébrer une messe solennelle , et d’y offrir un enfant d’argent. L’humble prière du zélé serviteur de Marie ne manqua point de pénétrer les cieux. Son épouse conçut et mit heureusement au monde un garçon. Néanmoins la joie que causa sa naissance fut bientôt troublée par la crainte de le perdre. Peu de temps après, cet enfant de grâce parut toucher à sa fin. Il était violemment agité par de fréquentes convulsions. A peine lui restait-il quelques signes de vie , et l’on n’attendait plus de lui qu’un dernier soupir. Dans cettç fâcheuse extrémité, son triste père, qui le tenait entre ses bras , espéra contre toute espérance. Il s’adressa de rechef à Notre-Dame de Boulogne , et lui demanda avec empressement la conservation d’un fils dont il était redevable à son intercession. Sa généreuse bienfaitrice ne voulut pas l’obliger à demi. Elle mit le comble à la première faveur qu’il en avait reçue , en sauvant de la mort celui à qui elle avait d’abord procuré la vie. En peu de jours il fut parfaitement guéri , et ses parents, pour en témoigner leur reconnaissance , non contents d’acquitter leur premier vœu, firent chanter devant l’image de la Sainte Vierge une seconde messe en actions de grâces. Ce fils si cher et si précieux à sa famille a joui long-temps d’une ferme santé , et sa naissance a été suivie de celle de
deux filles. En acquit du vœu dont nous venons de parler, l’on a donné et l’on voit encore dans la chapelle une plaque d’argent où est la représentation d’un enfant au naturel couché dans son berceau , avec celte inscription :
El beatissimas Virgin* Malri Boloniœ cultœ, Dionysius Petrus Faulconier, et Maria Margarita Cardon conjuges, se se, ejusque interccssione , datum filium Joachim benediclum, non ingrati offerunt , dedicant , et consecranl. Anno Domini 1696.
Paralytiques, impotents et perdus de leurs membres guéris par la même intercession.
Les paralyâies, quand elles sont invétérées, sont, au sentiment des médecins, des maladies incurables d’ellesmêmes. Il n’appartient fl), disent-ils, qu’au souverain auteur de la nature de les guérir , parce qu’il ne faut pas moins de vertu pour ranimer les parties desséchées d’un corps organisé, que pour le ressusciter tout entier. C’est aussi ce qu'il a fait plusieurs fois à la prière de ceux qui ont réclamé son divin pouvoir par l’entremise de la Sainte Vierge.
Dans une enquête que l’on fit à Boulogne l’an 1611, touchant la vérité de l’image miraculeuse , Marie Des
(1) Zacehias, 1 part., 1. lit. 2 , de Mirac., q. 8.
Portes , femme de Laurent Thuvenart , de la basse-ville de Boulogne, déclara que Pierre Thuvenart, son fils , perclus de tous ses membres depuis un an entier, avait été soudainement guéri après une neuvaine devant cette sainte image.
L’an 1623 , Péronne Caillette , fille dévote de la même ville , demeurée percluse à la suite d’une longue maladie , se traîna sur deux potences au lieu oü la sainte image était alors révérée , et après y avoir fait sa prière , se trouva si parfaitement guérie , qu’elle laissa dans le lieu même les faibles soutiens qui l’avaient aidé à s’y transporter.
L’an 1630, Louis Fontaine , âgé de douze ans, fils d’Adrien et de Diane Colombel , de la même ville , reçut une grâce assez semblable à la précédente. Il était tombé depuis trois ao6 dans-une paralysie générale de tous ses membres, qui avait cela de particulier, que quelquefois les parties de son corps étaient molles et flexibles comme si elles eussent été sans os , et quelquefois elles devenaient si raides et si engourdies , qu’elles ne pouvaient pas plier : il avait même sur la fin tout-à-fait perdu l’usage de la parole. Sa mère , qui avait évité autrefois, par la protection de la Sainte Vierge, les accidents d’une chûte qu’elle avait faite dans le septième mois de sa grossesse , implora la même protection pour son fils. Elle promit que s’il recouvrait ja santé par les mérites de cette divine Mère , elle le mènerait dans sa chapelle, vêtu de blanc, nu-pieds, et un cierge à la main. A peine eût-elle formé ce vœu que l’enfant recommença à parler ; le lendemain il se
leva, et en fort peu de temps il se vit en état d’accomplir le vœu en la manière que sa mère l’avait conçu, avec cette circonstance néanmoins que, marchant avec elle , et étant prêt d’entrer dans l’église , il sentit une faiblesse universelle dans tous ses membres qui le rendit comme immobile ; mais ayant répété par trois fois après sa mère : Sainte Vierge, “priez votre fils Jésus qu’il me donne la force d’accomplir mon vœu , il s’échappa de ses mains, et la devança dans l’église, sans .avoir depuis ressenti aucun reste d’infirmité.
Celte cure miraculeuse étant venue à la connaissance de Marie Drincbierre, demeurant à Samer, mère d’Antoine Fricot , de même âge , affligé d’une semblable maladie , elle eut confiance en la même intercession, et après deux neuvaines accomplies devant la sainte image , elle le vit parfaitement guéri.
L’effet de la même intercession fut plus prompt dans la guérison de Barthélemi Rose , matelot du havre de Boulogne , qui, ayant les jambes paralytiques depuis deux ans , se trouva tout d’un coup délivré de cette fâcheuse incommodité, le 8 octobre 1633, dans le même temps qu’il s’acquittait de son vœu en la chapelle de Notre-Dame , où il laissa les potences à l’aide desquelles il s’y était rendu.
L’an 1641 , Marguerite Fromentin, demeurant en la basse-ville, obtint lamême grâce pour Jeanne Évrard, sa fille, paralytique depuis long-temps.
En 1655 , Pierre Plet , pauvre homme de la ville de Calais , incommodé d’une hanche , ayant entrepris de faire le pèlerinage de Boulogne avec deux potences,
fut tout surpris de ce qu’arrivant à Wimille , village distant de celte ville d’environ une lieue, il n’en avait plus besoin, et de ce que celle dont il venait réclamer le secours dans son église l’avait exaucé avant même qu’il y fût arrivé ; il ne laissa pas de poursuivre son chemin , et portant entre ses mains ce qui avait servi à le porter, il entra joyeux dans la chapelle , où il fit ses actions de grâces , et attesta cette merveille en présence de plusieurs témoins dignes de foi, le I e * jour du mois d’avril.
En la même année , et le 29 du même mois , Josse Cucheval , marchand de la ville de Montreuil , vint remercier Notre-Dame de Boulogne de ce qu’après lui avoir intérieurement adressé un vœu, il avait à l’instant recouvré l’usage de la langue et la liberté d’un bras, dont il était demeuré perclus par une indisposition subite que tous les remèdes n’avaient pu guérir. Il signa l’acte de sa reconnaissance avec la main dont il venait de recouvrer l'usage.
Sans les divers changements faits de notre temps dans la chapelle , on y verrait encore , entre autres marques de grâces reçues, le tableau de certain berger du pays reconquis , nommé Philippe Bourguignon , qui, après un vœu à Notre-Dame de Boulogne , avait été subitement guéri d’une paralysie qui lui avait fait perdre la moitié du corps , et qui l’avait retenu dans le lit depuis plusieurs années.
Quantité d’autres personnes paralytiques et impotentes , tant de la ville de Boulogne que des lieux circonvoisins, ont eu, dans ces dernières années, de sem-
blables obligations à cette charitable avocate des affligés, à la suite des vœux qu’elles lui ont adressés et des neuvaiues qu’elles sont venues accomplir devant son image.
Guérison de chancres et autres maux invétérés.
La paralysie n'est pas la seule maladie incurable qui ait cédé au pouvoir de la Sainte Vierge. Nous-allons admirer de plus en plus ce même pouvoir dans la guérison de plusieurs autres genres d’infirmités qui ne sont pas moins opiniâtres ni moins difficiles à guérir.
Les chancres et loutes les espèces de maladies chancreuses , quand elles sont tout-à-fait formées, passent dans la médecine (1) pour des maux naturellement incurables, et c’est ce qui a fait tenir pour miraculeuse la guérison d’une nommée Péronne Bouchard , qui , en récompense de sa dévotion à Notre-Dame de Boulogne, se trouva saine vers la fin de décembre 1633 , et fut parfaitement guérie d’un chancre, dont elle avait la bouche rongée.
Au moisjle février suivant, la Sainte Vierge obtint une faveur toute semblable à Marguerite de Lattre, fille de Dominique, sieur d’Ausque, et de damoiselle Jacqueline Le Clerc, après unejneuvaine de messes célébrées à son intention devant la sainte image.
(1) Zacch. tom. 3,*quœit. medico legal, comil. 8.
1)K BOULOGNE
Quelques mois après il arriva une autre guérison très-remarquable. 11 y avait près de quatre ans que Guillaume de Thiembronne , procureur et greffier en la sénéchaussée du Boulonnais , souffrait de grandes douleurs aux jambes, à cause de pustules chancréuses qui s’y élevaient de jour en jour, et qui étaient suivies d’inflammations et de plaies cuisantes. Après avoir tenté inutilement tous les remèdes humains pour adoucir la violence de son mal, qui lui rendait la vie insupportable, il eut recours enfin à Notre-Dame de Boulogne , et il trouva dans son intercession le remède efficace qu'il cherchait. Sa guérison fut jugée miraculeuse par Antoine Ballan, médecin ordinaire de la ville de Boulogne', et Daniel Malval , chirurgien en la même ville , qui en donnèrent leur attestation par écrit le 9 de juin 1634.
On regarda aussi comme un effet extraordinaire de l’intercession de la Sainte Vierge ce qui arriva l’an 1655, à Robert Pennier , âgé de 12 ans, fils de Gilles Pcnnier , matelot de la ville de Calais. Ayant perdu l’usage de ses jambes par une engelure invétérée, où tout l’art de la chirurgie avait été vainement employé , il fit vœu d’aller en pèlerinage à Boulogne. Pour l’exécuter, il se mit en marche, soutenu sur deux potences, ce qu’il n’avait pu faire jusqu’alors. Étant arrivé sur une éminence d’où l’on commence à découvrir le clocher de l’église de Notre-Dame , il y fit sa prière , et aussitôt il reconnut qu’il n’avait plus besoin de ses béquilles; c’est pourquoi il en chargea sa mère , et d'un pas leste il acheva son pèlerinage. On en dressa, le 9
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juin de la même année, un procès-verbal en bonncforme, signé de lui, de sa mère et de quleques autres lémoinsdignes de foi, après visite faite des jambesdu malade guéri, et l’attestation des sieurs Bénard et Harpalain , chirurgiens de la ville de Calais , qui l’avaient traité dans sa maladie.
Grâces repues en quelques autres maladies et accidents extraordinaires.
Les grâces de guérison ne sont pas égales dans tous les saints, et Dieu les leur dispense avec plus ou moins d'étendue, selon la mesure de gloire qu’il veut leur communiquer devant les hommes. Mais on peut dire que ces grâces ne reçoivent point de limites dans la Reine de tous les Saints, et que, participant au pouvoir universel de Dieu même , elle étend son empire sur tous les genres d’infirmités qui peuvent affliger les hommes. Les différentes guérisons que j’ai rapportées jusqu’ici sont des preuves assez sensibles de ce pouvoir universel: en voici d’autres qui ne sont pas moins évidentes.
Jean Maréchal , natif du village d’Hidrequen , en Boulonnais, tomba, à l’âge de 25 ans, dans une défaillance générale de tous ses membres, après une maladie compliquée qu’on attribuait à quelque maléfice. Un an entier s’écoula sans qu’il pût sortir du lit , ni même remuer les jambes, lesquelles, par succession de
temps, se collèrent tellement ensemble qu’il fut impossible de les séparer; pour surcroît d’affliction , il ressentit les douleurs aiguës de la pierre , dont il avait été jusqu’alors exempt. Ce fut inutilement qu’il employa toutes sortes de remèdes naturels : ils ne servirent qu’à lui faire connaître le besoin qu’il avait d’un secours extraordinaire pour sortir du triste état où il était réduit. Il le trouva dans la confiance qu’il eut au pouvoir de Notre-Dame de Boulogne. Dès le troisième jour d’une neuvainc qu’il voua , et qu’il accomplit en personne, ses jambes se séparèrent et reprirent tellement leurs forces qu’au moyen de deux potences il put se soutenir dessus. Il n’en eut plus besoin dans la suite , et il les suspendit avec joie devantTimage de sa bienfaitrice , en témoignage de sa reconnaissance , le 8 de juin, jour delà Pentecôte de l’année 1631.
Jean Fournier , du village de Fcuquicres , au pays de Vimeux, en Picardie, travaillé d'une maladie aussi fâcheuse et aussi longue que celle de ce dernier , en trouva le remède d’une manière encore plus prompte dans l’invocation de cette même Vierge , ainsi qu'il l’a déclaré par acte public du 13 de juin 1633, lorsqu’il est venu à Boulogne s’acquitter de son vœu.
Jean Blondel, marchand du bourg de Samer,en Bout tonnais , donna un pareil acte le 2 d’octobre 1639 , pour certifier qu’après avoir voué un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, il s’était trouvé incontinent guéri d’une rupture dont il souffrait depuis longtemps de très-grandes incommodités.
Ce ne fut pas la première grâce de celle nature qui
fut obtenue de Dieu par le crédit de Notre-Dame de Boulogne. Quelques années auparavant , le père Alphonse de Montfort , religieux capucin , vicaire du couvent de Boulogne , avait été pareillement guéri d’une rupture dont il était affligé depuis six ans , et qui avait été jugée incurable par les chirurgiens les plus experts; efcpar un surcroît de faveur , il s’était trouvé en même temps délivré d’une autre incommodité dont il était travaillé depuis près de vingt ans. Il reçut ce double bienfait par l’intercession de Notre- Dame de Boulogne, dans le temps même qu'il en composait l’ancienne histoire, qui nous a servi de modèle dans la composition de la nôtre. Il méritait bien , ce me semble , de recevoir cette récompense de celle à qui il consacrait ainsi ses plus précieux moments. Messire Victor Le Boulhillier, pour lors évêque de Boulogne, voulut en célébrer lui-même une messe solennelle d’actions de grâces le samedi 13 décembre 1631.
La guérison de ce saint religieux me fait souvenir de celle d’un abbé commendataire , qui est arrivée le siècle passé, et qui n’est pas moins miraculeuse , quoique différente dans ses circonstances. Elle a été jugée digne de tenir rang dans un recueil d’événements singuliers (1), mis au jour en 1608, par Adrien, seigneur de Boufflers , grand bailli de Beauvais , et d’être rapportée depuis par l’auteur de l’histoire ecclésiastique d'Abbeville (2) . Dans une des chapelles de l'abbaye de
(4) Hist. appariées , liv. 3 , c. 66.
(2j Liv. 1, c. 27 et 87.
Valoire , au diocèse d’Amiens , était le tombeau de Jeanne , fille d’un comte de Ponthieu , et femme de Ferdinand III , roi d’Espagne et de Castille , décédée l’an 1278. L’abbé, poussé d’une avjre curiosité , fit fouiller dans ce tombeau, croyant trouver quelque chose de précieux parmi les cendres de cette princesse; mais il n’y découvrit qu'un trésor de étolère que Dieu , vengeur de l’immunité des sépulcres , fit éclater sur lui et sur ses complices Un de ceu* qui l’avaient aidé dans celte recherche criminelle fut frappé de mort subite; les autres moururent dans l’année même, et pour lui il fut affligé d’un tremblement de tous ses membres, de douleurs internes et d’inquiétudes d’esprit insupportables ; ce qui continua jusqu’à ce qu’il eut apaisé la justice de Dieu par la médiation delà Sainte Vierge, le port et l’asile le plus assuré des désolés, qu’il crut ne devoir chercher ailleurs que dans son église de Boulogne. (1)
(1) L’abbayc de Valoire existe encore à 4 lieues de Moulrcuil-sur-mcr et est occupée par de respectables pères basiliens, dont la deviseest ; prie et travaille. — Cet établissement , admirablement situé , contient une chapelle très-remarquable , dans laquelle sc trouve une tombe de la famille des comtes de ronlliicu. — Vite loi ! belle statue eu marbre blanc de l'un des abbés de Valoire décore le choeur de l'église de St.-Wulfran , à Abbeville.
J’ai décrit l'abbaye de Valoire, qu'à deux reprises j’ai visitée, dans une lettre très-détaillée , insérée en 1828 dans le Propagateur , et que plusieurs recueils d’art et de science archéologique ont reproduite.
Autres guérisons arrivées de nos jours par les mérites de Notre-Dame de Boulogne.
Je no puis terminer ce récit des grâces obtenues par l'intercession de'Notre-Dame de Boulogne , sans parler de celles dont les personnes de notre connaissance ont été favorisées , et dont nous avons été les témoins oculaires.
Le 26 septembre 1658, damoiselle Suzanne Le Camus, de cette ville de Boulogne , affligée depuis long-temps d’une douleur à la hanche, qui l’empêchait de marcher autrement qu’à l’aide de deux potences, se trouva heureusement guérie en faisant ses prières devant l’image miraculeuse. Elle y laissa ses potences et retourna chez elle d’un pas libre et assuré. Peu de jours après on chanta une messe solennelle pour remercier la Sainte Vierge de cette faveur insigne , dont tout le monde était instruit.
Quelque temps auparavant , la Sainte Vierge avait fait paraître l'efficacité de son intercession en la personne d’Antoinette Le Roi de Lozemhrune , à présent veuve de Michel Le Roi, lieutenant général en la sénéchaussée du Boulonnais. Ayant été vouée à Notre- Dame de Boulogne dans l’extrémité d'une maladie qu’elle eut en son bas-âge , et qui fit désespérer de sa santé , elle la recouvra soudainement dans le temps qu’on'la tenait pour morte et qu’on se disposait même
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à lui couvrir le visage pour l’ensevelir. Antoine Le Roi , président et lieutenant-général de Boulogne, et Madeleine Scotté de Velinghen, ses père et mère , en rendirent de publiques actions de grâces , et offrirent, en acquit de leur vœu, le tableau qui §c voit maintenant à l’autel paroissial de Saint-Joseph, en la même église cathédrale. Ils regardèrent cette surprenante guérison de leur fille comme une espèce de récompense de la piété d’Antoinette Le Roi , damoiselle de Berguette, sa tante et marraine, qui s’est signalée par plusieurs dons qu'elle a faits à la chapelle pendant sa vie, et par les legs qu’elle lui a laissés en mourant.
De plus , comme si la Reine et Patrone de ce sain 1 lieu s'était engagée de continuer son assistance sur la famille de cette bienfaitrice , damoiselle Jacqueline Carpentier de Lespagncry , une autre de ses nièces , abandonnée des médecins et réduite à l’agonie , fut guérie, an mois de.septembre 1681, d’unemanièrcaussi extraordinaire, après un semblable vœu formé par ses parents.
Mais voici une guérison qui a fait plus' de bruit dans le pays: aussi renferme-t-elle plusieurs miracles, et c’est un exemple des plus mémorables et des plus avérés du soin maternel de la Sainte Vierge pour les personnes voisines du lieu , où elle ne cesse de faire ressentir la grandeur de son crédit à ceux qui y recourent dans leurs besoins.
Marie Sergent, fille de Philippe Sergent , ancien échevin et juge-consul de la ville de Calais , et d’Alix du Rosel, travaillée depuis cinq ans de plusieurs maux
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compliqués que tous les remèdes humains ne faisaient qu’aigrir, mit enfin toute sa confiance en Notre-Dame de Boulogne, à qui elle se sentait déjà obligée de quelque faveur qu’elle en avait reçue dans son enfance. Elle voua unq neuvaine de messes devant l’image miraculeuse, et elle voulut même y assister, contre l’avis des raédecins.qui ne la jugeaient point en étatd’entreprendre ce voyage. Le huitième jour de la neuvaine, qui était le 13 de septembre 1674, comme elle se disposait à communier dans la chapelle où elle s’était fait porter, elle fut tout étonnée qu’après un tremblement soudain et des douleurs très-aiguës , suivies d’une sueur et d’une faiblesse extraordinaires , toutes ses infirmités la quittèrent en un instant. Les nerfs et les muscles de la hanche, dont elle souffrait depuis longtemps une fâcheuse contraction, devinrent souples , et la jambe , qui en était diminuée d’un demi-pied , se trouva égale à l’autre. L’œil droit, qui était tout étréci et retourné par la violence des mouvements convulsifs qu’elle avait essuyés , reprit sa figure ordinaire ; tous les autres membres reprirent leur situation naturelle, et recouvrèrent leur première force ; les vomissements presque continuels dont la malade était tourmentée , cessèrent depuis ce jour-là; et ce qui a paru plus singulier à ceux qui ont examiné les circonstances de cette guérison , un cautère qu’elle avait actuellement à la jambe se sécha et se referma tout-à-coup , sans laisser d’autre .vestige que la cicatrice. Personne ne douta qu’une guérison si soudaine et si parfaite ne fût l’effet d’une vertu surnaturelle. Néanmoins, pour ôter
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aux ennemis de notre religion tout soupçon d’une créance trop légère, messire François Perrochel, alors évêque de Boulogne, dont la mémoire est en bénédiction, en fit faire une information exacte par M.Oudard Hache , chanoine et trésorier , depuis^ archidiacre de cette église, et , de l’avis de messieurs Porcher , Grandin, Dumets, de La Planche et de Boulogne, docteurs en théologie de la faculté de Paris, à qui l'information fut envoyée , avec la déclaration des médecins et chirurgiens, il fit publier cette guérison par tout son diocèse , comme un vrai et incontestable miracle obtenu par l’intercession de Notre-Dame de Boulogne , ordonnant même qu'il s'en fît une solennelle action de grâces dans la cathédrale par le chant du Te Deum, précédé d’une procession générale où devait assister et assista tout le clergé séculier et régulier de la ville de Boulogne.
Ce fut le premier jour de décembre de l’an 1675 que se fit cette pieuse cérémonie , et comme souvent la reconnaissance d’un bienfait en attire un autre,Jacqueline Courtois , veuve de Toussaint Descamps , du village d’Eschinghen, crut que son enfant, qu’elle y avait apporté, pourrait recevoir une pareille grâce par la même intercession, qu'elle implora humblement. C’étaitune petite fille âgée de huit à neuf ans, percluse de tous ses membres depuis le jour de sa naissance. La vertueuse veuve reçut sur-le-champ la récompense de la simplicité de sa foi : elle eut la joie de voir qu’ayant mis sa fille à terre, elle marcha jusqu’au balustre, et suivit la procession d'un pas fort libre, après
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quoi elle la reconduisit du même pas dans sa maison, en la tenant simplement par la main. C’est ce qu’elle a attesté par-devant nous, le 19 novembre 1678.