‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 28 sur 89 · CONTINUATION DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE L HISTOIRE

A diverses reprises , dans la ville et dans les campagnes , on répandit le bruit de là conservation de cette relique vénérée ; on alla même jusqu’à citer le nom de la personne vigilante et dévouée qui était parvenue à la soustraire au bûcher préparé par André Dumont. Mais rien de certain n’est résulté de ce bruit, ni des recherches auxquelles il a donné lieu. Ici les espérances ont pris la place de la réalité , comme cela n'arrive que trop souvent en ce monde. Ily a d’ailleurs, dans ce que nous allons raconter , tout ce qu’il faut pour remonter à la source de celte version populaire annonçant la conservation intégrale de l’image de Notre-Dame , et pour apporter quelques consolations aux âmes pieuses qui la regrettent tous les joürs.

Lorsque la sainte statue était déposée au district , l'honorable M. Cazin , ancien conservateur des eaux et forêts, alors attaché à l’état-major de l'armée du Nord , ^s’y rendit pour remplir une mission que le général Dampierre lui avait confiée. Il s'agissait de l’armement des côtes de la Manche. Il était neuf heures du matin ; la salle du district était déserte, et M. Cazin, avant qu’on arrivât pour viser sa feuille de route, parvint à détacher avec son sabre une des mains -de la Vierge, qui , ayant été brisée, tenait à peine au poignet. (1) 11 en fit le cadeau à Mlle. Cazin de Caumartin, sa tante. Celle-ci la légua à M. le chanoine Dupont, qui , à son tour, en disposa , à son lit de mort , en faveur de M. Gros

(1) On trouvera l’ai testât ion de M. Cazin au nombre des pièces justificatives.

d’Houlouve. Ce fragment est donc en là possession de cet homme respectable , et nous ne doutons pas qu’il ne se fasse un devoir de le restituer un jour à la nouvelle église de Notre-Dame.

Ce ' n’était point assez que d’avoir arraché du sanctuaire les reliques des saints, et en particulier celle de la Vierge ; il fallait aussi , suivant l’esprit de ces temps de destruction , que le marteau de la bande noire fit tomber l’antique chapelle de la patronne du Boulonnais.

Cette chapelle et la cathédrale , édifices vénérables par leur ancienneté, précieux par les sculptures qu’ils renfermaient , furent vendues , ainsi qu’on le disait alors, nationalement, au prix le plus bas , et disparurent bientôt du sol qui les avait si long-temps portées. Etrange nation que celle dont les gouvernants se font une loi d’éteindre les souvenirs religieux et de détruire ce qui sert à l’histoire de l’art !.. Long-temps après cette funeste époque , et H y a peu d’aunées encore, ce vertige tendant à tout abattre •• exerçait son pouvoir sur notre belle France!... Heur eu sèment on commence à. s’ arrêter, et une réaction bienfaisante nous fait espérer qu’en fait de monuments religieux , la terre sur laquelle s’élevaient , empreints de la majesté des âges et du talent, tant de chefs-d’œuvre, ne deviendra pasun champ de ruines et de désolation.

Disons-le cependant pour l’honneur de la population boulonnaise , les démolisseurs étaient presque tous des étrangers. Bien plus, quelques hommes

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éclairés, interprèles de la pensée du plus grand nombre, avaient formé le projet de Se rendre adjudicataires de cet édifice : mais il fallait détruire ; conserver était un arrêt de mort : ils furent obligés d’abandonner ce projet.

Alors s’exécuta uu grand et déplorable désastre!... Nous voyons encore (car quoique enfant, ce souvenir a laissé des traces ineffaçables dans notre mémoire] , les tombeaux violés , les colonnes et les statues de marbre renversées, les autels profanés, brisés , et les murs du lieu saint s’ écroulant avec fracas sous les coups de la pioche et du marteau des imitateurs d'Omar et d’Érostrate.

Tout ce qui porte l’empreinte de la violence et du délire ne saurait être dé longue dilrôe. La tempête révolutionnaire s’appaisa. Un homme de génie , que l’ambition a perdu , mais qui savait que sans la religion le pouvoir et les peuples’ périssent , rouvrit les temples et rendit les pasteurs à leurs troupeaux. De nouveau l'encens fuma, sur l’autel, et la parole de Dieu fut annoncée à la foule avide de l'entendre.

Des personnes pieuses , d’accord avec les vétéranls de l’ancien clergé boulonnais, à la tête. desquels oh remarquait MM. Mathon, Balin et de Voulonne, rétablirent le culte de Notre-Dame dans l’ancienne église de l’Annonciation, devenue la paroisse de Saint-Joseph. Une chapelle lui fut vouée, et bientôt on la revit dans son bateau, portant dans ses bras ce divin enfant, né pour le. salut du monde , et sous les traits et avec les

ornements qu’en lui avait connus autrefois. Nos marins s’empressèrent de venir lui demander une pêche favorable, la remercier d’avoir échappé aux abymes de l’océan, et suspendirent, comme aux temps anciens, à l’autel de Marie, les ex-veto , gages de leur reconnaissance et de leur piété.

Plusieurs années s’écoulèrent; l’empire, époque de transition glorieuse, s’écroula, et la famille des Bourbon revint d’un long exil. Au mois d’avril 1814, une solennité qui appartient à l’histoire de notre pays eut lieu dans la chapelle de Notre-Dame.

Le 26, Louis XVIII, qui la veille avait débarqué à Calais, arriva à Boulogne, et se fit conduire de suite à l’église paroissiale de la haute-ville, où tout avait été préparé pour le recevoir. Monseigneur l’évêque d’Arras, conduisant le clergé, était à la tête du cortège , où l’on remarquait la garde d’honneur boulonnaisc , commandée par M. le comte de Saint-Aldegonde. Une foule immense , des militaires de toute arme et de tout grade, remplissaient les rues, tendues en blanc et jonchées de fleurs et de verdure. Parvenu à la porte de l’église , le Roi y entra , suivi de madame la duchesse d’Angoulênie, du prince de Coudé, du duc de Bourbon , et de plusieurs seigneurs et dames de la cour. Les villes de l’Artois avaient envoyé des députés, auxquels une place avait été réservée dans le chœur. Placé sous un dais, en face de la chapelle de la Vierge, le fils de saint Louis, en présence d'un concours immense de fidèles, fit son hommage à Notre-Dame et rendit au eiel de solennelles actions de grâce. Alors ,

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