‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 27 sur 89 · CONTINUATION DE L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE L’HISTOIRE

arrivé pour la France. Toutefois , nous devons faire observer que cette opinion , preuve notable de l’influence du culte de Notre-Dame sur l’imaginatiou des Boulonnais , trouve un appui dans une coïncidence d’évènements vraiment extraordinaires. AinsiHenri IV et Charles X n’ont point fait le pèlerinage à Notre- Dame ; et le premier a péri, comme Louis XVI, de mort violente, et le second dans 1 exil.

Bien avant le jour fatal du 21 janvier 1793,1e culte de Notre-Dame avait été supprimé. Dès le mois de décembre 1791-, à la suite de la prestation du serment civil par un très-petit nombre des ecclésiastiques du diocèse , on avait opéré la clôture de la cathédrale. Les membres du clergé qui avaient refusé de prêter le serment , par des motifs puisés dans leur conscience , furent forcés de fuir la France, afin de se dérober à l’emprisonnement , à la mort , et d’aller attendre des temps meilleurs sur la terre étrangère. La suppression des ordres monastiques donna lieu à Boulogne à une scène aussi grave que touchante. Avant l’adoption définitive de cette mesure, le procureur de la commune reçut des ordres pour interroger les religieuses des couvents des Ursulines et des Annonciades, et savoir si parmi elles il s’en trouvait qui désirassent rompre leurs vœux et quitter leur retraite. Aux Annonciades, la mère supérieure, avant de répondre , fit venir toutes les' sœurs dans la chapelle du couvent , afin d’appeler sur elles les lumières du Saint-Esprit. Alors on entonna le Veni creator à grand chœur, et après cette invocation

toutes dirent qu’elles étaient heureuses dans leur communauté , et que l'inclinatipn , autant que le devoir, leur faisaient une loi de ne point en sortir. Ce résultat était une répoap; puissante à cette fansse philosophie qui, dans son langage hypocrite, paraissait ne pas avoir assez de larmes à répandre sur le sort des victimes cloîtrées .

Cependant depuis le Pas-de-Calais jusqu’à la Seine , et depuis la Seincjusqu’au Rhin, les méchants s’étaient levés proclamant le règne de la terreur et s’écriant : « Nous sommes la nation; nos volontés’ sont des lois » auxquelles rien ne doit résister!.... » Des proconsuls non moins féroces et plus impies que ceux de l’Achaïe.car ces derniers adoraient au moins Jupiter , parcouraient la France et en particulier les villes de l’Artois et de la Morinie , laissant partout les traces de leur saoglant passage. Boulogne ne put échapper à leur empire d’un jour , et vit quelques - unes de ces saturnales dont la dérision et la barbarie égalent ce que les annales des peuples tombés dans l’abrutissement offrent de plus affligeant et de plus stupide.

C’est ainsi que dans l’une des séances de la société dite populaire , où quelques hommes honnêtes et courageux s’étaient fait recevoir , afin de paralyser les efforts des niveleurs , on présenta les ossements de Saint Pie , qui , au milieu des blasphèmes proférés par un orateur jacobin , furent précipités de la tribune. Cet apte d’une folie absurde s’exécuta au bruit des refrains des hymnes révolutionnaires , entonnés par de jeunes enfants , apprenant en cette déplorable cir-

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constance à fouler aux pieds ce que respectent les hommes les moins civilisés , la cendre des morts. On faisait réciter la déclaration des droits de l’homme à ces pauvres enfants , en leur dowant l’exemple de la violation des tombeaux , et les cris de vive la liberté! retentissaient à leurs oreilles au moment où leurs parents, leurs amis , victimes de la dénonciation , voyaient se refermer sur eux les portes de cachots d’où ils ne sortaient que pour être guillotinés ! . . Contradiction bizarre, effrayante, et qui transformait la France en une image de ce pandœmonium décrit par le premier poète de la Grande-Bretagne , en livrant la nation jadis la plus polie et la plus florissante de l’Europe à un pouvoir vraiment satanique !...

A la même époque on éleva sur l'esplanade un immense bûcher , dans lequel on entassa les statuettes , tableaux et reliques des saints , dont on avait dépouillé les églises du Boulonnais. On se figurera combien le nombre en était considérable , lorsque nous aurons rappelé que le feu, mis à midi, projetait encore à l’entrée de la nuit ses lueurs funèbres sur les vieux remparts de la cité de Godefroid de Bouillon.

Notre-Dame de Boulogne , soit par un reste de pudeur ou par oubli, avait échappé à ce grand auto-da-fê de l'inquisition révolutionnaire. Enlevée de la chapelle qa’elle occupait dans la cathédrale, et transportée dans la salle du district , long-temps elle resta déposée contre le -chambranle d’une cheminée. -On lui avait ôté • ses ornements , et dès-lors il fut facile de constater sa haute antiquité. En effet , le bois dans lequel elle avait

été sculptée , se trouvait tellement vieux , qu’il était difficile d’en reconnaître l’essence , et que pour la soutenir, il avait fallu l’entourer avec soin de plaques de fer-blanc.' *

Nous dirons bientôt comment un fragment de cette précieuse image échappa à la fureur des modernes Vandales , et comment elle s’est conservée jusqu’à nos jours.

Une des puissances de ce temps d'orages; le trop célèbre André Dumont, qui, selon l’expression du poète Chénier , s’était fait geôlier sous Ilobespierre , ne put apprendre impunément que la statue de Notre-Dame de.Boulogne existait encore. Arrivé dans cette ville en 1793 ( 8 nivôse an II), il ordonna que cette statue serait brûlée en sa présonce , et l’exécution de cet arrêt eut lieu le même jour sur la place dé la hauteville. Ainsi fut réduite en cendres cette précieuse relique, devant laquelle l’éclat du diadème^ la puissance de taDt de souverains , l’infortune et la gloire s'étaient dévotement prosternés !.»* Des souvenirs si remarquables et si touchants se rattachaient à cette antique gardienne de notre cité , que sa perte plongea dans le deuil les Boulonnais , et principalement nos bons et fervents pêcheurs , habitués de temps immémorial à invoquer son secours au milieu des écueils de l’océan. Un silence morne accuejllit le nouvel Attila, lorsqu’après cette barbare expédition il parcourut les divers quartiers de la ville, au son de la musique et des tambours. Dans de telles circonstances, ce silence était à la fois un acte de courage et une grande leçon.

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