‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 30 sur 89 · LOUIS XVIII A FAIT ICI SA PRIÈRE A DIEU · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII A FAIT ICI SA PRIÈRE A DIEU

ET L’HOMMAGE DE SA COURONNE A NOTRE-DAME DE BOULOGNE, LE XXVI AVRIL MDCCCX1V.

Peu de temps après, l’administration municipale, saisissant l’heureuse coïncidence qui existait entre le retour du Roi et l’anniversaire de la Saint-Marc , rétablit , par une délibération , cette fête éminemment boulonnaise. On porta de nouveau l’image de notre Vierge dans la procession du 25 avril; et cette procession eut lieu jusqu’à la révolution de juillet. (1)

Cependant, dès 1820, Je projet d’élever une église à Notre-Dame sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale occupa la pensée de M. l’abbé Haflreingue. Devenu propriétaire du palais épiscopal et de toutes ses dépendances, il fit enlever les décombres, afin de reconnaître les anciennes fondations. A partir de ce

(1) Voir ci - apres l’article ayant pour titre : Documents hitloriquet «ur ta file de ta Saint-Marc.

moment , ce respectable ecclésiastique, ayee cette force de volonté et de zèle que les sentiments religieux peuvent seuls donner, prépara dans le silence, aidé de ses amis et des personnes pieuses, la construction d'un monument qui honorera sa mémoire.... Par ses soins, des legs pieux, dont quelques-uns sont , comme on l'a très-bien dit , une fortune entière , formèrent , en peu d'années , une somme assez considérable pour qu’on pût mettre à exécution une aussi vaste entreprise. Parmi les donateurs, M. de Campaigno, notre dernier sénéchal, se montra l’un des plus généreux, car le legs. qu’il fit s’éleva à cent mille francs. De son côté M. Haffreingue , dès l’origine du projet et depuis , n'a point cessé de disposer de toutes ses économies en faveur des travaux qu’il avait entrepris.

Le l‘ r mai 1827, on posa la première pierre du dôme que l’on admire aujourd’hui, et déjà la chapelle de la Vierge était fort avancée. Nous écrivions à cette époque dans l’édition in-18 de l’histoire de Notre- Dame : « Nous ne devons pas oublier de faire remar- » quer que l’on rétablit en ce moment sa chapelle , » dans la partie de l’enclos de la cathédrale où elle se » voyait autrefois. Qui sait si le zèle des fidèles ne fera » pas sortir de ses ruines un monument qui doit d’au- » tant plus être regretté , que l’église actuelle de la » haute-ville est loin d’être assez vaste pour une population qui reçoit chaque année de nouveaux ac- » croissemenls ? »

Or , ce vœu s’accomplissait sans avoir le moindre retentissement ; et lorsque les premières assises du

174 CONTINUATION DK l’hISTOIBE

dôme actuel s’élevèrent au-dessus du sol et des toits delarue de Lille, ce fut pour nous et pour bien d’autres une véritable magie , que cette création gigantesque , due à la volonté d’un seul homme et aux secours des âmes pieuses !... Il est certain, comme on l’a fait justement observer ailleurs, qu’une semblable tâche , entreprise dans de telles circonstances , est peut-être unique depuis le moyen-âge. (1) Alors la foi soulevait les montagnes ; Evrard , l’évêque d’Amiens , pouvait, avec les simples dons des fidèles de son diocèse, édifier sur les plans de Robert de Luzarclies la superbe cathédrale , objet constant de notre admiration!

Disons-le hautement, ce qui arrive ici est non seulement la preuve que cette foi active, source de tant de merveilles en fait d’art , n’est point éteinte dans les cœurs boulonnais , mais encore le signe assuré de la dévotion de ces cœurs envers la Vierge , patronne de leur cité.

Dans cetfe même année , 1827, Charles X vint au camp de St.-Omer. On pensait généralement que ce monarque, non moins pieux que ses ancêtres, profiterait de ce voyage pour faire son vœu àNotre-Dame de Boulogne ; mais on s’était trompé. Tous les jours les feuilles de l'opposition de quinze ans battaient en brèche le trône, en attaquant le souverain dans les moindres pratiques du culte de scs pères , et ses ministres crurent prudent de lui conseiller de ne pas renouveler ce vœu consacré par l’exemple de tant de rois.

(i) Article de C Annotateur t du 41 avril 1839.

Nous ne devons pas oublier que deux ans auparavant Notre-Dame avait reçu les hommages d’un orateur qu’avec raison l’on a plus d’une fois comparé , pour l’énergie et la simplicité de la parole, au célèbre missionnaire Bridaine. Dans l’un des discours qu’il prononça devant le clergé et les fidèles de la hauteville, M. l’abbé des Mazures, l’un des pères latins du couvent du St.-Sépulchre , fit une description animée des lieux saints ; il rappela que nos murs avaient vu naître l’undes rois de Jérusalem, Godefroid deBouillon, et que ce roi avait offert sa couronne à la Vierge de Boulogne. Heureuse inspiration de l’orateur sacré , dont l’effet fut d’autant plus vif, que l’illustre historien des Croisades, M. Michaud , était au nombre de ses auditeurs !... (IJ

Les travaux de la nouvelle église continuaient à l’intérieur : vers la fin de 1829 la chapelle était entièrement terminée, et le 8 décembre, jour de la fête de l’immaculée conception, on y célébra le service divin.

La révolution de juillet arriva : il ne nous appartient pas de juger dans cet ouvrage ses causesjet ses conséquences. Disons seulement que toute révolution

et; Les Ictlres et l'amitié viennent de perdre M. Michaud, et les regrets universels qui l'ont suivi dans la tombe prouvent à quel point il était aimé et estimé !. Ce grand écrivain a , pendant plusieurs années , passé une partie de la bellc.saison à Boulogne , et y a composé plusieurs des chapitres les plus remarquables de son histoire des Croisades. C'est à cette époque que nous donnâmes lecture pour lui , dans l'une des séances de notre Société des Sciences et des Arts, dont il était membre honoraire, d’nn fragment inédit , ayant pour litre : tu dtrnicrt moment! dt Saint Louis.

Page 1