CONTINUATION DE ^HISTOIRE
est de sa nature ennemie. du pouvoir, quel qu’il soit , et que dans l’intérêt des peuples, dont le premier besoin est d’être gouvernés , et des rois qui ne peuvent rien faire d’utile et de grand sans la stabilité, il serait à désirer qu’elles n’eussent pas lieu. Il est rare qu’une nation gagne à changer, lorsqu’elle vit sous un gouvernement où les lois intéressant les personnes et les propriétés sont respectées. Toutefois, en présence de faits accomplis , l'homme sage doit accepter ces faits tels que la providence les a envoyés à la terre, en lui abandonnant le soin des enseignements et des résultats qu’ils ne peuvept manquer de produire. On a , de nos jours, si déplorablement abusé de la maxime aide-toi , le ciel t’aidera , que nous n’en approuverons jamais l’usage en politique. Vouloir, par de ténébreuses et souvent sanglantes machinations , forcer là main à cette, puissance providentielle et immuable , dont la source est hors de ce monde , c’est plus qu’une faute , c'est un acte de folie.
En ce qui concerne l’histoire de Notre-Dame, cette révolution n’eut d’autre effet à Boulogne que d’amener l’enlèvement des images de la Vierge, placées audessus de la porte des Dunes et de la porte de Calais. Une autorité étrangère à notre administration ordonna cet enlèvement , en prenant pour prétexte la défense de la place. Chynous étions en pleine paix; et, en supposant le cas de guerre , il était difficile de concevoir comment la statuette honneur et salut de la ville, urbis honos et talus , eût pu compromettre la sûreté de nos remparts. Ce fut , comme nous le dîmes alors ouver-
tement , une petite recrudescence du philosophisme encyclopédique dont le grand maître Diderot eût luimême répudié le mauvais goût.
Au surplus, à partir de cette époque, pas un seul jour ne s’est écoulé sans que la construction de la nouvelle église n'ait marché. Dans certains instants on a vu jusqu’à 160 ouvriers fàire des extractions dans nos belles carrières , tandis qu’un aussi grand nombre à peu près de maçons , charpentiers et manœuvres, travaillaient à l’avancement de l’édifice.
A la suite des commotions politiques il y a toujours perturbation dans les existences: la confiance diminue, les entreprises s’arrêtent , la circulation de l’argent devient plus rare, et la classe laborieuse du peuple est soumise momentanément à une inaction forcée, entraînant après elle les besoins et la souffrance. — M. l’abbé Haffreingue , en employant alors tant de bras, fit acte de prudence , d’humanité, et les Boulonnais amis de leur pays lui en surent un gré infini. Il est de fait que dans certaines années il a dépensé au-delà de 100,000 francs, qui ont été répartis entre diverses industries.
Pendant que ces choses se passaient , Notre-Dame de Boulogne ne cessait pas d’être l’objet des intercessions de ceux que le malheur ou la maladie venait atteindre; et parmi tous les exemples que nous pourrions donner à l’appui de cette vérité , nous en citerons un bien remarquable. Vers la fin de l'année 1838, M. l'amiral baron Vattier , connu par la sincérité de ses sentiments religieux , fut frappé d’une
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congestion cérébrale, accompagnée d’une fièvre violente. Ses jours coururent un tel danger que les médecins distingués lui donnant leurs soins avaient perdu l’espoir de les sauver. M. le baron Vattier se mit avec ferveur sous la protection de Notre-Dame ; des messes et une neuvaine eurent lieu dans la nouvelle chapelle : de jour en jour la santé du malade s’améliora, et il finit par la recouvrer entièrement.
Nous arrivons à la découverte d’un monument précieux quant à l’art archéologique et à l’histoire de notre pays.
Dès le commencement des travaux entrepris par M. Haffreingue, on avait reconnu, au milieu des décombres, l’existence d'une crypte ou chapelle souterraine, remontant aune haute antiquité. En 1839 l’intérieur en fut successivement déblayé et mis à jour. Dans un mémoire se trouvant au nombre des documents accompagnant cette histoire , nous avons établi que celte chapelle avait été l'asile primitif de la Vierge miraculeuse du Boulonnais.
Cependant le moment de poser la première pierre de là nef du nouveau temple consacré à Marie, était venu. Une semblable solennité est l’une des plus graves , des plus augustes de notre culte. L’évêque lui-méme est appelé à faire cette fondation , et. le pseaume 126 du rituel place en celle circonstance dans sa bouche ces paroles, empreintes d’une majestueuse simplicité :
* JVtsi. dominus œdificaveril domum , in vanum la -
* . DE KOTHK-DAME DE IfOULCHiSE. 179
» boravervnt qui oedificant eam. » (i)
La pieuse cérémonie eut liru le 8 avril 1839, à trois heures après midi. En son absence, monseigneur l'évèque d’Arras avait délégué M. Lecomte, curé doyen et grand vicaire , pour officier. Les clergés de la paroisse St.-Joseph ci de celle St.-Nicolas s’étaient réunis ; et le maire , le sous-préfet , le président du tribunal civil, le colonel de la garde nationale, le directeur des douanes, toutes les autorités enfin , ainsi qu’un grand nombre d'habitants de la ville et d'étrangers, se trouvaient à l’heure indiquée dans l’enclos de l’ancienne cathédrale. -,
Les prières et la bénédiction de la pierre étant terminées , cette pierre fut posée par le maire et scellée par l’officiant , le sous-préfet et le consul anglais. Un procès-verbal de ces faits avait préalablement été signé par les principaux assistants et renfermé dans un carré de maçonnerie. (2)
C’est alors que M. l’abbé Sergeant , aumônier de l'hôpital St. -Louis , a prononcé un discours remarquable par l’élévation des pensées et l’élégance du style. L’orateur avait pris pour texte le verset 6, chapitre 1Y, du livre de Josué : « Quid sibi volunt isti lapides? » Que signifient ces pierres ?... — Les souvenirs de Notre-Dame' de Boulogne , les éloges donnés à M. Haifreingue et aux magistrats secondant sa sainte entreprise , les regrets sur le monument
(1) • Si T)icu ne bâtit celte demeure, c'est en vain que travailleront ceux qui’ voudront t’élever.»
(i) Ce procès -verbal est joint aux pièce* qui terminent ce volume.
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détruit, et les espérances se rattachant au monument nouveau , tout cela a été présenté, dans cette allocution, avec une convenance parfaite, un esprit de conciliation qui honorent l'ame et le talent de M. l’abbé Sergeant.(1J
Avant qu’on se retirât, une quête, ayant pour objet les frais de construction de la nouvelle église , a été faite, et a produit une somme de 84-0 francs. C’est dans le cours de cette quête qu’une femme presque octogénaire, et dont les vêtements indiquaient la pauvreté , a, tout émue , déposé , entre les mains de la personne chargée de recueillir les dons , un rouleau de gros sous. Ce touchant épisode a été raconté dans un de nos journaux, et nous nous plaisons à répéter, après lui , qu'il dit mieux que tous les écrits, de quel œil le peuple, le véritable peuple voit celte rééducation,
attendue depuis un si grand nombre d’années. (2)
Nous n’entrerons dans aucun détail sur le plan de l’église qui s’élève, ce plan pouvant recevoir beaucoup de modifications , et une semblable description n’étant point d’ailleurs du domaine d’un précis bistoque. (3j Certes, il eût été à désirer que sur les ruines de l’antique cathédrale oh eût pu construire une basilique dans le genre de celles des treizième et quatorzième siècles. L’architecture du moyen-âge est bien plus en harmonie avec notre religion sérieuse et
(1) Nous donnons ce discours en entier à la fin du volume.
(2) Annotateur du 11 avril 1339.
(3) Voir à la fin du volume la description de ce que sera celte église , donnée par le journal que nous venons de ciler.
1)E NOfBE-DAME DE BOULOGNE. 181
sublime, où tout est mystérieux et mélancolique, que celle se rapprochant de la régularité de formes, de la pureté de contours et de lignes des temples grecs et*" romains. Mais une foule de motifs graves et des obstacles à peu près insurmontables s’opposaient à la réalisation de ce vœu. Non seulement il faudrait , de nos jours , plus d’un demi-siècle pour mener à fin des édifices tels que les églises d’Amiens, de Chartres, de Rouen, de Bourges, mais encore il faudrait y dépenser des sommes énormes!... et puis ensuite où trouver cette foule d’ouvriers habiles , formant corporation , mus par la foi , passés maîtres dans l’art de tracer l’ogive , de tailler les colonnettes en fuseaux , de faire sortir de la pierre le trèfle, la rosace, les clochetons ouvragés comme de la dentelle , et les naïves figurines qui font l’admiration des hommes de goût ? A la manière dont elle se présente déjà, on peut assurer que la nouvelle église deNotre-Dame de Boulogne sera vaste, grandiose d’effet, élégante de distribution. On saura, tout en faisant un monument religieux moderne, lui donner le cachet de sa destination , et échapper au prosaïsme profane des temples dernièrement- construits dans la capitale , et en particulier de Notre-Dame de Lorette. (1)
Peu d’années, nous n’en doutons pas , suffiront à l’achèvement de l'œuvre conçue par M. Haflreingue. Les dons des âmes pieuses s’associant à cette glorieuse
(4) Voir le plan et les élévations de la nouvelle église de 'Notre-Dame de Boulogne, à la fin de l’ouvrage.
Ces plans ont été dessinés par un jeune peintre boulonnais plein de mérite , M. Bctancourt.
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entreprise ne tariront point , car leur source émane d’une pensée sainte et régénératrice. Notre-Dame de Boulogne, la mère de Dieu, la consolatrice des affligés , la protectrice de nos marins au milieu des écuefls de l’océan , aura donc une demeure digne d’elle ; et cette demeure , s'élevant triomphante audessus de nos vieux remparts , et planant sur tout le détroit du Pas-de-Calais, sera l’éclatant témoignage de Fesprit de croyance qui règne encore parmi nous.