SCR L'ÉVÊCHÉ DE BOULOGNE
X*.— Son successeur fut messire Augustin-César D’Hervilly de Devise, issu d’une noble famille picarde, chanoine et archidiacre de Cambrai. Nommé évêque le 14 septembre 1738, il mourut le 11 octobre 1742, dans le cours de ses visites épiscopales. J1 avait pour secrétaire lé chanoine Lesage, fils de l’auteur célèbre de ce nom. (1)
XI*.— Françcvs-Josepu-Gaston dkPartz, chevalier seigneur d’Esquire et de Pressy , fils de François-Joseph de Partz , marquis d’Esquire , et de Jeanne Élisabeth de Bcaufort , vicaire-général de Boulogne , fut nommé à l’évêché le 22 décembre 1742.
Jamais peut-être le trône épiscopal n’a été occupé par un prélat plus digne , sous tous les rapports , du respect et de l’admiration des hommes. Sa vie tout entière consacrée à l’exercice des vertus les plus noblës, les plus touchantes , son dévouement et sa charité envers les malheureux auxquels il distribuait ses revenus, ses talents et ses connaissances profondes, l’avaient fait surnommer le saint et savant évêque. (2) On jugera de l’impression que sa mort a laissée , lorsque nous aurons dit que Pigault-Lebrun, dans l’un de ses romans les plus irreligieux , a fait de lui l’éloge le plus beau
(.i) Alain-Rem; Lesage, auteur de GU Bios, passa les dernières années de sa vie chez son fils le chanoine , dont la maison existe encore à Boulogne , rue du Château. L'acte de décès de cet écrivain distingué est dans les registres de notre état civil.
(2j Ce litre lui fut d’abord donné par Marie Leczinska , fille du roi de Pologne , qui devint reine de France en épousant Louis XV. Cette princesse avait une estime toute particulière pour M. de Pressy .
qu’on puisse en faire. Théologien du plus haut mérite, écrivain distingué, dans ses mandements et instructions pastorales, il a victorieusement combattu les incrédules et la philosophie du dix-huitième siècle. Pendant 47 années d’épiscopat il ne quitta que deux fois son diocèse, pour assister à l'assemblée générale du clergé, qui , plein de confiance dans ses lumières et son zèle , l’avait appelé à Paris. Aussi eut-il le bonheur, en 1760, par ses écrits et scs discours , de la ramener à l’ordre et à la paix, dont quelques dissentionsparticulièrcs l'avaient éloignée. Il se flattait du même succès auprès de l’assemblée nationale en 1789 , lors de la convocation des états-généraux , où se rendait avec ses cahiers et instructions, son vicaire-général, M. Olivier- Placide de Méric de Mont-Gazin, député pourle clergé. On ne saurait douter que les travaux et les austérités auxquels M. de Pressy se soumit en cette circonstance , ne furent la cause de l’altération subite de sa santé et ne diminuèrent lenombrede jours qu’il devait encore passer sur la terre. « Jours précieux devant Dieu et devant » les hommes, dit un de ses contemporains, et surtout » pour les pauvres! » (IJ Après plusieurs accès de Oèvre , il manda M. Perdriseaux , chapelain de la cathédrale, son confesseur, le reçullevé, habillé comme de coutume , et lui dit : « Un de mes prédécesseurs ,
» ayant éprouvé la même indisposition que moi , de- » manda les secours de votre ministère , et fut frappé
(1) M. Abot de Bazinghcn , dans les notes manuscrites qui sont en la possession de son petit-fils, et qui nous ont fourni une partielles details contenus dans cet article.
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» d'une attaque d apoplcxiequi l’enleva. Je veux préve- » nirune pareille snrprisc.»M.Perdriseaux,aprèsl’avoir entend ii, t'engagea à ménager ses forces. Le lendemain il reçut du monde , assis sur son fauteuil, s’entretint avec MM. les curés de l’Artois et leur remit une somme de 4,000 livres qu’il devait lui-méme distribuer à leurs pauvres. Dans la nuit suivante il se sentit beaucoup plus malade ; on s’empressa de lui porter des secours, mais ils furent inutiles. On sonna le chapitre, qui vint l’administrer, cl il ne donna d’autres preuves de connaissance qu’en faisant de fréquents signes de croix.
Enfin, le & octobre 1789, entre Set 9 heures du matin,
il rendit le dernier soupir. Le jour même de sa mort, son corps fut exposé, visage et pieds découverts, dans la chapelle de l’évêché , où toute la ville se rendit en procession. Lés malades et les petits enfants y furent portés , tant la confiance du peuple était grande dans les bienfaits que ce saint prélat pouvait obtenir de Dieu eu faveur des faibles et des affligés!...
M. de Pressy fut inhumé sous les marches du trôné épiscopal, dans lé chœur de la cathédrale, oh, parmi les débris , ses restes précieux out dernièrement été retrouvés. (1) '
XII*. — Jean-Kéné Assemnb fut le dernier des évêques de Boulogne. Il naquit en 1742 à Paris, où son père était attaché au service des écuries de la maison de M. le duc d’Orléans. Cette maison lui fit donner l’éducation la plus distinguée , en le plaçant à l’Uni-
(i) Voir Jcs noies sur la crypte, ancienne chapelle «le la Vierge , qui sont au nombre (tes pièci s insérées dans éc volume, '
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versité. Scs succès eu théologie cl dans l'élude des langues orientales le conduisirent bien jeune encore à succéder à l’abbé Ladvocat dans la chaire d’hébreu
de la Sorbonne. Nommé de plus grànd-vicairc de
■ l’archevêque de Paris, il conserva ces deux places jusqu’à la révolution. Sans les principes d’égalité qui commençaient alors à s’emparer de la société, il est douteux que M* Asselinc, malgré sa science et’ ses vertus , fût parvenu à l’épiscopat. Il est cependant à remarquer qu’en plusieurs circonstances , l’église n’avait point, à cet égard , cédé au préjugé de la naissance, et l’élévation de Sixte-Quint en Italie, et de Fléchier en France, en offrent l’exemple et la preuve. Proposé pour l’évêché de Boulogne , l’abbé Asscline fut repoussé par la noblesse, qui s’opposa fortement à sa nomination. Elle fit de vives représentations an roii, qui n’en tint aucun compte. « M. Asscline, » dit ce bon monarque à l’évêque chargé de la feuille, « a-t-il » autant de mérite qu’on le prétend ? j> — a Oui, sire, » répondit co prélat. — « Eh bien ! c’est là prècisé- *> ment comme il nous faut des évêques à l’avenir. » Il fut nommé le 18 octobre 1789, sacré le. 3 janvier
■ 1790, et fit son éntrée à Boulogne lc’6 février suivant.
M. Asseline refusa d’obéir à la. constitution civile du clergé, et engagea les prêtres de son dioçèsé à imiter son exemple. A cet effet, il publia une instruction pastorale , remarquable de science et de dialectique,, sur la distinction des deux puissances spirituelle et temporelle. Plus de quarante évêques l’adoptèrent, et de son côté l’AssemblécConstiluatite ordonna à son comité
SUR: l'ÉVÊCHA DE BOÜLOOKE., ' *. i&5
des recherches d'en poursuivre l'auteur. M- Asseline se réfugia alors en Belgique, et séjourna habituellement à Ÿprcs. Il se distingua dans un consistoire de plusieurs évêques fugitifs de France, par son savoir et son habileté dans le maniement des affaires. Il devint dès lors la lumière et l’organe des prélats français. En diverses circonstances, il fît parvenir à ses diocésains de» mandements dont lù pensée dominante était de les attacher plus fortement à l'unité et aux prêtres insermentés, qui restaient encore cachés parmi eux, et de les éloigner des prêtres assermentés. En 1801 ,lors du concordat passé entre le Saint-Siège et Bonaparte , dans lequel , entre autres dispositions, le nombre- des évêchés était réduit, M. Asseline crut devoir différer de donner sa démission de son siège, parce que dans cette affaire on avait manqué à plusieurs formes canoniques. Il fut auteur des réclamations et observations que les évêques non démissionnaires adressèrent sur ce sujet au souverain pontife. Néanmoins, pour éviter le schisme, il déféra au concordat , en cessant d’administrer, sop diocèse , aussitôt que le nouvel évêque fut installé , et c.p permettant a scs prêtres de lui ‘obéir comme ifs obéissaient précédemment à lui-même. Son exemple et sés conseils décidèrent la plupart de. ses collègues il faire de même. Quelques-uns persistèrent cl formèrent ce qu’on appela depuis- la petite église. Dç Belgique M. Asseline passa à Ilildegheim.' Après la bataille d’Iéna, il se réfugia à Altona .près Hambourg , et peu après Louis XVIII l’appela à Millau, à la mort de l’abbê Édgeworlh, son confesseur. Il suivit ce prince en An-
glclerrc , où après une longue maladie il succomba à Harlwoll le 10 avril 1813, à l'iige de 72 ans, laissant à ses derniers moments son anneau pastoral à son ami M. l'archevêque de Tours, qui nous l’a montré lorsqu'il vint à Boulogne en 1 828 . 1 1 existe une édi lion des OEuvres choisies de M . Asseline (1) , qui contient une exposition du symbole des apôtres ; des méditations , mandements et instructions pastorales; sermons; réflexions sur les trois vertus théologales ; considérations sur le mystère de la croix; lettres et réflexions sur les points de doctrine con- troversês entre les catholiques cl les luthériens ; diverses prières cl pratiques de piété. On regrette que ce choix ne soit pasqdus complet et mieux fait, notamment en ce qui regarde les mandcments.pt surtout les sermons. (2i
■ Tous les portraits des évêques que nous venons de rappeler sont en la possession de M. l'abbé llaflïèingue, et décorent une des principales salles de l'ancien évéché , devenu depuis plusieurs années sa propriétaires portraits, formant nnc collection, précieuse pour l'histoire ecclésiastique du Boulonrçai$, sont, en .général , très-bien peints. L’un d'oux
est du an talent du célèbre Yandick. 7 ' ,
Ainsi que nous l'avons dit en commençant cette notice, par suite du concordai de 1801 , l’évêché' de Boulogne fut réuni A celui d’Arras , dont monseigneur Hugucs-ltoberl- Jean-Charles de la Tour-d'Auvergne Lanraguais vint prendre le siège. Il y avait été nommé le 0 avril 1803 , et il l’occupe cncoie aujourd'hui- f
(l - ) O vol. ln-42, publiés par PnLbéPrénlord : Taris, 4823; chéiToIry.
(2) L’art ida sur M. Asseline n’est pas <le M. Bédouin.