‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 36 sur 89 · DE L’ABBAYE DE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

DE L’ABBAYE DE NOTRE-DAME

Il faut remonter à une haute antiquité pour fixer la fondation de l'abbaye de Notre-Dame de Boulogne, Tune des plus célèbres de France, à cause de la Vierge miraculeuse dont la chapelle se trouvait dans la cathédrale de cette ville. On ne peut, à cet égard, indiquer aucune date certaine; mais il y a tout lieu de croire que «on chapitre fut institué lors de l’érection de l'évêché primitif , c’est-à-dire avant le sixièhie siècle. ,

Toutefois , nous devons dire qu’il s’est élevé jadis de sérieuses contestations sur l’origine plus ou moins ancienne de l’abbaye de Boulogne. On voit en effet dans un des procès-verbaux de rédaction de la coutume du Boulonnais en 1550, que le procureur de l’abbaye de Samer se plaignait avec amertume de ce que l’on avait appelé l’abbé de Notre-Dame avant le sien, dont la place dans les assemblées devait être la première , après l’évêque diocésain. Il appuyait cette prétention de données historiques qui n'étaient pas sans gravité. L’abbé de Notre-Dame, de son côté, soutenait ses droits avec force, et les commissaires travaillant à la réformation de la coutume ne décidèrent point la question. Cette contestation dura pendant plusieurs années , et cessa lors de l'érection de l’évêché.

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Notre abbaye , qui était de l’ordre de Saint-Augustin , jouissait de grandes immunités , et avait des biens assez considérables qui la mettaient à même d’exécuter de grands travaux et de répandre d’abondantes aumônes. Parmi ces biens, nous citerons le bois l’Abbé, qui, en 1253, lui fut donné par la comtesse Mahaut, épouse d’Alphonse de Portugal, ayant pris alors le titre de comte de Boulogne. Les conditions imposées au chapitre par la donatrice sont curieuses, en ce qu’elles peignent les mœurs du temps. Elles eurent pour objet de distribuer tous les ans , le jour de son décès, un pain de douze onces et un hareng saur à tous ceux qui assisteraient au service divin.

Une autre propriété , le Moulin-l’Abbé et la ferme qui en dépendait , fut aussi donnée à ce chapitre par un comte de Boulogne, dont le nom n’est point parvenu jusqu’à nous. Les anciennes chroniques nous apprennent que cette propriété , à une époque trèsreculée, était une métairie appartenant au comté. Comme elle se trouvait placée à l’entrée de la forêt , elle servait aux seigneurs suzerains , à y réunir leurs piqueurs , leurs meutes et leurs oiseaux de proie, afin ' de pouvoir s’y livrer avec plus de facilité au noble plaisir dé la chasse.

A partir de la donation qui leur en fut faite , les religieux de Notre-Dame la cultivèrent eux-mêmes et en recueillirent les fruits. Us y firent bâtir une église , une maison de refuge et un moulin sur lequel , au - dessus des portes , on voit encore les armes de l’abbaye. Il existe aussi des fragments de l’église»

VU BOULOGNE

maintenant à usage de grange , et c'est au-dessus de l'entrée de cette grange qu'on trouve le bas-relief sculpte connu dans le pays sous le nom du Dieu accroupi. (l)Le père abbé habitait, dans les beaux jours, la métairie , et la tradition rapporte qu'on était daus l'usage de sonner les offices à la cathédrale pendant une heure , afin de lui donner le temps d'y arriver. Cet usage s’était conservé depuis le rétablissement du siège épiscopal.

Le Moulin-l'Abbé appartint au chapitre jusqu'à la révolution, et il est aujourd’hui en la possession de la famille de M. Abot de Bazinghen. Il est situé dans un site que les accidents de terrain, le mélange des eaux et des bois, les souvenirs de quiétude religieuse qui s'y rattachent , rendent délicieux.

Plusieurs abbés de Notre-Dame ont joui d’une haute réputation de science et de piété , entr'autres le vénérable Wallerand de Tilly.

Les armes de l'abbaye de Notre-Dame portaient d'azur et de sable avec un navire dématé. Dans ce navire on voyait la Vierge et l'enfant Jésus. Les bras et la couronne de la Vierge étaient d’or, et le tout reposait sur une mer ondée d'argent. (2) La banuièreétail de même; on y lisait la devise : JJrbis el orbis domina.

Dans les temps très-anciens, lorsque les Boulonnais prenaient les armes , le chapitre leur confiait cette bannière, qui les guidait dans les combats et animait

(1) Voir l'essai liistoriquc sur Boulogne, par Henry.

(2) Extrait de t'/trmoriat du floulonrv ri» . par Senllcdr V.clinglien. Année 17J$.

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encore le courage dont ils ont donné tant de preuves. Il y a tout lieu de croire qu’à l’époque de la première croisade , quand Euçtache de Boulogne , frère de Godefroid de Bouillqn , conduisit douze cents de nos compatriotes à l’assaut de la cité sainte , l’image de notre Vierge miraculeuse s’élevait du milieu de leurs rangs.

La pieuse coutume qu’avaient les seigneurs de réclamer du chapitre la bannière de Notre-Dame, lorsqu’ils allaient guerroyer, dura jusqu’à 1173. Nous avons raconté dans la nouvelle de Marie de Boulogne , comment Mathieu d’Alsace , ayant enlevé cette princesse, alors abbesse de Ramsay, vint régner sur I e Boulonnais , et fut, ainsi qu’elle , à cause de ce rapt sacrilège, frappé des foudres de l’excommunication . Le chapitre de Boulogne avait pris la plus grande part à cet acte de sévérité; aussi , lorsque vaincue par les remords , Marie eut fui son époux pour se retirer dans le couvent de Ste.-Austreberlhe de Montreuil, et que l’excommunication eut été levée, Mathieu d'Alsace , gardant rancune aux religieux, ne voulut plus se servir de la bannière , et s’affranchit des offrandes considérables que sa remise , entre les mains des comtes , valait à l’abbé de Notre-Dame. Ayant placé ses hommes d’armes sous un autre étendart , il accompagna son frère, Philippe de Flandres, au siège de Neufchàtcl, en Normandie, et y reçut la mort. Ce prince était une espèce d’esprit fort ; à deux reprises il avait chassé les moines de leur abbaye, et l’on attribua sa mort, selon les croyances du temps , au dédain qu’il avait mani-

testé pour la sainte bannière et à sês sentiments irreligieux.

Malgré les nombreuses recherches que nous avons faites pendant plusieurs années , nous n’avons pu découvrir qu’une médaille de Notre-Dame de Boulogne. C’est chose d’autant plus extraordinaire que les chroniques et la tradition ne laissent point à douter du grand nombre d’exemplaires de cette médaille que l’on distribuait aux pèlerins visitant la sainte image !... La seule existant à notre connaissance appartient à M.Dutertre- Yvart. Elle est de la dimension d’une pièce d’un franc, très-mince , et représente la Vierge miraculeuse dans son bateau. Ce qui la rend plus précieuse encore, c’est qu’elle est appliquée sur un morceau de bois très-noir, très-luisant, ayant l’apparence du jais, et qui certainementestun des fragments de l’antique statuette. On sait que plusieurs de ces fragments furent donnés à diverses personnes lors de la Restauration et de la retaille de cette relique vénérée.

. Il est à désirer que l’on frappe une nouvelle médaille de Notre-Dame de Boulogne , servant à fixer l’année de la fondation du temple qu’on lui élève en ce moment. L’un des côtés porterait la sainte image , avec la devise Urbis et orbis domina, l’autre la vue du monument avec la date de la pose de là première pierre. Nous possédons une belle médaille de Notre-Dame-de- Lorejtte, exécutée dans ce système.

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