A L’ENTOUR DE BOULOGNE
Autour de nos remparts il est pour la mémoire Plus d’un illustre souvenir ,
Que la -religion , d’accord avec la gloire ,
Signale au lointain avenir!
Ces murs , lorsque régnait l’empereur Charlemagne , Furent défendus par Roland ;
Son cor a retenti sur la verte montagne Que baigne le vaste Océan, [lj
Ici , dd grand Bouillon et l’émule et le frère Rassemblait jadis à sa voix Douze cents Boulonnais, prenant pour leur bannière L’étendart sacré de la Croix. [2]
Cl] En 771, Roland , le preux paladin, fut nommé par Charlemagne gouverneur des côtes britanniques et de la Morinie. (Henry, Estai historique , p. 266.)
[2] Le départ des croisés eut lieu en 1096 , sous le commandement de Godefroid de Bouillon. Dans le dénombrement de l’armée de Godefroid, le Tasse dit: Baudouin conduit set Boulonnait . ..'J érus[ilem t chant 1. — Henry , Estai , p. 278.)
POÉSIES
Voilà ce vieux chastel que Philippe de Franco A fait baslir pour protéger La foi de nos aïeux et leur indépendance ,
Advenant les jours de danger. [1)
Plus loin, à l'horizon , j’aperçois la Colonne ,
Dont le fût perce le brouillard ,
Superbe monument que les fils de Bellone Votèrent au nouveau César! [2]
A ses pieds un vallon en cirque se déploie :
Là les compagnons du vainqueur Placèrent sur leur sein , tout palpitant de joie ,
La noble étoile de l’honneur!... [8j
On n’entendait alors que bruit d’armes, de guerre,
Et plus de cent mille soldats ,
Campés sur les hauteurs , criaient à l’Angleterre :
« Nous te défions aux combats!!... » [4]
[4] En 4234 , Philippe fait construire le château. Dans l’ancienne inscription, on lisait : ■ Phelippus cuens de Boulogne, tien de Phelippus > de France, a fait kastir ce chastel , l’an de l’incarnation 1231. • ( Voy. Henry, p. 285.)
[2] Le 4«r vendémiaire an 13, l’arinéc des camps de Boulogne et de Sainl-Oincr vole l'érection de la Colonne , monument devant attester i t’unieer» ton dévouement et ta fidélité envers lo premier empereur des f'ranfait. (H., p. 334.)
[3] A quelque distance de la Colonne, et sur un plan incliné, est l'amphithéâtre où les croix de la Légion-d'Iionneur furent distribuées.
[4] Les régiments répétaient tous les jours le beau Chant du départ de Méhul :
“ La victoire en chantant non» ouvre la barrière ,
“ Et du nord au midi , la trompette guerrière “ A aonnrf Plicure de» combats f. w
POÉSIES
Plus-loin encor, d'Honvault c’est l'antique tourelle , Avec son puits mystérieux ,
Qui renferma long-temps , sous son onde fidèle , La Vierge de nos bons aïeux. (1]
On déplorait sa perte.... Une nuit, vers la terre Poussé par le flot écumant,
Au milieu des écueils , un pêcheur en prière Aperçut un fantôme blanc.
Or, ce fantôme était un messager céleste,
Qui, se dirigeant sur Honvault,
Y mena le pêcheur, et lui montra du geste Notre-Dame , que couvrait l’eau.
Et lorsque de ces lieux la digne châtelaine Eut appris cet évènement ,
Elle fit transporter la Vierge suzeraine Dans son plus riche appartement.
C'est là que, suppliant dans l'ombre et le silence Marie et son Enfant divin ,
Sa voix pendant vingt ans demanda pour la France La paix , espoir du genre humain !
Car, en ces jours de deuil , on voyait l'hérésie , Versant ses poisons à grands flots,
Dans nos villes , nos champs , lever sa tête impie Et troubler partout le repos !
[1] Tous les détails qui suivent sont conformes à la tradition. (Voir l ' nutoircUc Votre Dam* et la lettre sur Honvault, à la fin du volume.)
POÉSIES
Mais Dieu prit en pitié nos pleurs , notre misère * Jésus, ton culte est étemel!
Au sein du vieux parvis , Notre-Dame , ta mère , Reconquit un jour son autel.
25 décembre 1839.