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sion de Notre-Dame de Boulogne, il vint à pied, vêtu en pèlerin, en la compagnie des seigneurs de sa cour, du prince de Galles, fils aîné du roi d’Angleterre, de* deux princes ses frères , et de Charles , son fils , plus tard surnommé le Sage , dans l’église de Notre-Dame de Boulogne, s’acquitter avec dévotion du vœu qu’il avait fait. 11 fallait voir alors quelles bénédictions suivaient la venue d’un roi aimant véritablement son peuple , et dont le cœur, porté à la bienfaisance , prévoyait les besoins ! Alors la classe peu accoutumée aux plaisirs d’ici-bas comptait aussi ses jours de bonheur.
La centenaire , en citant nos rois , grands de nom , de puissance et de gloire, qui se sont rendus en la ville que ses cent ans n’ont cessé d’honorer, pour rendre hommage de leur couronne à Notre-Dame de Boulogne , laisse échapper une expression de peine en prononçant le nom de ceux qui n’ont point apporté aux pieds de la Vierge le cœur d’or prescrit par les chartes du temps. « Hélas! que leur en est-il revenu? ajoute-t-elle avec un ton douloureux ; disgrâce et malheur! Croyez que le mieux est l’ennemi du bien. Le temps où la jeune fille s’occupait à parer la Vierge dans la chapelle du lieu valait bien celui où elle se torture l'esprit pour toujours renouveler et changer sa parure, croyant mieux plaire au bal. Il n’en était point ainsi de mon temps : les robes de nos grand’-mères étaient assez belles pour leurs petites-filles , et on en faisait cas. »
En écoutant la centenaire exposer tour-à-tour les vulgaires et saintes traditions, on serait tenté de con-
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ilamner le siècle qui , à force de susceptibilités doctrinaires, nousconduità une iucrédulité obscure, d’où il ne sort que désolation, suicide, incendie et meurtre. Qui nous enseignera par où ilfaut se sauver, lorsqu’on fuit le sein d’un Dieu qui seul peut être le refuge de l’homme malheureux!!!! A quoi bon le passé, s’il ne nous sert pas de leçon? « C’était un beau et bon temps, dit la centenaire ; si vous aviez vu cette belle église de Notre- Dame de Boulogne , et si vous aviez été assez heureux pour entendre tout ce qu’on en citait de beau, de miraculeux I Là venaient en pèlerinage tant de rois, de reines, de princes, de grands seigneurs portant les plus illustres noms du royaume de France ! Voyez le vieux livre, pas un n’y manque; et puis c’étaient des richesses d’or, d’argent, de pierreries, de médailles aux saintes images, de croix enrichies de reliques venant d’outremer, et des cœurs de toutes les façons et de toutes grandeurs. Il n’y avait pas assez d’orfèvres à Boulogne pour confectionner des médailles à empreintes miraculeuses, pour tant de pèlerins qui les emportaient en s’en retournant en leur pays, en gloriGant, le long des routes , les merveilles de Notre-Dame de Boulogne. » Laissant reposer la centenaire, à qui ses vieux souvenirs avaient donné une sorte d’exaltation qui aurait pu lui devenir funeste , je pris le vieux livre , comme elle se plaisait à appeler la chronique , et j’y vis avec étonnement combien la ville de Boulogne a eu d’actions de grâces à rendre à la divine protection de sa gloire et de ses autels : car, lorsque l’image de la Sainte Vierge aborda dans le port de cette ville, vers l’an 633,
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elle ne trouva qu’une pauvre chapelle couverte de genêts ou de joncs-marins, pour y établir sa miraculeuse puissance et cet éclat qu’on y remarqua par la suite des temps, et qui fut porté à son plus haut point au moment du mariage d’Isabelle de France, fille de Philippe-le-Bel , quatrième du nom , avec Édouard II , roi d’Angleterre, où l'église de Notre-Dame de Boulogne fut choisie d'un commun accord pour être le théâtre de cette auguste cérémonie. Jamais mariage ne fut célébré d’une manière plus pompeuse, et jamais l’église ne vit réunis dans son sein quatre rois, trois reines, quatorze fils de rois, ou princes du sang de France. (1) Jamais on ne vit un si merveilleux concours de prélats, de seigneurs et d’officiers de l’une et de l'autre couronnes, et jamais plus de richesses, de magnificence et de profusions royales ne comblèrent l’église de Notre-Dame qu’en cette fête , qui commença le 22 janvier 1308, et dura six jours, pendant lesquels plusieurs de cette illustre compagnie firent des présents et des offrandes à Notre-Dame de Boulogne. Comme Philippe-le-Bel y tenait le premier rang, il fut aussi le premier à y faire paraître sa magnificence : partout, sur ses riches offrandes, on remarquait, éblouis-
(1) Noms des rois, ducs et seigneurs qui assistaient à cet hymen : Philippe-le-Bel, roi de France; Henry, roi d’Allemagne et des Bomains; Charles, roi de Sicile; Louis-le Hutin, roi de Navarre, avec les comtes de Poitou et de la Marche, fils du roi ; les comtes de Valois et d’Evreux , frères du roi; de Clermont , de Dreux, et princes «’u sang ; les ducs de Bourgogne, de Flandre, de Brabant, de llainault, et les reines de France, d’Angleterre et de Navarre, etc. (Citron. de Flandre , par D. Sauvage chnp. i>l.)
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«antes de pierreries, les armes de France et de Navarre, et les revenus de l’église furent considérablement augmentés par lui en cette occasion.
Je me plais à croire que la centenaire cultive encore aujourd’hui avec plaisir et succès les fleurs de son jardin , afin de pouvoir parer, à de certains jours de fête, l’autel de Notre-Dame de Boulogne , en ressouvenir de ces temps où des pèlerins de tous le* rangs, de tous les âges, venaient en foule vers ce lieu de tant de merveilles, où l’on trouvait la piété et la charité se donnant la main pour s’avancer vers l'autel sacré où s’accomplissaient tant de vœux.
Quel culte plus doux , plus analogue aux devoirs, aux sentiments, aux désirs du sexe le plus faible, que celui de cette Vierge divine qui compatit aux maux qu’elle-même a soufferts, aux douleurs qui ont été son partage , aux angoisses qu’elle a endurées au pied de la croix?... Elle qui n’exige de nous ni éloquence, ni savoir, entend la voix d'un cœur simple et bon, d’une ame tendre et dévouée, celle d’une mère qui, recueillant le dernier soupir d’un enfant chéri, croit déjà, par la grâce de celle qu’elle invoque, respirer le souffle d’un ange que le ciel lui enlève. Elle ne délaisse point l’enfant dans le péril , la veuve et l’orphelin que l’aveugle fortune abandonne. Que de femmes, si elles osaient parler et affronter les avis d’un siècle pervers, ne nous rediraient-elles pas combien de fois elles ont obtenu un soulagement inattendu et marquant au milieu d’une peine accablante, d'une douleur profonde, d’une angoisse du cœur que rien au monde ne parais-
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•ait pomroir calmer, lorsqu’elles ont invoqué le secours de cette bienfaitrice de. l’humanité faible et souffrante! Quant à nous, il nous suffit de connaître le passé pour juger ce que nous valent toutes les erreurs du présent. Heureuse est celle qui a assez de force d’esprit, de fermeté , de croyance, pour ne pas se laisser entraîner dans ce vague aride où la pensée végète forcément sur une terre sans ciel, où le naufragé ne voit d’appui que celui des hommes; tandis que jadis la mère du sauveur tenait pour lui, dans sa main toute-puissante, les vents elles tempêtes ; une foi vive lui montrait au loin le calme des flots et le rivage tant désiré précipité par la fureur de l'ouragan au milieu des abîmes. A peine sa lèvre tremblante avait-elle achevé une fervente prière, que la planche du salut se montrait à ses regards. Plein d’une ferme confiance dans celle à qui il venait d’adresser des vœux et demander du secours, il croyait apercevoir l’azur d’un ciel sans nuages , où brillait une étoile protectrice. A cette vue , il redoublait d’efforts ; son attention sedirigeaitvers l’objet céleste dont il attendait le secours; il cessait d’entendre la voix des ouragans, et , au milieu de la tourmente , sa foi inébranlable lui présentait un gouvernail pour se conduire sur les flots, et une rame pour les briser.
Que nous dit l’histoire sur l’intention de ces pieux pèlerinages , où le long des routes on ne rencontrait que prières et bénédictions?... Les affaires n’en allaient pas plus mal qu’aujourd’hui, où du petit au grand on se hâte vers les capitales pour prendre , souvent san* goût, sa part des bals et des spectacles , où on se plaît
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à reproduire et à outrer les vices de nos tristes jours. Qui nous prouvera que les plaisirs de quelque lointain pèlerinage n’avaient pas des avantages plus réels pour des familles , qu’honoraient d’anciennes vertus et qui, se rendant à des jours Axés par le nom de quelque saint, sur la plage où Godefroid de Bouillon avait reçu le jour, y allaient être témoins de l’immense concours de deux peuples , tantôt amis, tantôt ennemis , qui à l’envie portaient leurs riches dons aux pieds de la libératrice des infirmes, des pauvres et des affligés. En ces temps d'heureuse mémoire , la piété, la ferveur et la charité étaient mises au nombre des félicités de la terre ; les riches seigneurs et les grandes dames avaient en honneur de partager leur superflu et d’en faire des œuvres de bienfaisance. Que d’hôpitaux fondés sur les routes qui conduisaient à Notre-Dame de Boulogne, pour les malades et les pèlerins nécessiteux! que d’institutions formées pour y accueillir la timide vertu de celle qui ne se sentait d'autre vocation que celle de prier et de soigner les malades !
Des femmes célèbres par de hautes et charitables pensées comprenaient ce besoin de leur sexe ; car ici, je trouve dans la même chronique qu’en 1468, Isabelle de Portugal , femme de Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , introduisit à Boulogne les religieuses du tiers-ordre dcSt. -François, vulgairement nommées Sœurs Grises, dont cette princesse rend un témoignage très-avantageux dans une lettre qu’elle adresse à MM. de la ville de Boulogne , en date du 3 février de la môme année ; elle y témoigne la joie qu elle a d’ap-
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prendre que ces bonnes filles ne s’épargnent point au service des pauvres et des malades , qu’elles se sont généreusement exposées au milieu de la peste , ce qui est le plus noble effort de la charité chrétienne.
Quelle est la dame aux nobles pensées qui n’entreprendrait pas avec délices un pèlerinage sur le haut de cette montagne où Dieu , dans ses desseins impénétrables, a placé , pour nous révéler notre coupable indifférence , ou pour nous rendre dignes d’un meilleur avenir , cette famille dont les hautes vertus défient on silence la noire calomnie, en abandonnant à une main toute-puissante le soin d’éclairer un jour ce qui, pour nous , a été si obscur? Quel doux et constant pèlerinage que celui qui nous rendrait témoins du retour, entre les bras de ses enfants, de l’héroïque mère de notre chevaleresque princesse qui, après avoir jeté son lin soulier de satin, traversait les bruyères et les chemins caillouteux, les pieds nus, sans se soucier de la ronce qui déchire et de la pierre aiguë qui blesse ! Oh ! oui, un pèlerinage, car il est doux de prier pour qui l’on aime, lorsqu’on se réunit à un grand nombre qui aime et qui prie comme nous.