‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 67 sur 89 · L’ARRIVÉE MYSTÉRIEUSE · texte numérisé non relu

L’ARRIVÉE MYSTÉRIEUSE

Un batelet voguait devant la brise folle , Entre un ciel et doux et pur Et la vague d’azur.

Entouré de6 rayons d'nne blanche auréole , Qui s’élevait du flot d’azur Jusqu’au ciel pur.

Noble et simple à la fois , il franchissait l'espace , Balancé mollement ;

L'onde amère sous lui s’inclinait avec grâce ,

Et se ridait au vent.

Sur les flots dérivant, sans rames et sans voiles , Dans sa légèreté

Il filait doucement , comme file une étoile En un beau soir d’été.

Oh 1 qu'il semblait heureux de sa frêle carène Dominant l'océan !

Tel , un cygne au col blanc , tout joyeux , se promène Sur les eaux de l'étang.

POÉSIES

La mer ouvrait son sein pour lui livrer passage , Et sans aucun danger

Lg flot qui le berçait roulait jusqu’au rivage Ainsi qu’un messager.

Et toujours il voguait devant la brise folle , Entre un ciel doux et pur Et la vague d'azur ,

Entouré des rayons d'une blanche auréole , Qui s’élevait du flot d’azur Jusqu’au ciel pur !

Soudain , une brillante et vive symphonie S’élança dans les airs ,

Et l’écho vint frapper d’une sainte harmonie L’immensité des mers !

Un chant suave et clair, comme la voix des anges Au son délicieux ,

Fit entendre aux mortels les divines louanges Que l’on n’entend qu’aux cieux !

Ainsi qu'aux chants du soir emportés par la brise On voudrait se mêler ,

Vers ces accents pieux , l’ame attendrie , éprise , Semblait prête à voler.

POÉSIES

Les sens étaient surpris comme dans un beau rêve Qu'on craint de voir finir ;

Puis l’hymne s’éloignait en caressant la grève Ainsi qu’un souvenir.

Toujours le batelet devant la brise folle ; Voguait entre un ciel pur Et la vague d'azur,

Entouré des rayons d’une blanche auréole,

Qui s’élevait du flot d’azur Jusqu'au ciel pur.

Le peuple regardait , à genoux sur la plage ,

Le don mystérieux;

Car la barque apportait une divine image Au souris gracieux.

Sa tête , aux bruns cheveux , portait une couronne , Signe de sa grandeur ;

Rayonnante de gloire , elle n'avait pour trône Qu'un bateau de pêcheur !

Dans ce simple palais , qu’elle paraissait belle En fixant tendrement

Un ange entre ses bras , un enfant beau comme elle , Comme elle souriant !...

l'OÉSIES.

Et le peuple admirant cette imago chérie Entendit une voix:

Chrétiens, prosternez-vous !.. c’est la vierge Marie , " Mère du Roi des Rois !! »

Alors le batelet qui sous la brise folle Voguait entre un ciel pur Et la vague d’azur

Aborda sur la plage , et la blanche auréole Vola bientôt du flot d’azur Jusqu'au ciel pur !...

Louis Linos.

LA CENTENAIRE

LA CENTENAIRE

On nous~cn a déjà parlé de la Centenaire de Boulogne-sur-mer , qui a fêté gaîment , il y a environ deux mois , entre messe , musique et régal partagé par de vieux convives et de jeunes enfants , sa centième année. Cent ans !... C’est un laps de temps qui

demande quelque attention à nos vies passagères

Qui dédaignerait de s’y arrêter?.... Celui-là seul qui rejette avec affectation le respect qu’on doit à la vieillesse , aux pieux souvenirs de nos ancêtres et à la céleste origine de leurs croyances. D'ailleurs , n'est-on pas bien aise de se sauver du temps présent pour se réfugier dans le passé, où l'on trouve quelque chose qui ne ressemble pas à tout ce qui est aujourd’hui? Car qu’est-ce qui peut nous plaire? Nous sommes blasés sur tout ; la vérité a fui de la terre , et le mensonge s’y est établi pour nous fatiguer de déceptions, de déloyauté et de peines morales. De l’esprit? Nous manquons de celui qu'il faut pour hâter le bien ; et

pour le mal, il y en a toujours trop Des romans ,

des histoires? On nous en a tant fait de fausses! Nous nous sentons un goût décidé pour revenir à la vérité. L’ordre des choses de tous les temps est renversé , les

LÀ CENTENAIRE

vaincus sont aujourd’hui plus contents que les vainqueurs, et celui qui a une place est moins satisfait que celui qui n'en a pas. Les bals étaient bons pour se distraire du choléra ; et des voyages , on en est fatigué. Que trouver donc hors de chez soi , où du moins il nous est permis de vivre dans le passé? L’impertinence de quelques Lilliputiens se pavanant au soleil d’un Dieu qu'ils affectent de méconnaître, se redressant avec effort dans l’espoir de devenir géants, afin d’escalader le ciel , tout cela paraît fort drôle à notre centenaire ; elle dit que c’est de la démence, et qu'il n’en était point ainsi au bon vieux temps , où on était plus occupé du salut de son ame que de tant de chétifs intérêts et de plaisirs passagers , n’offrant ni passé , ni avenir. Elle raisonne juste, la centenaire, et parle on ne peut mieux de la ferveur pour les choses saintes qui jadis distinguaient cette ville de Boulogne, où tant d’évènements, en vérité fort surprenants, se sont passés, à ce que nous démontre au surplus, avec une scrupuleuse exactitude, une chronique du temps. La centenaire peut nous donner de très-bonnes leçons , et exciter en nous le désir de nous instruire : allons la voir, et interrogeons-la. Sa petite maison est sur la place de la haute-ville, à côté d’une riche et fraîche fontaine touchant à l'hôtcldc— ville , au pied de la grande tour dont le cadran marque les heures , et ayant en vue l’église de Saint- Joseph , où elle se rend chaque matin à cette messe du point du jour, que la chronique dit avoir été fondée par le roi Jean , au retour de sa captivité en Angleterre. Attribuant sa délivrance à la puissante interces-

Page 1