ADDITION AU CHAPITRE
1ER L ABBAYE DE NOTRE-DAME , SA BANNIÈRE ET LES MÉDAILLES • DE LA VIERGE.
<H’ai dit dans ce chapitre qu’après de longues et nombreuses recherches , je n’avais pu découvrir qu’une seule médaille de la Vierge de Boulogne , incrustée dans un morceau de bois provenant de son antique statue , et appartenant i M. Florent Dutertre. Au moment où je termine la correction des dernières épreuves de cet ouvrage , M. Bruno Marmin , numismatiste distingué , me communique , quant aux médailles à l’empreinte de notre Vierge , un renseignement qui n’est pas sans importance. Ce renseignement est puisé dans un volume in-8° , ayant pour titre : a Monnaies incon- » nues , des évêques , des innocents , des fous et de quelques » autres associations singulières du même temps. »
On sait que dans le moyen-âge , et aux premiers jours de la renaissance , il existait en France des corporations d’une origine fort ancienne , dont la civilisation et une religion éclairée ont depuis fait justice. Ces corporations bizarres , étranges , avaient pour objets les cérémonies à la fois profanes et sacrées , connues sous les dénominations de fêtes de l’dne , des fous, des innocents, et autres de ce genre. De respectables et graves ecclésiastiques , de savants académiciens, tels que Savaron, Thiers , Ducange, Lebœuf, duTillet, l’abbé d’Àrtigny, ont fait des recherches spéciales à cet égard , et publié des mémoires très-curieux. Or, en Picardie surtout, ces espèces de saturnales étaient en grande faveur , et pour les consacrer on mettait en
SIR l’abbaye DE NOTRE-DAME. 387
émission des pièces ou médailles de plomb sur lesquelles on gravait les noms et les armoiries réelles ou supposées des chefs élus pour chaque corporation. C’est de l'une de ces médailles ou pièces qu’il s’agit, dans le volume que m'a communiqué M. Marmin , et voilé ce qu’on y lit , à la page 97 :
VHATF.R : FRANCISCÜS- BLOND1N.
« Un écusson sur lequel se remarque un dauphin. »
« La Vierge tenant l’enfant Jésus dans un navire. » a On sait que Louis XI donna à cette Vierge la comté » réelle de Boulogne. »
« Cette pièce a-t-elle été frappée à Boulogne-sur-mcr T » Je la dois à l'obligeance de M. Boucher, d'Abbeville. »
A ce texte on a joint, planche 23 de l’atlas de ce volume, le dessin de celte médaille , qui est grossièrement fait. Comme elle appartient aux fêtes dont je viens de parler , et qu’il n’y a dans notre histoire et dans nos chroniques aucune trace de l’institution et de la célébration de ces fêtes , ce n’est point à Boulogne qu’elle a été frappée. On pourrait croire , jusqu’à un certain point , qu’elle provient de Thérouanne, où on célébra une fêle des fous , ainsi que je l’ai dit dans la description du missel de Henri de Lorraine , jusqu’en 1521 , époque à laquelle l’évéque François de Melun en prononça l’abolition. En effet , il est naturel de penser que frère François Blondin ait pris pour revers de sa médaille la Vierge en grand renom parmi les Morins , parce qu’il était le chef de li e > garés de Teroanne , capitale de la Morinie , selon le dicton populaire rappelé par Crapelet en ses proverbe t du moyen-âge. (1)
(1) L’ouvrage qui nous a fourni cette addition *c trouve à l’ari», du» Merlin , libraire , quai des Augustin! , N 7.
Campagne, par CiitnrsC Paj-ile-Calais) le 1-t rierewbre 1539.
Monsieur ,
^|’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m’écrire le 18 courant, pour me faire part de l'intention où vous êtes de publier une nouvelle édition de Notre-Dame dt Boulogne , ainsi que du désir de vous assurer de raoi-méme si les faits que l’on vous a rapportés , relativement à une donation que j’ai faite à une de mes tantes d’une des mains de Notre-Dame, sont bien exacts, et si vous pouvez leur donner de la publicité. Voici, Monsieur, ce qui s’est passé à cet égard.
Je faisais partio de l’état-major général de l’armée du Nord, en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux de cette armée. J’en fus détaché par le général Dampierre , qui la commandait, pour remplir une mission relative à l’armement des eûtes de la Manche , et c’est après avoir rempli celte mission que , passant à Boulogne pour retourner à l’armée , je fus au district pour y faire viser ma feuille de route. 11 n'était pas neuf heures du malin. La salle était déserte , à l’exception cependant d’un de ses coins , dans lequel était reléguée Notre-Dame. Je m’en approchai, et, m’apercevant qu’une partie d’une de scs mains, qui avait été brisée, tenait à peine , je la détachai du poignet à l’aide de mon sabre. Je m’empressai , en sortant du district , d’aller l’offrir à ma tante, M"’ Alix Cazin, qui me sut infiniment de gré de ce religieux cadeau. J’ignore depuis ce qu’il est devenu. Je sais qu’il n’a pas été trouvé , à la mort de celte tante, dans son mobilier, et il m’a été dit alors qu’elle l’avait confié au chanoine Dupont.
PBKC.VKS.
Notre-Dame était, autant que Je puis m’en rappeler, construite de chêne devenu presque noir par son ancienneté. Le corps en avait été mutilé et brisé , et on avait été obligé d'en rassembler les parties dans une enveloppe de fer-blanc. C’est ce qui a été parfaitement reconnu lorsqu'elle fut transportée du district sur la place de la haute -ville, où elle fut brûlée.
Je désire, Monsieur, que ces renseignements puissent remplir vos intentions; ils sont véridiques; vous pouvez donc leur donner toute publicité.
J'ai l’honneur d'étre , Monsieur, avec la considération la plus parfaite, votre très-hunible et très-obéissant Serviteur.