CHAPITRE VII
Question financière. — - Sa difficulté.
— Divers expédients vainement imaginés
pour la résoudre.
Cependant le mandement, et surtout 1-exemple de TEvêque, avaient donné une vive impulsion à la souscription. Le Pape avait félicité et encouragé notre Pontife (Bref du 24 mars 1854). 'Xe clergé s'était inspiré de la générosité de son chef; cent mille francs avaient été souscrits; mais le concours avait amené au Puy des connaisseurs, qui, s'étayant siur diverses expériences, étaient venus nous dire : Pour transformer l'esquisse de Bonnassieux en une statue en bronze de 16 mètres, solidement plantée sur le rocher, il faut un million, il faut quinze cent mille francs, deux millions, etc. — Nous n'avions, d'après eux, que le dixième des ressources i^^cessMres, en comptant la souscription de l'Evêque et des principaux dignitaires du clergé aussi élevée qu'elle pouvait l'être, la souscription de la municipalité, et celle du Conseil général.
Aprèç avoir attiré sur nous par la solennité du
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concours Tattention de toute l'Europe, fallaîMl éprouver devant elle la confusion du constructeur imprudent qui ne peut achever rédiflce entrepris ? qui cœpit œdificare et non poiuit consummare? Bien souvent le généreux Evèque et ses conseils éprouvèrent ces angoisses qui donnent le frisson aux plus déterminés.
Divers expédients furent imaginés pour résoudre cette difficulté longtemps menaçante. On proposa de profiter du concours attiré par le Jubilé de 1853 pour faire une quête, à laquelle personne ne se serait dérobé. La statue colossale aurait été peinte sur bois, et cette grande figure aurait été placée à la naissance de Tescalier de la Cathédrale; à droite^ et à gauche, des ecclésiastiques en surplis ou des quêteuses auraient reçu l'offrande des fidèles. — Monseigneur craignit d'importuner ces bons pèlerins, pauvres la plupart, et l'on se contenta de faire quelques quêtes à l'entrée de l'église. L'idée d'une statue en zinc fut proposée par le directeur des mines et fonderies de zinc, dites de la Vieille Montagne. Deux devis furent présentés à la Commission le 24 février 1854. L'un évaluait la dépense de la statue coulée en zinc à 182,000 fr., l'autre à 448,387 fr. Mais la question du zinc en fit naître une autre : Quel poids donner à la statue pour qu'elle résiste à l'action du vent? — Pour résoudre cette dernière, l'autorité du général Morin, directeur du Conservatoire des arts et
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métiers, fut invoquée par le P. Ducis. Une, autre idée fut soulevée dans la Commission, le 5 mai 1 854 : celle d'une lot^erie , au capital de douze cent mille billets à un franc, dont 25,000 seraient employés en lots. Plusieurs loteries de ce genre avaient été autorisées. La Commission émit le vœu que TEvêque demandât Taulorisation. Monseigneur la sollicita par l'entremise du Préfet. Ce calcul ne fut pas heureux. Le Préfet est le gardien des lois qui prohibent les loteries. ' Ce n'est point à lui à demander une dispense, fût-elle parfaitement motivée. L'Evêque eût obtenu l'autorisation d'emblée, s'il l'eût demandée directement; M. Amédée Gabourd, chef de bureau au ministère de l'intérieur, m'en a donné l'assurance. Deux fois M. de Chevremont n'obtint de M. Billault qu'un refus. Après ce double refus, suivi de près d'une disgrâce, il ne fallait plus penser à la loterie. Pour consoler l'Evéque, l'Empereur le fit chevalier de la Légion-d'Honneur. La Commission dut se consoler en voyant échouer la plupart de ces loteries. Qu'on demande à Montpellier des nouvelles de la loterie de Saint-Roch; à Toulouse, de la loterie pour la cathédrale. Une des loteries dont on a vanté le succès, a été celle de Roc-Amadour : elle a réalisé 81,000 fr. de bénéfice net, mais parce que c'est la Commission ou la loterie elle-même qui a gagné le gros lot de 60,000 fr. ; si cette chance ne se fût pas réalisée, tout le profit eût été de 21,000 fr.
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Un auti'e moyen fut également proposé sans plus de succès. Il consistait à faire exécuter par M. Bonnassieux le grand modèle, et à obtenir qu'il fût placé dans un quartier réservé de VEœposUion qui allait s'ouvrir à Paris. La rétribution exigée des visiteurs aurait fourni des fonds, qu'on supposait devoir être considérables. Par malheur, M. Bonnassieux ne pensait pas pouvoir se charger de l'exécution de ce grand modèle, même pour une somme de cent mille francs. Pour le construire, il demandait au ministre un local dans Tiie des Cygnes; en attendant sa réponse, il achevait les deux exemplaires du modèle moyen qu'on lui avait demandés. Quand ils furent envoyés ( 1 ), l'Evéque lui fit cadeau de l'un d'eux, et plaça l'autre dans le cloître de l'évèché. Peut-être, après l'avoir couvert d'or ou d'argent par la galvanoplastie, pourrait-on l'exposer avec avantage pour la piété dans la Cathédrale elle-même. Les pèlerins seraient heureux de vénérer à loisir dans la basilique la belle image qu'ils ont admirée sur le rocher voisin.
Pendant que la question financière menaçait de rendre inutiles nos efforts et nos sacrifices, deux circonstances favorables se présentèrent :
La première ne paraissait pas avoir une grande importance. Un fondeur de Givors, mû par une pensée religieuse, exécute dans ses ateliers uiie
(l) III lui ont été payés 9,400 franct.
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grande statue de la Vierge Immaoulée; elle fut placée sur les hauteurs qui dominent rentrée de Givors, du côté de Vienne. Encouragé par le succès de ce travail, Thabile contre-mai tre de ce fondeur, M. Pournler, taisait parvenir à M, l'Archiprêtre de la Cathédrale des propositions dont la Commission fut informée par M. Eynac, dans sa réunion du 17 octobre. Le moment d'y adhérer n'était pas encore venu.
L'autre circonstance était le mouvement religieux produit partout par la grande question de la Conception -Immaculée de la Mère de Dieu. Cette vérité allait recevoir du Pontife bien-aimé de Marie la sanction si longtemps attendue. Par son Encyclique du 2 février 1849, Pie IX avait consulté Tépiscopat ; l'épiscopat lui avait répondu dans le sens le plus favorable. Une décision était demandée à Torgane infaillible de l'Eglise. La bulle Ineffabilis allait être promulguée, et, selon la prophétie et le vœu du Saint-Père, elle devait procurer la gloire de Dieu, rhonneur de Marie et le bien de l'Eglise universelle. Pour cette affirmation souveraine, prononcée ex Cathedra Pétri, le Pape désira se voir entouré d'un grand nombre d'Evôques ; et cewx dont l'Eglise est dédiée à la Vierge Immaculée semblaient invités avant tous les autres à l'assister dans cette grande solennité .
UEvèque du Puy-Notre-Darm avait donc sa place marquée tout près du Pontife suprême, prédestiné
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à définir une vérité de tout temps chère à notre Eglise. Il convoqua MM. les Curés qui insistèrent fortement, M. Ëynac surtout, pour qu'il se rendit à Rome. Il pouvait obtenir de Pie IX des indulgences pour ceux qui nous aideraient dans notre entreprise. Peut-être même, parmi les nombreux Prélats réunis à Rome, en trouverait-il qui s'estimeraient heureux de lui donner leur souscription. Monseigneur annonça donc son prochain départ.
Le mouvement religieux qui se faisait à Rome venait fort à propos donner une impulsion inattendue à notre entreprise. Pour établir un lien indissoluble entre notre monument et la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception, il était utile et opportun de faire coïncider la pose de la première pierre du piédestal avec la cérémonie du Vatican. M. Thomas-Bresson , président de la congrégation des hommes, pria Monseigneur d'accorder l'autorisation nécessaire. Il l'obtint, et M. TArchiprêtre de la Cathédrale se chargea volontiers de tous les apprêts de la cérémonie. En toute occurrence , nos congrégations de la Sainte- Vierge se sont montrées prêtes à seconder de leur influence et de leurs sacrifices les œuvres tendant à honorer leur céleste Patronne.
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