‹ Histoire de Notre-Dame de France (volume 2)Chapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mandement de l'Evéque.

Discours du Préfet au Conseil général.

Jugement du Concours. —

M. Bonnassieux élu à l'unanimité.

Le concours de TEvôque, du Maire et du Préfet était nécessaire au succès de renlreprise. Ce concert fnt parfait dès Torigine. Pour en juger, on n'a qu'à mettre en parallèle l'instruction pastorale du Pontife et le discours du Préfet au Conseil général ; l'un et l'autre parlaient un même langage. Le mandement que Monseigneur avait promis à la Commission de publier parut le 16 juillet 1853, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel ( 1 ). Il engageait de plus en plus la responsabilité de l'Evêque vis-à-yis du diocèse entier, tandis que le concours compromettait moralement la Commission vis-à-vis de tous les artistes de l'Europe. Il reproduisait, dans un style tout épiscopal, la plupart des considérations que le P. Ducis avait présentées dans son mémoire. Encouragé par le concours des pèlerins et par

(1) Non te 16 Janvier 1853, comme le dit M. Mandet.

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tôUté^ lëè démonst^tions de foi et de pîété qui • avaient signalé le Jubilé de 1853, le Pontife ému s'écriail :

« Maihfenànt vous nous avei doWié Id ihé^fë de votre zèle et de votre amour pour la Vierge du iûbni Anis; aussi venonsr-îious sânscrafiilte éti^ans hésitation vous inviter à lui ériger sur le sommet de Corneille une statue qui, par se^ prôpbrtions grandioses, lé choix de la matière et la perfection du travail, soit en môme temps digne de ^ous et digne de la glorieuse Reine du Ciel qu'elle doit représenter. La place qu'elle occupera semble vraiment préparée depuis des siècles à cette fin par la Providence. A l'image de la Mère de Dieu il fallait un pareil piédestal. Du hatit de là vieille roche qui domine la cathédrale et là ville^ Marie étendra sa protection sur tout ce diocèse cotnme du haut du Ciel elle l'étend sur le monde entier

» La statue projetée, à raiSoft de sa situation, Tune des plus heureuses qu'on puisse rencontrer, à raison des proportions colossales que sa position môme commande, ne sawait demeurer confondue avec aucune autre; elle sera nécessairement et toujours citée aii premier rang parmi les monuments lies plus remarquables de la piété catholique envers l'auguste Marie; elle sera l'un des plus dignes ornements de la France et de l'Europe chrétienne, et pendant que sa vue seule et sou souvenir inviteront lésâmes pieuses à rendre à la

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glorieuse Vierge des hommages plus fréquents et de plus ferventes prières, elle éveillera l'attention des autres fidèles et ne manquera pas d'exciter et de raffermir dans leur cœur la confiance et la foi...

» L'art ne se glorifiera pas moins que la religion de cette noble entreprise; car où trouver dans l'univers entier un ouvrage de la statuaire qui réunisse comme celui-ci autant de conditions avantageuses ? Non, tout le monde devra l'avouer, nulle statue aussi colossale, figurant un plus beau sujet, ne posera jamais sur un piédestal aussi naturel, aussi solide, aussi élevé, devant un amphithéâtre aussi pittoresque. Heureux l'artiste qui sera honoré de cette belle mission!... Heureuse la cité, heureux le 'pays qui aura l'honneur de posséder un si remarquable monument! Auprès de celle ci la plupart des autres statues les plus célèbres, sans en excepter celles de la place Vendôme et de la Bastille, ne seront que des miniatures. La Vierge déjà colossale de Fourvières, Pierre-le-Grand de Saint-Pétersbourg, la Bavière de Munich, et même, à plusieurs égards, le gigantesque Saint-Charles d'Arona devront lui céder le pas...

» La peinture, la gravure, la photographie, la sculpture, la poésie, l'histoire et tous les arts-célébreront, reproduiront, propageront au loin le renom et l'image de Notre-Dame du Puy-sur-Corneille... Le curieux lui-môme et l'étranger opulent

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qui visitent la France ne pourront se dispenser de venir lui payer Je tri)»ut de leur admiration... De là, pour notre viile épiscopale et pour tous nos chers diocésains, une source nouvelle de richesse et de vie...

» Embellie déjà par le voisinap^e des antiques châteaux de Polignac et d'Espaly, où fut proclamé Charles VII, avant que Théroïne qui sauva la France vînt recevoir de ses mains le drapeau victorieux et l'épée libératrice ; admirablement accompagnée par l'élégant obélisque de Saint-Michel et le sanctuaire aérien que fit construire k la cime, au X® siècle, l'évoque Godescalk, notre prédécesseur de glorieuse mémoire, la roche volcanique de Corneille n'aura plus à craindre les ravages de la sape, ni les ébranlements de la mine, ni l'action lentement destructive des eaux. Alors l'auréole étincelante qui va ceindre le front de la Vierge sera pour la ville et les alentours un radieux fanal, un phare magnifique qui réjouira, chaque jour de solennité, les heureux citoyens, et que salueront de loin avec allégresse le voyageur et rhabitant des montagnes. La foudre menaçante sera écartée loin de nous par l'influence naturelle de ce majestueux conducteur et bien plus encore par l'action morale et surnaturelle de ce palladium céleste. Ainsi, sous plus d'un rapport, la sécurité du Puy sera garantie et ses agréments multipliés, tandis que sa piété

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ser^ édîQép, et que son industrie, son commerce et sa prospérité matérielle prendront des accroissements nouvef^ux, conformément ii la parole de l'Esprit de vérité : La piété est utile à tout,,.

» Et si autrefois le sanctuaire angélique a procuré à vos ancêtres l'honneur et la satisfaction de voir accourir à la sainte montagne des souverains Pontifes, des empereurs, quinze de nos rois, un grand nombre de princes étrangers, les plus grandes illustratiqns dont s'honorèrent la France et la religion, lorqu'ils venaient courber devant Notre-Dame, en signe d'hommage et de dépendance, un front brillant de gloire, une tête consacrée par l'onction sainte, rehaussée par la tiare et le diadème, pensez-vous que le nouveau monument, si digne de l'attention universelle, ne contribuera pas puissamn^jE^nt à rendre à notre sanctuaire sa gloire antique et sa célébrité, avec tous les avantages qui en furept la conséquence ?... »

Eq vérité, quand on relit ces belles p^rolps écrites en 1853, et qu'on les confronte avec la réalité présente sous nos yeux, on ne peut s'empêcher d'admirer cet esprit prophétique qui lit si distinctement dans l'avenir, comme aussi ce cœur grand et vraiment épiscopal qui embrasse tous les intérêts et se sacrifie pour y pourvoir.

La conclusion pratique du mandement était un appel pressant à la générosité du clergé et deS'

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fidèles, lue souscription était ouverte au secrétariat de révôché et au presbytère de tous les curés du diocèse. L'article 6 du mandement disait : « Nous nous proposons de faire dans notre cathédrale une fondation de services religieux pour les souscripteurs de l'Œuvre dont il s'agit. » L'article 7 accordait quarante jours d'indulgences à tous les fidèles du diocèse, chaque fois qu'ils feraint eux-mêmes ou qu'ils solliciteraient des autres une aumône ou une prière, ou qu'ils contribueraient en quelque manière que ce fût à Tavancement et au succès de cette Œuvre. — Plus tard le souverain Pontife accorda à tous les fidèles du monde une indulgence de cent jours aux mémos conditions. Une noie du mandement autorisait MM. les curés à recevoir les dons en nature. « Pour nous récompenser », disait TEvêque, « le Seigneur nous donnera, selon sa promesse et à la de^ mande de Marie, le centuple en ce monde, et dans le ciel une cité, un temple, une auréole qui survivront de toute la durée de l'étemiié à tout ce qu'il y a sur la terre de granit, d'airain et d'or. »

Pendant que le ministre de Dieu parlait ainsi à ses bien-aimés diocésains, M. de Chèvremont, préfet de k Haute-Loire, présidait le Conseil général ; et, dans sop rapport, s'exprimait en ces termes, qui méritent bien de trouver ici leur place :

c Une statue colossale de la Vierge doit se dresser bientôt sur le rocher de Gonieilie. Elle indiquera

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de loin aux pèlerins que Tantique métropole du Velay a conservé intact le dépôt des traditions pieuses, qui firent de l'église de Notre-Dame du Puy au moyen-àgc un des lieux les plus chers à la dévotion des fidèles, et que se plurent à visiter les plus illustres personnages et quelques-uns même d'entre nos anciens souverains.

» Votre concours est assuré à l'érection de ce monument qui fera honneur à la piété et au patriotisme de ceux qui en ont conçu l'idée, de même qu'au dévouement et au caractère du vénérable Prélat qui aura su en préparer et en assurer l'érection...

» Au moment même où je terminais ce rapport, j'ai reçu la letti*e pastorale de Mgr l'Evêque du Puy qui ouvre la souscription à laquelle je viens de faire allusion. Le moment me paraît donc venu pour le département de joindre son offrande à celle des particuliers. Je ne vous propose pas de chiffre, je désire vous réserver le mérite tout entier d'une généreuse initiative. »

Dans la séance du 25 août, M. Badon, rapporteur de la première Commission, répondait en ces termes â l'invitation de M. le Préfet :

c La première Commission, estimant que la statue colossale qui doit se dresser bientôt sur le rocher de Corneille est un monnaient départemental, propose de s'associer h cette Œuvre éminemment religieuse et' nationale par un vote de trois mille francs pour l'érection de cette statue. »

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Et le Conseil, à runanimité, votait une somme de 3,000 fr. payable en trois annuités, à raison de 1,000 fr. par an, en 1854, 1855 et 1856.

Pendant que le Préfet et le Conseil général manifestaient ainsi leurs sympathies, les esquisses arrivaient en grand nombre. Paris en avait envoyé dixsept; Naples, Bruxelles, Spire, Cologne, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Clermont, Rennes, plusieurs autres villes et le Puy, entre autres, étaient représentées avec honneur dans le concours. Le 17 seprembre, la Commission décida que la Sous- Commission des arts chercherait un local convenable pour les exposer au public. Elle jugea qu'on ne recevrait point les esquisses non affranchies, si ce n'est celles qui viendraient des pays étrangers d'où l'on ne peut affranchir jusqu'au Puy/ et que les esquisses arrivées après le terme fixé ne seraient pas reçues, à moins que leurs auteurs ne justifiassent que le délai subi était un cas de force majeure.

Cette décision prise , après la date fatale du !«' octobre, et sans chercher une excuse à ce délai dans le cas prévu de force majeure, M. Crozatier envoie son esquisse. Hélas! c'est une Vierge assise; sur son genou pose le divin Enfant debout, lui, et sans voile; l'attitude est molle; l'expression religieuse absente. L'esquisse est suivie d'une lettre datée du 18 octobre et adressée à Mgr de Morlhon, dont j'extrais ces lignes trop significatives : « Je dois à ma ville natale, à vous. Monseigneur, et à moi de

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vous envoyer la composition de la statue de la Vierge qu*en vous quittant, sur k seuil de vo^e palais épiscopal, Je vous promis d*exécuter pour notre rocher de Corneille. Depuis ce jour, toutes mes peQséç^. eurent pour but d*arri¥er le plus honorablement possible à Texécutioin de celle grande CUuvre, dont j*ayais compris toute rimportance et toi^te la responsabilité qu'elle comportait pour vous, MoAseigneur^ et pour moi. »

Il e^^poae ici sa manière de voir sur la forme et Tattitude à donner à la statue ; il ajoute qu'il ne peut Caire abnégation de lui-même au point d'accepter les hasards du concours^ et il termine disant : ^ Loin de moi la prétention de venir exciter des regrets et vous causer de* nouveaux embarïjas; j'accepte les décrets de la ftrovidencn et vous prie, Monseigneur, de ne considérer cette composition que cooune acte de fidélité à ma promesse^ >

L'Evêque se hâle de répondre, et voici en quels termes : c La Commission , à qui j'ai communiqué votre lettre, s'associe à tous mes sentiments. Elle vient, par mon organe, faire appel à vos lumières et à votre patriotisme. En présence de plusieurs statues remarquables, elle n'a pas osé proclamer le vainqueur; elle a résolu de s'adjoindre des hommes d'une science reconnue et d'un incontestable talenl. Votre nom a été aussitôt sur toutes les lèvres, et je me plais à ajouter qu'aucun ne pour-*

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raits'y trcmyer à plus juste titre... Vous bous pré* tarez ainsi votre concours pour élever à notre auguste Patronn/s un monument digne d'elle. Le nom d'un des plus illustres enfants du Velay doit nécessairement s'associer à une (Euvre qui doit faire la gloire du pays. »

M. Crozatier répond (31 octobre 1853) qu'une tension trop forte au travail, apyrèsson accident, l'oblige à des soins rigoureux ; que pour faire une appréciation juste, il craindrait de rester sous l'influence de l'école à laquelle il appartient, sur les exigences de la statuaire monumentale, et en particulier sur le monument projeté dans notre ville; et que sa position, déjà si délicate, Toblige désormais- au silence et à l'oubli.

Monseigneur insiste avec amour. Il écrit (le 12 novembre) : « Laissez moi vous dire combien nous avons été péniblement affectés quand nous avons vu que vous ne pouviez pas vous rendre à notre invitation.

» J'ai compris que M. Bonnassieux est votre ami, aussi vous savez mioux que nous tout ce que son talent et son expérience ofirçnt de garanties ; mais vous. Monsieur, vous êtes l'enfant, et j'ajouterai, l'honneur du Puy; aussi laissez-moi espérer que, dans une (Mmre destinée à ajouter un fleuron à la couronne de notre pays et à immortaliser tous les artistes qui y travailleront, vous ne resterez ni dans l'oubli ni dans le silence. »

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Et Grozatier répond (19 novembre 1853) : c Dans cette grande question, où mon nom n*offrait pas de garantie , chacun a fait ce qu'il a pu, ce qu*il a dû.

» Mon r61e, infirmé par le doute, était fini depuis longtemps; mes lettres à Monseigneur, résu* mant ma pensée à cet égard, me dispensent de renouveler ici un refus dont mon pays comprendra, j'espère, la dignité. •

Une fois la Commission nommée et le concours adopté par la Commission, il est certain que l'Evèque n'a rien négligé pour ménager M. Crozatier et avoir son concours. M. Crozatier avoue lui-même que VEvéque a fait tout ce qu'il a dû, mais l'état de sa santé l'oblige, plus encore que le dérangement de ses plans, à une fâcheuse abstention. M. Mandet donne à entendre qu'il a voulu concourir. Malheureusement, dît-il, il souffrait, sa main alourdie ne put aller assez vite. 11 est réfuté par M. Grozatier lui-même.

Revenons à la Commission. MM. Vibert et Aymard avaient préparé l'exposition des e^uisses envoyées dans la salle de la .mairie, appelée du Dôme, que M. le Maire avait mise à leur disposition. Mgr l'Evêque et M. le Préfet se rendent avec la Commissioiv à THôlel-de- Ville, pour faire l'ouverture de cette exposition, le 4 octobre 1853. — 48 statues étaient exposées. Le nombre des statues admises à concourir s'éleva plus tard à 53.

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Afin de juger avec plus de connaissance de cause, la Commission s'était adjoint les artistes dont les noms suivent :

M. de Gaumont, président de la Société des antiquaires de Normandie.

M. Didron , membre du Comité historique des arts et monuments.

Le P. Arthur Martin, de la Compagnie de Jésus.

L'abbé Choyer, directeur de TEcole de sculpture religieuse d'Angers.

M. Crozatier, statuaire-fondeur, qui répondit par le refus motivé que nous veoons de rapporter.

M. Emile Thibaud, peintre sur verre, à Clermont.

L'Evêque s'était chargé d'écrire à ces Messieurs, en leur exprimant le désir de les voir réunis au Puy le 7 novembre. -M. l'abbé Choyer, le P. Arthur Martin, MM. Didron et Thibaud acceptent l'invitation épiscopale. Il est décidé qu'ils prendront par leur vote une part active aux décisions de la Commission.

L?s réunions des 7 et 8 novembre seront longtemps mémorables : 14 membres de la Commission étaient présents, plus MM. Didron, Martin etChoyer. Sur la proposition du P. Martin, la Commission décide qu'elle commencera par élaguer toute composition qui lui paraîtra trop médiocre pour être soumise à un second jugement. Sur ce, 31 esquisses sont mises hors de concours. L'exécution

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-soda jugement consistait à les enlever de l'étagère qui les portail }K)ur les déposer sur le plancher. Une seconde élimination réduisit à huit les compositions appelées à se disputer les couronnes . Comme sept seulement devaient être couronnées, le n® 8 fut attribué à l'esquisse de M. Badiou de la Tironchère, un de nos compatriotes.

Ce jour-là il se produisit un incident dont il faut dire un mot. MM. Martin et Didron proposèrent de réduire la statue à des proportions ordinaires, sauf à Télever sur une colonne de quinze à vingt mètres et à la surmonter d'une sorte de baldaquin ou d'arc triomphal. Ces savants prétendaient que l'antiquité chrétienne n'avait point rendu de culte religieux à des colosses, dont Faspect a toujours quelque chose de disgracieux et de repoussant* Pour trancher ce différend sans discussion, la Commission se transporta sur les lieux. Un coup-d'œil lui suffit pour s'assurer que l'espace disponible était trop étroit pour permettre rétablissement de l'arc proposé. Il eut fallu en faire les côtés pleins, ce qui exigeait le sacrifice des deux vues latérales de la statue et réduisait l'arc lui-même à une sorte de portique sans grâce et sans utilité, lia Commission repoussa donc cette idée. Mais le fait invoqué n'est-il pas contestable? La Chaire de Saint-Pierre est portée par quatre statues colossales ; toutes les statues des principa«x fondateurs d'ordre qui ornent

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si bien h basilique vaticane aont cotossaleA; les situes équestres de Gtiarleoiiagne et ele Gonslantin qui décorent le vestibule, les statues sans aombre qui peiiplet^t les galerie^ établies sur le fronton de la' basilique et sur la double colonnade qui conduit au pérystile sont colossales ou du moins de grandeur héroïque. La n^osaJfqiie du Sauveur qu'on admire dans l'antique église de Saint-filément, celle que rinccndie a respectée à Saint-Paul, les statues des Apôtres qui oment l'église de Latran sont colossales. L'art admet qu'une statue est belle* quan<l elle est dans de justes proportions ayec la place ou le vaisseau qu'eJle décore. De plus, l'autiquité. chrétienne a cru qu'il était convenable de mettre, dans la représentatioa des objets, ht piropoF4,ioa<jiiii existe entre les obijiets eux-mêmes; ainsi les trois personnes divines , objets da culte de latrie, la Vierge, objet du culte àliyperdulie, les Sainte, h ^Wi le culte de dulie est rendu, doivent êlBje représentés par des images d'une grandeur pijoportionnée à leur dignité. On peut voir cette* gradation» observée dans les belles fresques doa* Flandrin à orné Saint-Paul de Xîmes. Da Keste Notre-Dame de France est si bie» proportionnée avec to»t ce qui l'entoure^ que le spectateur pja^é au vrai point de vue, la suppose de grandeur naturelle.

Le- 8 novembre^ la Coj«mission cojitinue et achève sq^ trav^wi; m^ia déa^rmw elle procède

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par votes secrets à ses décisions dernières. Le n« 7 est adjugé à l'esquisse de M. Lâvîgne ; le n® 6 à l'œuvre de M. Fabisch , auteur de la Vierge en bronze doré qui surmonte le clocher de Fourvières; le n« 5 au travail de M. Ramus; le n» 4 à la statue de M. Montagny; le n<> 3 à M. Cabuchet; le n<>2 à la statuette de M. Rinn, de Spire, œuvre éminente par le sentiment religieux et virginal qu'elle respire, la noble simplicité de la composition , la majesté de la pose, l* ensemble des lignes, ainsi que s'exprime le procès-verbal de la séance. On peut voir une copie de cette esquisse dans la chapelle des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul d'Aubusson. Enfin le premier prix, hors ligne, fut décerné par d'unanimes suffrages à M. Bonnassieux, grand prix de Rome, aujourd'hui membre de l'Institut et du Conseil supérieur de l'école des beaux -arts, décoré par Pie IX et par l'Empereur, renommé surtout comme sculpteur chrétien. Avant d'avoir concouru pour Notre-Dame de France^ il avait refusé, sous Louis-PhiUppe, de faire une statue de Voltaire. Il s'était fait remarquer par sa statue de Jeanne Hachette^ par celle de David allant à la rencontre de Goliath, qui valut à l'auteur la médaille d'or de première classe. Il avait sculpté la Vierge-Mère pour Feurs, sa patrie ; la Vierge Immaculée pour Ainay (Lyon); le groupe en bronze du Baptême du Christ pour la place Saint- Jean de la même ville ; Notre-Dame de Boulogne ;

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Notre-Dame de Grâce pour Saint-Nizier; Notre* Dame de Bœi- Accueil pour Tarare. C'est sa statue de la Méditation, exposée en 1855 et acquise par l'Empereur, qui lui a valu la décoration. Le procès- verbal décrit son œuvre avec une grande vérité en ces termes :

Compositiœi hors ligne par l*originalité de Fi/nveniionj le charme^ l'élégance et la noblesse de la disposition^ l'heureuse alliance de Vélégance antique et de Vidée chrétienne, ^expression de la pensée religieuse !

Ces quelques mots du compte-rendu, rédigé par M. Urbe, signalent très-bien le vrai mérite de cette grande composition, L'Enfant-Dieu est d'une beauté ravissante ; son bras levé pour bénir dessine sur l'azur du ciel une silhouette des plus heureuses; l'autre bras étendu sur le cou de sa Mère, tandis que la main caressante de la Mère supporte son pied, traduisent de la manière la plus gracieuse leur mutuel amour. La figure de l'auguste Marie respire la pureté de la Vierge et la dignité de la Mère de Dieu . Elle se montre Mère des hommes, en leur présentant son Fils. La couronne d'étoiles sur l'ondoyante chevelure, le manteau soyeux, parsemé de fleurs et de pierres précieuses, sont des symboles disposés avec une rare distinction. La démarche de celle qui écrase de son pied virginal la tète du serpent est en môme temps légère, ferme, hardie, royale. Il y a perfection dans

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les détails et harmonie dans Tensemble , grftce et dignité, symbolisme irréprochable, .beauté antique ^ transfigurée par le sens chrétien.

Toutefois, la Commission voulut que certaines, modifications fussent apportées à TCBEuvre de son lauréat. La chevelure de la Vierge dut être moins développée et plus adhérente au corps; une chaussure légère dut protéger la plante des pieds, sans en dissimuler la forme. Quelques autres modifications relatives à la physionomie de l'ensemble durent être débattues avec Fauteur dès qu'il serait présent.

Dans la réunion qui suivit (3 décembre 1853 ) et à laquelle M. Bonnassieux prit part, les dimensions delà statue furent fixées à 16 mètres, et Télévation du modèle moyen à 2. C'était préparer un travail assez, difficile au constructeur du grand modèle chargé d'amplifier toutes les dimensions dans la proportion de 8 à 1. Un rapport très-remarquable fut rédigé par M. Urbe, notre secrélaire, et, au nom de la Commission, adressé à l'Evoque. — Il racontait d'une manière sommaire les travaux accomplis jusque-là et appréciait avec autant de sagacité que d'impartialité les mérites divers des œuvres présentées. Ce rapport, qui fait le plus grand honneur au talent de l'écrivain et au goût de l'artiste, fut publié dans la Haute-Loire du 5 et du 12 mars 1854.

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