CHAPITRE XII
Dernières et plus épineuses diflBcultès.
Au moment où tout allait réussir à souhait, voici
que tout est entravé, sinon à Givors, au moins au Puy, peut-être mèaie à Paris; tout est menacé; tout va périr. La Commission est destituée, les travaux arrêtés par ordre supérieur, l'Evôque est occupé à se juslitier d'avoir agi jusque-là sans autorisation, enfin la solidité de la base choisie pour le monument est remise en question.
Pendant l'année 1858, on s'occupait beaucoup en
ville, en sens divers, de la forme du piédestal et de Torientation future de la statue. Ce fut le désir de donner à ces deux questions la solution qui a prévalu, qui amena Tautorité préfectorale à intervenir. Le 14 juin, M. le préfet Emile Paul de Rostan, qui avait succédé à M, de Chevremont, écrit à Mgr de Morlhon, demandant qu on lui adresse le plus tôt possible les plan et devis du piédestal, afin de soumettre à l'examen et à Tapprobalion de Vautoriié compétente les modifications dont il est suceptible. Qui plus est, il se croit ol)ligé, vu la direction impri-
méeirOEuvrev de refuser son aulorisatioD aux allocations Yotées par le' Conseil municipal de la ville
du Puy et par le Conseil ?;6néral du département.
Le 7 juillet, M. le Préfet ordonne que certains travaux qui s'exécutaient à Corneille soient immédiatement abandonnés.
Le 27, il refuse d'accepter le titre de Commis* saire de TOEuvre, que TEvêque lui offre après avoir pris l'avis de la Commission.
Un mois plus tard, le 5 août, Mgr de Morlhon doit écrire, non plus au Préfet, mais au Ministre, pour se justifier d'avoir agi sans autorisation officielle. Je ne citerai de sa lettre qu'une phrase : « M. le Préfet de la Haulc-Loire, prédécesseur du » Préfet actuel, M. le Maire de la ville du Puy fai- » saient partie de la Goramission. Ils ont pris part à » ses délibérations. Des fonds ont été alloués par le » Conseil général et par le Conseil municipal, et jus- > qu'à ce jour personne ne nous avait dit qu'une » autorisation officielle fût nécessaire pour placer » ce monument au sommet d'un rocher. L'acquics- » cernent et la participation du Préfet et du Maire, à 1 qui j'en avais écrit officiellement, étaient à mes » yeux une autorisation suffisante; si je me suis » trompé, j'avoue en toute simplicité mon erreur. »
Les difficultés s'aggravent.- Le 1 5 novembre de la môme année, au nom du Ministre de l'Intérieur, M. le Préfet demande à l'Ëvéque une copie du rapport de la Sous-Commission d'architecture relatif
à la solidité du rocher. Il ne s*agit plus de la forme du piédestal ni de l'orientalioa de la statue ; la solution de ces deux questions a été emportée de haute lutte; il s*agit maintenant de la solidité de la base choisie et occupée; question primitive, question fondamentale, qui ne pouvait être agitée sans que la ville fût mise en émoi comme si son existence était compromise, sans que la Commission fût soupçonnée d'avoir agi à la légère, et qui ne ponvait être résolue dans un sens défavorable, sans que rOËuvre fût immédiatement condamnée et aban- * donnée... Le rapport fut immédiatement envoyé à la prét'cclure.
Hâtons-nous de jeter un voile sur quelques autres conflits » qui, jusqu'à la fin, mélangèrent d'incerii- . tudes et d'amertumes les espérances et les joies de r£véque. Au fond, la bienveillance pour sa personne, la sympathie pour son entreprise ne faiblirent jamais. On voulait, à Paris comme à la préfecture et à révècbé du Puy, la bonne exécution d'un projet auquel l'auguste fjhef de l'Etat et son gouvernement avaient prodigué plus que dos encouragements; mais à Paris on n'était pas toujours exactement informé... On craignit un instant qne^ sur une surface de 900 mcties, VEvêque n'eût fait arracher les arbres du bois du séminaire. (Lettre du 15 septembre 1859.)
Il y eut aussi des oublis, qui amenèrent la lettre du Ministre des Cuites datée du 25 août 1860, et
k réponse de l'iWèque du 28. J'ai ces deux lettres sous les yeax. S'il fout en croire la seconde, il y a,
dans la première, plus d'un oubli. ï! y a surtout l'oubli de cette parole impériale que l'Eglise n'oubliera jamais : Les conciles sont libres.
Ce n'est pas que la réunion de cette vingtaine de Prélats inyllés dût être un concile. L'unique but de cette convocation était la bénédiction d'un monument que l'Empereur avait encouragé de ses largesses. Aussi le ministre des Cultes avait-il été prié d'y représenter l'Empereur.
lïàtons-nous de dire comment ces difficultés imprévues ont été écartées. L'autorité de la Commission n'a été contestée que lorsqu'elle avait terminé sa mission. L'orient \tion de la statue, la forme du piédestal ont été disposées selon le vœu du plus grand nombre. La féte de la bénédiction n'a point été rehaussée par la présence de vingt-deux Evéques et de S. Exc. le Ministre des Cultes représentant l'Empereur, que l'Evèque avait invités (1); mais la présence de 120,000 âmes, d'un Cardinal, de douze Evéques, de plusieurs SénateurSy Députés et hauts fonctionnaires en ont fait une solennité hors ligne, même dans notre histoire.
(1) Voici les noms de ees vingt-deDx Evèqoes : Son En. le Cardinal de
Bordeaux, Son Em. le Cardinal do Lyo-i, Mgr l'Archevêque de Bourges, Mgr l'Archevêque d'Alby, M;;r l'Archevêque de Tours, Mcssei;,Mie>irs de Clermoiit, de Saiol-Çlour, de .Mende, de Viviers, de Moutpellier, de Rode?., d*Aotan, d'Orléans, de Poitiers, de Valence, de Tuile, de Nîuics, de Digne, de Strasboorv, de Saint-J)ié et de Tyr; pins Mgr de Cbarbonnel, évdque démissionnaiie de Toronto, notre compatriote.
Quant à la question de la solidité du rocher, déjà résolue paivla Commission dans une de ses premières séances, elle a reçu ane solution nouvelle qui doit calmer à jamais toutes les inquiétudes.
Le 17 octobre 1858| M. de Gisors, inspecteur général des b&timents civils, arrive aa Puy.nest envoyé par le Ministre de Tlntérieur en mission extraordinaire pour inspecter le rocher de Corneille. Après avoir examiné attentivement le rocher snr toutes ses faces, il reste convaincu qn*il est très-solide, dans la partie qui soutient le piédestal. S'exprimant de vive voix, il a trouvé le piédestal bâti dans les meilleures conditions, il a rendu pleine justice à l*expérience et aux connaissances de M. Eynac. 11 a soumis au conseil des bâtiments, à Paris, le projet A^enrocJiûmenty patronné par M. Bonnassieux, combattu par M. Eynac; et ce conseil, d'accord avec celui duPuy, a rejeté cet enrochement comme offrant peu de garanties de durée et devant, par son poids, compromettre la solidilé des bords du rocher.
Sur le rapport adressé par M. de Gisors au Ministre de rintérieur, celuin^i écrit à l'Evèqne, au ^mois de janvier 1859, l'excellente lettre que voici :
< Monseigneur,
» Je me suis fait rendre compte de la situation des travaux exécutés an Puy pour Férection d*une
statue colossale de U Sainte Vierge.
• Le conseil général des bâtiments civils» qui
avait été consulté par mon ordre, a émis un avis favorable sur la question de solidité du rocher de Corneille. Ce point, comme vons le savez, Monseigneur, avait particulièrement éveillé la sollicitude de radministration locale.
» Je viens de transmettre Tavis du conseil général des bâtiments civils à M. le Préfet de la Haute- Loire; la Commission qui dirige les travaux du monnmeni et à laquelle je rends sa liberté (Tacimi, • pourra y trouver d'utile:^ indications.
» Le Ministre Secrétoirê (F Etat » de l'Intérieur y