DE I D25 A
Tois ans après la fondation du prieuré de Notre-Dame du Désert, Richer II, cinquième baron deLaigle, décida de fixer sur ses terres le bon Hugues et ses religieux. A cet effet, il lui donna dans la forêt de Laigle une étendue de terrain assez considérable pour édifier un monastère et ses dépendances. On bfitit d’abord la cbapelle que l’on dédia à saint Clair. Ce lieu prit le nom de cabane de Dieu, casa ])ei^ Chaise-Dieu.
Les constructions étant suftisamment avancées, Hugues remarqua que l’endroit choisi pour l’établissement du monastère n’avait point d’eau. Aussitôt Richer lui en donna un autre sur les bords de l’Ron très grand et très convenable et c’est là que fut établie la nouvelle Chaise-Dieu qui a subsisté jusqu’à la Révolution. La vieille Chaise-Dieu près de Chéronvilliers devint une ferme qui subsiste encore et quoique dépourvue d’eau, elle n’en resta pas moins dans les biens de Hugues du Désert.
Le nouveau monastère fut terminé en quatre ans, ce qui prouve, dit Veaugeois, l’historien de Laigle, « le zèle de Richer et l’empressement de Hugues à profiter des bonnes dispositions du baron ». La dédicace du nouveau monastère eut lieu le 2 octobre 1132. Julienne de Mortagne, mère de lliclier 11, y assista et à cette occasion elle donna aux frères du Désert une bibliotlièque !
Kugues possédait donc à celte époque tous les biens donnés par Hobert de Leycester, la métairie de la vieille Chaise- Dieu et le monastère du même nom avec ses dépendances. Il répartit ses religieux du Désert dans les deux communautés et les administra lui-même pendant quatorze ans, (‘/est-à-dire jusqu’en ll iO.
Or au début du siècle, un prêtre du diocèse de tiennes nommé Hobert et surnommé d’Arbrissel, du nom de son village, acquit par ses prédications une telle intluence sur les foules qu’un grand nombre d’hommes et de femmes le suivaient dans tous ses déplacements sans vouloir consentir à se séparer de lui. Ce pêle-mêle déplut a l’évêque Marbode et à Geotfroy, abbé de \ endome. Hobert répondit en continuant à donner l’exemple de la chasteté la plus parfaite et [)Our faire une concession à ses supérieurs il fonda à Fontevrault un monastère devenu célèbre dans lequel les deux sexes, quoique séparés, étaient réunis dans une même église, et il voulut, en souvenir de l’oljéissance de Xotre- Seigneur et de saint Jean envers la Vierge Marie, que l’abbesse lut la supérieure de tout l’ordre et eut tous les religieux sous son administration.
L’ordre de Fontevrault, éternel objet des plaisanteries des goujats, eut un développement rapide et fut presque exclusivement réservé à la noblesse. Plusieurs filles de France ont été religieuses dans cet ordre.
Hugues du Désert, attiré sans doute par le succès de la fondation de Hobert d’Arbrissel et vovant dans cet ordre
une règle nette et précise donner de très beaux résultats, tandis que ses deux prieurés, lui disparu, continueraient à être régis par la seule volonté personnelle d’un prieur élu, prit la résolution de se donner lui, tous ses biens et ses religieux à l’ordre de Fontevrault. Il mit son projet à exéculion (î 150) : les prieurés de Notre-Dame du Désert et
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l’abbaye de la Chaise-Dieu appartinrent au même titre à l’ordre de Robert d’Arbrissel.
Il est dès lors probable qu’il y eut au Désert des religieux et des religieuses.
Uue abbesse fontebraldiiie.
La charte suivante qui est précisément de 11(30 semble
établir d’une façon irréfutable dans notre prieuré.
Gilbertus de Tevraio universis vila fruenlibus vel fruituris Salutem.
Noveritis quod ego Gilbertus de Tevraio pro salute mea et aiitecessorum meorum et pro anima uxoris meæ Ilelissent quæ apud (lesertum so7'or extitit et ibiobiit et sepulta est dedi et prœsenti carta mea confirmavi in perpetuam eleemosynam Deo et beatæ Maria' de Deserto viginti solidos
la présence d’une religieuse
Gilbert deTlievray à tous présents et à venir Salut.
Vous saurez que moi, Gilbert de Thévray, pour mon salut, pour le salut de mes ancêtres et pour l’âme de mon épouse Helisende qui vécut religieuse au Désert, y mourut ety fut inhiimée ,] v.\&om\ë et confirmé par la présente Charte en perpétuelle aumône à Dieu et à la bienheureuse Marie du Désert vingt sous angevins à prendre sur
aiidegavinsium de illis quadra- les quarante que je tenais de mon ginta solidis quos habebam de Seigneur Robert comte de Leydomino meo comité Legreste cester. Témoins : comtesse Pé- Roberto. Test : Gomitissa Petro- trouille ; Hugues de Alueto ; Guilnilla ; Hugone de Alueto; Guil- laume de Rémécourt, etc. lelmo de Bemecuria, etc., etc. Salut.
Valete G
L’abbaye de Chaise-Dieu n’eut des religieux et des religieuses que jusque vers raniiée 1^71. Le prieuré du Désert put avoir des religieuses pendant beaucoup moins de temps ; runion introduite une première fois par Hugues dura peu, il en fut de même de celle qu’établit le prieur Henri comme nous le verrons bientôt.
cester ayant désiré avoir dans sou domaine anglais des religieuses de l’ordre de Lontevraull, l’abbaye de la Chaise-Dieu envoya une colonie à Etone sous la conduite d’Alberède de Beaumont qui reçut en Angleterre le titre d’abbesse. Plus tard, dans une concession d’immunités à son ancienne religieuse, Eldeburge, abbesse de Chaise-Dieu, qui conservait sur Etone ses droits de supérieure, donne à Alberède la simple qualification de prieure. L’acte de concession auquel nous faisons allusion eut pour témoins, Bobert, ancien ermite du Désert, supérieur de la section masculine de Chaise-Dieu, et le célèbre Thomas de Cantorbéry, alors chancelier d’Angleterre (lloT-1160).
Dès Itoo l’abbesse Eldeburge avait comme prieure, c’està-dire comme supérieure après elle, Julienne de Laigle, tille du fondateur Bicher IL Sa sœur Eélicie, vint la rejoindre et toutes deux priaientsouventensemble près du tombeau de leur
Le comte de Ley
' « Il existait dès la lin du xi“ siècle, nous écrit le savant historien du Bec, M. l’abbé Corée, un usage fort répandu qui consistait à se faire recevoir frère ou sœur dans la fraternité des abbayes afin de participer aux prières et aux bonnes œuvres des communautés auxquelles on était affilié ; on revêtait l’habit de l’ordre comme cela se fait encore aujourd'hui pour le tiers ordre de Saint- Dominiffue et de Saint-François. A l’abbaye du Bec de nombreux laïques, hommes
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père et de son épouse Béatrice dans TEgiise de Chaise-Dieu.
[{icher Ht, frère de Julienne et de Félicie, succéda à son père. Il épousa Odeline, fille du vicomte de Sainte-Suzanne dans le Maine, qui vint par la suite vivre à la Chaise-Dieu. Cette princesse douée de qualités éminentes jouit dhine longue vieillesse et quand elle mourut on lui éleva un magnifiqne tombeau an milieu du chœur des religieuses. Sa fille, mariée à Corbin de Tillières, devenue veuve, prit le voile et vint retrouver Odeline à la Chaise-Dieu : elle était prieure en 1^08. Dix ans plus tard, en D218, sa tante Félicie était, elle aussi, devenue prieure. Notons que c’est vers cette époque seulement que le prieuré de Notre-Dame du Désert commence à être désigné sous le nom de prieuré de Sainte-Suzanne. Il nous paraît probable que les pieuses dames dont nous venons de ])arler ont établi dans notre Désert la dévotion à la grande vierge romaine, patronne de leur vicomté et de leur famille.
L’union de l’abbaye de Chaise-Dieu et du prieuré du Désert avec Fontevrault effectuée par Hugues ayant cessé, le prieur Henri fit nue nouvelle tentative du même genre. On conserve, dit-on, au trésor de Fontevrault la charte établissant cette nouvelle union. Mention de cette pièce importante est faite dans les Archices de F Eure^ H. 1438, et nous l’avons trouvée dans les papiers de famille de M. Quevilly. On pourra y lire les noms de sept religieux du Désert et y acquérir la conviction que notre prieuré recevait des religieux et des religieuses.
et l'emmes, étaient ainsi reçus dans la Iraternité ; on les noinniait fralres familiares quel ([lie fût le sexe. Parfois et par exception de pieuses et ^-énéreuses bienfaitrices, sœurs par la fraternité, étaient autorisées à se faire construire près des abbayes d’hommes, mais naturellement en dehors de la clôture, un petit reclusoir où elles passaient leur vie dans la prière. Elles assistaient aux oltices dans i'é^jlise de l’abbaye. Uélisende de Tlievray devait être dans ces conditions. » La charte du prieur Henri rpie nous avons été assez heureux de trouver, nous semble établir cependant d'une manière irréfutable rju'il y avait des religieuses au Désert.
Omnibus lldelibus et sanclæ mal.ris ecclesiæ filiis ad quorum notitiam præsens carta pervenerit ego Ilenricus prior, Durandus, Ricardus, Radulpbus, Paistimanie, Radulphus, Gurtel, Bernuinus capellani et featres domus deserti, Salutem.
Universitati vestra' noturn sit quod nos omnes cumomni humilitate bono animo et propria voluntate donavimus nos Dec» et venerabili abbatissæ Adilidi et ecclesiæ atque ordini Fontebraldi et domum noslram de deserto cum omnibus pertinentiis et appendiciis... Dieta veio abbatissa Adilidis et coiiventus Fontebialdi nos gratenter et benigne recepel’unt et suo admiserunt consortio.
Da quod deinceps sibi peromnia et in omnibus obedientes eriinus, NEC ALIQUAM VEL ALI- QUEM IN DOMONOSTRA ABSQUE JUSSIONE ABBATISSÆ FONTIS EBRAEDI DE COETERO REGI- PIEMllS IN DOMO NOSTRA DE- SERTI OUAM DIU VIXERLM...
ANNO YERBI INCARNATIONE MCGVIII.
A tous les fidèles et à tous le?
enfants de notre sainte mère l’Eglise qui auront eonnaissance de la présente charte, moi Henri, prieur. Durand, Richard, Rodolphe, Paistimanie, Rodolphe, Gurtel, Bernouin, chapelains et frères de la maison du Désert, Salut.
Nous désirons que vous sachiez tous que, en toute humilité, animés de bons sentiments et agissant de notre propre volonté, nous nous sommes donnés à Dieu et à la vénéi-able abbesse Adélaïde, à l’église et à Tordre de l'ontevrault avec notre maison du Désert et tout ce qui en dépend.
Ladite Abbesse et le monastère de Fontevrault nous ont reçu volontiers et avec bonté et nous ont admis dans leurordre. Enconséquence de quoi nous lui obéirons désormais en tout et j)Our tout et .AlA VIE DURANT NOUS NE RECEVRONS DANS NOTRE PRIEURÉ DU DÉSERT NT HOMME NT FEMME SANS L’AUTOBISA- TION DE L’ABBESSE DE FONTE- VRAÜLT... L’AN DE L’INCAR- NATION MCGVHI.
^ . — Les BAiioxs de Laigle et les vicomtes DE SaLXTE-SlzaNXE
Le premier liaroii de Laigle, celui qui couslruisit le château fut Fulbert (lOlO-iOï^T) . 11 eut pour fils etsuccesseur Enguenouf, époux de Kécherède, qui tomba sur le champ
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de bataille d’Hastings (10^7-10(36) et laissa deux fils Iliclier 1*^^’ qui lui succède et Gilbert.
llicber bG troisième baron deLaigle (1066-1085), épousa Judith d’Avrancbes. \\ fut tué au siège de Sainte-Suzanne dans le Maine par un enfant de douze ans. On sait que cette petite place de guerre arrêta pendant quatre ans celui qui avait conquis rAngleterre en un jour.
(jilbert, fils du précédent, quatrième baron de Laigle (1085-1118), épousa Julienne de iMortagne, celle-là même ([ui donna une bibliothèque aux religieux du Désert.
nicher îl, aînée des neuf enfanls de Gilbert, cinquième baron de Laigle, fut l’ami de Hugues du Désert, c’est avec son autorisation que ce dernier demanda une colonie de Fontebraldines pour le couvent construit au bord de l’iton et qu’il ht ensuite abandon du Désert et de tous ses biens en faveur de l’abbesse générale de Fontevrault. llicber H, bienfaiteur du Désert, fondateur de la (Jhaise-Dieu, épousa Béatrice dont il eut llicber 111, Julienne prieure de Chaise- Dieu sous l’abbesse Fldeburge en 1155, Félicie qui fut prieure en 1^18 et une autre fille dont le nom est inconnu qui épousa un vicomte de Sainte-Suzanne.
nicher III, sixième baron de Laigle (1161-1176), épousa Odeline, fille du vicomte de Sainte-Suzanne qui, devenue veuve, vécut à la Chaise-Dieu h
(►deline ou Adeline de Sainte-Suzanne dut épouser Riclier 111 vers 1I(k> ; elle avait alors di.v-sept ans. Bien qu’il y ait incertitude à cet égard, on pense qu'elle prit le voile à la mort de son mari survenue en TITO. Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle vécut avec les religieuses de la Chaise-Dieu et leur inspira par sa douceur, sa bonté et sa haute intelligence un attachement sans bornes. Elle eut le bonheur de voir sa tille venir la rejoindre à l’abbaye ; elle avait alor." soixante ans. Dix ans plus tard elle reçut aussi sa tante Félicie, sœur du fondateur.
ndeline vivait encore lorsque Gilbert des Essards, célèbre par ses pérégriuntions en Orient et plus encore par son retour miraculeux à la Pouitiére, confirma les donations faites par ses ancêtres au prieuré du Désert et à la Chaise-Dieu.
Le nom d’Adeline figure encore dans un acte de 1210. S’il s’applique à la veuve fie Bicher III elle aurait vécu plus de quatre-vingt-dix-huit ans.
Le pieux pèlerinage ((u’Odeliue conduisit de la Chaise-Dieu au Désert et dont
(iilbert il, septième baron de Laigle (1176-1230), confirma tons les dons faits à l’abbaye de la Chaise-Dieu et s’engagea en outre personnellement à fournir aux Fontebraldines mille harengs tous les ans.
Après Gilbert III et llicher IV labaroniede Laigle passa par mariage dans la maison ducale de Bretagne.
Les successeurs des Barons de Laigle furent :
Alain d’Avaugour, 1235-1278;
Henri d’Avaugour, 1278-1289;
Jean de Bretagne, 1289-1293;
Jean 11, 1293-1306;
Jean III, 1306-1312;
Jean de Bretagne et de Montforl, 1312-1315;
Jean IV, 1315-1366;
Jeanne la Boiteuse, 1366-1381;
Du Bois de Cbatillon, 1381-1101 ;
Jean de Cbatillon, 1101-1152 ;
Xicole de Bois-Chatillon , comtesse de Penthièvre, 1 152- 1 185 ;
Jean III de Penthièvre, 1185-1505 ;
Bené de Penthièvre, 1505-1525 ;
Jean IV, 1525-1551;
François d’Aubray, 1556-1568, etc., etc.
Ln seigneur de Sainte-Suzanne possédait la ville du même nom dans le Maine en 930. Lucie de Sainte-Suzanne apporta cette terre par mariage à Baoul 11, seigneur de
nous avons tenté la reconstitution à la lin de notre travail, nous paraît devoir être placé en 123U (Voir Vaugeois, le Dictionnaire de l’Eure, la Chronique de Laigle, Orderic Vital et, a.ux A)‘chives de VEure, « Chaise-Dieu »).
Notons que Vaugeois nous dit page 234 que Julienne de Laigle, tille de Gilbert quatrième baron, était prieure à Chaise-Dieu en 115.3 et page 274 que Julienne, tille du fondateur était prieure au même lieu en 1153.
11 y a là confusion évidente, Julienne est prise une fois comme sœur, une autre fois comme fille de Richer 11.
La prieure de 1155 était bien certainement la fille de Richer II et de Béatrice.
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Beaumont et du Mans. Odeline de Sainte-Suzanne épousa, comme nous l’avons vu, Biclier 111 de Laigle, elle était aussi comtesse de Beaumont et du Mans.
Bn 1^53, Sainte-Suzanne passa dans la maison de Brienne par le mariage d’Agnès de Sainte-Suzanne avec Louis de Brienne, troisième tils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem.
Marie de Chamaillard, vicomtesse de Sainte-Suzanne, épousa en 1371 Pierre II d’Alençon et eut pour lils Charles, duc d’Alençon et de Sainte-Suzanne, marié à Marguerite d’Orléans, sœur de François FL
Cette princesse devenue veuve épousa Henri d’Albret, roi de Navarre, père de Jeanne d’Albret qui mit au monde le dernier vicomte de Sainte-Suzanne, celui-là même que nous appelons là-bas lou nos Ire Enric^ le bon roi Henri IV, que nous ne pensions pas en vérité avoir le plaisir de rencontrer en cette adaire.