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VI. — Fondation de l’abbaye de Notre-Dame de Lyre

SES RELATIONS AVEC NoTRE-DaME DU DéSERT

de LL25 A 1674

Le monastère de Lyre fut fondé par Guillaume, duc d’ilerford, seigneur de Breteuil, et sa femme Adeline. Il reçut des fondateurs la seigneurie de la Vieille-Lyre.

Situé à mi-côte, non loin de la Bisle, cet établissement religieux prit rapidement un développement considérable ; vu de loin, dans son magniüque cadre de verdure, il apparaissait comme une petite ville.

Le premier abbé de Lyre fut le moine Bobert du Chalet que l’on prit à Saint-Evroult en Oucbe, abbaye déjà célèbre ([ui devait, quarante ans plus tard (15 mars 1085), recevoir

12t IIISTOIUE DE NOTRE-DAME DU DÉSERT

le jeuae Orderic Vital, le grand el modeste historien de la Vormandie.

An déljiit, Lyre et Saint-Evronlt ne formèrent qndine sente et môme congrégation. Le monastère de Lyre, enrichi |)ar de nombreuses et importantes donations fut dédié par Guillaume, évôque d’Evreux (lÜod), et ne tarda pas à adopter la règle de Saint-Lenoît sous radministration du prieur Haoul EG moine du Bec.

L'abljayc de Lyre.

Vous savons que, cinq ans auj)aravant, ilohert de Leycester avait institué le prieuré de Aotre-Dame du Désert sur les lieux mêmes où se trouvait l’antique ermitage du même nom dirigé ])ar le bon Hugues serviteur de Dieu. Situé au centre d’une immense forêt « dans un point perdu et désolé » disent les anciennes chartes, éloigné des voies de communication importantes, privé de cours d’eau, le Désert ne pouvait avoir qu’une existence un peu effacée. Mais chacun

HUGUES DU DESEHT

sait que ce sont souvent ces existences calmes et modestes qui se prolongent le plus. A^ous verrons le prieuré du Désert tout en conservant sa chétive vitalité, emporté dans Torbite de Lyre. Nous verrons aussi ce même prieuré rester jusqu’au XX® siècle ce qu’il était en 11^5, tandis qu’il ne reste du monastère de Lyre que quelques chambres d’un hôtel, où on loge à pied et à cheval sans aucune garantie I

1 fêlas ! le Bec lui-même n’est plus. Des inconscients ont détruit ses archives sacrées. De tout temps les grands arbres ont été les plus exposés aux coups de foudre.

Les relations entre Lvre et le Désert furent généralement

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bonnes. Aous ne savons pas qu’il y ait eu procès entre l’abbaye et le prieuré, mais il s’en fallut de bien peu.

En l’année 1^14, le prieur Henry ayant vendu à l’abbé de Lyre la vigne qu’il possédait entre Boscchevrel et le château de Breteuil, un religieux du Désert, Bodul])he s’avisa de découvrir que le prieuré avait été trompé de moitié dans cette vente. 11 obtint du pape une lettre au doyen de Bayeux et a deux autres juges. Sans doute les anciens titres de propriété présentaient quelques défectuosités, toujours est-il ([lie la preuve ne pût être faite. Malgré cela. Lyre désirant donner un exemple éclatant de sa générosité ou peut-ê(r^ mettre sa conscience en repos, offrit avant que l’atTaire fut liée de donner au Désert à titre d’indemnité, soixante sous pour acheter un fonds et un demi-arpent de vigne. Bodulphe aurait sans doute désiré davantage mais le prieuré accepta et le procès n’eut pas lieu'.

\ ers l’année l’union dernière avec i'ontevrault

ayant pris tin, le prieur Durand cent huit ans après la fondation du prieuré du Désert décida de s’unir à l’abhavede Lvre.

' Pour les relations entre le prieuré de Notre-Dame du Désert et l’abbaye de Notre-Dame de Lyre, voir aux Archives de l'Eure II. 500. Inventaire de Lyre, paragraphes XIX. XXLX. XXX. XXXI. XXXll.

Dans une charte de la meme année on peut lire que « les (( religieux du Désert se donnent à l’abbaye de Lyre avec (( tous leurs biens présents et à venir, tant an spirituel c( qu’au temporel et veulent que l’abbé et le couvent de « Lyre disposent d’eux et de leurs biens de la manière qu’ils (( jugeront à propos, s’obligeant à ne recevoir personne « dans leur maison sans l’exprès consentement de l’abbaye (( déclarant nul ce qui se ferait de contraire ».

Dicbard, évêque d’Evreux, donna son entière approbation à r union de

Le paragraphe XXXI de l’inventaire de Lyre renferme une double lettre du susdit prieur Durand et de ses confrères adressée au grand roi de France, saint Louis, par laquelle Sa Majesté est informée que, demeurant au Désert dans la forêt de Breteuil et v vivant à leur volonté sans observance régulière comme des brebis égarées, qui n’ont pas de pasteur, ils désirent travailler à leur salut. A cette tin ils ont choisi l’ordre de Saint-Benoît pour y corriger leurs égarements et régler leur conduite suivant la discijjline de l’ordre. C’est pourquoi se jetant aux pieds de Sa Majesté ils la supplient de vouloir leur permettre de se soumettre eux et leur maison du Désert à la juridiction de l’abbé et couvent de Lyre, d’embrasser leur règle et de prendre leur costume monacal ; et que Sa Majesté veuille bien leur donner cet abbé comme tuteur et patron ])Our le salut de leurs âmes en contirmant par son autorité royale le don qu’ils font de leur maison à cette abbaye dans laquelle ils savent que la discipline régulière règne dans sa rigueur.

Saint Louis accorda la permission demandée « autant qu’elle ne porterait aucun préjudice à sa forêt de Breteuil ».

Consommée en 1^46, l’union n’empêcba d’abord pas les religieux du Désert de conduire eux-mêmes leur prieuré jusqu’en l’année 1308.

HUGUES DU DESERT

Vers la Un du xvii® siècle, le prieur Franchomme se démil de son titre en faveur du séminaire d’Évreux et il obtint le consentement de Fabbé de Lyre le juillel 1674. Les religieux approuvèrent le 9 septembre de la même année. Celle approbation ne fut pas obtenue sans de vives difficultés ; les révérends dom Benoist, dom Quesnel et dom Quillebœuf ayant déposé une opposition. Cependant il fut passé outre et les lettres patentes du roi obtenues, le parlement enregistra en 1675.

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