II. — La Révolution française dans nos contrées
Lorsque le roi Louis XYI se décida à « appeler au secours de la France la France elle-même w, un immense cri de joie s’éleva dans les campagnes. Le février 1789, le lieutenant de Rreteuil écrivait au garde des sceaux : « Je ne dois pas vous dissimuler que tout le monde voit avec plaisir la proximité des états généraux. »
Toutes les associations communales envovaient leurs
cahiers de plaintes et de doléances, de désirs et de remontrances. Ces cahiers furent fondus en un seul au bailliao'e
secondaire de Rreteuil et ce cahier réuni à ceux de Couches, de Reaumont-le-Roger, d’Ézy, de Xonancourt, d’Orbec et d’Orhec-Rernay, servit à l’établissement du cahier du grand bailliage d’Evreuxu
^ Voir ; Xotices historiques sur la révolution clans l'Eure, par L. Boivin-Champeaux, premier avocat général à la cour de Caen. Ilérissey, Évreux. 1868.
Mais en recensant les vœux des cahiers il apparaît que ni le clergé, ni le Tiers, ni la noblesse n’apportaient un programme d’ensemble pouvant servir de point de départ à une action politique définie b
Les trois ordres semblaient approuver le fameux rapport de Necker, qui est en somme la première esquisse d’une constitution apportée dans un pays qui, s’en étant toujours passé, en a fait dans le siècle suivant une consommation plus que suffisante.
Le 17 juin les états se constituent en assemblée nationale ; les campagnes vont se municipalisant tandis que bon nombre de Français, répudiant la patrie telle que l’avait créée la Révolution, passent à l’étranger. Mais, chose singulière, ce ne fut pas rémigration qui brouilla le roi avec la Révolution, mais bien cette malheureuse question religieuse, connue sous le nom de constitution civile du clergé. Louis XVI, dit M. Lavisse, presque seul dans son entourage, était croyant et pieux, c’était un des rares Français de marque à qui la philosophie du siècle avait laissé toute sa foi.
Il ne put approuver qu’à contre-cœur une constitution qui faisait nommer les curés et les évêques par les citoyens actifs. Rome parla et, quand Rome a parlé, un chrétien, fût-il roi, doit se taire. Les évêques suivirent le pape et les prêtres les plus épris de libéralisme, ceux qui avaient épousé avec ardeur les idées nouvelles furent rejetés malgré eux dans la contre-révolution. Aujourd’hui, avec le recul d’un siècle, la constitution civile du clergé apparaît aux historiens comme une mesure imprudente, chimérique, néfaste et criminelle, d’ailleurs parfaitement inutile!
L’abbé Parisot de Durand, curé-doyen de Breteuil, refusa
’ Voir : Notes sur V histoire de Breteuil.
PENDANT LA TOURMENTE
le serment « qui n’est propre qu’à alarmer les consciences, qui est contraire aux dogmes de la foi et à la parole de Jésus-Christ et qui d’ailleurs est inutile à la constitution ».
Notre contrée fut le théâtre de graves désordres amenés par la misère générale. Les salaires manquaient; toutes les constructions sur le domaine ecclésiastique confisqué étaient suspendues ; les travaux d’utilité publique languissaient. L’émigration paralysait l’industrie. La monnaie s’enfouissait fuyant devant les billets de contiance, car la mauvaise monnaie chasse toujours la bonne. Le prix du ])lé s’élevait sans cesse.
Au début de 1792 des désordres se produisirent à Noyon et à la Barre. A Breteuil, le 20 février, un attroupement considérable occupa la ville sous les ordres de Jacques Duval qui annonça son intention de taxer les blés sans s’inquiéter autrement de la loi.
On convint avec les cultivateurs que le froment serait vendu 23 livres ; le cbampart, 21 livres et le méteil, 18. Ces prix furent proclamés. Un nommé Labroutil ayant vendu à prix débattu se vit entouré par la foule et allait être massacré si le maire, M. Le Vacher de Perla, ne lui eût sauvé la vie en se précipitant entre lui et les furieux.
Le 3 mars on taxa les fers à Couches. Les gens des Baux, de Sainte-Marguerite, de Guernanville passèrent par Breteuil, brent rendre la liberté à six détenus qui avaient été incarcérés la nuit précédente par les gardes de M. de Bouillon pour délits commis dans les bois, et exigèrent que le prix du fer sortant des usines de M. d’Urclé fût réduit à 20 livres le quintal en barres et 22 livres en verges ; des menaces d’incendie étaient proférées et les insurgés, sans autre forme de procès, mettaient en prison ceux qui refusaient de marcher avec eux. Evreux devait être attaqué le 10 mars. L’arrivée de 250 gardes nationaux vint paralyser
ce brigandage d’un nouveau genre. Les émeutiers furent poursuivis et acquittés.