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CHAPITRE X

Offrande du roi Charles VII;— de plusieurs seigneurs Français et Anglais; — de Philippe-le~Don et de Char les-le-Témér aire, ducs de Bourgogne ; — exvoto et pèlerinages divers, 1409—1475.

Comment pourrions - nous , en ouvrant l'histoire des offrandes et des pèlerinages dont la Vierge de Boulogne a été honorée , pendant le XV e siècle , ne pas mettre en première ligne ce roi victorieux, que l'héroïne de Vaucouleurs conduisit miraculeusement à Reims ? Lorsqu'il n'était encore que dauphin, il avait offert h l'Image de Notre Dame de Boulogne les témoignages de son respect et de sa vénération. « Il luy consacra une grande image de vermeil doré, qui avoit sur la teste une couronne enrichie de perles et de pierreries, et qui tenoit une relique en sa main. Celte image estoit posée sur un pied-d'estal d'argent, à six pans, sur l'un desquels estoient gravées les armes du dauphin do France*. »

Charles VII ne faisait en cela qu'imiter ses prédécesseurs, et en particulier le duc de Berri son grand-oncle. Un effet, ce prince, qui porta le titre de comte de Boulogne, par suite de son mariage

(1) Hist, de Pane, image de N.-D. de fi.,sup. cit., p. il. (2; Ant. Le Boy, Ilist. cit. p. 00 , 61.

90 Histoire de N.-D. de Boulogne.

avec l'héritière de celte Maison , fut l'un des plus célèbres bienfaiteurs de l'église de Noire - Dame* Antoine Le Roy nous apprend qu'il fit construire « le grand porlail qui regarde le cimetière où il fit élever une grande figure de la Vierge dans un balteau , accompagnée de sa représentation et de celle de la princesse Jeanne , sa femme. Dans l'un des coslez du mur , estoit taillée l'histoire de l'arrivée de l'Image , et dans l'autre quelques-uns des principaux miracles, le tout enlrelassé de fleurs de lys. La Thrésorerio se ressentit aussi de ses libéralitez; car il y donna uatrès-beau reliquaire, où estoit renfermée quelque partie de la Robbe de Noslre - Seigneur , avec un bourdon d'or, garni de grosses perles, et une coquille de mesme, contenant quelque relique du chef de Saint -Jacques- le- Ma jeur a . >x : ■ : i Ù

A la mort de Jean de Berri, arrivée en i4i5»

le comté de Boulogne passa aux mains des ducs de Bourgogne, quoique les comtes d'Auvergne en gardassent le titreè Les nouveaux possesseurs du comté ne se montrèrent pas moins dévoués que les anciens » envers Celle qui présidait aux destinées du pays. Nous en* verrons des preuves éclatantes dans le cours de ce récit*

Toute la noblesse de France , de Bourgogne et du Boulonnais s'empressait d'orner les autels de Notre-Dame.

« Le duc de Bourbon luy offrit par dévotion une grande émeraude dans un anneau d'or, quia servi d'ornement à la principale pièce de la thrésorerie, qu'on appelloit la belle Croix.

(4) Ce portail a <*té détruit à la fin du XVIII* siècle , lorsque Monseigneur de Parla de Fressv fit bâtir le Petit-St { minaire ; cet édifice s'appuyait sur la cathédrale, à l'endroit même où se trouvait le portait dont il s'agit.

(2) Aut. Le Roy , UUl. cit. p. 79.

Chap. X. — Inventaires du Trésor de N.-D. 91

» Charles de Savoisy, grand ëchansonclc France, voulut immortaliser sa gratitude par un tableau d'or de l'Annonciation de la Sainte-Vierge, émaillé et grèneté de saphirs , de rubis et de perles.

» La piélé de Witart de Bours, chambellan de Philippcs-lc-llardy, duc de Bourgogne, parut dans le présent qu'il fit d'un beau fermait d'or, enrichi de trois saphirs et de douze grosses perles , au milieu duquel paroissoit une Dame , émaillée do blanc, tenant en sa main un rubis de grand prix.

» Un seigneur de la Maison d'Ailïy donna un cœur d'argent avec son écusson ;

» Un autre, de la Maison de Ilambure, un doigt d'argent émaillé, aussi marqué de ses armes.

» Euslachc do Mereadc, religieux de Saint-Pierre de Corbio, un grand Reliquaire de vermeil doré , fermé d'un crystal , et contenant plusieurs reliques de divers Saints, enlr'autres, une coste du martyr saint Symphoricn, et une autre de saint Edmond.

» La dame du Pont-Remy, suspendit dans la chapelle de Nostre-Dame la ligure d'un enfant dans les langes , faite d'argent et marquée de ses armes.

» La dame de Ravenslcin, nièce de la duchesse de Bourgogne, y mit aussi un enfant d'argon* émaillé;

» Et la dame du Rosoy fit hommage d'un trèsbeau reliquaire, soutenu par deux Anges, a\cc un crucifix au dessus , le tout de vermeil doré, du poids de cinq marcs et demi »

» Plusieurs autres seigneurs et dames de qualité ont fait, dans la suite, divers présens à la Sainte- Vierge, qui estoienk ou des gages de la confiance qu'ils avoient en sa protection , ou des marques de leur gratitude, pour quelque faveur receuc. »

» On voyoit, parmi les richesses de la chapelle, une croix d'or, que donna Guy Guillebaut, sieur dt*

(1) Ibid. pp. 65 , 6G.

92 Histoire de N.-D. de Boulogne.

Tournes , Gouverneur des finances de Philippcsle-Bon , duc de Bourgogne, où pcndoil un coeur d'or, avec trois chaînons de inosmc, le tout garni de grosses perles et de pierres précieuses;

» Un reliquaire de vermeil doré, fait en rond , conlonant douze sortes de reliques très-précieuses, qui csloit un vœu de Jean de Norrant , chevalier seigneur de Ront, l'un des principaux chefs du party de Bourgogne , cl Capitaine de la ville de Boulogne, en \^\%;

» Deux anneaux de grand prix, l'un donné par Français de Licques , 1'aulre par la dame do liourecq;

» Deux reliquaires très-riches, l'un fait en croix, avec deux anges à costez, présenté par Jean JMondcl , Seigneur de Long - Villiers et Grand Baillif d'Eslaples; l'autre de figure ronde, où d'un coslé csloit l'image de sainte Agathe, et de l'autre celle de sainte Marguerite, qui estoit un hommage de Marie de Chaslillon, dame deSenarpont , femme de Jean d'Isquo >•

» Entre ceux de la nation Angloise,qui laissèrent dans l'église de Nostre - Dame de Boulogne des marques effectives de leur dévotion, les plus signalez sont : "

» Le Comte Talbot , qui donna a l'Image un* robbe de toile d'or, parsemée de testes de lyon d'or en relief, avec ses armes en broderie, de gueullcs au lyon aussi d'or;

» Le Comlç de Warwick,ce fameux gouverneur de Calais, qui offrit une belle image de la sainte Vierge, faite do vermeil doré, tenant le démon sous ses pieds.

» Les anciens inventaires parlent de plusieurs autres dons de diverses personnes de la mesme

(i) lbid p|> 79 , 80.

Chap. X. — Vœu de Pierre Salmon, en 1409. 03

nation , dont les noms sont peu connus : cnlr'aulrcs, d'une Turquoise de grandeur extraordinaire donnée par un marchand Ànglois; elle servoit de principal ornement à celto Croix , qui pour les grandes richesses qu'elle conlenoit, csloit communément appcllée la belle Croix i. »

i4og. — Pierre Salmon, surnommé le Fruiclicr, secrétaire et confident du roi Charles VI , chargé d'importantes négociations auprès du roi d'Angleterre, promit un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, pour échapper à un danger qui le menaçait. Il raconte dans ses mémoires qu'il était « moult dolent, en grand dangicr, en pays estrange, loin de tous ses amis , en l'indignation du roi d'Angleterre dont il n'avait pas voulu accomplir la voulenté, » calomnié auprès du roi de France et sur le point d'être disgracié. Dans ces conjonctures, que font de nos jours les ambassadeurs?

0 Quant j'eus toutes ces choses avisées et bien » considérées, dit Salmon, je fus en grant per- » plexité et ne trouvai remède en moi , se [si] du » la grâce de Dieu ne venoit. Et lors me pris h » prier Dieu et requérir la Vierge Marie , en lui » vouant et promettant la servir dévotement toute » ma vie et l'alcr veoir et visiter en ses églises do n Boulongne et do Halle 3 , se Dieu me fnisoil » celle grâce d'estre hors de l'inconvénient 011 n j'esloic, et demourer en l'amour et grâce du rot » de Franco mon souverain seigneur 3 .

i4«3 — Jean d'Isque , lieutenant delà ville do

(J)lbiil. pp. 71,72.

(2) N.-D. de liai les, à iô Kil. S.-O, de Bruxelles.

( 3 ) Mèm, de Salmon (Coll. des chron. nal.fr, par J. A. Buchon , suppl. à Froissart , T. XV ) , p, 40.

94 Histoire de N.-D. de Boulogne.

Meanx , fils de Colart d'Isque , capitaine de Boulogne , vint en pèlerinage en celle ville , le 8 octobre i.

i/|33 — « Jacques Lcscot, Abbé de Notre-Dame de Boulogne, qui vivoit en i433, contribua à la décoration de la chapelle par plusieurs riches joyaux , et particulièrement par un fermait d'or , parsemé de pierreries, et par un bras d'argent , où estaient enchâssées quelques parcelles du bras de saint Nicaise 2 .»

1 444 — Fondation du couvent des Cordeliers dan? la Basse-Ville de Boulogne. Le sceau de cette communauté représentait « l'Image de la Vierge , i» comme elle esloit exposée en l'église [de Notrc- » Dame ], durant ces siècles passez, dont elle » représentait naïfvement la figure 3 .»

1 449 — « bon et vertueux chevalier » Jacques do Lalain , après avoir été chercher des joules en tous pays de chevalerie , se proposa détenir un noble pas, pendant un an entier, à Chàlons-sur- Saôue, en i'honnour de la dame des pleurs. Les chroniques du temps ont longuement raconlé les incidents de ce beau fait d'armes 4 . Lorsque l'entreprise fut à fin, on porta, dit Olivier de la iVlarche, les mystères, (ou, comme s'exprimo Le Roy, tout l'appareil d'images et do figures qui avoient servi à

(1) Anl. Le Roy » op. cit., p. 80— « Tl y fut, de la part de rhilippes, dnc de Uourgogne, gratifie, à son arrivée, de quelques lapins du p.iys , qui esloit une manière de présent, avec quoy l'on avoit de coutume alors d'accueillir les personnes de qualité.»

(2) lhid. p. 82.

(3) Aî| li, de Montfort , op. cit., p. 473.

(4) V. entre autres la ehron. du bon cheu. Uas. Jacquas lalain dans la Cotlcet. Buchon.

Chap. X. — Philippe- le- Bon , duc de Bourgogne. 95

ce carousel ) , dans l'église de tNoslre-Dame do d Boulongne , où on les peut encorcs reoir , sur » l'oratoire du duc de Bourgongne 1 . » On y remarquait € la représentation de la Vierge Marie, » lenant le Rédempteur du monde , son Seigneur » ci son Fils ; une dame moult honnoslement et » richement vestue, figurant la dame de plours;» une licorne, qui portait les (rois écus qu'on devait toucher pour le combat de la hache , de l'épéc ou de la lance , et peut-être quelques-unes des figures allégoriques qu'on fit paraître au banquet, durant . lequel furent distribués les prix de la vaillauce 2 .

i^5i — «La demoisello d'Isque , sœur du Seigneur deDampierrc, vint en pèlerinage à Boulogne, au mois de may 3 . •

i453. — « Philîppes, par la grâce de Dieu, Duc

» de Bourgogne , deLolhier, de Brabant et de

» Lembourg, Comte do Flandres, d'Artois, de

» Bourgogne, Palatin de Haynau , de Hollande,

» de Zélande et de Namur, Marquis du Saint -

» Empire , Seigneur de Frise , do Salins, et de

» Malines , sçavoir faisons à tous présens et à venir,

» Nous, depuis aucun temps on ça, avoir donné et

j» fait mettre en l'Église de Nostrc-Dame de nostre

» Ville de Boulogne sur la mer, une Lampe d'or;

9 et afin qu'elle soit fournie d'huilo continuelle-

» ment, pour rendre clarté et lumière, jour et nuit

» perpétuellement et à toujours en ladite Église,

( 1 ) hièm. d'Olivier de la Marche , P. I, ch. 21, dans la Coll. univ. des Mcm. part, re/at. à t'Hist. de tV. 1785 , T. VUI « p. 262. Ant. Le Boy , op. cit. p. U4.

( 2 ) Cs. ViJists des ducs de Bourgogne , par M, de Barante , Liv. VII, in ftne. Nous ne savons sur quel fondement M. de Barante s'est appuyé", pour dire que • le tableau, la figure et la licorne furrnt portés dans l'église de Chàlons. •

(3j Ant. te Roy , op. cit. . 81,

90 Histoire de iV.-D. de Boulogue.

» h Phonncur, service et révérence de Dieu nostro » Créateur, et de la glorieuse Vierge Marie sa » benoisto Mère» Nous avons fait délivrer à nos » bien-amez en Qicu les Religieux , Abbé et Con- » vont do ladite Église, certaine somme de deniers, » pour employer en rente, dont ladite Lampo » puisse cslro suffisamment administrée et fournie » <f huit le , au long de Tan, et par chacun an » perpétuellement.

» Lesquels Religieux, des deniers dessus dits, » ont acquis nouvellement , pour la fondation de » l'huile do la dile Lampe, d'un nommé Jehan do » Londefort, cent sols parisis de rente hérilable » par an, qui se comprent en certain droit do » dixmo, qu'iceluy de Londefort a éclichié d'un » Fief qu'il lient do nous en Iby et hommage , à » cause de nostre Comté do Boulogne, et lequel » droit de dix me ainsi acquis , lesdits religieux ne » pourroieat tenir ne posséder sans^amortissement, » mais pourraient estre contraints à le mettre hors » leurs mains, dont s'ensuivroit que la fondation do » de l'huile do ladito Lampe seroit nulle, qui seroit » contre nostre volonté , ferme propos et vraye » enlenlion: pourquoy, Nous, désirant ladite allu- » mée, et servir à Dieu et a sa glorieuse Mère, » et que soyons participans au service de Dieu , » prières , oraisons et bienfaits qui sont et seront » faits en ladite Église a toujours mais;

» Avons, de nostre certaine science , yolonté et » propre mouvement , ledit droit do dixmo en » ladite valeur de cent sols parisis de rente et » revenu par an, pour la fondation de l'huile » nécessaire pour allumer ladite Lampe et donner » clarté et lumière, pour le service de Dieu et de » s.i glorieuse Mère , perpétuellement jour et nuit » en ladito Eglise, admorli et admortissons franche- » ment par ces présentes;.. , pourvcu loutcsfois que

Chap.' — Bannières des métiers de Gand. 97

» lesdits Religieux bailleront par écrit la déclara- * lion dudit droit de dixmc en (a valeur dessus-dite i en l'expédition de celle présente , en nostre » Chnmbrc des Comptes , en cette noslro Ville do » Lille , ; ^ "

» Donné en nostro-dite Ville, Io i4 fl jour do » Février Tan de grâce i45a •

On voyait outre cela, dans la trésorerie, deux magnifiques présents dus à la libéralité du mémo prince: « le premier estoit une grande imago de la Sainte Yicrgo , du poids de trente - six marcs , appellée communément la grande Nostrc-Dame de Bourgogne, qui esloit do vermeil doré, à la couronne d or parsemée de pierreries, tenant en sa main un reliquaire aussi d'or; l'autre esloit un grand vase d'or, bordé de cinq rubis, do six saphirs, de deux amélbistes et do cfoqnanlo grosses perles, au milieu de quoy on voyeit, au travers d'un beau crystal,des cheveux de la Sainte- Vierge, le tout posé sous un arbre do vermeil doré , en façon de créquier, soutenu par deux anges de niesme matière 2 . »

Une autre preuve de la dévotion que ce duc ressentait pour Noire -Dame de Boulogne , c'esfc que, après la bataille de Gavre, dans laquelle il réduisit à son obéissance les Gantois révoltés, les bannières des corps de métiers de Gand furent portées , « la moilié devant Noslrc - Dame do » Boulongne, et Paulre moilié dcvanl Noslre-Damc » de Halles, » oïl Ton pouvait encore les voir, au temps d'Olivier la Marche, qui rapporte ce fait dans ses mémoires 3 .

( i ) Ibiil. pièces jitstip. pp. 279, 28J; il faut remarquer que la <lnle est vieux style,

(2) Ibid. pp. 92, 93.

(3) OU?, de la Marche, Sîcm, sup. cit. p. 405. Ant. te Roy, op. cit. p. 94 , 95.

98 Histoire de N.~D. de Boulogne.

i46o, 3i octobre. — «Les vicaires de Povesque » d'Arras eslargirent et mirent hors de prison une » josne femme, nommée Bclolte, laquelle estoit » unefîllode joie* Cette femme commune, laquelle » avoit esté Vaudoisc , avoit esté par plusieurs fois » mise h la torture, et confessé avo?r esté en ladite » Vaudcne. Lesdils vicaires la délivrèrent fran- » chement, sauf qu'ils la congièrent hors Tévesquié » d'Arras, et lui enjoignirent d'aller à Nostre-Dame » de Boullongne »

1460 — c La confrérie de Notre - Dame Panetière , établie dans l'église do Saint-Pierre d'Aire, possédait, en 1460, comme on le voit par tin compte de la confrérie, rendu en cette année , v une coite pour pairer Nostre-Dame , de drap do » damas cler sanguine , figurée de feuilles d'or, » et une parelle cotte pour son Fils, sur laquelle a » atachié iij ymaîges de Nostre-Dame de Boul- » longne, d'argent doiré, dont l'une est attachié à » une cai nette d'argent et les deux autres sont

» dorées ; item, une pièce de drap, où il y a iij

a grans ymaiges rons de Noslre-Danie deBoul- » longne^. » '

1464 • juillet. — L c r oi Louis XI, se trouvant à Abbeville, donna à l'église de Notre-Dame de Boulogne des Lettres de protection et de sauvegarde , « considérant, dit-il, la continuelle occupacion que noz bien amez, les religieux , Abbé et convent de Nostre-Dame do Boulongne-sur-la-mer > estant de fondation royal , ont chascun jour à faire le divin service en leur église , et h ce que [afin que] plus dévotement ils puissent icelluy service mieulx

(1) J. Rouycr, Notice sup. ch. p. 238.

( 2 ) i!A;m. Je, J. du Clercq , suppl. aux citron, de Nonstretet , Alit. JJuchon, 1S2G , T. XIV , p. 70.

Chap. X.—Charles-le-Témèraire. 99

faire et continuer et prier Dieu pour Nous et les trépassez $

1467. — Charlcs-le-Témérairc , duc de Bourgogne, imita la piété de son père envers la patronne du Boulonnais. On voyait dans la chapelle do Notre-Dame, « devant la sainte Image leurs efïîgies d'or massif , qui les représentoient tous deux à cheval. Celle de Charles-Ie-Hardy , (c'est ainsi que l|«&JIe Antoine Le Roy) ,estoit la plus remarquable: eft^&primoit un homme armé, tenant d'une main son épéc, où pendoit Pécu des armes de Bourgogne, et, de l'autre, les resnes de son cheval, qui esloit émaillé de gris, et pommelé d'or sur un piedd'estal de vermeil doré 2 . »

Ce même duc Charles « laissa à la trésorerie son anneau ducal, à quatre tables de diamans » que l'on posa, avec son écusson et sa devise , au pied de la croix d'or appellée la belle Croix 3 . »

«Ces deux grands Princes ne bornèrent point la leur générosité. Ils firent encore don à l'église de quantité d'ornemens fort précieux , tant pour la décoration de l'autel, que pour l'usage de la sainte Image; entre lesquels estoit remarquable une robbe aux armes de Bourgogne, ayant sur une colline tîssue de fil d'or, un arbre chargé de pommes de pin d'argent. Cette église conserve encore aujourd'hui un chasuble et deux tuniques servans aux messes solemnelles, dont l'étoile est à fond d'or parsemé de grandes roses de veloux cramoisi, avec plusieurs figures d'Apostres aussi relevées en or % qui sont des restes de la libéralité de l'un de ces

(1j Ordonn. des rais do Fr. de la III* race, T. XVI , pp. 224 et 225.

(2; Ant. Le Roy , op. cit. p., 92.

(3) Ibid. p. 93.

100 Histoire de N^D. de Boulogne.

deux Ducs. Cet ornement» après plus de deux cens ans , est encore fort eulier et fort riche : les armes de Bourgogne y sont en broderie accompagnées des quartiers de Brabaut et de Lirobourg et de celuy de Flandres sur le tout, avec les deux fors de fusil enlrelassez et élincelans , que les chevaliers de la Toison d'or portoient pour corps de leur devise K »

i4fi8. — Sous le duc Charles , les bannières des corps de métiers de Gand furent encore une foi* confisquées et envoyées b Notre-Dame de Boulogne, « Ces peuples» dit Antoine Le Roy, s'estant mutinez de nouveau en 1467 » lorsqu'il fit sa première entrée» dans leur ville , et l'ayant forcé de leur accorder que chaque mestier pust avoir sa bannière, comme autrefois; il les força h son tour, après la défaite des Liégeois, devenir, dans ui* équipage lugubre , luy faire satisfaction dans sa vi Ito de Bruxelles > où il parut sur un superbe Tribunal * et d'apporter à ses pieds tous ces eslendarts de sédition. Il esloieni au nombre de soixante- douze. Charles les envoya tous à Rostre -Dame de Boulogne , pour y faim compagnie h ceux que son père y avoit arborez *• C'esloit là comme autant de d'avertissemens publics de la soumission que les sujets doivent à leurs princes légitimes , et de la rcconnoissance que les princes doivent à Dieu et à ses Saints , dans toutes les occasions de prospérité 8 . »

(1) ïbid. pp. 93,, P4.

(2) Le Roy cite: G. Paradin, Annale» de l'ourgogne , que* nous n'avons pu consulter; et la continuation de Du Baillant, L. 25. Voici ce qu'on trouve dans ce dernier ouvrage : « Et furent toutes l les dites bannières ] envoyées à Nostre - Dame de Bou- Jongne-sur- la mer, où estoient encores celle» qui leur furent entées durant le temps de son père le duc Philippe*. • — M. de Baran!e, dans ion Jiist . des ducs de Bourgogne,, ne mentionne point ces détails.

(3) Ant. Le Roy, UUl. cit. p 95.

Chap. X. — Pèlerinage des AuJomafvis. \Ql

*4G8. — Une émeute populaire ayant eu Heu entre les habitants de Saint-Orne» et ceux du Haut- Pont, le duc de Bourgogne condamna les coupables à faire un pèlerinage à- Notre-Dame de Boulogne. La sentence prononcée contre eux est datée du 29 mars V

La lettre suivante , que nous avons copiée dan* les Archives de la ville de Saint- Orner r lait foi de l'accomplissement de ce pèlerinage.

» Nous Jehan, par le permission divine, humble » Abbé de l'église Nostre - Dame de Boullongne » et tout lo couvent de ce meisme lieu , Salut.

» Certifiions, h tous qu'il appartient, que, au jour » dui , dernier jourde juillet, sont venus en nostre » dicte église, en pèlerinage, Jehtin Stas, Raus de » le Taverne , Denis de Wissoc , Leuran Zoileni , » Wille Robin , Hervet Emoul , Martin Wcilre- » zune, C 4 hrestien Wedemairc, tous de Saint - » Omer,.»y qu'ils dyent; lesquels ont foit oblacion » à la Vierge Marie , réclaittée en icelle église , de » chacun ung cierge pesant chacun trois livres de » chire, en- signe de oblacion, en acomplissan*

» gneurleduc, en fournissant (?)ct acomplissant » icelle sentence, dont pour le acquit il nous ont » requis ceste présente certifïieacion , pour leur » raloir ainsi qu'il apartiendra.

» En lesmoing de ce, nous avons foict mettre » le secl, du quel nous avons acouslumé user » entre tous pèlerins , venans en peler inaige eu » nostre dicte église.

(4) «Ht au regard des personnes de delà ledit Haut- Pont , ils seront ternis dé porter leurs dits cierges, en leurs personnes, en nostre ville de Boulongne, et les offrir à l'image Nostre -Daine illec,doiit ils seront Irnus de rapporter ccrlifûcacion â doé commis. » *- 29 mars 1467 , v t st.

102 Histoire de iV r .-Z). de Boulogne.

» Faitte et donnée le jour dessus dit mil cccc. lxviij. j>

Scellé d'un sceau , pendant sur queue de parchemin ».

1468. — L'abbé, qui signa l'acte que nous venons de citer , Jehan du Poul, donna à l'église de Notre- Dame « une couronne d'argent doré, où estaient enchâssées plusieurs reliques, que le trésorier donnoit à baiser aux pèlerins, et leur mettait sur la teste 8 . »

1473 # i5 mai. — Les mayeur et échevins de fa ville d'Aire condamnent un bourgeois de cette ville, à faire un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne s.

i475. — « Le comlc d'Escalles, frère d'Elisakelh , femme d'Édouard IV, roi d'Angleterre, consacra à la décoration de la chapelle de Nostre- Dame un petit tableau d'or massif, à quatre manteaux. Il j a apparence que ce fut en 1^5 qu'il fit ce présent , quand le roy son beau - frère , estant débarqué a Calais , vint avec l'élite de la Noblesse en la ville de Boulogne, accompagné de Charles» duc de Bourgogne, qui Testait venu joindre à la descente du vaisseau *. »

» Outre les présens dont les vieux inventaires de la Trésorerie nous font foy; les anciens registres de l'Abbaye font mention de plusieurs messes, fondées par diverses personnes considérables du

(4) Archives communales de Saint-Omor, Boite cxxrn, n*2.

(2) Antoine Le Roy , Uist. cit. pp. 82 , 83.

(3) Ephcmcrldes de l'Hist. do Boulogne , pnr M. F.Morand; elles «lit mois de mai sont encore inédites.

(4; Anî. Le Roy, op. cit., p, 71,

Vœu de Louis XI. 103

Boulenois; entr'autrcs , par Jeanne de Sempy, veuve de Jean de Bournonville, seigneur de Hourecq; par le seigneur de Bellebrune , capitaine de la ville de Boulogne , par les seigneurs de Hodic, de Ilardenthun, Desprez, de Bédouastrc, d'Huppelande , Deimarquets , et par plusieurs autres parliculiers; ce qui est encore un très-beau témoignage de la confiance, que l'ancienne noblesse du Boulenois a toujours eue dans les prières et les sacrifices qui s'oflroient à Dieu , par l'intercession de la Sainte-Vierge, et en présence de son Image 1 *

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