CHAPITRE IX
Hôpitaux fondés pour favoriser les pèlerinages ; — culte de Noire -Dame en diverses chapelles ; — médailles et souvenir de pèlerinage.
Dans nos temps modernes, avec la rapidité et la sécurilé des communications, les pèlerinages les plus lointains n'offrent , pour ainsi dire, aucune difficulté : on fait aujourd'hui le tour du inonde plus facilement qu'un pèlerin du moyen âge n'allait do Boulogne à Jérusalem , ou à Gompostclle. C'était une expédition hardie et périlleuse que celle d'aller accomplir un vœu dans un sanc-
(I) lbid. p. 74 et 75.
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luaîre éloigné; de traverser des provinces, souvent ennemies , sans avoir d'autre abri , le soir, que la voûte du ciel , ou l'hospitalité douteuse d'une famille étrangère; de cheminer, sous la sculo protection de sa foi , le bourdon à la main et fa panetière à la ceinture, vivant d'aumônes, et buvant dans la coquille sainte l'eau du torrent , ou de la fontaine solitaire.
Heureusement la charité chrétienne , à qui rien n'échappe, avait pourvu aux besoins des voyageurs* fi Ils inspiraient un si grand intérêt , qu'on vit s'établir pour leur utilité , des chevaliers qui les escortaient , des religieux qui leur donnaient l'hospitalité et même, des dames de haut parage qui leur accordaient un gracieux accueil dans les châteaux »
Outre l'hôpital de Sainte-Catherine , érigé dans la ville de Boulogne, au commencement du XHf* siècle , pour le soulagement des pauvres , des malades et des pèlerins , il y en avait un autre, au XIV e siècle, « à une lieue et demie de Boulogne, » proche le grand chemin d'Àudisque, en la » paroisse de Saint - Estienne , où l'on recevoit » les pèlerins qui alloient en cette ville , et » particulièrement les femmes enceintes que la » nécessité de faire Icuri couches surprenoit en » chemin 2 . »
A la même époque , « quelques vertueuses filles » d'Abbcville voyans la grande dévotion qu » estoit pour lors de visiter l'Image miraculeuse » de Nostre -Dame de Boulogne-sur la mer , et » que quantité de personnes passoient par Abbc-
(i) Dictionn. des pèlerinages anciens et modernes, par L. de Sîvry el Chnmpagnac ; ( Encyclcp. tltcolog. de M. l'abbé Migne» Tom. XLIU), p. 46.
v2; Ant. Le Roy, Hitt. de N. D* cfcU.cit. , p. 40,
Chap. IX. — Hôpital d'Abbeville. 83
y> ville pour faire ce pèlerinage: ces bonnes filles » donnèrent leurs biens pour baslir un Hospilal » en l'honneur de Nostre-Dame de Boulogne.
» afin que les pèlerins , pauvres et riches , fussent » soulagez durant leur voyage.
» 11 y avoit autrefois des Frères Hospitaliers en » cet Hospilal , destinez pour y recevoir ceux qui » alloient par dévotion demander quelque grâce » ou guérison à Nostre-Dame de Boulogne , qui y » estoient receus a>oc grande charité; et ces » Frères Hospitaliers avoient la permission d'y y> chanter l'office divin *. »
» Ces élablissemens d'Hôpitaux et de lieux de retraite pour les pauvres infirmes et les étrangers, qui venoient en pèlerinage à Boulogne , montrent que cette dévotion estoit anciennement fort célèbre et fort renommée dans le monde,
» Mais voicy une autre preuve pour le moins aussi authentique. Je la prends de ces églises et chapelles qui ont eslé bâties en différons endroits du royaume , sous le nom et sur le modèle de celle de Boulogne , et dont Dieu mesme a voulu , dans la suite, approuver l'établissement par les grands et fréquents miracles qui s'y sont opérez.
» Les mariniers de la côte Boulenoise , qui ont toujours ressenti des effets singuliers de la protection de la Sainte-Vierge , ainsi, qqe nous le remarquons ailleurs , élevèrent à son honneur une belle chapelle dans l'église, do Nos Ire - Dame de
( i ) L'HUt. ecclês» dètaviitt de d'Âàbévillè et defArehid: de Pontlùeu, parle K F. Iguace- Joseph de Jésas-Maria, 1646. L. 1, C. 70, p. 377 et *r. Ci. Ànt. Le Roy. Ilist,6l. p. 42 : Louandre. Hist. iTAbbcvUts , T. II , p. 509.
Au XVII* siècle, cet hôpital fut réuni à la maison des Mini . messes, et la confrérie de Noire Dame de Boulogne, qui y subsistait encore, fut transférée dans J'égliae Sauil-Jacqu*».
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Cremarcst 1 , et y mirent une Imago de la mesme figure que celle tic Boulogne, où ils allouent reudre leurs vœux avec beaucoup de religion, et où chaque maislrc de navire estoit obligé d'entretenir un cierge. Il y avoit dans celte chapelle une célèbre confrérie, et il s'y est fait quantité de miracles, particulièrement en faveur des enfans morts sans baptême , ainsi qu'on peut le voir dans un registre de l'église, qui commence environ Tan i4oo, sous
le titre d'Enfans receus à grâce*. Plusieurs
personnes de qualité , par une louable émulation, ont donné de leurs biens et de leurs terres a cette chapelle , pour y entretenir le service divin, comme on le voit encore dans un autre registre , où il y a de ces legs pieux dès Tan i3oo s . Celte chapelle a subsisté, et la dévotion s'y est maintenue dans toute sa vigueur, jusqu'à la prise de Boulogne par les Ànglois , qui ruinèrent la pluspart des lieux saints, et s'efforcèrent , autant qu'ils purent, d'abolir principalement le culte de la Sainte-Vierge, dans toute l'étendue de ce païs.
» Il y a à Arras une église, appelée Nostre-Damc en Chaste! , parce qu'elle est située dans l'ancien chasleau de cette ville , où l'on révère depuis longtemps une Image de la Vierge dans un bateau, semblable h celle de Boulogne, à cause de quoy quelques-uns l'appellent aussi l'église de Nostre- ])ame de Boulogne. C'est une des plus anciennes de la ville, et qui paroisl do mesme construction que celle de Saint-Vaast, dont elle est attenante.
(4) Canton de Dcsvrcs , Arr. de Boulogne.
(2) Ce Bcgislre parait avoir cle perdu depuis le temps où Le Roy écrivait son histoire.
(3) I.c Kart a taire de t'cn^lits Nostrc - Dame de Cremarcs 9 coiomoticé eu 443G, renferme les donations dont parle Ant, Le Roy. La première charte est de l'an 1352.
Chap. IX — Chapelle de N.-D., près Monididier. 85
Ferry de Locre 1 assure qu'il s'y faisoit autrefois quantité de miracles; cl les dilTércns vœux (jue l'on y voit suspendus , témoignent que Dieu n en a pas retiré sa main toute - puissante, et que les fidèles, qui y ont recours dans leurs besoins, en ressentent encore aujourd'hui les salutaires eflels. Comme celle église est bâtie dans l'enceinte du vieux chasteau d'Arras , d'oùrclevoil anciennement le comté de Boulogne , cela nous donne lieu de conjecturer que c'est cette subordination temporelle qui en a lait naistre une autre toute spirituelle ; et que les anciens comtes d'Artois ont lait gloire d'honorer, dans le centre de leur ville capitale, la Patronne d'un comté qui leur estoit leudataire.
» Il y avoil aussi autrefois, h la porte de Montdidier , sur le grand chemin d'Amiens , une chapelle qui porloit le nom de Noslrc - Dame de Boulogne. Elle fut bâtie proche d'un lieu qu'on appelle encore aujourd'huy le Clos de Boulogne ; mais il est arrivé par le malheur des temps qu'elle est tombée en ruine , et qu'à peine il en reste quelques vestiges, pour marquer l'endroit où elle a esté : l'on voit seulement dans le chœur de l'église paroissiale du faubourg, dont ce clos dépend» une grande vitre où est peinte l'Image de Kostrc- Dame de Boulogne, dans un navire flottant, accompagné de deux anges 2 . »
(1) Tn citron. Iîelg. ad an. 42S0.
Voici le texte de Ferry (te Locre :
« Alrebali , Bealne Virginia Icuncula, quac intra Vedastini Monasteni septa , pervetusto sacello reclusa est ( illi Nostrre Domina; a Castro nomen ) signis variis prodigiisque resplendcî. Ad ejus praesentiam vcl rnemoriam, cnergumeni liberati , naufrafln salvali , muti , creci , hciniosi sanitati restituli.»
(2) Ant. Le Roy, BUt. de N.-D. de II. pp. 42 44. M. Cauvcl de Bcauvillé, qui prépare une histoire de Montdidicr , nous apprend que , de nos jours , le souvenir de Notre- Dame de Boulogne a complètement disparu du pays. La verrière, dont parle Le Roy t se voyait encore, au siècle dernier , dans IVglisc de la paroisse de Saint-Mai lin , sur le territoire de laquelle l'ancienne chapelle était située.
86 Hisloûe de N.-D. de Boulogne
Ce clos de Montdidier , dont l'église de Boulogne a joui jusqu'à la Révolution française , avait été acquis, en i36o, par Matthieu de Montdidier , abbé de Notre-Dame, Antoine Le Roy, nous apprend que ce prélat offrit, en outre, « devant l'Image, un reliquaire de grand prix , où il y avoit des reliques de saint Augustin «. »
Le R. P. Alphonce de Montforl , capucin de Boulogne, auteur d'une Htelôire de Notre-Dame, imprimée en t654 » cite encore parmi les lieux de pèlerinage secondaire , érigés en l'honneur de notre Vierge miraculeuse , « à quatre lieues Je la ville y> de Blois -sur- Loire , un prieuré de l'ordre dè » Grammont, appellé Boulongne, où l'église est » dédiée à la Vierge qu'on nomme Nostve-Datne » de Boulongne. » ( 11 n'en reste plus que des ruines t et le souvenir de Notre - Dame y est complètement effacé 2 >. Une image de la Vierge , « faietc sur celle do Boulongnc » , se trouvait au rapport du même auteur, r en l'église de Nostre- » Dame de Boulongne , qui est à deux lieues de » Montdidiers, en un village surnommé Boulongne- » la-Grasse, pour le distinguer de BoiHongne-sury> mer;.... Etés environs de Thoulouse, il y a «ne » ville qui porte te nom de Boulongne, où en dit » qu3 l'église est aussi dédiée a la Saincle-Vienge*. »
Les pèlerins de Notre-Dame de Boulogne ne se
{i)Hi$u cît. p. 82.
(2) Lctlrc de M, Chesné, curé de Cliambord, du 44 février 48B7.
(3) llist. de l'ancienne image, de N.*D. de Roulongne ( par le R. P. Àlphonce de Montfort ), Paris, P. Lamy, i634 , pp». 75 , 76.
Ni à Boulogne?- la- Grasse* (arrondissement de Compiègne) , ni à Boulogne sur Gesse, (arrondissement deSaint-Gaudens , à 85 kilonruHics de Toulouse), on n*a conservé Je inoindre souvenir de Notre-Dame de Boulogne-sur-mcr. La ville de Boulogne -sur- Gesse possède une belle église , dans le sty.tc ogival j et cette enlise a pour patronne la Sainte- Vierge.— lettre de M. Bellay turé Do } en , 13 Nyrfcr 1867,
Chap. IX.— Médailles de Notre-Dame. 87
contentaient pas d'ériger ainsi, en plusieurs endroits , de pieuses confréries et, en quelque sorle\ des succursales du sanctuaire vénéré : ils emportaient avec eux des souvenirs qu'ils pussent con*server au foyer domestique, pjur rester toujours sous la protection de Marie. Nous voulons parler des médailles , sur lesquelles était représentée l'image de leur divine protectrice. « On en fabriquoit de toutes sortes de métaux , mais particulièrement d'or et d'argent ; et il s'en débiloit une telle quantité dans la ville, que la pluspart des orfèvres et autres ouvriers n'esloient occupez qu'à ce travail. Plusieurs de ces médailles se sont sauvées du naufrage des temps ; et il s'en voyait encore , dit Antoine Le Roy , en beaucoup de lieux de Flandres et d'Artois , surtout en la ville de Saint-Omer , laquelle estant la plus voisine de Boulogne , a voit avec elle un commerce plus particulier de religion »
On a retrouvé , de nos Jours , plusieurs médailles de ce genre, dans les ruines de Térouanne, et à Paris , lors des travaux de draguage qu'on a exécutés dans la Seine. Les types en sont variés 9 avec ou sans légende. Quelques-unes sont de ligure ronde ; d'autres en forme de sachet , ce qu4 justifierait la dénomination de Sporlllles , sous laquelle on les connaissait dans certains sanctuaires a . Les numismates les désignent sous le nom
d'enseignes de pèlerinage. M. J. Rouyer en
décrit une, de la manière suivante, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie : « Celte enseigne , dit-il , est faite en forme » de sachet; elle était garnie , par le haut, de
(1) Ànt. Le Roy, ffist. cit. p. 38.
(2) Cs. A. B. Caillau, Mit. criU cl reliç. de iV.-D. de Roc* Anudour , p. 113,
68 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.
3 deux anses de suspension , dont l'une a disparu. » Elle est creuse , et les bords supérieurs , bien » que rapprochés , n'en sont pas soudés t ce qui » ne laisse guère douler de l'intention que l'on » a eue, en la confectionnant , de ménager ainsi > au futur acquéreur les moyens d'insérer dans le » corps de l'enseigne , soit un souvenir de pèleri- » nage , comme quelques goultos de la cire d'un » cierge • consumé devant la 6ainlo image, 6oit „ tout autre objet qui dût augmenter h ses yeux » le prix de l'enseigne , ou dont l'enseigne devait » augmenter le prix. On voit d'un côté de celte » pièce la Sainte-Vierge dans un vaisseau flottant r » portant sur le bras droit le plan en relief d'une » église. Ce type est entouré d'une légende en ca- » ractères gothiques , ainsi conçue : STE-MAR1E: » DE : BOVLOINGNE. De l'autre côté se trquve „ la même légende, avec une légère variante : . STE : MARIE : DE : BOVLLONGNE , autour » de l'efligie do la Sa'mte-Vicrgc portant l'enfant » Jésus sur le bras gaucho , et recevant les vœux » d'un personnage qui prie à ses pieds »
Un sachet du même genre a été retrouvé en Angleterre et publié par M. Iloach Smith , dan*
ses Collectanea anliqua 2 .
Comme le fait remarquer le P. Alphonce, on a gravé les images des princes « dessus la monnoye* » avec laquelle l'on fait le traficq et l'on se pour- » voit des biens nécessaires à la conservation de la » vie , comme si le prince estoit présent partout » par sa bonté et sa vigilance , pour secourir » toutes les nécessitez; selon cette considération ,
(1) Notice hist. sur quelques médailles de iV.-D. de Boulogne t par M. Jules Rouyer, ( Mcm. de la Soc, des Antiq. de la Morinic, T. IX, i«e part. p. 2'i0.
{2) T. II., lîtëQ 51, cit. par M, J. Rouycr , ibkl.
Offrande du roi Charles VII. 89
» il ne devroit point y avoir au monde de lieux ny
» de personnes qui ne portassent l'image de la
» Saincle-Vierge , parce qu'elle présente partout
» le secours de ses grâces, et, si on ne les ressent
» pas, c'est que l'on a trop peu de mérite , ou
» trop peu de foy , pour les recevoir \ »