‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 18 sur 45 · EX \ OTO · texte numérisé non relu

EX \ OTO

« 0#fer* a la divine Vierge Marie, ■ ■ « dftm «m j asictuaire de ÉtmUùgne J ' • par ie wrdinal Antoine de Créquy , j > te 20 1571,. . u-^f « Après être revenu de la ville de Romains,

(1) Antoine Le Roy, U fit, cit. pp. itf6~*170 5 ^ .... .. A

Chap. XVI. —Vœux et offrandes. 155

* avec mes compagnons , s%in et sauf dans ma pa- » trie, il m'est enfin donné, Vierçe Sainte, de » vous offrir ici les vœux de ma piété et le tribal » de ma reconnaissance. Je • vous en prie avec » larmes, prenez en main la défense du nom dé » votre Fils , étendez votre doux patronage sur » la cause Chrétienne. Que le Seigneur daigne » enfin guérir les maux cruels de l'Église' éotk » * Épouse , et , de sa main victorieuse , soutenir et » diriger le sceptre de la France. Qu'il jette un » regard de bonté sur le troupeau dont jo suis le » pasteur, sur mes enfants, ma sœur bien-aimée » et sur ma maison tout entière. Si les calomnies » do mes détracteurs s'attaquent à ma réputation , » faites que je n'en sois point accablé. Ah l si lé » Dieu tout - puissant vous accorde au plus tôt » l'effet de ces prières, heureux, oh I oui, heureux » alors, d Vierge très-sainte, je vous consacrerai ce » qui me reste de vie ; car je ne crains point de » vous appeler la Mère de mon Dieu, la Reine du » Ciel. »

« Quelques années après, un chanoine et escholastre de l'Église d'Amiens fit aussi un vœu à la Sainte- Vierge, qui estoit gravé sur une plaque d'argent eu ces. termes :

Deo 0. M. et integrœ Virgini M<wiœ Bolc niensi, voli religione ac pietate obslriclus, Thomas Obry , Ambianenm Ecdesiœ Schêlas tiens ac Canonicus y Anathema hoc posait 9 cal. Jun. 4584 \. :

» A Dieu très-bon , très-grand , et à l'immaculée

* Vierge Marie de Boulogne , Thomas Obry , » écolàtrc et chanoine de l'Église d'Amiens, a

* offert £et ex voto , en exécution religieuse d'un » vœu , le 2& rqoi i584- »

Cl> Anf. Le Roy , Abrèzê de l'Utstoive de N.-D. a* £om9£M +

156 Histoire de N.-D. de Boulogne.

Au mois de juin de Ton i6o4> Anne de Caumont, marquise de Fronsac , vint en pèlerinage à Notre- Dame de Boulogne, afin d'obtenir la grâce d'avoir un fils de son mariage, contracté, en i5g5 , avec François d'Orléans, comte de Saint-Pol, duc de Fronsac et de Château -Thierry, pair de France , de l'illustre maison de Longueville. Ce bonheur fut accordé à ses instantes prières , et , le 9 mars i6o5, elle mit au monde Léonor d'Orléans, duc de Fronsac, en compagnie duquel elle revint à Boulogne, en 1G16, pour y rendre de solennelles actions de grâces à sa divine bienfaitrice. Le jeuiie duc embrassa la carrière des armes et ne tarda pas à donner de grandes espérances; mais Dieu le retira de ce monde avant qu'il eût atteint sa dixhuitième année. « Celte fleur que nous avons vue s'épanouir, dit un chroniqueur, perdit la vie heureusement sans la flétrir, en réduisant les huguenots sous l'obéissance du Roy, au siège de Montpellier, le 3 septembre 1622 K »

CIIAPITRE XVIL

On retrouve l'ancienne Image miraculeuse que les Huguenots avaient en vain cherché à détruire ; — Informations juridiques à ce sujet Miracles et pèlerinages , 1 607 — 1 617.

Ta piété populaire ne s'était point trompée dans ses espérances : on allait voir réapparaître l'antique statue miraculeuse de Notre- Dame de Boulogne. Quelques personnes se pré-

(\) Anonyme , dans les notes msstes d'Ant. Le Roy, sup. cit.; p. 141. Cf. le P. Daniel , UUt. dçFr. CdiL in 4- 4756, T. XIII p. 382 3 Morcri, Dict. htst. 9

Chap. X VI II. --Découverte de la Su Image. \5Ï

occupaient vivement des bruit* qui couraient à cet égard. Un laboureur de Bellebrune, Jacques De Wismes, étant allé à la guerre, vers la fin do Tannée 1 588, avait entendu , pendant une veillée militaire, dans le village d'inxent, une conversation qui l'avait fortement intéressé. Parmi les soudarts qui se racontaient leurs exploits des années passées , aGn de charmer les ennuis du corps de garde, se trouvait un sergent, nommé Bertrand Brillart, homme d'un certain âge, appartenant h la religion réformée. Les vingt ou trente années de service qu'il comptait alori lui donnaient ('occasion de rapporter maint fait d'armes et mille piquantes aventures.

Ce soir là, Brillart se mit «à parleret discourir des ruines et massacres faictes en la ville de Boullongne, tant par luy que ceux de sa religion ; disant entre aultres choses qu'ilz avoient tuez et massacrez plusieurs prebstres , ruinez les églises, mis le feu en Scellés , rompus et brisés les images , et que ce fut luy avec aultres, qui prirent et eslevèrent l'imago de la glorieuse Vierge Marie , du lieu où elle estoit posée en l'église de Nostrc-Damc. » Ces révélations frappaient de terreur le jeune soldat catholique , à qui sa mère avait inspiré un saint respect pour « la bonne Notre-Dame. »

Brillart ne borna point là ses confidences : il est rare que le méchant puisse garder longtemps le. secret de ses crimes. On sut que les huguenots .avaient essayé de brûler l'Image , sans pouvoir y réussir; après quoi, « ils prindrent quelque coignée .pour la rompre et briser par morceaux** Cfi . moyen n'ayant pas eu plus d'efficacité que le premier , ils avaient pris le parti de l'enfouir sous un tas de fumier, où ils l'avaient laissée , disait-on,

Ïtrès de trois ans. « Plus tard , estant allés voir sy aditc image estoit pourrye etgastéc, et aiant trouvé

15S Hisioiie de N.-D. de Boulogne.

qu'elle n'esloit endommagée , ils la jetèrent dan^ un puids, » d'où ils se dallaient qu'elle ne serait jamais retirée* Brillart ne dit pas où était ce puits f mais De Wismes, qui était ué à WalrezoJle , dans la paroisse de Wimille , put comprendre , à certains indices, que ce n'était pus loin de sa maison, paternelle.

Une femme de Wimille, nommée Catherine Le 1 Febvrc, arait entendu aussi quelques récits à ce sujet. Brillart avait logé dans sa maison, pendant une tournée qu'il avait faite, « afin de recueillir des hommes pour la montre. » Dans ses va nie ries sacrilèges, le huguenot disait avoir fait allumer quinze ou seize fagots, au milieu desquels l'image avait été mise; mais la flamme ne l'avait point atteinte, au grand étonnement de l'iconoclaste , qui disait en son langage de soldat : « Je ne sçay de quel d,.... de bois elle est fajete. »

Il y a , sur la paroisse de Wimille , à peu du distance de Boulogne, un château, bâti au XVI* siècle, et qu'on appelle le château de Honvault. C'était là que vivait encore, en 1607, un vieux gentilhomme, -nommé Jehan de F rohart , autrefois lieutenant-particulier en la sénéchaussée du Boulonnais. Il avait pris une part active aux guerresde religion. On l'accûsait d'avoir versé le sang des prêtres, et on l'avait vu courir, l'épée à ta main, à la poursuite des catholiques qui fuyaient de toutes parts, en 1567. Depuis quelque temps * ît ne sortait g u ères de sa retraite, où, après avoir abjuré les erreurs de sa jeunesse , il se préparait doucement à la mort, entouré de la- vénéra-, lion de sa famille , mais toujours craint et redouté^ ; Le sieur de Honvault recevait quelquefois la visite d'un de ses parents , qui vivait en solitaire 4*hs la forêt de Dcsvreuaç. C'était un* homme

Chap. XVif±~l)ècaùveiï&$L 8b sainte Jbtage. 1£0 V

vénérable, appàrtbnani à une noble fariiilIeiL 11) s'était fait construire un petit ermitage , où il s'occupait a la prière et à la mortification. Jehan de Fiohart, édifié des vertus du -pieux ermite , lui fit un jour une mystérieuse confidence. — Seriez'- vous bien heureux, père Vespasien , lui 'dit-il, si je vous donnais, pour la mettre dans Votre humble chapelle de feuillage', une précieuse relique dont je suis le possesseur? La vieille Imago de Notre-Dame de Boulogne, enlevée de son au tel pàr mes anciens compagnons d'armrs , a été , du temps des malheureuses guerres passées, jetée dans le puits de mon château où ma femme l'a r^elrôuvéc. Nous n'osons le dire h personne , de crainte qu'on ne nous accuse d'avoir recelé le tréëor de l'église , dont vous savez que Morvilliers af dépouillé les chanoines ; mais je ne puis mourir sans avoir remis ce précieux dépôt entre les mains tfiàn homme de religion et de piété. — Vespasien de Fonteynes, c'était le nom de l'ermite , accepta joyemement la proposition, lien conféra aussitôt aicc un prêtre de Boulogne, nommé Antoine Gillot, en qui il avait pleine confianco; et, de <nncerl avec ce respectable ecclésiastique , il résolut de rendre l'Image à la ville de Boulogne, afin qu clic pût y être rétablie dans ses anciens honneurs.

; * Antoine Gillot, que l'historien Le Roy appelle «c un homme d'une piété reconnue et d'une singulière dévotion envers la Sainte- Vierge, » se rendit avec l'ermite au château de Honvault. Là r 6n lui raconta comment l'Imago avait été autrefois

'retirée du puits, dans lequel , depuis ce fait, une éoutte d'eau, perlant à travers la muraille, tombe

v M y h fat enterre <WTn cathédrale, a près un service so* lcmnel , célébré par le chapitre,

160 Histoire de N.-D. de Boulogne*

de minute en miaule, comme une larme , pour

Rleurer le sacrilège des huguenots La dame de lonvault avait fait transporter la bonne Vierge dans une des salles de son antique demeure ; chaque jour elle y avait fait ses prières , avec beaucoup de dévotion; des grâces abondantes étaient alors descendues sur sa famille; son mari Vêtait converti à la vraie foi catholique; la guerre avait respecté le petit domaine sur lequel régnait le vieux seigneur. Nicolas de Frohart et ses sœurs, à qui leur mère avait fait prendre la pieuse habitude de regarder la sainte Image comme la bénédiction de leur maison, se joignaient à leur

Frère pour affirmer , sur leur ame et conscience , 'authenticité de la vénérable relique dont Boulogne pleurait la perle.

Transporté de joie, Antoine Gillot s'empara de la sainte Image , la chargea sur ses épaules cl prit le chemin de Boulogne.

« Ce fardeau, dit le P. Alphonce , excédoit ses forces; néantmoins l'affection , qui donne du courage pour ne point plier aisément souz les plus pesantes charges, luy en donna ce qu'il en falloit pour la porter, quoy qu'avec reprise d'haleine et de repos, jusqu'à une petite montagne d'où il apperceul le clocher de l'église de Nostre-Daine de Boulongne, où, posant l'Image, il fleschit les genouils devant elle, suppliant très - humblement la Vierge de luy donner assez de courage et de forces pour la porter jusqu'à la ville. » L'ermite qui était resté en arrière , « pour chercher de l'aide à porter ce fardeau, » ne tarda pas à le rejoindre. II unit, au rapport du naïf auteur, «sa voix à celle du bon prestre, et chantèrent tous deux ensemble plusieurs hymnes et antiennes à la

(1 ) Tradition locale.

Çhap. X VU. — L'Image est rapportée à Boulogne. 161

louange de la très -sainte Vierge. » Réconforté par la prière , le digne prêtre ne sentit plus le poids du la sainte Ima^e « qu'il porta depuis légèrement jusqu'à la ville et sans se reposer , quoyqu'it restât plus de chemin à faire qu'il n'avoit déjà fait ». »

« Ce fut le mercredy vingt-sixième de septembre de l'an Ifioj, qu'ils entrèrent dans la ville avec celte charge précieuse , qu'ils déposèrent d'abord chez le sieur Guillaume Mouton 3 , ancien mayeur, dont la maison estoit tout proche des portes. Tout le monde , au bruit de cette nouvelle , y accourut en (ouïe, et les personnes les plus considérables se piquèrent d'y venir rendre à la Sainte -Vierge les

Ercmiers respects. On y vit entre autres M. Adam e Vasseur 3 , autrefois conseiller au parlement de Paris , et pour lors Lieutenant-général en la séné* chaussée du Boulenois, venir, plusieurs jours de suite, faire sa prière devant celte Image ; et depuis onluy a souvent ouy dire qu'il en sortait une odeur agréable, dont l'air estoit tout embaumé. Plusieurs autres particuliers, qui ont fait la mesme expérience, ont rendu aussi le mesme témoignage 4 . »

L'arrivée de la sainte Image fut un événement accueilli avec joie par les fidèles , mais avec quelque défiance ae la part de l'autorité ecclésiastique. Dès le jeudi 27 septembre, le chapitre prit une délibération conçue en ces termes :

« Messieurs s'étant capitulairement assemblés »

( 4 ) ffist. de l'ancienne Image de N.'D, de B. sup. cit.. pp. 405^467.

(2) Il est entré ensuite plusieurs fois dans te Maiorat,cf y est mort enfin en grande réputation de probité et de prudence. — N. rte Le Roy.

( S ) C'est celuy qui a fondé cinq saints solennels devant cette Image , aux cinq principales (estes de l'année.— Ibid.

(4) Ant. Le Boy , op. cit., p. 471 , 472.

162 Histoire de A 7 .-Z). de Boulogne.

» au sujet d'une nouvelle qui s'est répandue par » toute la ville, touchant une Image de Noire- » Dame, en bois fort antique, apportée du château » do Honvaul dans la maison d'honorable homme, » Guillaume Mouton, naguèresà son tour mayeur » do cette ville» laquelle image on dit être celle » qui, au temps passé, est arrivée en cette ville $ » par divine puissance, dans un bateau sans pilote» » et 8 été honorée par de si fréquents pèlerinages » et vœux du peuple, laquelle aussi on croyait » perdue depuis l'époque des troubles de 1567. » lorsque les hérétiques se sont emparés de celte » ville de Boulogne, ont député vénérables et » discrètes personnes, maître A nlhoine Clugnet, » archidiacre, et François Le Vasseur, chanoine» » à l'effet de se rendre auprès des gens du roi , » des mayeur et échevins de cette ville , pour les » prier de se réunir au Chapitre , afin de tenir » conseil sur les vobs et moyens convenables, » pour faire information de l'authenticité de ladite » image, de manière à éviter toute erreur 1 . »

Ces précautions étaient sages: elles sont» du rcsle , dans les habitudes constantes de l'Église.

Bientôt les informations commencèrent. On se transporta au château de Honvault , pour entendre la déposition de Jehan de Frohart et de sa famille. Ce vieillard, âgé de j5 ans, raconta les circonstances qu'il savait, touchant la découverte et la conservation de la sainte Image dans son château. On entendit ensuite successivement « Richard du Somerard» ancien échevin de Boulogne , âgé d*

(4) Die Jovis xxyij* septembres 1607.

» Ôomini mei , habito capilulo ad famam , quae paisîm toi* urbe increbruerat de quadam Imagine Dominas nostrae lignea ,

veteri eam scilicet esse Imaginent quae divinitus quondam

navi absque pu berna tore hanece in urbem advecta frcqucntihui populi peregrinalionibuset rôtis colebatur s »

Chap. XV II. — Dépositions de témoins 163

8a ans, el damoiscllc Antoinette Brisse , veuve do de François dcPouques, sieur de Gadimets, lieutenant pour le roy en la ville de Monlreuil , âgée pour lors d'environ 90 ans.

» Toutes leurs dépositions justifioicnt assez clairement , que l'Image nouvellement rapportée de Honvault estoit la mesme qui avoit esté anciennement révérée a Boulogne. Mais comme celle de la damoiselle Brisse estoit une des plus formelles et des mieux circonstanliées, j'ay cru la devoir icy rapporter tout au long. Elle déclaroit que, demeurant à Boulogne, l'an i55o , elle avoit eu le bonheur d'assister h la procession solemnelle qui s'éloit faite au rivage , lors qu'on fut reprendre en cérémonie l'Image de Nostrc-Dame, qui avoit esté renvoyée d'Angleterre , et qu'elle se sotivenoit d'avoir ouy dire pour lors, et d'avoir remarqué ellc-mesme, avec tout le monde, que les Anglois luy avoient donné un coup d'épée au milieu du visage , dont il estoit resté une fraction au nez» Elle déclaroit en outre, que, Tan 1667, comme elle demeuroit à Calais , du temps de son premier mariage avec M. de Mariines, procureur chi roi, et depuis thrésoricr du Boulenois, le sieur d'Escaut , gentilhomme huguenot , venant do Boulogne, luy avoit raconté entr'aulres nouvelles de Boulogne , qu'il s'y estoit élevé de grands troubles au sujet de la Religion, pendant lesquels ltiy et plusieurs autres de son parly avoient fait un grand feu, où ils avoient jetlé l'Image de la Vierge, croyant la réduire en cendres , mais qu'après y avoir esté un lemps fort considérable, on l'en avoit retirée, sans estre aucunement endommagée, ce qu'il confessoit luy avoir donné quelque admiralion; surquoy , la déposante disoit qu'elle avoit pris occasion dejuy reprocher son impiété, et de le menacer de la' justice divine, s'il ne se converlissoil.

161 Histoire de N.-D. de Boulogne^

Elle ajoutait que celle Image ayant eslé cachée depuis par les hérétiques, et demeurée perdue pendant plusieurs années; comme le bruit courut en 1607 (auquel temps elle demeuroit à Boulogne,) qu'on l'nvoit Irouvée à IJonvault, et rapporlée en la ville , elle avoit proleslé hautement qu'elle ne vouloit point la voir que d'aulres ne l'eussent vetie avant elle, et n'eussent observé si elle avoit une partie du nez omporlé; que si cela s'y rcmarquoit effectivement, ello ne feroit point de difficulté de reconnoislrc que c'estoit celle-là mesme qui auroit eslé rapporlée d'Angleterre, et qu'elle avoit veu rétablir dans ses premiers honneurs, avant les troubles causez par les hérétiques. Elle concluoit enfin que, puisque celle marque et celle fraction s'estoit trouvée dans le visage de celle qu'on avoit rapportée dellonvault, ainsi qu'elle-mesmc l'avoit veu et reconnu depuis , il falloit tenir pour cerlain que c'estoit l'ancienne et véritable Image de Nostre- [)ame de Boulogne 1 .

En attendant le résultat de ces informations qui durèrent plusieurs années , Antoine Gillot fit déposer la sainte Image dans une chapelle de l'abbaye de Saint-Wulmcr , appartenant pour lors h la ville. Peut-être le majeur, Guillaume Mouton, réélu en 1609, fut- il le promoteur de cette mesure trop précipitées. Quoi qu'il en soit, les informations continuèrent sous son mayorat , pendant les années 1609, 1610, 161 1 et 1612. Une copie des procès-verbaux, qui furent rédigés à cette époque , « par devant mayeur et eschevins, » a élé conservée dans la Bibliothèque de M. Eugène de Rosny , de Lozembruoc , parmi beaucoup de documents

H) Ant. Le Boy, op. cit , p. 473 474.

(2) Ant. Le Roy nous apprend dans ses KoHs msstes , sup; oit , (pie l'Image resta iZ mois dans la maison de ce majeur , avant d'être porlée à Saiut Wulmcr.

Chap, XVIII. — Dépositions de témoins. 165

ayant appartenu à l'archidiacre Le Roy. C'est à celte source officielle que nous avons emprunté scrupuleusement tous les détails de l'affaire qui nous occupe. ,

On fit comparaître, tour à tour, Nicolas Andrieu , laboureur, demeurant à Menneville, âgé de 65 ans; Pierre Uamerel , marchand cloutier , demeurant en la Basse -ville, âgé de 60 ans; Nicolas de Frohart , sieur de Ilonvault , âgé de 5o ans; Jacques De Wismes, laboureur, demeurant à Bellebruno , âgé de 43 °ns ; Catherine Le Febvre , âgée de 60 ans , dont les dépositions nous ont déjà servi. Puis vinrent Gabriel Du Sart, arpenteur juré des forêts du Boulenois , âgé de 60 ans; Estienne Le Bancq , manouvrier , demeurant à Boulogne, âgé de 55 ans; Foursy Vasseur , sergent royal en la sénéchaussée de Boulogne , âgé de 57 ans, et Anthoinelte Prévost, âgée de 80 ans. Parmi ce* témoignages, qui tous sont d'accord, celui d'Estienne Le Bancq est le plus remarquable. Abandonné a l'âge de dix ans dans la ville de Boulogne par ses parents, « (lesquels voianlle massacre fest par ceux de la religion réformée dans l'église de Saint-Nicolas , 1» avaient quitté précipitamment leur demeure) , Estienne Le Bancq, « pour gagner sa vie, hantait avec ceux de ladite religion. 11 entra avec eux dans l'église cathédrale, vit rompre et briser bs images estant en icelle, descendre et prendre l'image do la très - glorieuse Vierge Marie quy estoit dans ladite église. » Témoin oculaire des faits , il rapporte que les huguenots « trinèrent la. sainte Image au corps* de-garde fia ment, par le moïen d'une corde qu'ilz avoient attaché au col d'icclle; puis ils so seroient efforcez , avec une coignéc , de la rompre et briser, ce qu'ils n'auroient peu faire; ce que voîant , ils a ur oient par plusieurs fois allumé du feu avec des fagots et des

166 Hislohe de N.-D. de Boulogne.

bûches, pour la brusler, ce qu'ils n'auroient peu faire: au contraire, le feu s'esteignoit noir. De quoy estants faschés, faisant la ronde autour des rempars, l'appellant la rousse 1 , en la présence dudit déposant, auquel ils faisoiont porter la lanterne sans que depuis il ait sceu que seroit

devenue l'image. Au surplus, affirme qu'il a veu l'image dont il est question , quy a esté posée dans l'une des chapelles de l'église de Saint - Vuiloier , icelle bien considérée; et estre celle que ceux de ladite religion tirèrent de l'église; ce qu'il sçait , pour l'avoir veu descendre du lieu où elle estait posée. » '

De son côté, Antoine Gillot s'efforçait de dissiper , suivant les moyens en son pouvoir , les obscurités qui planaient encore sur l'authenticité de l'Image. Il l'avait rapportée de Ilonvault, dans l'espérance de la voir bientôt rendue k la vénéra* tion du peuple : la solennelle lenteur des informations officielles lui était odieuse. Persuadé de la vérité que les autres cherchaient encore , îl inaugura avec pompe le culte de sa Vierge bienaimée , dans la chapelle où on l'avait déposée , comme nous l'avons dit , au sortir de la maison du majeur; mais le Chapitre crut devoir arrêter l'élan de la dévotion populaire, qui se manifestait de toutes parts. On ne saurait l'en blâmer. Le vicaire général de l'évêque Claude Dormy , messire Fursy Vaillant, accompagné de quelques uns do ses confrères les chanoines , se rendit à Saint- Wulmcr , dépouilla l'Image de ses ornements et fit fermer la chapelle, le 29 septembre 1610.

Ce fait causa un profond chagrin au pieux Antoine Gillot. Il s'en plaignit plus tard avec

(1) Ex ore blasphçmantium perfecisti laudcm ; • Nolitc me constderare quod fusca siin , ... , filii matris mcœ pugnaverunt contra ra«r;— Nigra sum , sed formosa....

Chap. XV IL — Guèrison miraculeuse. 167

amcrlume dans un rapport qu'il envoya en Sorbonne. Do nos jours, on a indignement abusé do ses dolénnecs rospeclueuscs , et Ton a avancé do très regrettables erreurs sur ce qui s'est passé dans toute celte affaire. Nos modernes historiens s'y sont tous fourvoyés 1 .

Les humbles fidMcs , dont l'instinctive piété devance, quelquefois si sûrement, la décision des docteurs , continua d'invoquer la miraculeuse Vierge de Boulogne. « Le i5 décembre 1611, Marie Des Portes , femme de Laurent Tuvenart , inaislrc toillier, demeurant en la Basse-ville de Boulogne, déposa juridiquement, devant la justice maj orale, que Pierre luvcnart, son (ils , estant demeuré perdu do tous ses membres, en suite d'une grande maladie; et ayant esté un an entier sans pouvoir remuer , il csloit revenu dans une parfaite santé , m suite d'une ncuvaine qu'elle a voit esté conseillée de faire pour lui devant la sainte Image 2. 1» Le manuscrit des informations constate que la chapelle était alors fermée parle

(i) M. J.— F. Henry, (E%sai historique* topographiaae et statistique sur t*arron. comm. de Bontûgnc, in 4° f&O), a supposé que les chanoines de U cathédrale et /c* prêtres de Si.- VTt (mer (sic) avaient élevé* autel contre autel, en 4607 «» à propos de l'image de Notre Dame. Le mémoire d'Antoine Gillot est le seul document sur lequel Henry paraisse a 'être appuyé* ;or ce mémoire, compare* aux récils des témoins qui ont déposé devant la justice may orale, ainsi qu'à I histoire imprimée en 1634 par un contemporain, le P. Alphonce, cité plus haut, n'est pas susceptible de l'interprétation forcée rt téméraire à l'aide de laquelle Henry a composé les phrases inexactes qu'on lit, sous les années 4007 et 4610, dans son ouvrage. Le i) r Bertrand, dans son Histoire de Boulogne, (T. I. p, 449 et suiv.), est malheureusement plus explicite encore. Il nous parait superflu de prouver plus longuement la fausseté de l'accusation qui pèse sur les prétendus prêtres de St.-Wulmcr, et qui devrait retomber sur Antoine Gillot seul ; puisqu'il n'y avait plus de prêtres ni de moines à St.-Wulmer , depuis longtemps. Qu'il nous suffise de signaler la méprise de Henry et l'imprudence de ses copistes.

(2j Ant. Le Roy, op. cit., p. 221

168 Histoire de N.-D. de Boulogne*

commandement du Chapitre, et que Marie Des Portes dut se contenter de faire ses prières * a la porte de ladite chapelle. »

L'année suivante, 1G12 , un autre fait du même genre vint encore augmenter la confiance qu'on avait dans la puissance de la Reine des anges. «Un navire de Calais, appelé le Rossignol, estant sorti de la rivière dé Bourdeaux , et continuant sa roule le long de la coste do France, fut surpris d'uno horrible lempeste , le premier jour de janvier , à l'endroit du Casque , autrement dit Carnèse. Les matelots estonnez, employèrent en vain , pendant près de deux jours , tout ce que leur art leur pouvoit suggérer dans un extrême péril ; les voiles commençoient a leur manquer; une obscurité profonde leur déroboit la vue du soleil et des esloiles, et il ne leur resloit plus d'autre ressource que de couper les cables, et se jelter, à la mercy des vagues, aux costes d'Angleterre; ce fut pour lors qu'il leur vint en pensée de réclamer l'assistance de Nostrc-Damc de Boulogne, avec promesse, s'ils échappoicnl, de luy en foire des remercimens solemnels dans sa chapelle , où son Image csloit ^lors honorée , et où quelques-uns d'eux Festoient allé depuis peu visiter >. Ils s'avisèrent mesme , suivant la coutume de quelques mariniers en pareilles occasions, d'attacher dans un endroit du vaisseau , quelques pièces d'argent en forme d'offrande. Leur piété fut a l'heure mesme récompensée, la mer devint calme, les vents s'apaisèrent, et, comme si quelque main céleste avoit tiré le rideau de devant

(li Voici les lermes du procès - verbal f (i n formations citées): From'rcnt, instamment la dite dcllivrancc, d'aller servir et remercier la dite glorieuse Vierge Marie en l'église Saint - Vulmer, en ceste dicte ville de BouUonçnc, auquel lieu ledit déposant avoit veu une image que Ton disoit estre celle quy avoit esté prise par ceux de la religion prétendue réformée, et depuis recouvrée, »

Ckap. X Vin.— Vœux el pèlerinages. 1G»

le soleil» il se montra lout à coup, contre toute espérance t et réjouit par sa lumière les conducleurs du vaisseau, qui continuèrent de voguer et ariivèrent heureusement au port de Calais. Peu de jours après , ils vinrent à Boulogne s'acquitter de leur vœu ftux pieds de l'image de celle , h qui ils se sentoienl obligez de la conservation do leurs biens et de leurs vies, certifièrent lout cecy , et en donnèrent leur déposition par écrit*, n

Les pieux pèlerins firent chanter une meste dans la chapelle de saint Wulmer, oii personne no les empêcha de « dédier leurs prières h la glorieuse Vierge , » en accomplissement de leur vœu a .

Antoine Gillot rapporte, dans ses mémoires, qu'une femme de Lorraine vint aussi, vers le même temps, en pèlerinage h Boulogne, pour chercher la délivrance des cruelles obsessions auxquelles elle était eu proie, depuis plusieurs années 8 .

Une dame catholique d'Angleterre, revenant de faire un pèlerinage à Sainte -Catherine de Rouen , fut assaillie d'une affreuse tempête , au milieu de laquelle les matelots désespéraient de pouvoir maintenir le vaisseau. \< Elle, estant seule catholique se souvint en celte grande extrémité qu'elle avoil ouï les hérétiques de Londres se moquer de

( 4 ) Ànt. Le Roy . op. cit., p. 2J3, 201. « La dé» «si lion, dit le même, auteur, (appuyé sur 1rs information» citées \ est du 29 janvier 4612 et signée de Nicolas Gallot , C^^ de Denis Gai toi, maîstrc du navire 3 , De Jean de Leau, conlre-maitte , de Jean * le - jeusne et de Jean Bruce, compagnons du mesme ▼aisseau. *

(2) Henry a donc eu tort de dire que ?es chanoines avaient enlevé l'image des Tannée 4040. La tlate qn*il donne est précise. Four quoi le Or Bertrand s'est-il permis , lui, de reculer cette scène , ïasqu'â Tan 1630 ? JI est vrai que le tableau y. gagne en couleur.

(3) Le Boy , dans les .Tafu msstcs , sup. cit., donne pour* ce fût, la date 1C4Q; pour le fait suivant il écrit 4609 ou 4640.

J70 Histoire de iV.-JD. de Boulogne.

l'Image de Notre-Dame de Boulogne; w elle songea en conséquence à réclamer l'appui tulélaire de cette Vierge des mers, et aussitôt « la tempête cessa et, les vents se tournant, les fit prendre voile au rivage et port de Boulogne, où estant débarquée*, vint remercier Dieu et Notre - Dame de Boulogne , en Péglise de Sainl-Wilmer , où esloit l'image »

« Jean Bertoul , prieur d'un convent de la Trinité, ou de la Rédemption des Captifs , proche d'Arras, personnage fort affectionné h Nostre-Dame de Boulogne qu'il avoit souvent honorée dans le cours de ses visites de commissaire en Picardie et Artois, en fut divinement secouru, au milieu des eaux, ainsi qu'il l'a luy-mesme témoigné depuis par une attestation signée de sa main. Comme il revenoit d'un voyage de Hongrie, où il estoit allé pour les affaires de son Ordre et pour le rachapt des chrestiens , il tomba tout à cheval dans un fleuve , où se voyant sans secours et sentant son cheval manquer sous luy , comme il esloit prest d'estre submergé , il fut inspiré d'appeller Noslrer Dame de Boulogne h son aide; et il ne l'eut pas plutôt fait , qu'il se vit hors du péril , sans sçavoir de quelle manière cela estoit arrivé, sinon que cette Mère débouté luy avoit invisiblemcnt presté la main 2 . :

Le fait que nous venons de citer se rapporte à ; l'année 1617. On lit encore à la même date que. Marguerite du Belloy - Landrethun , femme du marquis de Courlebourne , lieutenant pour le roi ' en la ville de Calais et pays reconquis, « affligée de

(4) Mém. adressé à la Sorbonne en 4618. par Ànt. GMot,' copie mste de la Bibliothèque de Boulogne, faite sur un im. de J.*F. Henry.

(2; Ant. Le Roy , op. cit. p, 20S*

Restauration de la Cathédrale. 171

se voir sans cnfans , se souvint que son mary avoît esté obtenu après plusieurs années de stérilité, ensuite d'uu vœu que ses païens avoient fait à Nostre-Damc de Boulogne. Elle eut recours , dit Antoine Le Roy, à cette mcsrae source de bénédictions , et en remporta une pareille faveur, dont eJIe vint rendre de solemnelles actions de grâces »

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