o ii)o
(1) M cm. de P. Maslcbranclic , déjà cit.
(2) « Ce duc de Chaulne estoil frère de Charles d'Albert , duc de Lujncj, comie'table de France , que Louis XUI etHiblit
□ verneur de boutogiic , le 2 janvier J62f, pendait son sdjcôr eu cette ville.— JS. de Le llcy»
176 Histoire de N.-D. de Boulogne.
pour le roi au gouvernement de Picardie. If envoya «par forme de vœu, la somme neuf cens livres, pour estre employée aux ouvrages les plu* nécessaires de ce nouveau bastiment; et il ajouta a ce don celuy de deux chandeliers d'argent dd poids de neuf marcs 1 . » -
La noblesse de France n'a jamais failli h ce deroir de payer ainsi à Dieu et à sa Irès -sainte Mère la dlme de ses biens, l'hommage de sa fidélité, le tribut de sa vénération et l'humble aveu de sa dépendance. Tous les dépositaires du pouvoir y gagnaient en autorité : le peuple obéissait plus facilement à ses chefe, quand ils les voyait obéir à Dieu.
En ces temps de foî, tout conspirait h populariser le culte de Notre - Dame de Boulogne. Les magistrats de là ville, aussi bien que les religieux de l'Abbaye et le chapitre de la cathédrale, offraient aux personnages de distinction , comme souvenirs de voyage, ou comme marque de reconnaissance, des statuettes de Noire-Dame. Ainsi , en 1 55 1 , on en présenta une, « richement façonnée, 5 Marie de Lorraine , femme de Jacques Stuart, V e du nom » roy d'Ecosse et mère de la fameuse Marie Sluarl 3 .» Peu après , lorsqu'on s'attendait a l'arrivée de Catherine de Médicis dans notre ville, ( 1567 ) , les roayeur et échevins firent exécuter à Paris une image d'or de Notice- Dame , afin de Poflrir à celte princesse 9 . La statuette resta, faute d'emploi* dans le trésor de la ville , jusqu'au 6 septembre 1625. On en lit alors hommage à la marquise de
(1) Ant. Le Roy , op. cit., p. 188.
(2) Ant. Le Roy , Abrégé cit. , e*dit. 1GS5, p. 98.
( 3 ) Registre aux Délibérations', No 1 . (9 juin et 24 juillet 4567, 24 uov. 1570 ) j Comptes ilç/1567; ( Archives coniimrxialc». )
Chap. XV J II* — Guùrison miraculeuse. 177
Tréfort, femme du connétable de Lesdiguières , comme l'atteste la délibération suivante 1 :
«( Du vj e j jur de septembre 1623 , » 11 a esté délibéré et arresté que, pour recon- » gnoislre Monseigneur le connestable tt et luy » donner occasion de se ressouvenir des allaires de » ladite ville, suivant le placet et mémoiresquy luy » ont esté présentés et délivrés, il sera faict présent à » madame sa iemnie de l'image d'or où est figurée » une IVoslrc- Daine, qui estoit dès y a long temps » au coflre de ladite ville. Ce quy a esté faict et » effectué ledit jour. »
Signé: Mo net (mayeur) , Carpenticr, F. Hibon, A. Le Soy, J. Cailliette , (éclievins).
Les hommages que la terre offrait à la Reine du ciel attiraient chaque jour de nouvelles bénédictions sur les fidèles chrétiens- Antoine Le Roy , nous a conservé le récit de ce qui arriva, eu cette même année iGa3, à Péronne Caillette, âgée de 55 ans, demeurant à Boulogne. « Une longue et lâcheuse maladie l'ayant réduite à l'extrémité, V avoit laissée dans une si grande langueur et débilité de tous ses membres, qu'elle en estoit demeurée toute percluse, sans pouvoir aucunement s'en aider. Un preslre l'estant venu visiter dans cet estât pour la consoler, tourna le discours sur l'ancienne dévotion , et l'admirable concours des pèlerins vers Nostre - Dame de Boulogne; ce qui rail uma dans le cœur de la malade un désir si grand de visiter encore une fois son Image , et une
(i) Registre attœ Di libérations, No 2. (Ibiil).
(2 ) Le Connétable dont il s'agit est bien le célèbre François de Bonne, duc de Lesdiguières, mort à 84 ans, le 28 septembre 1f)26, avec la réputation d'invincible. Les Mémoires de P. Maslebranche, ( où il est appelé • Monsc gneur Desdigtiier ( sir) , conest.ible de France», nous apprennent qu'il arriva à Jioulogne le 2 septembre 4623, et qu'après un voyage rapide dans les villes de C dais et tî'Ardres , il repartit pour Moutreuil la H du même mois.
178 Histoire de N 9 -D. de Boulogne.
confiance si ferme d'en obtenir sa guérison , que l'ardeur de son zèle passant de son esprit dans son corps , elle en receut sur le champ une notable cl sensible augmentation de forces: en effet, peu de jours après , elle quitta le lit, où clic csloit auparavant comme attachée, et s'en alla appuyé* sur deux bâtons saluer la sainte Image dans le lieu où elle esloit alors honorée , où après avoir esté quelque temps en prières» elle laissa les foibles soutiens qui l'avoicnt aidée à s'y conduire , et s'en retourna tout- à -fait saino et sans aucune aide, publiant partout dans le transport de sa joyc, la grande merveille que Dieu , par l'entremise de sa suinte Mère, venoit d'opérer en sa personne \ »
Le mnyeur Guillaume Mouton , mort en charge le 99 juin 1611a, n'avait pas eu In consolation de voir l'Image miraculeuse rétablie dans ses anciens honneurs. Les suppliques , adressées par Antoine Gillot à la Sorbonne, n'ayant pas encore provoqué de décision , le Chapitre hésitait toujours , et l'évêque , Claude Dormy, ne voulait pas se prononcer. Cependant l'un des chanoines, Gilles Follie, curé de Notre-Dame, poussait activement le procès de vérification qui durait depuis i6on« Il avait ardemment sollicité la réparation de la chapelle de la Sainte - Vierge , a laquelle il avait donné des vitraux sur lesquels étaient peints les principaux détails de la Légende ; enfin , en 1G27 , il avait fait placer, sur le portail de l'église , une Image de Notre-Dame en pierre sculptée , qu'on venait de retrouver dans le jardin des Capucins. C'était, d'après l'opinion commune de nos histoliens 2 , un monument qu'on avait dressé à l'endroit
'tD Ant. Le Hoy op. cil.# p. 122.
(2) Ant. Le Jtoy f Ibid. p. 190; Le F. Alphonce, op. cit. p. 121.
Chap. XVII 1. —Sentiments du Chapitre. 17$
même, où l'Image aborda sur nos rives. Les Anglais , ayant abattu ce mémorial de nos traditions, l'avaient jeté a dans les fondemeus d'un boulevarl, parmi les pierres et le ciment» , d'où on l'avait retiré intact eî sans mutilation.
L'Image miraculeuse reposait alors <lans la trésorerie de la cathédrale». Pendant la vacance du Sié^e, Gilles Follie l'avait fait transportera l'évéché. d'oii le Chapitre ordonna qu'on la fit revenir po;ir être remise dans la trésorerie. Le culte que les pieux fidèles s'empressaient de rendre à l'Image de leur patronne , alarmait les chanoines, qui, n'étant pas encore persuadés sur la question d'authenticité, y voyaient de la superstition et même de l'idolâtrie ?.
Quelles que fussent les raisons qui retenaient encore l'autorité ecclésiastique dans un doute prudent sur l'authenticité de l'Image rapportée da Honvault,les traditions anciennes de notre ville sur l'arrivée de la Vierge n'en reçurent jamais aucune atteinte. On a vu plus haut le témoignage explicite de Claude Dormy. Les chanoines tiennent le même langage. Bien que se prévalant toujours des usages, des privilèges et des gloires de l'église de Térouanne, ils étaient loin d'oublier que l'église de Boulogne avait aussi un passé plein de grandeur et d'illustrations, ils acceptaient cet
(f > Quelques aute urs ont dit à tort la sacristie. La trésorerie était une chapelle ; on y célébiait la sainte messe, cl c'était la qu'on ^aidait les joyaux et les reliques de l'église.
(2^ Die luntB undeeimo Januarii 4627. Exposuit Dominis mris Dominas syndicus se reacre certo militas sujx rstitioncs et idolatriam etiàth committi in imagine quadam divœ Virginia extrada ex gazopliyUcio et asportata in domum episcopalem opéra Domini Follie, super qua monitione ordinatum et slatutum quod prœdicfa imago in priftinura locum referetur et recon- <lelur. Re% concl. capit. D. n- 2. 1. ( Archives communales). 11 est bon de dire que ce jour-là le syndic était rn verve de plainte, contre le chanoine Follie ; cet une circonslau e atténuante.
f $0 Histoire de N.-D. de Boulogne.
héritage avec un filial amour. En voici une preuve incontestable.
Dès les temps les plus reculés le Chapitre de Térouanne avait élé affilié au chapitre de l'Église Apostolique et Métropolitaine de Saint • Jacques de CompoMelle. Plusieurs documents, conservés dans les Archives de Boulogne , attestaient celle confraternité, déjà renouvelée en 1 5«lg , cl dont l'origine se perdait dans l'obscurité des premiers temps. Le Chapitre de Boulogne, héritier des traditions de l'antique Morinie, trouva, en 1627, une occasion favorable pour resserrer les liens de pieuse et sainte amitié qui unissaient les deux églises.
François de Marnez , protonolaire apostolique et chanoine gradué d'ipres , allant accomplir uh vœu qu'il avait lait h Dieu et au bienheureux apôtre saint Jacques , s'était arrêté quelques jours dans notre ville : le Chapitre de Boulogne le chargea de porter aux Doyen et Chanoines de Compostelle une demande en rénovatiou de l'ancienne confraternité.
Les Registres capitulaires nous ont conservé la supplique qui fut écrite h cette occasion et qui est datée du i5 octobre 1627. ^ n y y0lt ' e P' us De ' éloge de « cette antique église de la bienheureuse Vierge Marie , très - célèbre par toute la terre , d'abord à cause de l'Image de la Reine des Anges et des hommes, arrivée dans notre port, sur une nacelle conduite et gouvernée parles anges, il y a plus de mille ans; puis à cause des innombrables miracles qui s'y sont opérés depuis les temps anciens jusqu'au siècle présent, par l'intercession de cette divine Vierge appelée Notre - Dame de Boulogne '. »
fi) Antiqnïssima Bcnlne Virginia Deiparne Ecclesin t uhique terrarum wi«>l>ci tima,ttim propter atlventiUajn angrloiuni homi-
Affiliation à Si- Jacques de Composielle. 181
Le Chapitre de Saint- Jacques de Compostclle répondit, le 18 avril 1628, à la Icllre des chanoines de Boulogne. La confraternité séculaire » qui établissait entre les deux églises une communauté intime de prières et de bonnes œuvres , aussi bien que de prérogatives et de privilèges , fut confirmée et renouvelée. L'Église d'Ipres, sœur de l'Église de Boulogne , partagea cet honneur; et les anges se réjouirent* dans le ciel , en voyant les prêtres de T Église de Jésus-Christ se procurer plus abondamment par ces pieuses alliances les fruits de la communion des Saints.