‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 21 sur 45 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Rétablissement de limage de Notre-Dame dans ses anciens honneurs par Nvêque, Victor Le Bouthillier t le 30 mars 1630. — Miracles , guéris ons , pèlerinages divers , 1630—1632.

ViCTon Le Bouthillicr, troisième évêque de Boulogne, prélat recommandable par son zèle pour la discipline ecclésiastique, sa vigilance dans l'administration de son diocèse , le soin qu'il prit d'y publier plusieurs décrets importants du Concile de Trente et d'y établir la liturgie romaine, fut l'homme dont Dieu se servit pour rendre l'Image de Notre-Dame a la vénération des fidèles.

Laissons parler un témoin oculaire , le Père Alphonse de Monlfort:

Tuimcjue Reginne Imagincm . navigiolo in portum nosfrum , angelis cornitihus gubernatoribusque, ante raille annos advectam , tum profiter iuntimera miracuta al) antitpiis temporibus ad praesens tempus usqtic, ope et opéra praetalîe Virgînis, Boloniensis nuucupalx, in cadem divinittis patrata. Reg. conclus, capit, Bolon. D. n 2. i. { Archives communales).

IS2 Histoire Je N.-D. de Boulbgne*

« Par un secret du ciel qui nous est incôgitûci, vingt-deux an* se dont escoalez , pendant lesqueU la saincte Image a esté moins honorée qu'il ne . falloit, qùoyquen tout temps et en tous lieux elle se soit tousjours rendue recommcndablo par des effets miraculeux.

» Mais enfin le caftne et la lonace succédèrent aux tempesles et aux orages , et l'heureux temps arriva que l'Image de Nostre-Dame de Boulongne fut exposée publiquement à la vénération de tout le monde, dans sa chappelle , où nous la voyous maintenant. Cela fut Tait le samedy-sainct de Tan mil six cens trente f par Illustrissime et Révèrerir dissime Père en Dieu Messire Victor BouthiU lier f lors évesque de Boulongne, et à présent

wrchevetque de Tours. Diea luy ayant résené cet honneur de surmonter les empeschemens et de vaincre les difCcuItez qu'on y avoit apportées jusqu'à son temps, en récompense de sa dévotion particulière envers la très-saincte Mère de Dieu. A ce restabKssement assistèrent les principaux du Chapitre et de la Ville, avec une extrême dévotion et actions de grâces au sieur Évesque d'un si pieux dessein et dune si saincte résolution qu'il avoit prise, qui Ait suivie d'une joye et contentement

■ indicible de tout Je peuple de Boulongne.

- » Ce qu'il fit après avoir quelques jours auparavant fait encore une nouvelle assemblée, pour y pro-

« ) Voici la noie que le chapelain P. Maslebranche , déjà cite, a consignée dam ses mémoires.

» Le Samedy-Saint ( 30 mars ) -, fut remise et posée l'Image miraculeuse de la sainte Vierge , assez brune, que l'on ▼oit à présent dans un navire , au dessus de l'autel de sa chapelle; et ce par bon advis et meure délibération de Messire Victor Bootillier , évéque de Boulogne et de Messieurs du Chapitre , ayant recognus que c'est l image mesme qui y estoit cy-devant , lorsque s'y sont faits plusieurs miracles , laquelle avoit esté en quelques endroits mutilée par les hérétiques , etc.

Chap. XIX. — Rétablissement de £ image. 183

'-^éder avec toute la prudence qu'on pou voit désirer, -1 eii avec les principaux du Chapitre , les premiers - <te la ville» et autres gens doctes et pieux , voyant de nouveau les dépositions du procès - verbal qui «en avottesté fait» prenant les voix et les opinions de toute rassemblée. Après avoir entendu les raisons qu'on apportait pour et contre, trouvant que Ja pluspart conclu oit justement à la vérité et à la remise do l'Image , outre l'inspiration particulière tju ? il en ressenloit puissamment en luy-mesmc, 4'ajant bénistc de nouveau, pour une plus grande Vénération; maintenant elle reçoit le respect et la dévotion do tous ceux qui veulent recognoistre ;truo Dieu Ta choisie pour estre le sujet de quantité de miracles, qui ont esté en très grand nombre aux siècles passez, et mesmo depuis son rétablissement 1 . »

On no s'était pas contenté des informations et des lumières qu'on pouvait trouver dans la ville do 'Boulogne. La Sorbotrae, consultée» répondit par ' l'organe de ses docteurs 9 « qu'il falloit rendre ses * premiers honneurs à cette vénérable relique de l'antiquité et la reconnoistre pour l'ancienne et miraculeuse Image de Nostre-Dame de Boulogne. Ce fut aussi , ajoute Le Roy, à qui nous devons ces détails, l'avis des Pères Jésuites d'Amiens et de toutes les antres personnes de piété et de doctrine que Ton consulta la -dessus 3 . »

» Le Ciel mesme , s'intéressant en cette cause, (continue le même auteur )» sembla en vouloir -prendre la défense en main par des témoignages ; sensibles et extérieurs qu'il luy plut d'en rendre. . « «

(1) Jtht. Je V ancienne Imaxe <U iV.-D. de B. $ imprimée en «63/1, pp. 474-477.

(2) De Gamachc, Du Val et antres,— N. tic Le Rojr. (3J Ant. Le Roy, op. cit ,p.VV

Car , comme on fui obligé do retoucher h certain» endroits l image, pour quelques dillormitcz qui estaient restées des mauvais traitement tant des Anglois que des hérétiques; cl, comme la piété, qui est toujours ingénieuse, inspira à quelques particuliers de faire faire d'autres petites Images avec les petits éclats et les parcelles qu'on tira de la grande» Dieu, -qui vouloiieonvaincre tes incrédules de la vertu miraculeuse qu'il avoit attachée à cellecy , rétendit mesme sur celles qui en avoientesté tirées. Ainsi l'on remarquoit daus ce bois quelque chose de semblable à ce que les Pères ont admiré dans celuy de la vrayo Croix, dont la vertu salutaire se communique indi visiblement -à toutes ses moindres parcelles 1 . Trois de ces petites Images sont encore aujourd'huy gardées avec une grande vénération dans trois maisons religieuses, «t confirment par leurs opérations merveilleuses la vérité de celle dont elles sont émanées. L'église du monastère do Picpuce-lès-Paris en possède encore une, qui fut donnée, dit l'autheur de la triple Couronne 2 , par le Preslre mesme qui avok aidé à rapporter l'Image en la ville de Boulogne, comme nous venons de dire. Elle est posée sur l'autel de la chapelle de Noslre- Dame-de-Grâce, dans un beau navire d'argent, où deux anges servent de pilotes. Le couvent des Ursulines de Bourges en conserve une autre, qui leur a esté cédée par une religieuse Ursuline do Paris , originaire d'une famille de Boulogne. L'attouchement de cette Image» qui est de la grandeur du petit doigt, opère tous les jours de très-puissans effets envers toutes sortes

de personnes affligées de maladies; en sorte que le

(1) Magnum in nioilico niunus , et in segmento pené atomo h.istulac brevis, muniouentuin prnesontis et pigmis ;elernae sain tin. S. Pantin. A'o/. Ep, II. ad Scier, ubi de ligno Crucis. — N. de Le Roy.

&) François Toiic , Traiîç I. ch. 42, n- 55.-N. tic Le Roy %

Chap. XIX. Miracles de N.-D. de Boulogne. Î83

bruit de lanl de merveilles a fait souhaitter ht diverses autres maisons religieuses d'avoir de semblables Images, et les a fait adresser pour cela à celle de Paris, qui regrette ellc-mosme aujourd'htiy de no pas avoir gardé pour soi uno relique» si précieuse. La troisième petite Image du mesme bois miraculeux est révérée au couvent des sœurs noires de Saint-Omer, et c'est un don que fit M. François Le Vasseur , thrésoricr de l'église de Boulogne » h uno de ses nièoes, religieuss en co couvent. Il ne faut que voir la quantité do vœux et d'offrandes, dont elle est environnée, pour piger dans quelle vénération elle est parmi ces peuples , et combien de différentes gracos ont esté accordées à ceux qui y- ont eu recours dans leurs nécessitez, 1 . »

Dans le cours de cet ouvrage , nous avons souvent fait mention des miracles que les anciens documents attribuent à la Patronne spéciale du Boulonnais; mais nous n'avons guère eu de faits particuliers h citer. Le texte de Jean d'Ipres . les lettres de Charles V et de Louis XI, les extraits du Mandement de Claude Dormy et des Registres Capilnlaires , enfin le concours empressé des pelcrins, tout prouve que la Reine des anges et des saints avait choisi le sanctuaire de Boulogne pour y faire éclater sa puissance. Que de malades consolés et guéris! Quel'poids de chagrins et de peines, apporté de bien loin , et déposé au pied de la Consolatrice des affligés ! Tout le triste et long cortège des infirmités humaines s'est acheminé vers Boulogne,

Lieu très dévot, qui se fail léclamer

îar mainte geut, qui p our ce esi consolée 2 .

(ï) Ành Le Boy. op. cit., pp. i75~-»176.

(2) Jehan Maillurt, poème ms. sur les poi ls île nier, composé vers iSZO; cité par M. Diifailcllc dans les A/ cm. du fa Soc. d'sfgricult. de Calms t année 4S3ÎMO, p. 353.

rB6 'Histoire de N.-D. de Boulogne, ^

Qui nous dira fcs larmes séchées aux yeux <fen> veuves et des orphelins? Qui saura le nombre desenfants rendus à leurs mères, des pères conservés îfi leurs enfants? Combien de genoux ont plié sur> ces dalles , combien de fronts se sont inclinés sous ces voûtes» et se sont relevés plus fermes et plus sereins; combien de cœurs brisés se sont ouverts 5 l'espérance; combien de grâces et de faveurs, pour cette vie et pour l'autre , sont descendues d'En-Haut, à la prière toute puissante de ta Mère de Jésus ?

Toutes ces merveilles , nous savons qu'elles onfc illustré notre église; mais nous en ignorons le' détail. « Les ennemis de la religion catholique/ dit Le Roy , ayant meslé et confondu les cendres de nos archives avec celles de nos pères, nous ont caché, autant qu'ils ont pu, ce qui faisoit l'admiration de l'antiquité'. » Au reste Dieu n*a jamaisvoulu nous laisser connaître toute l'étendue de se» bienfaits envers l'humanité. On lit dans les saints Evangiles , que les miracles du Sauveur lui mêmer n'ont pas été tous écrits par les disciples 3 : il fallait qu'il restât encore un peu d'ombre , afin de donner* du mérite a notre foi : Beati qui non viderunt

et credideruntK

L'historien de Notre - Dame signale « quelques vieux vestiges de ces anciennes merveilles, » quë ni la malice des hérétiques ni l'injure des teoip* n'avaient pu entièrement effacer.

» L'on voit dit-il sur les murailles de neslre églistf cathédrale, autour du grand portail qui regarde" le cimetière, plus de quarante figures d'enfaus merts*

(1) Anl. Le Boy , op. cit., p. 200.-

(2) Multa quideiu et alla signa fccit Jésus in eonspcclii «liscipulorum pjus,iiuaî non sunt scripta in libro hoc. Joamv XX. 30 ; cf. XXI. 25. ^

(3) ïbid. XX. 29. ^

Ckap. XIX.— Miracles, de N.-D. de Boulogne. 187

qui ont receu miraculeusement la vie du corps , et ensuite celle de Tapie par le baptême; des personnes divinement préservées du naufrage , des paralytiques , et autres personnes affligées de différentes maladies, qui ont trouvé le remède à leurs maux dans l'invocation de Nostre-Dame de Boulogne , dont la représentation paroist encore distinctement dans chacune de ces figures à dcniy usées*

» Ce sont là presque les seuls monutaens des anciens miracles de M os Ire-Dame , qui nous soient restes de devant la guerre des Anglois et les troubles des huguenots. Mais le calme qui a succédé enfin à t*nt d'orages, a fait que la mémoire des merveilles, opérées dans ces derniers temps s'est mieux conservée , et est heureusement venue jusqu'à nous* Celte multitude confuse de figures d'or , d'argent et de cire , et çe grand amas de potences, et autres semblables trophées de maladies vaincues, que Ton voyoit il v a quelques années , dans la Chapelle, avant que J on y eust fait la bclfè table d'autel, dont elle* est présentement ornée ; et d'ailleurs t ce nombre prodigieux de messes qui s'y «ont dites en actions de grâces, seulement depuis i63o jusqu'à présent» tout cela ne nous permet point de douter, que la vertu de Dieu n'ait toujours résidé daqs ce sanctuaire , et que les miracles gui l'on rendu si célèbre dans les siècles passez, ne le doivent rendre aussi rocommendable dans feluy-cy.

» Ce n'est pas , au reste, que je veuille faire

Ea&ser pour des effets absolument miraculeux toutes ts grâces et faveurs corporelles que je trouve «voir esté obtenues, dans ces derniers temps, par te» mérites de Nostre-Dame de Boulogne, et que je Vois couchées dans nos registres. Je sçay, comme l'a très-bien défini un sçavant docteur de la Faculté de

188 Histoire de N.-D. de Boulogne.

théologie deLouvain 1 sur un semblable sujet, que l'on doit regarder pieusement la pluspart de cet grâces comme des bienfaits singuliers de la bonté de Dieu et des assistances extraordinaires de sa main toute-puissante , qui fait agir les causes secondes pour les besoins des hommes, quand et comme

il luy plaist: Quœdam Dei bénéficia et opitulationes, quibus ipsas causas secundas , modn sibi beneplacitis , movendo , et âirigendo , hominwn necessitatibus , sient cuit , subvenit.

Mais je sçais aussi, que toutes ces choses ne doivent point estre publiées comme de vrais miracles sans l'approbation de l'Ordinaire , ou du S l .-Siég© Apostolique. Ainsi la pfuspart des événemens , que je dois rapporter dans les chapitres suivant , n'ont esté reconnus miraculeux que par la seule voix publique, et non pas par l'authoritéde Phgîise, qui ne s'est pas encore donné la peine de les examiner juridiquement , je déclare que j'en soumets avec respect le jugement a qui il appartient. Que si je leur donne place dans mon Histoire, ce n'est que pour conserver le souvenir de tant de grâces sensibles, dont la manifestation ne peut tourner qu'à l'accroissement de la gloire de Dieu et de sa très -Sainte Mère. Je n'oserois me flatter, que le récit que j'en feray soit au goust de tout le monde : mais je suis asseuré du moins, que ceux qui ne cherchent dans ces sortes de narrations historiques que la pure et sincère vérité , auront la satisfaction d'y trouver ce qu'ils cherchent , puisque je n'y avance rien que sur des mémoires fidèles , et qui méritent quelque créance. Je suis trop éloigné do

(i) lac, Pontanus, professeur en théologie, doyen de l'Église collégiale de Saint-Pierre , conservateur apostolique des privilège* de V Université de Louvain , et censeur royal tles Unes , dans l'approbation du livre intitule : Abrégé des miracles , des grâces , et met i tilles avenus par l'intercession de la glorieuse Vierge honorée a Montai gu , imprimé u Bruxelles en 1664.— N. de Le Boy,

Chap. XIX, -Guèrison d* un par ali/ tique. 169

vouloir abuser de la foy publique, en quelque occasion quece puisse eslre, tuais sur lout dans cellecy , où j'aurois très - mauvaise grâce d'emprunter les vains ornemens du mensonge, ou de la flatterie, pour donner de faux brillans à une Image , dont la gloire est si solidement establie depuis tant de siècles , qui tous l'ont reconnue pour une Image vraycmenl miraculeuse 1 . »

Ces sentiments du pieux écrivain sont aussi les noires. Témoin oculaire de la plupart des faits qu'il rapporte , Bachelier en théologie de la faculté de Paris, Chanoine de la cathédrale, Archidiacre et officiai du diocèse, ayant à sa disposition les archives de l'église, le témoignage et le contrôle des générations contemporaines , il rapporte ce . «qu'il a vu, étudié, apprécié, mûrement examiné: quel meilleur guide pouvions -nous suivre? Do quel droit un impertinent déclamatcur viendra-t-il l'accuser de crédulité , et dire que , sous le règne . <de Louis XIV, dans un siècle qui n'était pas, . ^croyons nous, du moyen-âge, on ne connaissait pas encore a la saine dévotion, celle qui éclaire et console ? a

Nous allons suivre chronologiquement fe récit

des consolations que la Vierge de Boulogne , ap-

: porta, pendant le XVII e siècle , aux affligés qui

recoururent à sa clémente intercession. Toutefois,

dans la crainte de fatiguer le lecteur par des

détails trop étendus, nous emprunterons souvent

nos extraits aux diverses éditions de l'Abrégé,

ipubliécs par le même auteur.

En i63o, pendant l'octave de Pâques, peu de

jours après le rétablissement de l'Image, Louis

Fontaine , fds d'Adrien , et de Diane Colombel ,

Jfut guéri d'une paralysie, h la suite d'un vœu de

♦ ■ ■ " # ■* <1) Ant. Le Hoy , Wst. cit., éd. £651. pp. 200—202,

190 r . Histoire de N.-D. de^Boutogné*

sa mère. « Il était tombé depuis trois ans dans une paralysie générale de tous ses membres , qui avait cela de particulier , que quelquefois les parties de son corps étaient molles et flexibles comme si elles eussent été sans 09 , et quelquefois elles devenaient si raides et si engourdies , qu'elles ne pouvaient pas plier. Il avait même, sur la Gn, tout-à-fait perdu l'usage de la parole. Sa mère, qui avait évité autrefois, par la protection de la Sainte - Vierge, les accidents d'une chute qu'elle avait faite dans le septième mois de sa grossesse , implora la même protection pour son fils. Elle promit que, s'il recouvrait la sanlé par les mérites de cette divine Mère, elle le mènerait dans sa chapelle, vêtu de blanc, nu - pieds et un cierge h la main. A peine eut-elle formé ce vœu que l'enfant recommença à parler; le lendemain il se leva , et en fort peu de temps il se vit en état d'accomplir le vœu en la manière que sa mère l'avait conçu , avec celte circonstance néanmoins que, marchant avec elle , et étant prêt d'entrer dans l'église, il sentit une faiblesse universelle dans tous ses membres qui le rendit comme immobile; mais ayant répété par trois fois, après sa mère: Sainte - Vierge, pliiez votre (ils Jésus qu'il me donne la force d'accomplir mon vœu, il s'échappa de ses mains, et la devança dans l'église , sans avoir depuis ressenti aucun reste d'infirmité».

«Le 20 avril i65i 2 , un navire de Calais fut divinement conservé au milieu d'une longue et rude

(1) Ant. Le Boy, Abrégé de CHist. de N.-D. de Boulogne «Mit. 4686, pp. 419-120: édit. 1704, p. 437; 4764, pp. 453- 454 ; édit. in 8» ( de M. Hédouin ) , 4839, p. 425. Nous continuerons de citer cette édition qui est la plus répandue et qui reproduit les précédentes.

Cf. le récit plus détaillé de cette guérison dans l'édit. de 1684, pp. 222-224.

(2) L'édit. 4681 porte le 20 février, date corrigée par l'auteur dans celle de 1686 et de 1704. v \] f V n%

Ckap K XfX.— Navire sauvé c/rç naufrage. 191

éempesto, par les mérites delà mesme Vierge, ainsi que nous le colligcons d' un acte authentique, si-ne de Jean de Calais, marchand do la mesrac ville, a qui appartenoit le vaisseau, et de Louis Fourmentin son pilote. Ils témoignèrent dans leur déclaration qu'estant partis de ftouen avec leur charge de vin, et qu'ayant passé par llonlleur, ^environ six heures après eslre sorti de ce port ils furent allaqucz d'un vent effroyable mcslé depluye et de gresle , qui causa un des plus furieux orages qu'ils eussent encore veu. Leurs voiles estant emportées par l'impétuosité des vents, et leur vaisseau presque accablé par l'abondance des flots , ils voguoient au gré des uns et des autres , incertains du lieu où ils alloient, parce que l'air estoit tout couvert de ténèbres , et certains de rencontrer la mort, dont ils ne voyoient partout qu'une affreuse image. Ils passèrent plus d'un jour dans cette lâcheuse extrémité, pendant laquelle ils se souvinrent d'implorer l'assistance de Nostre - Dame de Boulogne, récitant diverses prières qu'ils sçavoient en son honneur , et la conjurant de tout leur cœur de leur faire connoistre l'endroit où ils estoient , et de les préserver du naufrage. Chose admirable ! ils n'ourent pas sitost achevé que l'orage cessa, el que la merrepritsd première tranquillité. Unrayon de soleil, qui perça le nuage obscur dont le ciel estoit tout environné , leur découvrit la Tour d'Ordre, qui est au dessus du port de Boulogne , et Gt paroistre à leur yeux la Montagne Sainte , d'où leur estoit venu le secours qu'ils avoient désiré. Aussi se creurent-ils entièrement redevables de leur salut à la Vierge tutélaire do ce lieu, et ils publièrent partout ses merveilles, après luy estre tenus rendre leurs actions de grâces dans sa Chapelle 1 . »

(4) Ant. Le Roy , édit. 1681 , p. 204-205.

192 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.

1 63 1 . — » Jean Maréchal, natif du village d'Uidrequen 1 , eu BQuIonnais, tomba, à l'âge dç 25 ans, dans une défaillance générale de tous se? membres» après une maladie compliquée qu'on attribuait h quelque maléfice. Un an entier s'écoula sans qu'il pût sortit du lit, ni même remuer les jambes, lesquelles, par succession de temps, se collèrent tellement ensemble qu'il fut impossible de les séparer; pour surcroit d'affliction, il ressentit les douleurs aiguës de la pierre , dont il avait été jusqu'alors exempt. Ce fut inutilement qu'il employa toutes sortes de remèdes naturels : ils ne servirent, qu'à lui faire connaître qu'il avait besoin d'un secours extraordinaire pour sortir du triste état où il était réduit. Il le trouva dans la confiance qu'il eut au pouvoir de Notre Dame de Boulogne. ' Dès, le troisième jour d'une neuvaine qu'il voua, et qu'il accomplit en personne, se© jambes se séparèrent et reprirent tellement leurs forces qu'au moyen de deux potences il put se soutenir dessus* Il n'en eut plus besoin dans la suite , et il les sus r pendit avec joie devant l'image de sa bienfaitrice,, en témoignage de $a reconnaissance, le 8 de juin, jour de la Pentecôte de l'année 1 63 1 2 . »

Le 1 2 décembre i63i , François Fricot et Marie Drinquebierre,- demeurant au bourg de Samcr, assistés du doyen et du Chapelain de ce bour»; signèrent une attestation constatant la guérison du jeune Antoine Fricot, leur fils, atteint deparaljsie à l'âçe de 12 ans. La mère de l'enfant, ayant appris la guérison de Louis Fontaine, résolut de faire faire une Neuvaine à Notre-Dame do Boulogne.

Ce pieux exercice no fut pas pluslôt commencé « que le malade so trouva dans une meilleure dis-

(1) Hydicquent , Iiam. de Riment, canton dû Marquise. ,

(2) Abrégé cit^ édit. 1839, p. 130— 13* v - f

Chap. XIX. — Enfant rendu à la vie. 193

position, laquelle,- s'augmentant de jour en jour, devint parfaite, au bout d'une seconde pouvante qu'il accomplit lu y même , en moulant tous les jours à pied de la ville-basse en la chapelle de la Saintç-Vierge. ■ »

A la même époque , « le père Alphonse de Monlfort, religieux Capucin, vicaire du couvent de Boulogne, fut guéri d'une ruplure dont if était affligé depuis six ans, et qui avait été jugée incurable par les chirurgiens les plus experts ; et, par un surcroît de faveur, il so trouva en même temps délivré d'une autre incommodité dont il était; travaillé depuis près de vingt ans. Il reçut ce doubJc bienfait par l'intercession de Noire-Dame de Boulogne, dans le temps même qu'il en composait l'ancienne histoire , qui nous a servi de modèle dans la composition de la notre. Il méritait bien, ce me semble , de recevoir cette récompense de celle à qui il consacrait ainsi ses plus précieux moments. Messire Victor Le Bouthillier, pour lors évoque de Boulogne, voulut en célébrer lui-même une messe solennelle d'actions de grâces, le samedi i3 décembre i63i». »

i632. — « Isabelle Mennin, femme de Jacques Briffault , de la basse-ville de Boulogne, était accouchée, après un long travail , d'un enfant qui n'avait ni mouvement, ni respiration, ni aucun signe de vie. Ce petit corps fut vu d'un chacun, dans cet état, l'espace d'une heure entière. Cependant la sage-femme, ayant' été inspirée de faire un vœu à Notre-Dame de Boulogne, et le vœu ayant été ralifié sur le «Shamp par la mère désolée, l'ea-

(i) Ilist. cit. edit. 46Sf.pp. 224 225.

cl 238 j Cf. ausM les mtm. dç F, Mwlchratoçhe,

IM Histoire de iV\-Z>. de Boulogne*

font ouvrit les yeux , pleura et donna toutes Xq& autres marques de vie, au grand étonnement des* 1 assistants qui en liront leur déposition K »

Nous rencontrerons plusieurs fois, dans le cour* de cette histoire, la mention de semblables faveur* obtenues par l'intercession de Notre-Dame de Boulogne. Pour qui sait apprécier la grâce insigne* da baptême, il n'y a pas lieu de s'étonner que ï)ieu« rende la vie à ces pelils êtres, afin que la sainte* Église les fasse enfants de Jésus Chbist. Quel que soit le sort réservé aux enfants morts sans baptême, il est certain qu'ils ne jouiront jamais de la* vue du Père céleste. Une mère chrétienne peutelle se résigner sans tristesse k la pensée de ne pasprocurer la vie de l'dmo à ceux qui ont reçu d'elle, ne fût-ce que pour un instant , la vie du corps £ De nos jours , malheureusement,, on y songe bienpeu.

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