CHAPITRE XXV
louis XV paye l'hommage du cœur d'or; — II visite la chapelle de Notre- Dame , il H; — Mandement de Mgr. de Partz de Pressy; — Pèlerinage de la paroisse de Samer, en 1789.
APavénement de Louis XV, l'évêquect le chapitre de Boulogne sollicitèrent, dans l'intérêt do lcurégli»e, le payement de l'hommage royal. Mais les temps étaient bien changés. Ltî conseil d'Etat, muni de toutes les pièces qui constataient les droits de Notre-Dame , éleva des difficultés sur le fond. L'un des inspecteurs généraux du domaine , fit observer que « l'hommage du » comté de Boulogne appartenoil à nos roys et » faisoit partie de leur domaine ; il éloit donc ina- » liénable et imprescriptible. Le Roy Louis XI » n'a pu, suivant les règles les plus certaines et » les maximes les plus inviolables en matière de » domaine, le cedder à une abbaye et encore » moins se soumettre lui-même et les roys ses >v successeurs à faire un hommage d'un bien tem- » porel entre les mains d'un Abbé ; on sait que les » gens d'église, dans des siècles moins éclairés que » celui-ci , couvraient ces usurpations sous le
(1) P. n<:iloiiiii , continuation de l'Hisl. de N.-D. rte hU Miilc «le l'Abrégé, édit. de 4$39» pp. 156 iW. La tource où M. HYdouin a puise ses renseignements cat le Ms. de *coUc, passin,.
Chap. XXV.— Payement du cœur dor t 1728. 213
». nom» d'hommage, de dévotion à la Sainte-
> Vierge ou h d'autres saints , mais ils en liroienl » eux-mêmes l'honneur et le profit,.,., que si » Louis XIII a bien voulu se soumettre à payer » celte redevance, çà été plutôt comme une libé-
> ralilé que comme une sujétion; si, pendant la » minorité du feu roy, on en a ordonné le paye- » ment , ce fut sans que l'affaire eût été exa- » minée avec un contradicteur légitime ; dans » ces circonstances, l'inspecteur général déclare » qu'il ne s'oppose point aux libéralités que S. M. » voudra bien faire à l'église de Notre-Dame de » Boulogne-sur-mer. pourvu que ce ne soit point » à litre d'hommage cl de sujétion, mais par pure » aumône et sans assujélissement :
En conséquence, lb Roy, en son conseil, a » déclaré et déclare Tévêquc et les doyen, cha- » noines et Chapitre de Notre-Dame de Boulognc- » sur-mer non recevables en leur demande à fin » d'hommage; néanmoins leur accorde S. M., » en faveur elfe son avènement à la couronne , la » somme de 6,000 livres , pour tenir lieu du cœur » d'or accordé à ladite église par les rois ses pré- » décesseurs, laquelle somme leur sera payée par » le Garde du trésor royal, sur quittance qui sera » donnée par ledit sieur évéque, contenant pro- » messe d'employer ladite somme en ornemens » nécessaires à ladite église , aux armes do S. M. » Fait au conseil d'état du roy , à Versailles , le » 4 may 1728 K •
On dirait d'un arrêt libellé par Voltaire....
Lo 17 mai suivant, un humble habitant du Por-
(*) M. P. llédouin s'est Irompé en disant que Louis XV a fait son hommage en 4744. L'anét du conseil ilYtit , dont nous, venons de citer un extrait , est inédit. Nous en avons trouvé une copie, tirée des Archives du Chapitre, dans la Bibliolln .pi« de Mr U. du Tci ire U'Klinirca^.
214 Histoire de N.-D. de Boulogne.
tel /qui «parachevait son testament au nom du bon Dieu et de la Vierge,» y inscrivait celte clause : « Je veux qu'on fasse dire une Neuvaine de inesses, » par chacun an, trois années de suite, à la bonne
y> Notre-Dame de Boulogne >► Le peuple n'avait pas encore perdu les saintes inspirations de la foi chrétienne.
Nous n'avons que bien peu dfe renseignements sur la dévotion à Notre - Dame de Boulogne pendant le XVIII e siècle. Les pèlerinages collectifs furent sans doute peu nombreux ; car les mémoire* du temps n'en signalent guère*. On trouve cepen*dant encore des traoes de pèlerinages individuels , accomplis par des personnes venues de loin, comme, par exemple, cette « étrangère, qui s'est nommée » Marie -Adrienne Toussaint, et dite native de » Lille en Flandre, décédée à Desvrene , d'une
» squinancie, A, son retour d'un pèlerinage à » Notre-Dame de Boulogne* 12 juillet 1740. »
Le 6 juillet 1 744 • ' e ro > Louis. XV arriva dans notre ville, après la prise de Menin et d'Ipres. Nous trouvons dans te registre aux délibérations eapitulaires le récit détaillé de la visite que ce prince fit à la chapelle de Notre-Dame.
« Aujourd'hui, après compiles , tout le chœuren chapes, M. l'évêque,. revêtu de ses habits pontificaux* ont été processionnellement vers la principale porte de celte église, devant laquelle le roy esi descendu de cheval. Sa Majesié, accompagnée des princes du sang et des seigneurs de sa -cour, a été reçue sous les orgues par mondit seigneur (F rançois- Joscph-Gaston de Pari z de Pjressy), qjii lui a présenté l'eau bénite, et un peu plus loin la croix précieuse, que le roy a baisée à genoux sur un prie-
(i) Rrgislrc au* Insinualious (Archives du Tribunal civilj, (X Be^istic de catholicité de Dcsyrcs, ant^cit.
Chap. XX V. Louis X V visite la ChapeUe de N.-D. 243
Dieu; aussitôt M. l'évêque lui a fait un discours, lequel fini , la procession a marché vers le chœur, au son île toules les cloches et de l'orgue* Y étant entré, le roy a fait sa prière à genoux sur un prie- Dieu placé entre le pulpitrc de l'épitre et les marches de Pau tel, pendant laquelle le chœur a chante le psaume Exaudiat et le verset Fiat [manus tua super virum dexterœ tué]. Mgr. a chanté l'oraison Quœsumus , tout le chapitre derrière le roy
in modum coronœ.
» Ensuite, le roy, ayaut la dé vol ion de faire sa prière dans la chapelle de- la Sainte -Vierge , y a été conduit, et reconduit, par le clergé, en h mémo manière, jusqu'à la porte par où il est entré; de là est allé au Palais Épiscopal , où Sa Majesté devoit loger.
» Le lendemain, 7° juillet, sur les onze heures du malin, M. l'Evêque en manteau long, est allé dans la chapelle de la Sainte -Vierge attendre le clergé , qui a reçu le roy à la porte de l'église qui donne du côlé de l'Évêché, au son de toutes les cloches , et a conduit Sa Majesté en la chapelle de la Vierge , pour entendre la messe, célébrée par M. Charuel, archidiacre, qui en avoit été prié par In compagnie, pendant laquelle la musique a chanté un motel; après quoy le clergé a reconduit le roy de la même manière 1 . »
Voilà quels étaient encore les exemples donnés par la royauté, malgré ses fautes. Dans les sociétés chrétiennes , quand la foi agissante et pratique s'est retirée des cœurs, il reste toujours, pendant quelque temps, des dehors officiels qui en tiennent lieu. Peu à peu , ces apparences s'eflacent, les masques tomient : l'incrédulité se montre à découvert, avec ses haineuses colères ; les contrat*
Registre cipitulairc. D. no 2. 3. (Archive* communales;.
216 H is foire de N.-D. de Boulogne,
sociaux se déchirent; les trônes, bâtis désormais sur le vide, s'abîment dans tas précipices, que les rois ont imprudemment laissé s'ouvrir sous leurs pieds.
Au XVIII e siècle , la religion , déchirée par de* enfants rebelles, assaillie avec fureur pr.r ses ennemis du dehors, était impuissante à maintenir dan* lo corps social la force de cohésion dont elle a seule le secret. Dieu multipliait les avertissement : le* fruits de l'adultère, assis sur les marches du trône, n'avaient point amené la prospérité dans la famille royale. Les princes qui donnaient le plus d'erpérance avaient été moissonnés dans leur fleur : les conseils n'avaient plus de sagesse ; les meilleurs esprits se décourageaient ; les meilleur* cœurs étaient dans rabattement. On marchait ver* une catastrophe.
Louis XV mourut de ses vices. Louis XVI, eu montant sur le trône» y apportait des vertus; mai* c'étaient les vertus d'une Victime.
Dans les premières années du mariage de Louis XVI avec Marie- Antoinette , on put croire que le Ciel se refusait à donner la fécondité à leur union. Enfin, le 21 août 1778, le roi qui se faisait « une loi de soumettre à la providence tous les événemens de son règne » , invita les évéques de France à faire des prières spéciaJes , a l'occasion de la grossesse de la reine. Mgr. de Parlz de IVessy publia, le i5 septembre suivant, un mandement a ce sujet. Il y exhorte les fidèles à se conformer aux pieuses intentions du monarque. Lui-même voulut ouvrir par une messe solennelle , célébrée pontificale ment , une Ncuvaine à Notre- Daine de Boulogne. Il relève avec amour les titres de la Patronne du Boulonnais a la vénération de ses diocésains. « Elle en est nommée spécialement et par » excellence la Dame dominante, depuis o^ic Louis
Chap. XXV. — Mandement a%t Mgr. de Pressy. 247
» XI a religieusement voulu et aulhentiquement
» déclaré lui donner % transporter cl délaisser
» le fief et hommage que ce comié devoit aux
» Rois de France , à raison et à cause de leur
» Comté d'Artois; pourquoi les Princes ses
» successeurs lui paye r oient à leur Avènement
» à la Couronne les Droits Seigneuriaux dâs
» par eux comme vassaux de Notre - Dame de
» Boulogne. Delà ces çœurs d'or, ou ces sommes » d'argent, qu'ils ont donnés pour embellir noire » Eglise Cathédrale, et dont la Concession est » constatée par plusieurs Arrêts de leur Conseil » d'Etat. Delà ce spectacle édiliant que nous-mêmes » avons vu donné par le feu Roi, lorsque, dès » qu'il fut arrivé en celle ville et avant de venir » prendre son logement dans notre Palais Epi- » scopal , il s'empressa d'aller offrir ses hommages » 5 la Reine des Cicux t et de se prosterner de- » vanlson Image miraculeuse, qui pendant nombre » de siècles a élé l'objet d'un des plus célèbres » pèlerinages de toute la chrétienté. Delà enfin ces » motifs de rcconnoissancc et de confiance qui » nous engagent , de concert avec notre Chapitre » de donner , dans l'occurrence présente , dès >► marques signalées de zélé , pour obtenir par sa » puissante intercession la précieuse conservation » de la personne de la Reine et du sujet do notre « espérance'. »
C'est le seul Mandement dans lequel le pieux éveque de Boulogne se soit étendu, aussi longuement , sur le culte de Notre - Dame de Boulogne. L'enfant que Marie -Antoinette donna à la France , le 19 décembre suivant, était Marie - Thérèse -
(I) Mandement de Mgr. IVvcquc «le Boulogne , qui ordonne des prières peur la icme (tans toutes 1rs églises de son dtocdtc , pa« heulièrement dans sa CJlhjdiale , à l'autel de Nohc Daine , (iù sept 1778 ) , p, 3.
248 Ilis foire de N.-D. de Boulogne^.
Charlotte de Bourbon , dite Madame royale , plustard duchesse d'Angoulême.
Le dernier pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, avant la Révolution Française , est probablement celui que fit la paroisse de Samer, [7 juillet 1789]. Un manuscrit de ce temps nous apprend que la procession arriva à Boulogne, à 7 heures du matin,cn chantant les litanies de la Sainte-Vierge; « il yavoit au moins quatre à cinq cents personnes à la suite. » Un bénédictin de l'Abbaye s'était joint nu-pèlerinage 1 .
cnAPiTRE xxvr:
Révolution française; — Schisme constitutionnel; — Protestation du Chapitre de Boulogne, contre la confiscation des biens ecclésiastiques et ia suppression des corporations religieuses Invent-aire du mobilier de la chapelle de Notre - Dame, en 17917 — La Statue de Notre - Dame est brûlée par lès Révolutionnaires , 28 décembre 1793'; — Destruction de la Cathédrale.
Le génie du mal faisait son owme. Prise de vertige , la France démolissait pièce à pièce toutes les institutions du passé. Les antiques Tondéments des libertés nationales furent arrachés du sol: le peuple Français voulait être un peuple nouveau.
L'immortelle constitution de l'Eglise n'arrêta point les novateurs. De* mains humaines touchèrent à l'édifice sacré que le Fils de Dieu avait bâti sur le roc de Pierre; et, le 12 juillet 1790 t l'assemblée nalionale sépara l'Église de France de l'Église Romaine, la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises 2 . L'évêque de Boulogne Jean - René
(1) Mêm. » ss. de Jacques Cavillicr,
(2) Maigre ton» les sophisme* à Pairie desquels les historiens libéraux ont voulu défendre cet acte de rassemblée révolutionnaire, les catholiques romains y ont recouuu tout d'abord cl y reconnaîtront toujours un schisme formel.