CHAPITRE XXIV
Dons et offrandes des particuliers à la fin du XVII* siècle; — La reine d'Angleterre , femme de Jacques 11; — Le prétendant Jacques 111 , en 1708;— Marie Leckzinska, reine de France.
Le désir de grouper, autant que possible , dans uu tableau uniforme , le récit des miracles de Notre - Dame et l'histoire des manifestations populaires que la reconnaissance inspirait h nos ancêtres, nous a fait altérer un peu l'ordre chronologique auquel nous nous sommes astreint. 11 est temps de revenir sur nos pas , afin de recueillir les faits que nous avons dù jusqu'ici négliger. Comme ces œuvres, ces legs , ces fondations, ces ex-VOlO sont des preuves visibles delà bonté du Père céleste et de la Mère de la divine grâce, il n'en faut rien laisser perdre, suivant le conseil du Sage : Parti-
cula boni doni non te prœtereal 2 .
(4) Nous avons emprunté tous les détails de cet intéressant pèlerinage au récit que nous en a laissé le cuié dans les Begishes de catholicité de sa paiobse p«ur l'année 4702 ( Archives du Tribunal civil de Boulogne ).
(2) Eccli. XtV. 44.
236 Histoire de N.-D. de Boulogne.
« La demoiselle Jeanne disque, morle en 1677» après avoir fait paroistre toule sa vie des empressemens extrêmes par l'augmentation du culte de Nostrc- Dame de Boulogne , hissa à cet effet, en mourant» quelques sommes» et fonda en partie la messe du Saint-Rosaire» qui se chante les premiers dimanches de chaque mois , devant (Image miraculeuse 1 . »
« Le 3o janvier 1681, Nicolas Lad vocal- Bilfiad, sixième évéque de Boulogne, établît une station solennelle devant h sainte Imaçe , avec le chant de l'antienne Suive Reginct , en musique , où lo chœur assisterait processionnellemcnt , après compiles , toutes les veilles des fêtes de Notre-Dame et des premiers dimanches des mois; ce qui s'est observé jusqu'aujourd'hui, (écrivait Le Boy en 1 704 ) p avec toute l'exactitude et l'édification possible 3 . »
» En 1681 , au retour d'un voyage de Paris., la dame deDisqucmue de Monlbrun présenta à Notre- Dame un cœur d'argent 3 .
» Damoiselle Jacqueline Carpcntîer de PEspagnerie , abandonnée des médecins et réduite à I Agonie, fut guérie , au mois de septembre 1684 > d'une manière extraordinaire , après un vœu que firent ses parents à Notre-Dame de Boulogne *.
En 1G86, l'auteur de l'Histoire de Notre-Dame, l'archidiacre Le Roy, donna h la chapelle delà Sainte - Vierge soixante -deux livres quatorze sous de renies foncières , tant seigneuriales que surcensières; et de plus il lui a laissé une somme de 2\<x
(1) Àt:t. Le Roy , Ilht. cil . é<lit. 168i , p. 192,
(2) Abrège , cMit. p. 404.
(3) I!>hI p. 142
(4) Ihitl- p m.
Chap. XXIV. — Divers dons et offrandes 237
livres pour faire célébrer une messe d'onze heures > lfcs premiers dimanches de chaque mois 1 . »
Le 27 décembre 1688, Marie- Josèphe d'Esté, femme de l'infortuné roi d'Angleterre, Jacques II , exilée de ses trois royaumes» vint faire sa prière dans la chapelle de Notre-Dame de Boulogne. « 11 semble dit, Scotlé, que cette pieuse reyne fis t dans celte sainte station une espèce d'amende honorable de tous les outrages ot impiétez commis par la nation Angloise , en vouant son cher fils le prince de Galles à cette glorieuse Reyne des cieux 2 . » .
» En 169G, la dame de Framery , lieulenantegénérale d'Ardres, voulut en donnant des chasubles pour sa chapelle, se rendre participante des messes qui s'y célèbrent. Deux ans après, la dame de Saint - Aubin y fit présent, à la même intention, d'un pavillon à fleurs et d'une toilette de satin blanc , garnie de dentelles et de crépines d'or , depuis employés à faire un ornement complet.
Vers le même temps, Anne-Françoise de La Haye, épouse d'Alexandre Le Roi Du Quesnel , ingénieur en chef et chevalier de l'ordre de Saint-Louis , y offrit une robe verte , à fleurs d'or , garnie d'un point. d'Espagne , aussi d'or,
» Plusieurs autres daines , gentilshommes et bourgeois y ont fait encore depuis quelques années des offrandes assez considérables , eu égard à la misère des temps ; mais outre que les bornes d'une histoire abrégée ne m'en permettent pas le détail , ce serait m'exposer â blesser la modestie de plusieurs personnes vivantes, qui peuvent désirer que leur libéralité ne soit point connue.
(1) Ibicl. p. 111 , d'après une note additionnelle de l'édit. de J 764 , p. 176.
(2) Relation sur le débarquement de Jacques II t dans les Mêm • d'Ant. Scottc, 8iip. cit. p. 326. Cf. continuation d* l'IIist. de N.-Dpar M, P. Hcdouin , (1839) , p. 153.
238 Histoire de N.~D. de Boulogne.
» Je ne puis cependant omettre qu'en 1C99 dame Catherine de Poucques , veuve du sieur Fesillier, seigneur de Dannes, vint en la chapelle, le i3 d'octobre, pour s'acquitter du vœu qu'elle avait fait dans l'extrémité d'une maladie où les médecins l'avaient abandonnée ; qu'elle Gt chanter une messe solennelle en action de grâces de sa convalescence , et y présenta la somme de cent livres pour offrande; que l'année suivante le sieur François Hubin , demeurant au château do Honvault, y fit don de pareille somme, h la charge de sept messes hautes , à son intention.
» Je dirai encore qu'en 1701 , au chapitre général de la veille de Noël, M. Balthasar de Flahault , chanoine fabricien et administrateur de la chapelle, présenta, pour l'autel de la Sainte - Vierge , au nom de dame Jeanne - Nicole de Lile, épouse de François du Sommerord , commissaira provincial d'artillerie eu département de Saint Orner , une magnifique chasuble de satin blanc , en broderie fine d'or et d'argent, enrichie de deux écussons des armes en relief de la princesse Anne- Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier.
» Je finis en ajoutant qu'au mois de février 1702, dom Philippe de Celers, natif de ce diocèse, connu par son mérite et par sa renonciation au général a t de Tordre de Prémontré, mais recommandable surtout par son dévouement au culte de la Sainte - Vierge, vint en son église de Boulogne, après sa promotion à l'abbaye de Dompmartin, du diocèse d'Amiens : qu'il y donna des preuves nouvelles de sa conGance en la protection de celte bienfaisante Maîtresse, et qu'après avoir offert les divins mystères , il laissa des marques de son profond respect ci de sa parfaite reconnaissance envers la sainte Image 1 . »
(I) AOrcsc cit. pp. 142- 144.
Chap. XXIV.— Divers dons et offrandes. 239
» André Scotté do Velinghen , chanoine fabri ci en, décédé le 24 janvier 1703» s'est attaché avec une grande ferveur, durant plus de trente années» à tout ce qui pouvait contribuer au meilleur état et embellissement, tant de la chapelle que de toute l'église, y ayant donné , enlre autres choses , des chasubles de toutes les couleurs pour l'usage de l'autel de la Sainte-Vierge.
» François Cannet, aussi chanoine , y a pareillement légué sa maison près la Porte-Neuve, avec les arrérages et revenus de la prébende morte , comme quelques autres chanoines avaient fait avant lui »
Nous n'avons rien dit du séjour que Jacques II, roi d'Angleterre, a fait dans notre ville, en 1696, lorsqu'il tenta quelques efforts pour ressaisir sa couronne : rien, dans les documents contemporains, ne prouve qu'il ait témoigné d'une dévotion particulière envers Noire -Dame. II n'en est pas de même de Jacques III, son fils. Devenu, par la mort de son père, en 1701, héritier légitime du trône d'Angleterre, il voulut, quelques années plus tard, recourir à la force des armes pour rentrer dans le royaume de ses ancêtres.
« Il arriva à cet effet à Boulogne le g mai 1708, à sept heures du matin, accompagné seulement d'un page, de son gouverneur , et d'un courrier qui les devançait. Les chroniqueurs du temps font observer, dans les notes qu'ils ont laissée*, que ce prince avait à son chapeau un plumet vert et blanc , mêlés , en signe de bon droit
Ct d'espérance. Il ne s'arrêta que pour changer de chevaux , et sortit de la ville par la porte audessous del'abreuvoir,aujourd'hui porte des Dunes. Son embarquement se fit à Dunkerquele 17 mars, à six heures du soir.
0k) Ibid. pp. 140, 441.
$40 Histoire de JV.-Z). de Boulogne.
» Celle expédition n'ayant point réussi, Jacques ïll revint à Boulogne le 17 avril suivant; il fut reçu avec magnificence dans le Palais hpiscopal, par M. de Langle. On lui donna pour garde un bataillon de la milice boulonnaise et douze hommes (Parmes de la gouvernance. Les chroniqueurs que nous venons de citer disent quHl était fort pâle
et paraissait très-affligé de son insuccès. Le
lendemain. 18 il entendit la messe dans le chœur de la cathédrale , où Ton avait placé pour lui le prie -Dieu, avec accoudoir. Ce lut le chanoine Blondei, aumônier de févêque» qui officia» Les orgues jouèrent , et quelques motels en musique furent chantés. Ce roi donna un louis d'or à chacune des quêteuses pour la Vierge cl le Saint- Sacrement. Après la messe on le conduisit dans la chapelle de Notre-Dame, à laquelle sa mère l'avait vouée, et il y récita dévotement son oraison. E11 sortant de l'église il monta en carosse avec son gouverneur et M. le marquis de Colembert, commandant de Boulogne, fut visiter les remparts, et repartit ensuite en chaise de poste pour Versailles. . » Ces actes de piété des souverains étrangers envers la Vierge de Boulogne prouvent de quel renom elle jouissait encore au dix-huitième siècle.
» Cependant un affaiblissement progressif des principes religieux ne tarda pas à se faire seniir dans les dernières années du siècle de Louis XIV. Les habitudes sévères et majestueuses de ce prince, auquel l'histoire doit reprocher des faiblesses, mais qui, indépendamment de ses conquêtes , a mérité à tant de titres le surnom de grand, maintenaient seules la licence et le dérèglement, prêts h s'emparer des hautes classes de la société* Il mourut le i or septembre 1715; et, sous le régent, véritable fanfaron de vices, h qui la nature avait départi de brillantes qualités qu'il se plut à ternir,
"Chap. XXIV. Marie Leckzinska, reine de France. 241
^immoralité et l'oubli de lous les devoirs levèrent le voile et s'affichèrent sans honle et sans pudeur. Cette époque fatale est empreinte de cette corruption <|ui signale le règne do quelques-uns des douze Césars. Il eût fallu, pour la comprimer, pour arrêter les ravages qu'elle devait produire, un prince ferme , d'une piété éclairée , et qui ne se laissât point séduire et diriger par des hommes ambitieux, des courtisans avides et sans mœurs. Malheureusement Louis XV ne ressemblait en rien au modèle que nous venons de tracer.
» Le i5 février 172,3 il atteignit sa majorité, et les commencements de son règne donnèrent les plus belles espérances. De l'esprit, un bon cœur, un jugement sain, telles étaient dans ce roi les qun • lités qui justifiaient ces espérances; mats la fai-
- blesse de son caractère , un penchant décidé pour les grossiers plaisirs des sens, dont on abusa perfidement, élargirent de plus en plus les plaies profondes que la régence avait faites au royaume de France. Louis XV était loin d'être incrédule, et cependant le scandale de ses liaisons et l'insouciance qui en fut la suite le laissèrent désarmé contre les progrès de l'incrédulité.
» Le 4 septembre 1726, Marie Leckzinska , fille unique de Stanislas , roi détrôné de Pologne , fut mariée à Louis XV. Après trois années d'union, celte princesse devint enceinte, et ses sentiments de piété la firent alors entrer en correspondance avec M. Henriau, évoque de Boulogne, q.ii donna l'ordre de dire quatre cents messes à l'autel de Notre-Dame pour obtenir, par son intercession, l'heureuse délivrance de la reine et la naissance d'un dauphin. L'événement répondit aux vœux
t que^'on avait formés, et le 4 septembre 1728, Marie leckzinska accoucha d'un prince qui fut depuis le père des trois rois, Louis XVI, Louis
^12 Histoiie de N.-D. de Boulogne; '
XVIII et Charles X. Lo lendemain , celle joyeuse nouvelle parvint dans nos murs , et Tut le sujet de nombreuses actions de grâces, rendues 5 la mère de Dieu, et de grandes réjouissances »