CHAPITRE XXIX
Bénédiction de la nouvelle chapelle de Notre-Dame , le 29 mai 1840 ; — On retrouve me des mains de la Statue miraculeuse ; — Continuai ion des travaux de la cathédrale f souscriptions et offrandes 9 1840—1849 ; — Bref de S. S. Pie IX.
ÏA chaire do Saint-Germain-des-Prés retentissait encore de ces magnifiques accents de l'élo- ^iquence chrétienne , lorsqu'une cérémonie du plus haut intérêt vint réjouir la ville du Boulogne.
388 Histoire de N.-D. de Boulogne.
Élevé à la dignité de cardinal-prêtre de la sainte Église Romaine, Mgr. de la Tour d'Auvergne venait d'être reçu triomphalement dans les murs de la seconde citéde son vaste diocèse. La chapelle de Notre- Dame de Boulogne, érigée sur les ruines de celle que Claude Dormy avait consacrée en i6«4» venait d'être terminée. On pouvait dès lors satisfaire la
Iûété des fidèles, qui attendaient avec impatience e moment où il leur serait permis d'y offrir à Dieu leurs prières, sous le patronage de Marie. Le vénérable cardinal daigna se rendre aux vœux de notre population. Le vendredi «9 mai , Son Émineuce bénit Elle-même la chapelle, et voulut y célébrer, pour la première fois, le Saint -Sacrifice de la messe, qu'on a continué d'y célébrer chaque jour* depuis cette époque.
« De quelle émotion ne dut pas alors être pénétré notre auguste pasteur , en pensant que , le premier, après un demi-siècle, il célébrait les Saints- Mystères dans un sanctuaire où d'illustres pontifes, ses prédécesseurs, les de Pressy , les Asseline, avaient offert à Dieu l'encens de leurs prières ; où de pieux guerriers, de grands monarques , Godefrci de Bouillon , Louis XIII, après lui Louis XIV» étaient venus s'agenouiller pour invoquer le Dieu des combats, ou faire à Marie l'hommage de leur diadème 1 Que de pleurs d'attendrissement ne furent pas versés en ce moment, dans celte chapelle, depuis longtemps veuve de son Dieul Un vénérable vieillard, contemporain de l'ancienne Notre-Dame, fut entendu sanglot tant et laissant sa joie s'exhaler *n soupirs : une ère de bonheur venait de commencer pour lui 1 ! »
Une belle statue de la Sainte-Vierge , debout dans une nacelle, 011 deux anges l'accompagnent, suivant l'antique tradition, a été pincée sous un
(4) Annotateur du 4 juin 184v), sous la signature A***.
Chap. XXÎX.— Une main de l'ancienne Image. 289
tloûïe particulier, élevé au fond de cette chapelle. Ce n'est plus la miraculeuse Image qui a reçu pendant tant de siècles les vœux empressés des pèlerins ; mais ce n'en est pas inoins un mémorial du passé , la représentation terrestre de la Vierge qui est aux cicux , et le signe extérieur qui manifeste sa présence à Pœil du chrétien.
Dieu n'avait pas cependant permis que l'antique statue pérît tout entière : un précieux fragment en a été conservé à l'insu des profanateurs de 1795. On se souvient que la sainte Image resta , pendant quelque temps, dans la salle du district, avant les saturnales qui la firent disparaître probablement pour toujours. Un ancien Conservateur des eaux et forets, M. Cazin de Caumarlin, alors attaché à t'élat-major de l'armée du Nord, se rendît au district pour faire viser sa feuille de route. La salle était déserte. M. Cazin , qui aperçut l'Image de Noire Dame, reléguée dans un coin, s'en approcha, et voyant qu'une « partie d'une de ses mains , qui avait été brisée, tenait à peine,» il la détacha du poignet à l'aide. do son sabre. Il s'empressa , en sortant du district , d'aller l'offrir à sa tante, M Ue Alix Cazin , qui lui sut infiniment de yré de ce religieux cadeau. Ces faits ont été attestés par M. Cazin lui-même, dans une lettre du 21 novembre 1839, adressée à M. Hédouin , et publiée parce dernier dans l'histoire de Notre-Dame, dont les dernières feuilles étaient alors sous presse.
M l,e Alix Cazin remit, à sa mort, celte relique entre les mains du chanoine Dupont, qui, à son tour, en disposa en faveur de M. Gros d'Hoir louve. La bénédiction de la chapelle, où la Vierge de Boulogne avait été honorée pendant douze siècles , offrit une occasion toute naturelle pour faire rentrer dans la cathédrale la main de Notre-Dame, la main droite, celle de la puissance et de la béjxé-
290 Histoire de N.-D. de Boulogne.
diction. M. l'abbé Haffreingue la fit renfermer dans un cœur de vermeil que Ton suspendit à la statue nouvelle.
Les souscriptions en faveur de l'église continuèrent d'avoir un grand retentissement. Les journaux religieux prêtèrent à l'envi leurs colonnes à l'insertion des appels qui furent faits en faveur de l'œuvre. L'Univers, VUnion, d'autres feuilles, publièrent des articles remarquables. On fit connaître à toute la France quels étaient lés sacrifices que la ville de Boulogne s'imposait pour donner une église à sa
lerge bien-aimee.
Nous trouvons, dans V Annotateur de Boulogne, une notice sur l'empressement religieux avec lequel toutes les classes de la société contribuèrent alors aux dépenses, nécessitées par la construction d'un édifice de proportions si grandioses. En voici les principaux détails :
« L'effet produit en France par Pannonce de cette réédification, si on le juge au point de vue de notre siècle si occupé et si distrait , est fait pour étonner. II prouve que sur tous les points, les esprits, lassés de nos bouleversements politiques et des vaincs recherchés du repos moral tentées dans lés diverses voies qu'ils s'étaient un peu aventureusement ouvertes , reviennent aux idées religieuses comme à la garantie, à la sauvegarde la plus sûre dès sociétés. Sous ce rapport il n'est point permis aux hommes sérieux, que préoccupent les intérêts de Pavcnir,de passer indifférents à côté d'un monument qui révèle avec cet éclat combien est grande encore la puissance du catholicisme , toutes les fois qu'abandonnant les ambitieuses pensées de la politique qui Pont trop souvent associé , pour le compromettre, aux choses de ce monde, il se borne à remplir la mission sainte de la religion sur la terre, à réchauffer dans les cœurs le culte du bien et du juste, cl le sentiment de la charité.
CA. XXIX.— Sôtiscnplions el ofiandes, (1810). 29Ï
• v » Beaucoup de gens considéraient, il y a un an, cette entreprise comme une folie au-dessus des forces de notre temps, et se rappelaient, non sans queJque ironie, que si les évoques dos Xlfl e au XVI* siècles avaient pu, aidés du denier du pauvre autant que de la Îaslueus3 offrando du riche , élever ces imposantes cathédrales qui font l'ornement de nos vieilles >ciîés , le siècle de ces miracles d'union était passé sans retour. Ils doivent être aujourd'hui convaincus que celle œuvre s'achèvera, et qu'eûtelle été conçue sur des proportions plus grandioses encore, elle se serait encore achevée.
» De toutes parts les offrandes arrivent. Beaucoup d'étrangers ont choisi notre ville comme résidence d'été et ville de tains, de préférence à toute autre, pour apprécier sur les lieux mêmes celte entreprise et l'aider ensuite plus odicacement de leur concours : — des visiteurs en grand nombre suivent avccinlérêl les lravaux,qiie M. l'abbé Maffreingue laisse accessibles à tous; et il en est bien peu qui ne déposent en se retirant, dans le tronc à ce destiné, quelque don pécuniaire, témoignage de leur sympathie pour la pensée créatrice du monument. — "Une souscription spéciale, ouverte parmi
. les ouvriers, à 5 centimes par personne, s'est, en une. année , élevée à plus de 1,000 francs. — Le 23 juillet dernier , M. le maire de Boulogne recevait, de Montauban, la lettre anonyme suivante, dont nous n'avons pas besoin de faire ressortir le mérite:
« Monsieur le Maire,
» Une personne qui vient de lire dans- le journal 11 qu'un respectable ecclésiastique de -votre ville y » faisait construire, a ses frais, une église, n'a pu » résister nu plaisir de s'associer, selon ses faibles » moyens, à une action ^ui annonce un si grand » fonds de piété et de désintéressement.
20â Histoire de N.-D. de Boulogne.
m Ci-joint est, un mandat de 5 fr.; valeur intrhv, » sèquo , c'est peu de chose ! aussi n'est-ce pas » sous ce rapport seulement qu'on l'envoie ; c'est » un hommage rendu, et d'abondance de cœur, il » de nobles sentiments. » .
— » Dans une autre lettre, écrite par M. l'abbé Roy , directeur du graqd séminaire d'Orléans » sous la date du 5 de ce mois» nous lisons :
« Deux excellentes personnes de ce pays, qui » vivent dans les privations et l'obscurité, pour » avoir le bonheur de coasaprer leur patrimoine » aux bonnes œuvres * et qui no veulent pas que » la main gauche sache ce que donne la main » droite, me chargent de faire, passer 5oo francs à » Boulogne pour la construction de l'église Notre- » Dame. »
» Un respectable vieillard de Casse!» M. Frohart de Lamelles 1 , qui à diverses reprises depuis deux ans a envoyé jusqu'à cent francs à la fois , écrivait récemment, en adiessant encore i5o fr.,
qu'il regrettait amèrement, qu'à cause de ses 89 ans accomplis ses petit$-enfan($ ne lui permissent pas de venir apporter lui-même son offrande. — . , *
» Nous pourrions multiplier ces citations et ces faits ; mais il faut nous borner et choisir, et ce quo nous disons ici suffit pour justifier nos prévisions*
» Si nous considérons maintenant ce qui se passe plus près de nous» dans notre pays même» nous y trouvons la preuve que le vif intérêt, témoigné, il y a un an» à l'entreprise» n'a fait que s'accroître depuis lors ; et que, si le Boulonnais demande à la France entière et même à l'étranger de l'aider à relever son vieux temple jadis, si honoré» ce n'est qu'à la condition d'y participer lui-même avec cette.
(I) M. Froh.irt de Lamelle rf connaissait pour son. miatrjeme aïeul Jetnn de Frohart, sieur de Honvautt.
Ch. XXIX. -Souscriptions et offrandes , (1810). 2*>3
largeur de libéralité qui commande Admiration et assure le concours. y
» Ainsi, jusqu'à co jour, Von travail pensé à rien organiser de parfaitement régulier pour seconder la souscription. L'on a récemment conçu l'idée de faire choix dans chaque localité, suivant son importance , d'un ou plusieurs chefs de séries ou trésoriers» qui choisissent de leur côté autant de personnes qu'ils connaissent disposées à se mettre à la tête d'une dizaine de souscripteurs. A ces dizainierssonl remis des bons de Sôltswiption rappelant sommairement le but de l'œuvre; et sur ces bons les hommes de bonne volonté inscrivent leur nom et la somme qu'ils se proposent de donner, ou par semaine , ou par mois , ou par année. On reçoit l'obole do ciuq centimes du pauvre, comme la plus riche offrande. Or, les pauvres qui s'inscrivent sont nombreux !
» Ce mode de souscription commence à peina è se répandre dans quelques villages de nos environs, et déjà» l'on a recueilli,
A Audinghen et Tardinghen. . . 960 f. » c.
A Wissant. ' ... . . . i4g 5o
AAudcmbert. . . ... • 1-S2 »
• A Audresselles . ./•••' • • • 27 ' 25
A Herv^Knghen ...... 100 »
A Ambleteuse • . . • . . 120 • » La souscription n'est achevée qu'à Audinghen et Tardinghen. Nous recevons , à ce sujet , de M. Tintillier, vicaire d'Audinghen, une lettre datée du i4 septembre, où entr'autres choses intéressantes nous lisons :
« La souscription a été accueillie ici avec une » sorte d'enthousiasme, puisque dans l'espace de » quelques semaines , elle a réalisé la somme , g énorme. pour un village, de 960 francs. Ce ne » sont pas seulement les riches , mais les ouvriers
2'Ji Histoire de xV.-Z^. de Boulogne.
» et les pauvres eux-ttrônies qui ont voulu y éotUri- » biier. Entr'autres- particularités, jto titérai deux » jeunes {ides que je m'abstiendrai do nommer » pour ne pan blesser leur modestie, qui ont offert » chacune 5 francs, fruit du travail dé plus d*utie » semaine ; un pauvre vieillard, accoutumé a réce- » voir chaque semaine une modique aumône « la » porto du presbytère » et qui dans lé temps àVJa » souscription , après l'avoir reçue , est allé h dé- » poser dan» la bourse d'un dès trésoriers de » l'œuvre. Voilà des laits que j'ai cités pour l-horf* » neur d'Àudînghen, ét parce qu f ils ptfoùvéril, éta- » tant qu'il m'est donné d en juger, que h foi ^st y> encore vive et que Dieu a marqué cettë <te<J?*e m du sceau de sa protection. Paisse ce bel ïefcèttiplo » être imité par toute la France , et noUS verront » s'achever ce beau monument qui fera là glotrfr » du Boulonnais. * '
» Dans les autres comtminés citées, ellë éêt à son début ; et quand on songé à la pauvreté de plusieurs de ces communes; quand ôh sait que fa mùpart d'entre elles s'imposent dé lourds Sacrifices pour l'entretien de leurs églises, de leufs presbytères et de leurs école*, l'on est heureux d'appartenir a un pays, au sein duquel lés Sentiments de piété religieuse, indices de tous tes sérittttiénts honni tes, vivent avec cette puissance,
» Une souscription particulière est pefrntfnénte à Paris, où le mode de souscription qui vient d'êtré indiqué ne pourrait être employé. Près dé quatrevingts personne», au nombre desquelles figure hotré honorable député M. F. Delessert, ont accepté avec empressement le mandat de veiller à Son succès ; et ce n'est pas sans quolques raisons que l'on attend beaucoup de ce foyer des grandes pensées , de ce centre des lumières et des arts ». »
(1) Annotateur de Boulogne, du 27 Sept. 1840, pp.622ctfô£
C7*. XXIX.— Souscriptions et o fraudes , (1840). 295
Ajoutons que la reine Marie-Amélie eut la générosité d'envoyer une somme de cent francs % M. le curé de la haute-ville, pour la construction de la cathédrale; et que le roi Louis-Philippe, dans le même but, fit parvenir à M. HalTreingue un tableau de M.-Féron, admis à l'exposition de Paris, et représentant le martyre de saint Sébastien, On dit que la liste civile l'a payé 6, ooo francs : c'était uri bel encouragement donné au peintre.
. La souscription se poursuivait à Paris par Tinter* médiaire des personnes les plus recommandables. L'archevêque , Mgr Affre , et tous les curés do la capitale s'étaient montrés parfaitement bien disposés à seconder la quête de Notre-Dame. Parmi les hommes qui s'y employèrent, nous devons une mention spéciale à M. Haniclc, curé de Saint-Séverin , dont le zèle ne s'est jamais arrêté depuis lors et dont nous retrouverons le nom dans la suite de celte histoire. Nous ne devons pas oublier non plus M. Francis Nettement , qui voulut prêter à l'œuvre l'appui de sa plume, et se charger d'une liste sur laquelle s'inscrivirent des noms illustrés par le mérite littéraire ou distingués par l'éclat des arts» .
c*t>On a rendu publique la lettre que M. Nettement écrivit alors à Chateaubriand, dans l'intérêt de la souscription. Nous la reproduisons d'après les journaux du temps :
« Monsieur le vicomte,
» Honoré par M. l'abbé HalTreingue , fondateur de l'église de Notre-Dame de Boulogne, d'une lettre oii il m'engage, comme trésorier de l'œuvre, à employer tous mes efforts pour en assurer le suc* cès , j'ai accepté cette noble mission. Au moment de l'accomplir et de m'adresser, s'il le faut, à Paris tout entier, à toutes les classes, à tous les rangs, à toutes les opinions , au nom d'une pensée de reli-
296 Histoire de N.-D. de Boulogne.
gion et d'art, en faveur d'un monument national qui va presque transporter Saint-Pierre de Romo sur la côte de France en face de l'Angleterre , je crois devoir , Monsieur le vicomte , écrivain et chrétien, m'adresser d'abord à l'auteur du Génie du Christianisme , à celui dont la plume illustre de chrétien, de poète et d'artiste, mieux que la volonté de Napoléon , a rétabli la religion en France, car si (empereur rouvrait les églises, ta glorieuse intelligence de M. de Chateaubriand , plus puissante que toute celte puissance * rouvrait les cœurs.
» Que votre nom, Monsieur le vicomte, votre nom Français et Européen , soit le premier sur la liste des Lettres et des Ârt$ » par laquelle dok commencer la souscription dont je serai comme le messager. Dieu permettra, j'espère, que le registre sur lequel j'ai fait graver une croix , surmontée dto ces .mots : « Notre - Daine de Boulogne , » arec I* millésime i84o. se remplisse de signatures de loué les partis et de toutes les opinions , et devienne», dans notre France, comme un signe d'unité religieuse entre ses enfants t sur tant d'autres points divisés. Votre nom, votre gloire, Monsieur le vicomte» seront le phare à la lumière duquel pas un nom du royaume de la pensée, des lettres et des arts, ne refusera de s'inscrire, pour apporter sa pierre à l'édifice auguste qui s'élève comme un saint navire au-dessus des flots, entre la France et l'Angleterre ; monument national qui, à six cents pieds de hauteur, planera sur la mer, et viendra répéter, à l'Océan, l'antique et divine parole : Tu n iras pas plus loin ! »
» Je suis avec respect, etc.
FnAîrcis Nettemj&ktc
Chap. XX fi* — Médailles de Noire-Dame. 297
Chateaubriand répondit à cet appel en inscrivant son nom en tête do la liste, où l'on voit figurer les noms de Viclor Hugo, Lamennais, Alfred de Vigny, Jules Michelet, madame Ancelot , à côté de ceux du haron Bosio, du vicomte W;>lsh, du vicomle de Conny, de MM. Berryer , de Gcnoudc, de Lourdou#ix et autres. M. Alfred Nettement .recueillit ainsi la somme de5j5 francs. Qui sait si les quelques pierres obscures que ces modestes offrandes ont scellées dans les murailles de Notre-Dame ne pèseront pas plus, dans la balance de l'éternité, que bien des discours et des livres ?
Pendant qu'on s'efforçait ainsi de relever les murs de l'édifice, la dévotion à la Patronne de Boulogne n'était pas négligée. On fit frapper une mé • daillc de piété, en l'honneur de cette douce Étoile
des mers, avec l'inscription : Notre-Dame de Boulogne, Stella maris y sis bona. Cette médaille,
répandue parmi les fidèles , popularisa de plus cr* plus le cullé de la bienheureuse Vierge. Ou nous assure que, présentée à un condamné h mort, dont l'impiété avait été jusque- là rebelle aux exhortations du prêtre , elle produisit sur lui une si. heureuse impression qu'il se convertit sur-lechamp.
11 deviendrait peut-être fastidieux pour nos lecteurs de développer avec trop de détails le récil des diverses offrandes qui furent laites pour la continuation des travaux de la cathédrale. Nous devrions parler des démarches de la Fabrique de Saint-Joseph auprès du gouvernement, par délibération du i5 mars 1 84 1, démarches restées d'aiilcurs sans succès; — dire quelque chose du sermon «l'œuvre, prêché par le P. Lcfebvrc , de la Compagnie de Jésus, dans l'église paroissiale de Saiut-Séverin,à Paris, le 3i mai 1842, sous la presideuco de Mgr. l'Iutcrnoncc du Suiut-Siégc ; — rendre un
298 Histoire de iV.-i). de Boûloyne. .
hommage niérilé aux généreux sentiments <) ut inspirent à M*. P.-L.-N. Lattcux de la Bouvcrie, do léguer h Noire-Dame une somme de 20,000 fir. f lors de soi» décès ( 1 5 février 1 84 i ) ; — roconter les diverse* tentatives qu'on fit potfr établir dans laf chapelle de Notre-Dame une association de prières 4 dans le but d'obtenir la conversion de l'Angleterre; 1 « — éfiumérer les hommages poétiques et littéraires; qui arrivèrent de toutes parts en l'honneur de notre Vierge? mais les bornes de cet ouvrage nenou* permettent pas d'être sur ce point aussi complet que nous l'aurions désiré»
- Qu'il nous suffise de rappeler la grande Loterie,, organisée et tirée en 1846, et qui produisit une somme de plus de 80,000 fr., recueillie par toute la France, l'Angleterre et l'Irlande. Tous les appels» notes, avis et circulaires , lancés à profusion dans le publie, ne se bornaient pas h solliciter la charité des fidèles en faveur du nouveau sanctuaire. Oit y rappelait toujours , ert quelques mots , l'histoire de Notre-Dame de Boulogne , et on s'efforçait de? jeter ainsi des semences fécondes qui ont fait germe? la pensée des nouveaux pèlerinages.
À la suite do la loterie, on établit dansées bâtiments de PÉvêché un bazar considérable, au profit de l'œuvre; puis d'année en année les souscriptions se continuèrent sous différentes* formes.
La révolution de 1848 n'interrompit point les travaux : c'était la pensée de tous de donner aux classes laborieuses la facilité de gagner leur pain de chaque jour, en même temps qu'on se ralliait autour de la religion, comme à la seule colonne inébranlable de l'ordre 'social.
Notre époque est attaquée de ta maladie révoluV tionnaire. Aucun gouvernement n'est stabîe : on dirait que Dieu livre le mondé à l'anarchie. Tous les moyens que Ton s'esi efforcé d'employer jus-
Ch. XXIX. Lettre au Souverain- Pontife, (t8l9).299
qu'ici , pour conjurer le mal , n'ont été que des palliatifs impuissants. Aussi , le torrent révolutionnaire qui déborda en 1848 fiuil les plus grands ravages. L'héritage temporel do la sainte Eglise Romaine n'a pas élé à l'abri des tentatives anarebiques dans lesquelles l'esprit du mal a eu la force de prévaloir. Ou a vu avec effroi le saint et doux Pontife qui lient aujourd'hui le gouvernail de la barque de Pierre , obligé de chercher sur la terre étrangère un asile où il pût élever librement vers le ciel ses mains bénies.
Daps ces circonstances, un cri de douleur , une protestation de dévouement , un témoignage do filiale a (Fe et ion partis du monde entier» allèrent à Gaëto consoler et réjouir le cœur du Vicaire do Jêsos-Curist. Les catholiques de Boulogne s'associèrent à cette manifestation; et la lettre suivante,
FiorMe par M. ta duc d'Harcourt, ambassadeur de a République Française auprès du S. -Siège , fut remise au Souverain- Pontife par Mgr. Giraud , archevêque de Cambrai.
TRÈS-SAINT PÈRË,
« Pendant que Pierre était gardé dans la prison par quatre bandes de quatre soldats chacune , l'Eglise ne cessait d'adresser au Ciel des prières pour Lui, et obtenait bientôt sa délivrance.
» Aujourd'hui que le glorieux Successeur du prince des Apôtres, privé de sa capitale, gémit sur la terre d'exil, toute l'Église se lève comme un seul homme, pour demander avec instance aa Ciel qu'il mette .un terme a ses maux.
t » C'est le vœu que nous nous empressons de déposer, chaque jour , au pied de la Madone de Boulogne, avec l'espérance d'être bientôt exaucés.
* Dajgncz , Très-Saint Père , en accepter avea
300 Histoire de JV.-D. de Boulogne.
bienveillance le symbole f , ainsi que l'expression de notre piété filiale et respectueuse, dans l'hommage de l'Histoire de Notre-Dame de Boulogne , qutf nous avons l'honneur de déposer humblement à Vos pieds.
» Permettez aussi, Très-Saint Père* à Vos respectueux et dévoués enfants de Boulogne-sur-mer» de Vous prier de bénir, des bords de la Méditerrannée où la tempête Vous a jeté, le nouveau sanctuaire qu'ils élèvent, sur les bords de l'Océan , à Celle qu'on n'appelle pas en vain l'Étoile de la mer, ainsi que le faible instrument dont la divine Providence se sert pour diriger les travaux de cetie Église.
» Nous avons l'honneur d'être, Très-Saiut Père, avec le plus profond respect,
De Votre Sainteté ,
Les très-humbles et très-obéissants serviteurs»
HAFFREINGDE, , \ Chanoine honoraire clArras, chef d'institution.
Le Saint-Père accueillit avec bienveillance cet hommage de piété filiale ci daigna répondre à M» l'abbé Haffrcingue, en lui envoyant un bref dont voici la traduction 2 :