‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 30 sur 45 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

L'enclos de l'ancienne cathédrale est racheté par M. l'abbé Ha/freingue , qui y construit une nouvelle église;— Histoire de celte entreprise , depuis 1827» jusqu'en 1840.

LA vieille cathédrale, raséo jusqu'aux fondements, u'était plus qu'une vaste ruine, dont In vue navrait tous les cœurs. Un amas confus de décombres s'étendait, comme un tertre funèbre, sur remplacement de ce temple désolé. Quelques pans de murs, quelques tronçons de colonnes brisées rappelaient à la pensée la splendeur de l'édifice et parlaicntencoredaà merveilles qui s'y étaient accomplies. Les démolisseurs, honteux de leurs œuvres, auraient voulu, pour en éteindre le souvenir, faire disparaître jusqu'au dernier vestige du sanctuaire que leur vandalisme avait saccagé. Ou projeta successivement d'y bâtir des maisons particulières , d'y établir une place ou un marché, d'y construire une prison : aucun de ces plans ne put cire réalisé. La Providence avait ses desseins. La plupart des anciennes maisons religieuses de la ville sont tombées sans laisser de traces; l'Oratoire, les Ursulincs, les Cordcliers , les Minimes, ont été eflaeés du sol sans qu'il reste une pierre pour dire vu était leur église ; la cathédrale , au contraire»

Chap. XX VI IL Reconstruction de la cathédrale. 273

ne s'était couchée dans son tombeau que pour se relever un jour.

Quand un endroit sur la terre a été privilégié de Dieu pour servir h l'accomplissement des grands desseins de sa miséricorde, il est rare que /es révolutions parviennent à en abolir entièrement la mémoire. On peut dire de tous les lieux où la puissance divine n marqué l'empreinte de sa main adorable, ce que Jacob disait de la terre de Béthel :

Vere Dominus est in loco isto. Les * croisades n'ont eu d'autre but que d'arracher aux profanations des infidèles le* Tombeau de Jésos-Chiiist et le sol qu'avait empourpré le sang du Rédempteur; les anges ont porté sur leurs ailes, jusqu'aux plaines de Loreite » l'humble Maison de la Vierge de Nazareth , dans laquelle le Verbe divin a pris notre fragile nature; dans la Ville htcrnellc, les sanctuaires qui permettent de suivre pas-à-pas l'histoire de l'Église et la passion des martyrs, ont été miraculeusement conservés jusqu'à nos jours: ce sont des lieux choisis et sanctifiés , auxquels Dieu se plaît à conférer un caractère tout spécial de permanence et de durée.

L'enclos de la cathédrale , et le palais épiscopcl qui y est adjacent, rentrèrent aux mains d'un prêtre. M. l'abbé llaffrcinguc , devenu, en 1816, supérieur d'une luslilulion fondée à la fin de la Révolution française, s'était établi provisoirement dans les bâtiments de l'évcxhé, avec l'espoir d'en être l'acquéreur. Son vœu fut bientôt réalisé : mis en vente par autorité de justice, ces immeubles lui furent adjugés le 18 août 1820, à l'audience des criées du Tribunal civil de Boulogne.

Rebâtir la cathédrale , pour contribuer par là au rétablissement du pèlerinage séculaire de Notre- Dame ; doter la ville d'une église spacieuse et mo-

nouvel évéché de Boulogne ; poser, à l'extrémité de la France catholique, vis-à-ris de l'Angleterre protestante, tin solennel acte de foi envers l'Immaculée Mcro de Dieu ; élever sur un dôme gigantesque la statue do Celle qui a détruit toutes les hérésies, afin que, dominant la terre et la mer, -Kilo attire à son divin Fils les âmes égarées qui fuient loin du bercail ; tel a été le projet conçu par M. l'abbé Haffreinguc. — Il nous est aujourd'hui donné d'en voir la réalisation.

Les hommes tes plus dévoués aux intérêts religieux de la ville de Boulogne pressaient instamment M. l'abbé Haffreinguc d'entreprendre la reconstruction du sanctuaire. C'était la pensée de sa vio et le rêve de son enfance: mais sur quelles ressources pouvait-il compter, pour entreprendre uno œuvre semblable? « U n jour , une pauvre femme vint le trouver et lui dit : « J'ai appris, mon Père, » que vous avez depuis longtemps l'intention de » faire reconstruire l'église de Notre - Dame de v> Boulogne; je no suis pas riche, mais toute » pauvre que je suis , je désire d'y contribuer , . » veuillez recevoir ma faible offrande* » Et elle lui remit une pièce d'or de vingt francs qu'il accepta , en lui assurant qu'avec cela il commencerait les travaux \ »

Dès le mois de mars 1827 , les fondements do l'ancien édifice furent mis à découvert; un plan lut dressé, et l'on s'occupa d'en préparer l'exécution. Plusieurs personnes émettaient le vœu qu'on imitât le style de l'antique cathédrale; mais il n'existait rien qui pût en préciser les détails, puisqu'on n'a pas même une esquisse de ce vieux monument. D'autres auraient préféré qu'on employât le style chrétien du moyen âge , dont la

flj C. M. Le GuiHou , Nouveau Mois de Marie , 1842, p. 348.

Chap. XXVI 11. -Choix d'un style £ architecture. 275

splendidc basilique de Reims, rajeunie et parée pour le sacre de Charles X , avait réveillé le sou* venir Irop méprisé depuis longtemps. « Mais» dit M. Médouin , une foule de motifs graves et des obstacles h peu près insurmontables s'opposaient h la réalisation de ce vœu. Où trouver, [en 18*7] cette fouie d'ouvriers habiles, mus par la foi, passés maîtres dans l'art de tracer l'ogive , de tailler le* colonoeltes en fuseau , do faire sortir do la pierre la rosace , les clochetons ouvragés comme la dentelle» et les naïves figurines qui font l'admiration do l'homme do goût 1 ? *

Si M. l'abbé HalFrcinguc ne put, malgré son dérir, adopter le style ogival » celte création du génie chrétien dans nos contrées du N >rd , il se souvint qu'il y avait un autre style également propre ^1 traduire une pensée religieuse , nous voulons parler de l'architecture romaine. Vainquour du paganisme et prenant possession de la capitalo du monde , le christianisme no répudia point les formes de l'art, telles que les avait faites la société dont les dieux s'en allaient. Conformément à In

devise lnstaurare omnia in Christo , les artistes

chrétiens s'approprièrent l'héritage de l'antiquité , non pas sans doute pour s'astreindre à une imitation servile , mais pour s'appliquer à perfectionner l'œuvre de leurs devanciers. Tout ce que l'&rt ancien avait de sensuel» de matériel » de terrestre , fut épuré, spiritualisé , élevé à la hauteur des sublimes doctrines au service desquelles on l'employait. Que l'on compare Saint -Pierre de Rome avec tel monument payen que l'on voudra » la différence entre les deux édifices fera voir les modifications profondes dont un même art est susceptible ,

(\ ) T. Hctlouin , ou?, cit t p. iSi.

216 Histoire de A'.-Z). de Boulogne.

quand on l'applique a rendre des idées qui ne se ressemblent pas.

Le 1 er jour du mois do mai de la même année 1827 , M. le baron Le Gordier, sous - préfet do l'arrondissement do Boulogne, posa la première pierre do la chapelle de Notre-Dame 1 . Toutes les autorité* s'étaient réunies pour celle solennité, 'qui eut peu de retentissement au dehors : on n'en trouve qu'une brève mention dans les journaux du temps.

Deux jours avant de poser la première pierre , il n'y avait d'autres ressources, pour celle colossale entreprise» que de légères offrandes s'élevant tout au plus à un millier de francs. Un secours inespéré arriva tout a coup, la veille même de la cérémonie. Le dernier sénéchal du Boulonnais» François - Marie -Ooier de Pu Iras, chevalier, seigneur de Gampaigno, remit aux mains de M. l'abbé Haflreingue une somme do 48 , 000 francs , qui fut portée » quelques mois plus lard , h 96 ,000. Le pieux sénéchal se dépouillait ainsi de toute sa fortune, en faveur de la Patronne du comté dont il [avait occupé la première magistrature. C'est à peine s'il garda de quoi subvenir aux frais de ses funérailles: il repose dans le cimetière d'ilesdin-Labbé, sous un humble tertre de gazon que dislingue une modeste croix de bois 2 .

Si les lois de notre siècle le permettaient le corps de cet insigne bienfaiteur de Notre - Dame devrait être transporté dans les caveaux de la calhédralo.

(1) y. L'Jppchdîce II , a la Gn du volun e.

(!) On lit encore sorte fragile monument qui domine sa tombe : » S pullurc de feu Messire François-Maric-Omer Patras deCam* * pùgoo , chevalier de Saint- Louis , ancien sénéchal du Bou- >. lomiab , â^c de 78 ans , veuf de daine Lanoix , décédé à » llesdin-Labbé le 47 septembre 182S.~ Kecjuicscal in nace. »

Vhap. XXVI 21. — Découverte dune crypte. 27?

Dans les premiers jours de juin suivant , une découverte inattendue frappa vivement l'attention publique. En dégageant les fondations , a l'endroit où quatre massifs de maçonnerie supportaient le clocher, les ouvriers employés aux travaux de la cathédrale mirent à jour des constructions dont on ne soupçonnait pas l'existence. Des murs garnis de colonnes , sur lesquelles reposaient encore des chapiteaux, sculptés , révélèrent une ancienne crypte , décorée de peintures , et précédemment enfouie sous le pavé de l'église M. l'abbé Haffrcingue fit . dès lors , jeter une voûte sur ces vieux murs et continua les travaux de son église» en se proposant de restaurer un jour l'antique substructiofl du XI e siècle , à laquelle s'intéressaient les amis de notre histoire.

A cette époque, H n'était encore question que de reconstruire la chapelle de Notre-Dame, en y ajoutant un édifice circulaire, en forme de dême. L'opinion publique se prononça bientôt en faveur de la reconstruction entière de 4a cathédrale. Une pétition, signée par un grand nombre d'habitants notables de la ville de Boulogne, fut présentée au conseil municipal Je 27 juin. On y exposait l'insuffisance de l'église actuelle de la Haute «Ville, et on demandait qu'il fût pris des mesures pour en faire construire une nouvelle sur l'emplacement de l'ancienne* Cette proposition fit modifier considérablement les plans primitifs de M» l'abbé llaffreingue.

Mgr.de la Tour d'Auvergne promit au maire de Boulogne de seconder l'entreprise « avec zèle et • activité ; » mais on comptait sur l'appui du gouvernement , et , cet appui venant à manquer par

(1) Voir la Boutonnais* , n«» des 5 , 12 et 15 Juin 1827, et l'Annotateur du 7 juin.

278 Histoire de N.-D. de Boulogne.

suite de circonstances Imprévues , le conseil municipal ne prit aucune décision.

Charles X vint h Saint-Omer, au mois de septembre , pour y présider des exercices militaires. La ville de Boulogne avait espéré voir ce prince dans ses murs , l'occasion de ce voyage ; mais son espoir fui déçu. C'était en vain que l'administration municipale avait fait présenter au roi une adresse» dans laquelle le vœu ao Louis XI, les sou* venirs de Louis XIV et de Louis XV étaient rappelés comme une des traditions de la monarchie française. « Tous les jours, dit M. Hédouin, les feuilles de l'opposition de quinze ans battaient en brèche le trône , en attaquant le souverain dans les moindres pratiques du culte de ses pères , et ses ministres crurent prudent de lui conseiller de ne pas renouveler ce vœu, consacré par l'exempte de tant de rois 1 . »

Les travaux do la chapelle de Notre-Dame et de la partie de l'église qui y est contiguë, marchèrent rapidement pendant tes dernières années de la Restauration. Le 8 décembre 1899, féte de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, H. l'abbé Haffreingue eut la consolation d'offrir, pour la première fois, leSaint Sacrifice de ta messe dans une petite chapelle qu'il venait de terminer, au chevet de l'église. C'est là que, depuis ce jour, ont eu lieu les exercices de piété de la Congrégation de la Sainte-Vierge, établie dans l'Institution, par un bref de S. S. Pie VII, du 25 juin 1819.

Cependant la révolution de i85o vint arrêter l'élan religieux, qui s'efforçait de réparer les ruines amoncelées sur notre pays par la révolution de •

Les travaux de la cathédrale furent interrompus jusqu'en i852. « A partir do cette époque, pas un

{\) V, Hâlouin, ouv, cit., p, 174.

Chap. XXVlll.—Guèrison attribuée d N.-D. 27D

seul jour ne s'est écoulé sans que la construction de la nouvelle église n'ait marché. Dans certains instants on a vu jusqu'à 160 ouvriers faire des extractions dans nos belles carrières , tandis qu'un aussi grand nombre, à peu près , de maçons, charpentiers et manœuvres, travaillaient à l'avancement de l'édifice.

» A la suite des commotions politiques il y a toujours perturbation dans les existences : la confiance diminue, les entreprises s'arrêtent, la circulation de l'argent devient plus rare, cl la classe laborieuse du peuple est soumise momentanément b une inaction forcée, entraînant après elle les besoins et la souffrance. — M. l'abbé HaiTreinguc, en employant alors tant de bras , fit acte de prudence , d'humanité, et les Boulonnais amis de leur pays lui en surent un gré infini. 11 est de fait que , dans certaines années, il a dépensé au-delà de 100,000 francs, qui ont été répartis entre diverses industries.

» Pendant que ces choses se passaient , Notre- Dame de Boulogne ne cessait pas d'être l'objet des intercessions de ceux que le malheur ou la maladie venait atteindre ; et parmi tous les exemples que nous pourrions donner à l'appui do celte vérité, nous en citerons un , bien remarquable. Vers la lin de l'année i858, M. l'amiral baron Yattier, connu par la sincérité de ses sentiments religieux , fut frappé d'une congestion cérébrale, accompagnée d'une fièvre violente. Ses jours coururent un tel danger que les médecins distingués lui donnant leurs soins, avaient perdu l'espoir de les sauver. M. le baron Vattier se mit avec ferveur sous la protection de Notre-Dame ; des messes et une ncuvaine eurent lieu dans la nouvelle chapelle : de jour en jour la santé du malade s'améliora , et il finit par la recouvrer entièrement ». »

(4) P. Hcdouiii, ouv. cit., pp. 177 cl 178»

280 Histoire de N.-D. de Boulogne.

Le dôme, qui, en i83o n'avait atteint que la bailleur de sa première corniche intérieure, lut porté jusqu'à près de 120 pieds au-dessus du sol. Il serait difficile de dire quelle musse d'énormes pierres se sont assises dans la partie inférieure de cette construction hardie, qu'on voyait chaque jour s'élever et grandir. Les dons particuliers des fidèles arrivaient incessamment au fur et à mesure des besoins de l'œuvre. Nulle autorité publique ne secondait le prêtre qui soulevait ces montagnes, appuyé sur le seul secours de sa foi en Marie. Les journaux de la ville gardent un silence étonnant sur les premiers et si rapides progrès d'un édifice qui, en 1839., planait majestueusement sur la cité , et dont on voyait <tde loin, en traversant le&flots, se dnesser , comme des bras suppliants tendus v<ers le ciel, les colonnes inachevées. »

S. S. le Pape Grégoire XVI accueillit avec bonté le vénérable M. Hailreingue , dans le voyage qu'il fit à Rome , en 1837, pour dédier au Saint-Père les plans de l'église projetée. La bénédiction apostolique, qui descendit alors sur cette œuvre dans la personne de celui qui l'avait entreprise , donna un élan nouveau à la piété des fidèles.

Uo jeune diacce de Boulogne, M* Jean -Charles François, dit Lamontagne, mort à s3 ans, le a5 juillet 18 38, consacra par testament la plus grande partie de sa fortune à des œuvres de piété. N'ayant pu dévouer sa vie au salut des âmes, il avait voulu y travailler, au moins indirectement, en procurant à notre ville une église de plus. Les vingt mille francs qu'il affecta à la construction de l'église de Saint- Piecre , dans ta quartier des marins, ont donné la première impulsion à la création de cette nouvelle paroisse, La cathédrale eut part au* libéralités du jeune lévite, qui. légua, pour la continuerlion de cet édifice, une somme de dix mille francs,

€Hap. XXVI II. Pose de la 1'* pierre dè la nef. 23 î

avec la condition expresse que son legs fût employé aux travaux de la nef.

Jusque là; M. l'abbé llaflreingue n'avait pas encore mis la main à cette partie de l'église qu'il relevait avec tant de persévérance. « La ville de Boulogne comprit enfin qu'il lui fallait quelque chose de plus que dos monuments de luxe et de plaisir* tëlle reporta- ses regards vers les lieux d'où lui est venue son antique splendeur.»

La paroisse de la haute-ville ayant été agrandie, en i838, « on sentit plus vivement que jamais, à l'extrême exiguïté de sa chapello , trop, petite pour renfermer ses fidèles, à quel point était déplorable la destruction de l'ancienne cathédrale, et combien serait pénible et difficile l'achèvement d'une basilique nouvelle, si Tordre du travail n'était pas changé:

» De* pourparlers avec M. l'abbé Haffreingue eurent donc lieu : et quelques jours lui suffirent à prendre la détermination de faire don à la ville du terrain et de l'église nouvelle, et de lui consacrer exclusivement tout ce que la piété des fidèles lut donnerait, tout ce qu'on pourrait obtenir du gouvernement •. Oh

Ce fut à cette époque que Pon débarrassa la erypte de tous les décombres dont elle était restée remplie depuis 1827. Une notice, publiée par MM. llédouin et de Bazinghen, le s4 mars 18J9, signala ce vieux monument à l'étude des archéologues et des amis de notre histoire religieuse ».

« Par une de ces inspirations qui arrivent a

(i) Annotateur du 11 avril J&39, p. 229.

C2) Notes archéologiques et historique» sur la crypte ; br* iii-8* de pu. 9, réimprimée dans VHist, de N.-D., ctlit. 1839, pp. 207 215. r

Cf. Nottc Notice sut ta frjfpte, 1851, arf. Crypte centrait, p. 42-18,

282 Histoire de JV.-Z). de Boulogne. )

tout le monde, parce qu'elles sont vraies et naissent des sentiments les plus intimes-, depuis cette découverte» la popularité, la foi publique est venue à cette église, A peine la chapelle antique eut-elle été ouverte , un véritable entraînement s'empara des esprits »

Le lundi 8 avril i85g, la première pierre de l'église proprement dite lut bénite solennellement par M. Lecomte, curé-doyen de Saint-Nicolas, vioairegénéral de Mgr. de la Tour d'Auvergne , et posée au milieu de la base du premier pilier de la droite de la croix, par M. Alexandre Adam, maire de la Tille de Boulogne. Le clergé des deux paroisses de Ja ville, le sous-préfet de l'arrondissement, le président du tribunal civil, le colonel de la garde nationale, ic directeur des douanes, toutes les autorités enfin, ainsi qu'un grand nombre d'habitants et d'étrangers se trouvaient à l'heure indiquée dans l'enclos de l'ancienne cathédrale.

La pose achevée, M. l'abbé Sergeant, aumônier de Fbopital Saint-Louis, monta eu chaire et prononça un discours, dans lequel il rappela les souvenirs de Notre-Dame de Boulogne. « Tout le monde a remarqué, disait un journal de ce temps 3 , la discrétion des éloges que l'orateur ne pouvait se dispenser d'adresser à M« ilaflrcingue, * cet homme » qui sentant que rien n'est impossible à la foi , » seul d'abord, et en dépit de tous les obstacles, a » osé tenter cette entreprise gigantesque, qu'on » accuserait presque de témérité, si, par ce qui se » passe , sous nos yeux, il n'était prouvé qu'il n'a » fait que suivre l'inspiration du ciel : » — et les « hommages mérilés,adrcssés,aux magistrats éolai- » rés qui, non conlculs d'honorer de leur présence'

(1) Annelatcur du h avril 1*31>. p. 210.

(2; Annotateur du il avi il, drjj cit., p. 226.

Chap. XX VIH-DéHbêrationdu conseil Municipal. 283

» cette imposante cérémonie, secondent et cnoôu- » rageul l'œuvre sainte de leur coopération et de » leur crédit ; parce qu'ils savent que la religion » est la seule base solide de la j>aix des sociétés» » et combien sont dignes de satisfaction les désirs » d'une population religieuse , qui demande un, » temple où elle puisée rendro à Dieu le tribut » d'adoration que tout homme lui doit» »

* Une quête faite sur les lieux „ et applicable aux frais de construction do l'église» a produit 840 francs* • -

» On a vu, non sans un vif intérêt, une bonne vieille femme, presque octogénaire , déposer en tremblant, et les larmes au* yeux, uu rouleau de gros sous qu'elle avait dû quêter elle-même , tant elfe paraissait pauvre. Ce trait entre millo dit mfeux que tous les écrits de quel œil le peuple, le véritable peuple, voit celte réédification attendue depuis un si grand nombre d'années 1 .» *

De nombreuses démarches furent faites / h la suite de cet événement* pour obtenir une subvention de l'État. Le conseil municipal de la ville de Boulogne s'y employa de topt son pouvoir. Par une délibération, en date du 28 juin i$30;,

» Le Conseil,

» Considérant que M. Haffreingue poursuit avec » la plus louable activité l'exécution d'un projet * qui doit doter la ville de Boulogne d'un édilico » dont la nécessité se fait sentir depuis longtemps ;

» Que cet honorable ecclésiastique a engagé » dans cette entreprise le fruit des travaux de » toute sa vie et même son avenir ; que dernière- » ment encore, et pour régulariser le terrain sur

(i) Annotateur du M avril déjà cit. -Nos lecteurs reconnaîtront aisément dans ces article» la plume élisante et facile de M. A. Gérard , qui s'est montre tic tout temps bien dévoue* à l'œuvre de Notre Dame.

284 Histoire de N.-D. de Boulogne.

* lequel le monument doit être élevé, il a consacré* » plus de 70,000 francs à une acquisition d'im- » meubles ;

» Considérant que les habitants ont ouvert une » souscription et se sont imposé les plus grands » sacrifices ; mais que I ensemble de ces resy> sources sera loin de suffire, en présence des dé<- » penses considérables qu'exige la construction » d'une église élevée sur un plan très-développé;

» Considérant enfin que ce monument doit de- » venir un joar la propriété de la ville ;

<« Arrête, à l'unanimité, que l'autorité supérieure

sera instamment priée d'accorder b M. l'abbé » llaflreingue une subvention qui lui permette d'at- » teindre son but, et pur là de pouvoir par suite » doter le pays d'un monument dont la nécessité » est généralement reconnue; »

Le gouvernement refusa, sous prétexte qu'il s'agissait « d'une œuvre particulière et d'une église sans titre. » En France, aujourd'hui, ce qui n'est pas inspecté, patenté, réglementé n'a rien à attendre de la charité officielle. — La charité catholique est bien éloignée de ces froids calculs.

Une souscription particulière s'était ouverte dansla ville de Boulogne. Le conseil municipal, ne pou tant rierr faire de plus , vota la restitution des droits d\>clrois, perçus et à percevoir , chaque année, sur les matériau» qui devaient servir à la construction de ('édifice. On recueillit , en 1839, la somme de 101,129 fr. 95 c.

M#r. de fa Tour d'Auvergne encouragea ces libéralités el en provoqua de nouvelles par la publi * ealion de la lettre suivante :

« Nous, Hugues - Robert- Jean -Charles de la Tour d'Auvergne - Lauraguais , évoque d'Arrus * grand-officier de la Légion d'honneur,

» A nos diocésains de la ville de Boulogne,

Ch.X XVI 11. Lettre pastorale de Tiveqwe a*Arras28&

» Saliit et bénédiction en N. S. J. C.

» Nous .sommes très - édifiés , nos très -chers frères , des sacrifices énormes que vous vous imposez pour procurer une église convenable à la population de la paroisse de la haute-ville.

» Voire zèle et votre dévouement à cette œuvre si sainte et si digne de votre piété» ne doivent point rester sans encouragements de notre part.

» Nous avons donc résolu cl nous ordonnons que les quêtes quadragésimales de votre ville, pendant les années 1840, 1 8^ t et 1842» soient consacrées à subvciiir à la dépense de construction de colle église,

» Nous serons heureux d'apprendre que ce don de notre part vous a élé agréable et que là destination que nous lui donnons a rendu celte quête plus abondante.

» Puissiez -vous du reste, nos très-chers frères, y voir une nouvelle preuve de notre tendre sollicitude pour vous !

» La présente sera lue et publiée au prône de l'église de Boulogne le premier dimanche après sa réception, et transcrite sur les registres de fabriques de celte église.. Elle sera aussi consignée dans Les archives de notre évêché.

» Donné au château deBellebrune, le dimanche 29 septembre i85g.

f Ch., év. d'Àrras. »

Dix-huit EAois,auparavanl, « une dame anglaise, h\ comtesse de Mazenghic, avait formé le projet d'ouvrir une souscription dan» les deux royaumes de France et d'Angleterre ; mais la mort, qui vint

[>eu après l'enlever a sa famille , l'empêcha de réaiser ce projet. Une autre dame anglaise, M ,u Muller, persuadée que celle œuvre était réservée aune personne de sa nation, en réparation des désastres.

286 Histoire de JV.-jD. de Boulogne.

exercés autrefois par les Anglais dans l'ancienne église de Noire-Dame de Boulogne» résolut de poursuivre ce pieux dessein. » En conséquence, après s'être occupée de recueillir les offrandes de la ville , elle se rendit à Paris , dans les derniers jours d'avril i84o, pour y solliciter, au nom de Notre-Dame de Boulogne «l'obole du pauvre et les dons du riche K »

M. l'abbé Cœur, actuellement éveque de Troycs, l'un des plus chaleureux orateurs d3 notre temps • prêcha, le 10 tnai, un sermon d'œuvre , en faveur de Notre-Dame de Boulogne, dans l'église de Si- Germain -des -Prés. La quête , qui était faite par M*" la comtesse de Bcaurepaire, la princesse de Bauffremont , la comtesse de Béthune - Sully, la

1>rin cesse de Graon , la comtesse L. de Maricourt , a comtesse Armel de Bougé, produisit une somme d'environ 4»ooo francs.

Dans son numéro du 1 1 mai , la Presse , rendit compte du sermon do M. l'abbé Cœur et de la bonne œuvre à laquelle les catholiques de la capitale étaient conviés. La France reproduisit quelques-unes des paroles éloquentes qui avaient vivement frappé l'auditoire. M. l'abbé Cœur s'écriait, en parlant de la Très-Sainte Vierge :

« Il est dans le christianisme un nom qui no » cède qu'à Dieu: plus aimé, plus béni, plus » grand que tout le reste, sacré comme la foi, doux » comme l'espérance , il eut, à toutes les époques, » le privilège de consoler, de ravir et d'émouvoir » le monde, depuis le premier malheur jusqu'à la » dernière infortune, c'est toujours lui qui verse » sur les enfants d'Adam la paix et la miséricorde; » ce nom a lout remué, tout ébranlé sur la terre » et dans l'humanité , et sa gloire n'est pas éteinte,

0) Appel en faveur de la souscription, pp. 3 et 4.

Un discours de M. labbt Cœur. 287

» sa puissance n'est pas anéantie : partout il est

» écrit sur ce globe on divins caractères, partout

» les plus nobles cœurs lui font un sanctuaire,

» toutes les angoisses lui envoient une prière , un

» soupir, un hommage ; ce grand nom de Marie

» agite encore notre siècle : c'est lui que respirent

» ces chants, que proclame la pompe de ces lieux,

» la magnificence pieuse de ces autels ; c'est lui

» qui nous rassemble tous.

» Parti du bord de l'Océan, il a ému la Capitale :

» voici que les chrétiens de Boulogne ont corn-

» mencé un hymne religieux en l'honneur de leur

» antique Patronne : l'Etoile de la mer a un temple

» solennel, avec les merveilles de son architecture

» cl la majestueuse élévation de sa coupole, porte

» jusqu'aux nues déjà le témoignage sublime de

» tous leurs sentiments de foi, de reconnaissance,

» d'amour ; mais ils ne veulent pas l'achever sans

» le concours de leurs frères de Paris; il faut que

» la Cité-Reine vienne mêler sa voix h ce divin

» concert, et priant au nom de la France ajoute à

» l'harmonie son caractère d'universalité. »

Page 1