CHAPITRE XXX
Pèlerinages de !8<9 , à t occasion du choléra? — On commence à reconstituer le trésor de Notre- Dame ; — Le commandeur Charles Torlonia promet de donner le maître-autel;— U opinion publique se prononce de nouveau en faveur du rétablisse ment de ïévêchéde Doulogne-sur-mer Confrérie de Notre-Dame de Doulogne-sur-Seine Chapelle de N.-D. de Boulogne dans t église des marins, à Naplcs r
Encouragés et soutenus par les bénédictions du Pontife suprême, les pieux fidèles de noire 'ville s'empressaient de faire de nouveaux sacrifices pour rachèvemenk du sanctuaire de Notre- Dame. Les difficulté» du moment, la crise financière et l'écroulement des fortunes , n'apportèrent pornt de retard datfs la continuation des travaux. On voyait chaque jour quelques assises uohvcIIcs
~Chap. XXX. 'Pèlerinages de paroisses, en 1849. 303
s'ajouter à la coupole du dôme ; Ia nef se terminail ; le portail , dont la robuste façade appuyait Fédifice , allait recevoir ses tours sonores; encore quelques arcades jetées sur les sveftes colonnes, et l'on pourrait commencer a couvrir l'église.
Cependant un fléau terrible que Dieu envoie comme un ange exterminateur , afin de décimer les peuples coupables, s'était une seconde ibis aL a il u sur la France. Le choléra sévissait partout, emportant ça et là de nombreuses victimes. On se pouviftt du pouvoir de Notre-Dame de Boulogne contre la peste , et Ton accourut en pèlerinage au sanctuaire d'où l'on attendait une efficace protection. Le signal fut donné par la paroisse de St.- Nicolas de la basse-ville de Boulogne» le samedi 16 juin 1849. R' cn n'&vait été préparé pour recevoir dans la nouvelle église celte procession inattendue , qui venait renouer les traditions du passé. Une émotion indicible pénétrait tous les cœurs» Deux jours après, 18 juin , la paroisse du Portcl, h laquelle s'étaient adjoints les habitants d'Oulreau et d'kqûihen traversa toute la ville , marebaut eu bon ordre, recueillie et priant, pour se rendre dans la cathédrale , où la messe fut célébrée. Les travaux de construction étaient alors en pleine activité; des pierres de taille et d'autres matériaux encombraient la nef : les pèlerins trouvèrent a, peine un endroit pour prier. C'était un spectacle vraiment attendrissant que celui de voir ces hommes, ces femmes , ces enfants , ces mères de famille, agenouillés sur des pierres éparscs, au milieu d'un édifice inachevé , qui semblait une vaste ruine. La paroisse de St. -Joseph , sur le territoire de laquelle est bâtie Notre-Dame , suivit l'exemple des paroisses voisines : elle vint en procession dans le nouveau sanctuaire , le mardi 19 juin*
La cilé de Marie fut protégée merveilleusement
Zbi Histoire de N.-D. de Boulogne.
en celle circonstance; aussi, pour perpétuer le souvenir de ce pèlerinage, les marguilliers de celte paroisse, en leur nom et au nom des habitants* firent-ils déposer dans la nouvelle chapelle un cœur de vermeil , avec cette inscription :
À N.-D. DE BOULOGNE LÀ P'AROfSSE ST. JOSEPH pfcLERIIf AGK DU 1 Q JUIN
Ce cawr, qui a été béni par M. le curé , sera, disent les donateurs, « un témoignage de la dëvétion et do la confiance des habitants envers la Sainte-Vierge, qui n'a jamais cessé de veiller Sur notre cité, et d'y répandre ses bénédictions »
On lit, en outre, dans V Impartial de Boulogne
du 27 septembre 1849 : ' "'" 1x1
« Le fléau qui désole la France avilit envahi la commune de Baincthun ; il y faisait de nombreuses victimes. On tourna les yeux vers le Cief; il fut résolu qu'on irait processionneltemcnt faire un pèlerinage a Notre-Dame de Boulogne. Huit cents personnes environ composèrent le pieux cortège ; un homme qui déjà avait les premières atteintes de la maladie voulut s'y joindre, quelque remontrance qu'on lui fit.
» Les prières furent entendues; Le cholérique s'en retourna guéri. En rentrant à Baincthun , le curé trouva chez tous les malades une amélioration sensible. < 1
» A partir de ce jour la mortalité a cessé à Baincthun, » ' *' '
Ces démonstration» de la piété populaire envers Notre-Dame de Boulogne firent espérer le réta-
(1) Lotlre d'envoi, adressée à M. Tabbc H.dïïeinguc, le, 15 août 1849, par M. A. Lipsin, secrétaire de la fabrique. .
Chm XXX. -Célébrité du Sanctuaire de Boulogne ..3Q5
blisscmcnt définitif des pèlerinages processionnels des paroisses. Quant aux pèlerinages individuels, ils n'ont jamais cessé. Chaque année, en différentes circonstances, on a vu de pieux missionnaires, des voyageurs parlant pour des contrées lointaines, venir implorer le secours de l'Etoile des mers. Des naufragés sont accourus, comme autrefois, nupieds , à peine couverts de leurs vêtements humides, empressés de s'acquitter de leur vœu. Mais ces faits que tout le monde peut attester , dans notre ville, n'ont été recueillis par personne et sont perdus pour l'histoire. Nous avons vu plusieurs fois de pauvres femmes, venues de bien loin, mendiant leur pain sur la route, accomplir dévotement leur pèlerinage , demander à la Vierge tulélaire , des grâces qui consolent en aidant à mieux supporter le poids du malheur.
Lo plus grand miracle de Notre-Dame de Boulogne , dans notre siècle, est assurément la construction de l'édifice merveilleux sur lequel est fixée l'attention du monde entier. Les journaux français en ont presque tous entretenu leurs lecteurs; l'Angleterre et l'Irlande en ont lu l'histoire et la description'; l'Italie par l'organe si autorisé du Giomalc romano , a été informée de ce que là foi d'un prêtre a su faire dans notre vilfe; les missionnaires d'Amérique eux-mêmes ont proposé aux fidèles de leurs chrétientés naissantes l'exemple de leurs frères de Boulogne » pour leur apprendre h bâtir des cathédrales 2 .
L'admiration ne fut pas stérile. De toutes parts arrivaient des dons et des offrandes. L'étranger qui visite Boulogne , à quelque culte qu'il appartienne, passe rarement à côté de la cathédrale sans
V. entre autres the London and Dublin orthodax journal cf use fui knowledge and catholic intelligence, vol* XXI, n r 526.
(2) M^r. Bappe, cve\pie «le Clcvclatul (Ohio), ancien auinOy witT des Ursuutics de Boulogne,.
3^)0 Histoire de N.-D. de Boulogne.
lu vîsilcr et sans y laisser de quoi payer une pierre. On voulut aussi reconstituer l'ancien trésor do Noire-Dame. En 1846, un.grand nombre de pieuses daines » appartenant à do nobles familles de |a Capitale » offrirent une quantité considérable de pierreries , dont on fil deux couronnes , Tune pour la Sainle-Vicrçe et l'autre poqr l'Enfant Jésus. Les dons recueillis à cet effet par M. l'abbé Hanicle, curé de St.-Sèvcrin » et le R. P. Lefebvre , furent tellement abondants qu'on put ajouter aux couronnes une gronde croix, destinée à être mise dans la main du divin Enfant» et un cercle do douze étoiles brillantes » le tout monté en vermeil. Ces précieux joyaux ont été estimés à une valeur de plusieurs milliers de francs.
Mais le présent le plus magnifique dont s'honorera à jamais la cathédrale de Boulogne , est celui que projeta de faire le Commandeur Charles Tort onia. Ce grand bienfaiteur de l'Eglise et des pauvres» si prématurément ravi 5 la reconnaissance de la Capitale du monde chrétien et h la tendre affection de sa famille, apprit» par l'intermédiaire d'un de nos coucitoyens qu'il honorait de son amitié, l'en* thousiasme de généreuse libéralité avec lequel on s'efforçait de concourir h la réédification du sanctuaire de Notre-Dame. Le Commandeur vnu~ lait être de toutes les bonnes œuvres ; il pensa que» pour un tel monument» il fallait que la plus belle offrande vint de Rome » centre de la chrétienté et chef-lieu des beaux arts; et» en conséquence» il traça les dessins du maître-autel dont il résolut de faire commencer l'exécution. Dieu et Notre-Dame eurent pour agréable sa bonne pensée : il en reçut bientôt ta récompense » avant d y avoir mis la première main. « Les larmes des niaiheureux , que le temps ne tarit point , les regrets* profonds et universels causés par la. perte que fii
Ch. XXX.— Aulei offert par le Prince Torlonia. 307
alors la ville de Rome, disent assez ce que fut le Commandeur Charles Torlonia , d'illuslre mémoire*.»
Il suffisait que le vertueux Commandeur eût eu la pensée d'une entreprise charitable pour que son frère, le Prince Alexandre Torlonia , dont Rome et le monde admirent la munificence , se fit un pieux devoir de la réaliser. Toutefois , les circonstances ne lui permireut pas de travailler à ce grand ouvrpgc. avant que la violence des événements politiques au milieu, desquels on se trouvait en 1848 , n'eût, en s'apaisant , ramené un peu de sécurité pour l'avenir.
Les années i85o, 1 85 i et 1802 s'écoulèrent sans marquer aucun événement important pour l'histoire de Notre-Dame de Boulogne. Grâces aux dons inépuisables de notre population , l'édifice grandissait chaque jour,et lecuîte de la Sainte- Vierge se développait de plus en plus.
En i85â f ta question du rétablissement de l'évéché de Boulogne occupa vivement l'opinion publique. Un journal de Lille, la Gazette de Flandre et d'Artois, donna sur ce sujet plusieurs articles remarquables. Nous no pouvons nous dispenser d'en citer ici quelques fragments :
y* Quelque part que soit placé ùn évêché, il y sera la source de grands biens pour la religion. C'est un centre de lumière qui répand la vérité , et comme un foyer qui échauffe et vivifie tout ce qui l'environne. Mais il y à des circonstances où son action est plus nécessaire, des lieux où son influence est plus immédiate, ses œuvres plus fécondes et plus salutaires. La position topographique de Boulogne en fait une ville tout exceptionnelle. Placée à l'extrémité de la France, ses rapports avec les pays étrangers sont incessants ; son port , le plus fréquenté du littoral du nord, sa population,
{i) Giornale romano^ sup. cit , août 184.8.
308 Histoire de N.-D* de Boulogne,
flottante si nombreuse, composée de peuples divers et surtout d'Anglais, lui donnent une physionomie et des habitudes particulières. Elle semble destinée par la Providence à favoriser le rapprochement à l'Église romaine de cette ancienne lté dos saints, si profondément remuée, depuis quelques années, dans ses convictions religieuses, et même de cette nouvelle Albion qui, en secouant le joug de la mère-patrie, s'éloigne insensiblement des erreurs qu'elle avait puisées dans son sein.
» Mais pour atteindre ce but et réaliser ces es* pérances, elle fi besoin d'une impulsion catholique puissante et d'institutions rigoureuses qui la mettent à même de lutter contre le génie de l'hérésie qui la travaille et les torpeurs du matérialisme pratique qui .la paralysent. Le prosélytisme protestant se révèle chaque jour au milieu d'elle; il élève des oratoires, construit des temples et répand l'argent à pleines mains pour fausser les consciences et fajrd des apostats. Absorbée par les .embarras du coovmerce, ou perdue, dans le tourbillon des affaires et desplaisirs, la population normale tombe rarement dans les pièces que lui tend l'esprit du mensonge ; mais aussi eue se montre peu attentive aux enseignements de la foi , et rit commue étrangère aux idées et aux intérêts d'u.n monde meilleur* .
t> La religion catholique y a des défenseurs, sans doute ; sa voix retentît dans fes chaires évangéliquos ; elle déploie, à certaines époques, dans tes rues de la cité , la pompe de ses cérémonies saintes, et verse sur le peuplé ses célestes bénédictions. Mais on conçoit quelles ressources nouvelles et quels gages certains de triomphe elle trouverait dans la présence continua d'un prince de l'Eglise, qui serait, à tous les moments, sa lumière dans ses perplexités, sa force dans les combats du'Seigneur^ sa consolation dans les épreuves. Car l'évêque e$K
CJk. XXX.— Question- de tévéchê de Boulogne. 3G9
pour les prOtres et les fidèle» qui l'entourent , ce qu'est h une armée la voix et la main d'un chef habile en qui elle a mis sa confiance.
» A ces motifs d'un ordre si élevé et qui donnent h la ville de Boulogne des titres incontestables à la faveur qu'on sollicite pour elle , s'en joignent d'autres moins graves , mais qui ont leur prix dans de pareilles institutions. • - ^
» Boulogne, il est vrai, a vu son église emportée rar le flot de la tempête révolutionnaire; niais, par le zèle d'un de ses prêtres et le généreux dévouement qu'il a su inspirer aux hommes rehgieu* du pays, l'ancienne Notre-Dame sort de ses ruines et reparaît, sinon avec ses formes a jamais regrettables, du moins avec ses vieux souvenirs et ses gloires inaltérables. Le palais épi*copal, frais comme au jour de ses splendeurs, attend l'envoyé de Dieu, le grand et le petit séminaires sont destinés à recevoir les espérances du sanctuaire, en sorte que rien ne manque à l'organisation du diocèse au point de vue matériel »• »
^ { Les idées émises par la Gazette <J<? Flandre et
x£ Artois ont été favorablement accueillies par lu:is les grands journaux qui s'en sont occupés. Le
Constitutionnel , la Patrie , V Union, le Messager du Midi, l'Indépendant de V Ouest en ont
parlé avec sympathie. « Il semble, dit celle dernière feuille , qu'on ait compris partout les graves inconvénients qui sont le résultat nécessaire de la trop grande étendue d'un diocèse. Aussi, de tous côtés s'élèvent en ce moment des vœux afin d obtenir l'augmentation des sièges éptscopûux. »
Les manifestations de l'opinion publique par les Journaux peuvent soulever et agiter des questions : elles sont impuissantes à les résoudre. - Au moment où nous écrivons, le gouvernement de 1 km-
(i) Gazette de Flandre et d'Artois, 2i< annt'e , n- 39.
310 Jlisloiic de N,-D. de Boulogne.
perour paraît disposé h faire quelques remaniements dans la carie ecclésiastique do Fraoce. Espérons que le titre d'ovôque du Boulogne^ ajouté p*r Mgr. Parisis à son titre d'évéque oYArras., avec l'approbation du S^int-Siége , sera une. préparation toute naturelle au rétablissement de noire antique iSvéché.
Tout ce qui concerne Notre-Dame dô Boulogne semble doué d'une vie toute spéciale. On a relever le sanctuaire, ranimer la foi dos populations* exciter de nouveau l'ardçurdes pèlerinages* 11 n,'e£t pas jusqu'aux brapçhcs de cet arbre- béni %ui n'aient retrouvé leur verdure et Iqurs fleur*.
Au mois de mai de cette même année 1 855» M.
Guillaume Le Cot , chanoine de B lois ei cuçé de Notre-Dame de Boulognc-ia-Polile, près Paris , eut l'heureuse pensée de reconstituer la confrérie de Notre-Dame, établie dans son église depuis, le Eêggo de Philippo-Ic-Long. La Révolution Française avgit entraîné cette institution, avec tant d'autres, dans son flot destructeur ; et le peu de foi qui régnait alors dans la paroisse de Boulogne avait ôté aux pasteurs qui la dirigeaient l'espérance de voir renaître cette œuvre des anciens jours. M, Le Cot t)ul plus de confiance que ses prédécesseurs « Après avoir fait enrichir la confrérie de nouvelles faveurs spirituelles ', il a rouvert le pèlerinage et fait appel non seulement aux âmes pieuses de Boulogne , mais encore à tous les chrétiens.
» L'image de Notre-Dame de Boulogne , placée dans, un vaisseau entre deux anges , a été exposée, le dimanche 5 juillet, dans IVglise de Boulogne, et» après un oflico très - solennel , cette image a été portée en procession dans la paroisse , au grand contentement de toutes les personnes pieuses delà
fi) Par deux icscrifs de !n Sacrée- C on grega lion des Indulgences t expédiés après audience et au nom de N. S. P. le Pare Pic IX, les 29 noy. et 15 ddc. 1852.
Ch.XXX.-Chap.dcN.-D.de Boulogne ,âXaples. 3li
commune et de celles qui étaient accourues de Paris , pour participer à celte sainte cérémonie f .»
Ainsi partout revivent les traditions d'un passé, vieux de plusieurs siècles. Au reste, nos temps modernes n'ont ri^n envier aux anciens sous ce rap-
I>ort. Si Philippe V bâtissait, au quatorzième siècle a chapelle de Boulogne -sur- Seine , un autre prince , digne par sa piété de s'appeler le fils de saint Louis» Ferdinand de Bourbon , roi des Deux- Siciles, dont tout l'univers connaît les vertus, ainsi que les immenses travaux qu'il a entrepris pour le bonheur et la prospérité de son peuple, a donné de nos jours un grand ci immortel exemple de dévotion envers la Patronne des marins, la Vierge de Boulogne. Ce prince, qui a fait bâtir de si magnifiques églises dans son royaume, a Gaè'lc, par exemple, où «'élève un superbe édifice gothique en marbre , a fait construire près de l'Arsenal , sur le môle , a Naples , une église des marins , dont une, des plus belles chapelles , est dédiée à Notre-Dame de Boulogne. Comme dans notre ville, la Sainte- Vierge y est représentée dans un bateau accompagnée dé deux anges. Ainsi, au pied du Vésuve , sur les bords de la Méditerranée comme aux rives de l'Océan britannique, V Étoile de la mer protège le marin sur les ilôts , aussi bien que le pèlerin de la vie sur l'océan du monde , per amaras
hvjus sœculi undas.
(i) Notice insdrcc dans l' Univers, juillet 1853.
312 II isloire de N.-D. de Boulogne.
CEI A PITRE XXXI.
Pèlerinages des paroisses du Boulonnais, pendant la Station de l'Assomption, en 1853,— Visite de LL MM Impériales au Sanctuaire de Notre-Dame , le 27 septembre de la même année.
S'il est un spectacle consolant pour la religion et rassurant pour les amis do l'ordre social , c'est assurément celui que présente 1c mouvement religieux imprimé aux populations depuis quelques années'. Il n'est presque point de province eh France qui ne nous apporte quelque pieux récit de procession solennelle , de pèlerinage séculaire , de création d'église, de charités généreuses , délivres admirables, pour lesquelles on remarque dans les masses un saiot empressement et une dévôlion pleine de foi. Heureux notre pays , de donner au monde l'exemple du retour h la religion de ses pères, et par la de mériter la protection du Très- Haut.
La ville de Boulognc-sur-mor , si rcnomir.ée comme ville de plaisance et de bains , exposée aux séductions de l'indifférence , à cause du séjour d'un grand nombre d'étrangers qui appartiennent à différentes nations et à différents cultes , vient d'être le théâtre d'une des plus belles manifestations religieuses qu'il ait été donné à notre siècle de voir et d'admirer. Le pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne , après plus de cinquante ans d'interruption , vient de reprendre son premier éclat dans la nouvelle église que les Boulonnais ont élevée à leur antique Patronne. Tout le monde connaît main-
a VL^V aVOns cru devoir "Trodmrc 1 fi r( Vit des pclrrir.agcs d^lS^^* , aVC>DS pUb,ié, ranntlC mémc > da »* ^«w*
th. XXX L'Établissement d'une station annuelle, âîâ
tenant en France. lo giganlesaue monument que le génie persévérant d'un seul homme ( M. l'abbé Haffreiiuue) a su bltir sur les ruines du vieux Sanctuaire dédié h Marie» Etoile de la Mer* Le dôme de Boulogne signale maintenant au navigateur la gloire religieuse de la France , comme la colonne de la grande armée , dressée sur le même rivage par les vainqueurs d'Austerlilz, atteste notre gloire militaire. Avant ta Révolution , la ville de Boulogne possédait un siège épiscopal , sentinelle avancée de In foi catholique en face de l'Angleterre ; mais un autre litre non moins glorieux avait fait parvenir sa renommée jusqu'aux extrémités du monde : c'était le pèlerinage de Notre-Dame.
Aussi empressé de rétablir le pèlerinage dans sa splendeur, que 4e sanctuaire aans sa première beauté, M. l'abbé Haffreingue a établi, dans le dôme maintenant presque terminé* une station annuelle , qui a été remplie successivement par le R. P. Lefebvre, par MM. les abbés Humphry, Th. Raiisbonne, Duquesnay et le R. P. Ainbroise, qui ont attiré au pied de leur chaire un auditoire considé* rable de pieux chrétiens. Les fidèles ont appris le chemin du nouveau temple et se sont empressés d'y venir présenter leurs offrandes. Déjà, en 1849» lorsque le choléra sévissait sur notre patrie , quelques paroisses s'étaient rendues processionnelletncnl aux pieds de Notre-Dame de Boulogne, pour conjurer Marie d'arrêter le cruel fléau : elles purent toutes reconnaître sa puissante intercession. Depuis lors le concours s'était arrêté; mais il vient de prendre un nouvel essor.
La station de i853 était destinée à consacrer désormais le rétablissement définitif du pèlerinage. La nouvelle église , dont les ouvriers construisaient alors la toiture , avait été très-bien décorée pour la circonstance. La Vierge de Boulogne , dans son
314 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.
bateau, portant sur la tête une précieuse couronne de vermeil enrichie de pierreries, due à la munificence des dames de Paris, attendait ses visiteurs les mains pleines de grâces et de bénédictions. Çk et là , sur les colonnes , les pilastres % les murs , étaient disposées des inscriptions pieuses qui rappelaient quelqu'un des titres de Marie à la vénéralion des fidèles, ou qui exprimaient les touchantes invocations de la liturgie catholique. Il y avait là tout un poème , tout une litanie sublime , qui résume le culte de Marie. Les souvenirs historiques, n'ont pas été oubliés : & côté des armes de Mgr Parisis, actuellement évêque d'Arras, brillaient celles de l'illustre évêqiie de Boulogne , de Partz de Prcssy , comme» à côté de9 armes de S.S. Notre Seigneur le Pape Pic iX , heureusement régnant , on voyait celles de Clément V.
Le jour de l'Assomption, la paroisse de la hautetille déploya dans les rues de la cité son cortège de fidèles , où Ton remarquait avec joie la vieille noblesse du pays , coudoyant l'ouvrier des fabriques, se pressant autour de la statue de sa Patronne et marchant sous la bannière des saints, dans ce pôlemêle pittoresque qui charme l'artiste et attendrit le chrétien. Malgré les séductions de mille plaisirs divers, malgré la foire , les mâts de cocagne et les réjouissances officielles, il y avait foule à la procession. On se dirigeait vers la nouvelle église en chantant des cantiques et des hymnes; puis, après avoir salué la Madone de Boulogne par le Salve Regina , qui remplissait les voûtes inachevées de l'édifice, au milieu du chant des psaumes et des litanies de la Sainte-Vierge, la procession reprit le chemin de l'église. Alors arriva plus populeuse encore , aussi pieuse et aussi recueillie , la procession de la basse-ville , formée d'un nombreux clergé et d'une muhitude de pieux fidèles , qui venaient ren-
Ch. XX XI. -Pèlerinages de paroisses, en 1853. 315
dre hommage à leur Patronne et lui consacrer par la prière leurs personnes et leurs biens. Les vastes nefs s'emplissaient de pèlerins , de visiteurs , de curieux, à qui ce spectacle parlait plus éloquemment que tous les livres et toutes les prédications. Le soir, tous les élèves de l'institution dirigée par M. l'abbé Haffreingue, consacraient aussi leurs vacances , oui devaient s'ouvrir le lendemain , par one procession solennelle à Marie, protectrice de leurs travaux et patronne spéciale de leur jeunesse.
Ces trois processions préludaient à l'ouverture delà station que devait prêcher cette année le P. Garboy , de la Société des missions de France. L'éloquent orateur a su attirer au pied de sa chaire une foule considérable de fidèles, qui sont venus avec assiduité, plus nombreux que les années précédentes , entendre la parole de Dieu et prier devant Notre-Dame de Boulogne. Les trois instructions journalières du P. Garboy ont été accueillies avec émotion; et un pieux élan de foi s'est emparé des populations rurales qui avoisinent la ville de Boulogne. Des milliers de pèlerins sont venus processionnellement invoquer leur Patronne. Rien n'était beau comme de voir ces bons habitants des paroisses de nos campagnes ou des marins de nos côtes, Saint-Martin , le Porlel , Équilien, Pernts , la Capelle , s'avancer au chant des cantiques, croix et bannières en tête, ou bien effeuillant silencieusèment les roses de leur chapelet, faisant monter au pied du trône de Marie cette prière publique et collective qui a tant de pouvoir sur son cœur. Sur le penchant des collines, dans les chemins boisés, sur les crêtes arides des dunes de sable, en rencontrant ces dévotes processions, le voyageur, l'homme oisif et distrait retrouvait le moyen-âge et la foi de ses p?res ; il essuyait une larme involontaire et s'é criait : « On a beau dire , je n'ai jamais rien vu de
316 Histoire de N.-D. de Boulogne.
si touchant. » Et, parmi tout ce peuple, quelle foi t quel recueillement ! La plupart arrivaient à jeûn , suivant la coutume des pèlerins; tous entendaient la messe dans le nouveau sanctuaire; plusieurs communiaient iet ê après avoir entendu quelques pa: coles d'édification que leur adressait l'éloquence si fertile du P. Cacboy , ils regagnaient leurs foyers pour y travailler , plus gais et* plus contents , sous la proteciion du Secours des Chrétiens.. Aucun obstacle n'arrêta le saint enthousiasme des popula tions : la. pluie , qui tombait par torrents, ne put faire différer le pèlerinage des habitants de Perncs» Qui pourrait dire de quel prix est une telle démarche, .auprès de Celui qui récompense un verre d'eau donné en son nom 1
Qn remarquait avec plaisir que ces processions, étaient composées do beaucoup d'hommes, bien que le temps et la saison lussent peu favorables » puisque les travaux de la moisson étaient encore loin d'être terminés. Les femmes» les enfants, les vieillards eux-mêmes avaient voulu prendre part à ces pieux exercices ; ces derniers venaient en quelque sorte montrer à la génération nouvelle le chemin de ce temple où leurs souvenirs de jeunesse les reportaient avec une douce émotion. L'attendrissement avec lequel ces - bonnes gens parlaient des merveilles du vieil édifice et racontaient à leurs fils et à leurs petits-fils les grands miracles de No? trc-Dame de Boulogne , pénétrait tous les cœurs d'un profond sentiment de piété.. La. chaîne des temps était renouée ; l'interruption du pèlerinage n'avait été qu'une éclipse passagère, dont l'eflet est de rendre plus brillant aux yeux fascinés l'é clat de l'astre qui l'a subie.
Depuis le i5 août jusqu'au dimanche a8 , la foule n'a cessé de se presser dans le nouveau sanctuaire. Les processions des villages se sont succé:
Ch. XXXI .-Pèlerinage d($ paroisses, eû 1853. 31T
dées ; les enfants des écoles des Frères de la Doctrine chrétienne et de celles des Sœurs de la Retraite ont aussi fait leur procession à Notre-Dame;* et nous avons appris que plusieurs d'entre les plus pauvres se sont privés de leur déjeûner, ce jour-là, pour offrir quelques sous de plus à la- Vierge de Boulogne. Les élèves des Religieuses Ursulines ont suivi l'exemple donné par tous les pensionnats chrétiens.
Le jour de là eloture, après la communion générale, qui a été extrêmement nombreuse, deux processions, Tune du village de Wimtlle, l'autre de la paroisse des marins de notre ville, ont encore gravi la colline de Boulogne , pour couronner ces pieux exercices* Nous ne pouvons recueillir les mille épisodes attendrissants qui ont signalé celte station .
Comme il restait beaucoup à faire pour mettre le nouvel édifice en état de servir au culte divin dans la paroisse de la haute-ville, qui n'a pour église» depuis 180», qu'une petite chapelle de couvent, un appela été fait à la piété des fidèles* La charité des pèlerins s'est montrée avec générosité. L'obole de la veuve et le denier du pauvre, toujours si agréables à Marie , confondus avec l'or du riche , ▼ont monter vers le ciel avec les pierres du sanctuaire pour attester aux siècles à venir la foi de notre pays* La quête du sermon de clôture a produit près de 2,5oo fr., dans un auditoire qui n'était pas composé de plus de mille personnes*
La cathédrale avaiteonservé la plus grande partie de l'ornementation dont on l'avait parée pour ces fêtes, lorsque S* M. l'Empereur arriva dans notre ville, pour la première fois , le 27 septembre 1 855. Le chef de l'Etat connaissait l'œuvre de persévérance ^t de foi que M. l'abbé II affreingue a entreprise.
Lorsque le clergé-, sous la conduite de M. l'abbé Lecomtc , Lui fut présente , l'Empereur demanda
318 Histoire de N.?B.d* Boulogne.
aussitôt, à plusieurs reprise» : « Où est M. l'abbé Haffreingue ? Je désire le voir et lui parler. » Quand ce respectable prêtre se trouva devant S. M., l'Empereur lui dît «Monsieur l'abbé , comment » aves vous eu le courage d'entreprendre une > œuvre aussi considérable ! il est vrai que la » foi qui transporte les montagnes fait aussi » construire des églises : Je vous promets de vous- » aider de tout mon pouvoir. » — Sire, répondit M. Haffreingue, je remercie vivement Votre Majesté de l'intérêt qu'elle porte à l'église de Notre -D^me de Boulogne. Je serais heureux qu'elle voulût bieo nous faire l'honneur de visiter l'édifice. L'Empereur le promit et il tint parole, le jour même.
En revenant de la Colonne, LL. MM. entrèrent dans l'église de N.-D;* sans y être sitôt attendues. Les barrières qui fermaient le sanctuaire furent écartées à la hâte, et, tandis que l'on courait prévenir M. l'abbé Haffreingue, LL. MM* t 'agenouillèrent sur les prie-» dieu qui leur avait été préparés dès le matin, et adressèrent leur prière à la Patronne de Boulogne. Bientôt l'autel de N.-4). fut illuminé , le Domine salvum fut chanté par quelques prêtres accourus à la hâte, h la nouvelle que LL. MM. étaient entrées dans l'église» L'Empereur et l'Impératrice s'informèrent de l'ancienne Image de N.-D.» de la Vierge noire à laquelle les rois de France faisaient leur hommage. On leur apprit que la Révolution avait fait brûler l'antique statue, mais qu'il en restait une main, qui était conservée dans un cœur d'or attaché à la statue actuelle. LL. MM- s'agenouillèrent alors une seconde fois» et renouvelèrent leur prière, après laquelle M. Haffreingue leur présenta une Histoire et des médailles d'or de N.-D., qu'Elles acceptèrent avec beaucoup de bienveillance et d'empressement.