‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 10 sur 74 · UiSTOlKE · texte numérisé non relu

UiSTOlKE

Maigre la victoire de Zur^ çf:^^sqs immense:» résultats, le vaisseau de l'^ït jMt . pxcs de sombrer r l^s ^ouvernanMe sentenLoouIer aous eux, et ne dissimulent ni leur embarras , ni leur frayeur. Le salut de la republique ne peut être obtenu que par Tépée d^un général : cbacuu le voit clairement ; c'est un nœud gordien à trancher. Or, les yeux se tournent déjà vers Masséna , le vainqueur du jour, lorsque Bonaparte paraît. Il paraît au moment où de toutes parts on s'écrie : « Qui « nous délivrera donc du directoire ? Sans dq/ite « Bouàpartt; lui seul peut nqys sauver des arme^ « delcicoalilion, des assauts du jacobinisme^ des in- « trjgues , sans cesse l'cnaissantes ^ du royalisme. » La France disait cela : c'est de notoriété publlbue... Où donc sera l'attentat à la liberté y en détruisant un tel état de choses? Et de quelle liberté prétcnd-on parler ?

A peine le vainqueur des Pyramides est à Paris, et déjà des agcns de tous les partis i\>bsôdent dans son petit hôtel de la rue Chantcrcinc : rue débaptisée, pendant une nuit, et qui se nomme maintenant rue de la Victoire. Cliaquc faction le sollicite, le presse de seconder ses vues. Mais l'ach-oit général ne laisse pénétrer son j)rojcl à personne : le seul Sieyèsest dans 6a confidence intime ; les autres coopéraleurs de la révolution ]»réparée n'eu sont que lesdouii-coîiliilons.Lcfeb VIO, invcsli <lu gouvernement de hi dix-septiùiuc division militaire^ a rlioisi les troupes <[iîi dpiNcni ot--

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cuper la capitale ; les chefs dëvoués sont prcve- DU5, ceux dont, on craint l'opposition surveilles. Sicyès, chargé d'agir auprès des deux conseils, a conquis entièrement celui des anciens , par des promesses brillantes. Assure qu'il trouvera plus de résistance dans celui des cinq-cents, où se montre le noyau du jacobinisme , le rusé négociatear s'y ménage néanmoins des intelligences. D ailleurs , |>ar d'habiles précédens , on a su porter Lucien Bonaparte^ frère du général^ au fauteuil de cette assemblée. Parmi les hommes de cabinet, le futur dictateur s'est attaché Fouché (de Nantes), dont l'activité jésuitique ,' bien surveillée, doit être utile; Talleyrand, grand distillateur ^Ve subtilités, qu'un parti peut toujours employer avec succès; Regnaud (de Saint- Jean d'Angély), phraseur savant, metteur en œuvre d'opiniow pour en faire des principes et des véritéai^ Rœderer, homme équivoqt^e , dont on est toujours sûr, dès qu'on a su gagner de vitesse le parti auquel il allait se donner; enfin Volney, penseur profond, talent d'une trempe supérieure, propre h lier avec force toute combinaison morale ou politique. Aidé de ces intelligences, et tenant sous la main le levier puissant des faveurs futures , Bonaparte se croit en mesure d'agir , lorsque Ffm des conjurés, peut-être Sicyès luimême, car le trait apjitrtient ;\ son caractère, d^iande tout à coup au général s'il a de l'argent. Bonaparte fit la guerre en homme qui n'aspirait

qu'aux ivcsofs de l{t gloire ; il est forcé de répoudre nëgativement , et sent que ce uerf de l'intrigue est un indispensable complément des moyens d'exécution. On convoque le corps argentifère des fournisseurs : Récamier, Vanlcrberghe, Ouvrardj Collot, Launoy, Armand Seguin, se rendent rue de la Vicloirc; ils prêtent une somme de deux millions , sur l'hypothèque d'une fortune à faire : abandon financier bien digne de remarque.

Il y a deux manières de saisir la dictature -. ou êe faire proclamer par les deux sections du corp^ législatif, ou dissoudre les assemblées par la force Ses armes. Bon:ipar te préférerait le premier moyen; il sera forcé de recourir aussi au second. Mais auparavant il veut connaître avec pr(fci4lbn Tesprit des chefs militaires qui se trouvent à Paris: il les convoque de grand matin à son hôtel. Berthier, Lelcbvre, Murât, Moncey, MariqÉjpt, Laniies , Morand^ Berruyer, Macdouald , Beurpon-^ ville, Serrurier, accèdent, plus ou moins volontiers, au projet du réformateur; Moreau manque de résolution pour résister, et s'y laisse enchaîner; Augereau et Bcrnadotle ne piraissent point : le premier vi#c au 3acobinisme ; le second, patriote pur, refuse de seconder le coup de inain d'un dictateur. Bonaparte compte sur rascendaiit qu'il saura prendre plus tard sur AugerdRi; mais il craint la résolution froilic et réfléchie de Bernadotte. Ce général est appelé de nouveau rue de la Victoire; il vicni.Dcja des groupes épais d'officiers

et des balaillons choisianenvironneni Donaparte : son colli'gue du Tagliamcnto n'en refuse pas moins d'obtempérer à son invitation. — «Eli bien ! ce promettei^moi donc de ne rien^entreprendre , « lui dit le nouveau Cromwel. , — Je ne suis que « simple citoyen, reprend Bernadotte; mais si je « recevais l'ordre d'agir , je combattrais toute ten- « lativc illégale contre le pouvoir établi. — ; Je suis c< tranquille à cet égard, réplique Bonaparte; j'ai « pris mes mesures pour que ni les conseils, ni « le directoire, n'aient recours à personnc.*.Croyez^ « ou reste, que ce n'est pas à la liberft que nous « en voulons ; nous ne cherchons qu'à l'établir sur « de meilleures bases... ^> Bonaparte ne calcule pas préeisémenl jusqu'à quel point il respectera l'inviolabilité de cette liberté, qu'il promet de conserver ; mais Bernadotte n'est guère mieux fixé en ce moment sur les sacrifices qu'elle exige.

Cependant à cinq heures du matin , cent quarante*huit membres du conseil des anciens se sont réunis aux Tuileries, h peu près clandestinement : Cornet , dans un rapport où les dangers de la patrie sont exposés , exaltés peut-être , iâvoque l'appui d'un bras puissant pour mettre fin à céfé situation désespérée. Régnier lui succède à la tribune ; il propose de transférer , dès li li n||||nnin lo novembre (19 brumaire), le corps législatif à ^aint-Cloud , et de charger Bonaparte de Texé^tion du décret qu'il demande gour autoriser ce transfert, en li^ donnant le commande-

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mont de toutes les forc^e^réunies à Parts. Le décret est^rendu^par acclamation; un messager du conseil l'apporte, à huit heures, rue de la Victoire. Bonaparte ^laprès avoir harangué gcs troupes , court aux Tuileries au milieu d'un formidable élai-major, que suivent ti*oi8 régitiiens de cavalerie. Introduit au conseil des anciens., il s]élance à la harre et dit : « La république périssait, votre a décret vient de la sauver. Malheur h ceux qui f< voudraient le trouble et le désordre ; je les ar- « réterai , aidé des généraux Lefebvre , Berlkier, « et de toA mes compagnons d'armes. Qu'on ne <c cherche pas dans le passé des exemples qni « pourraient retarder notre marche; rien dans « l'histoire ne ressemble à la fin du dix-huitième (c siècle ; rien dans le dix-huitième siècle ne rés- « semble au moment actuel. Votre sagesse a rcn- « du ce décret; nos bras sauront l'exécuter. Nous « voulons une république fondée sur la vraie li- <f berté civile y sur la représentation nationale ; « nous l'aurons, je le jure en mon nom et en <( celui de mes compagnons d'armes.... d Un tonnerre d'appkiu^ssemens couvre ce discours, pronon4l d un accent saccadé et avec de fréquentes affirmations du geste. Le général sort de l'assemblée,^ute en selle , et passe la revue d'environ trois mille hommes , rassemblés dans le carrousel. En ce moment arrive un envoyé du directoire, qui propose une transaction au nouveau dicniteur. Il repousse cette propositiqn : « Qu'avez -vous fait.

« s'ëiîric-l-il , comiiic si les ilirecieurs étaient là , «'■ qu'avez-vons luit de ecfte l«'rance que je vous « ai laiftsoc »i bril]anie?4^e vous ni laissé la paix , w je retrouve la guerre; je vous ai laissé des vic- « loires, je retrouve des revers; je vous ai laissé cf les millions de l'Italie , je retrouve partout des €< lois spoliatrices et de la misère..., Qu'avez-vons rc fait de cent mille Français que je connaissais a tous, mes compagnons de gloire?.... Us sont ce morts!... Cet état de choses ne petit durer; il c< conduirait au despotisme... Nous voulons la réc( publique assise sur les bases de l'égalité, de la «.liberté!... »

Un fort détachement est laissé aux Tuileries , sous les ordres du général Lamies; un autre se rend au Luxembourg : Moreau le commande. Murat , Marmont et Derruyer stationnent , avec d'autres troupes, au palais des Cinq -Cents, aux Jj|valiJte, à rScole militaire. Le général Morand commande la place, Lefebvre, la dix-septième division militaire. Ces postes sont occupén sans mouvement , sans rumeur , sans une ombre de résistance : on n'entend dans les rues que le pas cadencé des soldats^ se rendant à leur destination respective.

Cependant le commissaire du directoire , rentré 4IU Luxembourg , rapporte la fougueuse réponse de Bonaparte : elle trouve les trois directeurs résignés; nous disons les trois, car les transfuges Sieyès et Roger -Ducos, déjà rangés sous

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