CHAPITRE IV
I^ RteBlf CE DB P. D^RLBANS, LOUIS ZT, PàMMÊ DE I7I6.A 1774, rONDMTlONSy MCimiS.
Une Ilaticnne , Marie de Mëdicis , dans le but de favoriser Concîni , fit ëclore le premier germe de la révolution qui devait éclater en France à la fin du dix-buitième siècle : il semble démontté qu'elle eut pour cause primitive les interdictions politiques imposées aux parlemens sous Louis XIII y renouvelées durant la minorité de Louis XIV, et portées jusqu'au despotisme le plus absolu y lorsque ce prince eut saisi les rênes Je l'Etat. Or, ces grands corpi judiciaires , si peu populaires par rinvcstiiurc toute royale qu'ils re-
cevaicni , le devenaient dans l'exercice de leurs attributions , et par Tétroite connexité de leurs devoirs. avec les lois du royaume^ dcfat ils étaient les conserrateurs/Ce ne pouvait donc être qu'en violant, sous ce rapport, les prérogatives des cours souveraines que là couronne attentait h ce dépôt sacré , et toute violation laitsc après elle un ressentiment dans le cœur de ceux qu^elle atteint. Le mécontentement de Messieurs avait produit la fronde ; comprimé par le long despotisme du grand roi , il s'était ébcore aigri , vers la fin de son règne , lorsque le vieux monarque avait presque repris 7c ^zie/ de Tannée i655, pour faire enregistrer l'édit de légitimation de ses fils naturels, le. duc du Maine et le comte de Toulouse. Nous verrons grossir Forage parlementaire sous le règne qui commence; et ^ dès Tavènemem de Louis XV, il brisa, dans un premier éclat , le dernier acte arbitraire du feu roi, en cassant son testament. La haute magistrature débutait par transgresser les volontés d'un roi mort : c'était menacer de loin l'autorité des souverains vivans.
Louis XIV, moribond, avait institué un conseil de régence, que Philippe, duc d'Orléans, devait seulement présider, sans autre prépondé- 'rance: le vieux monarque s'était abandonne ;, même au lit de la mort, à Téloignement qucson neveu lui avait toujours inspiré; éloigncmcnl fondé sur la jalousie que les exploits militaires
4u Jeuae priace avaient toujours entreiiènue dans Tesprit du grand roi. Il fut aisé au duc de se faire des partisane dans le parlement , outré d£s rigueurs exercées contre lui pendant ce règne. Philippe n'attendit pas, en silence , le lit de justice, que Louis XV devait tenir le 1 3 septembre 1 7 1 5 ; iP agit et fit agir ses amis auprès du parlement, afin d'en obtenir une régence conforme aux lois du royaiime. Ce corps rççut, dans cette circons^ tance , la promesse d'être investi de nouveau du droit de remontrance préalable, quil regardait comme la plus précieuse de ses prérogatives. Du reste, la demande de monseigneur d'Orléans paraissait fondée en équité : le roi , enfixant, selon ses passions, les limites de la régence » avait substitué sa volonté personnelle aux chartes du royaume , dont le prince demandait purement et simplement Texécution*.
Le 12 septembre, à une heure après-midi*, JiOuis XV, accompagné de sa goiwernante madame de Ventadour^ part du château de Vincennes, qu'il iGiabite ,.poiu* aller au parlementymr^ con^ naître sa volonté : dans son carrosse sont le duc d'Orléans, chef de la régence, le duc du Maine et le comte de Toulouse, fils légitimés deliouis XIV, et le maréchal de Villeroi, gouverneur du roi. Les , grands officiers de la couronne , montés dans une voiture qui précède celle du souverain , jettent] de l'argent au peuple , dont on montre h l'enfant couronné L'avidité tumultueuse , $an-
8 lilSfOlRE
giania même > comme un sujet de récréalion. A rentrée du faubourg Saint - Antoine y le prévôt des marchands, accompagné des échevins, est prcsenié à Sa Majesié par le duc de Tresmes, , gouverneur de Paris: on éloigne, avec la baïonnette, un peuple immense , qui presse les carrosses de la c^ur. Trente ou quarante personnes sont foulées aux pieds des chevaux ; mais les gazettes passeront sous silence cet accident de la joie publique.
Louis XV, que le duc de Tresmes a porté dans 9es bras, de sa voiture au lit de justice, se lève et dit , d'une voix que peu de personnes entendent : <c Messieurs, je suis venu ici pour vous as- << surer de mou aifection; mon chancelier vous « dira le reste... » Puis Sa Majesté se jette dans les bras de madame de Ventadour, qui sans doute récompense en boulions le petit orateur, du récit intelligent de sa premi^ôre leçon de royauté. Le chancelier Voisin parle ,. comme on le pense bien, de manière à ne déplaire, ni au duc d'Orléans , dont il connaît les droits et les prétentions à une régence illimitée, ni aux fils légitimés du roi, qui seflsHtent de conserver une grande autorité dans* le gouvernement. Le prince succède au chancelier : après avoir jeté quelques fleurs sur le dernier règne , il parle de la prospérité fur ture , et dit : « C'est parce que je suis jaloux d'y « travailler que je réclame aujourd'hui le droit « de le faire sans gène, sans entraves. Je ne
<f m'expliquerai point ici sur les motifs que le feu « roi peut avoir eus. pour mutiler les prérogatives c< de la régence; il me serait bien facile de « prouver qu'ils se réduisirent à des influence ces, à des obsessions, que personne n'oserait « soutenir, ajoute le prince en élevant la voix...» Puis il reprend, après d'autres considérations: « Maintenant , il appartient au parlement de ju- (( ger si la régence, qui m'est offerte, est. telle t( que doit la recevoir un premier prince du sang ; (f si quelqu'un a le droit de s'emparer de la réa- « lité du pouvoir , pour ne m'en laisser que « l'ombre. »
Le parlement , après une courte délibération , déclara le même jour, 12 septembre, monseigneur le duc d'Orléans régent de France , avec toutes les prérogatives attachées à cette dignité. Dès le lendemain , ce prince du sang établit , au lieu de ministres, plusieurs conseils ou les affaires de chaque département devaient être examinées : mesure sage qui par malheur ne fut pas de longue durée. Un président , doué d'une expérience spéciale , dirigea chacun des comités : le maréchal d'Uxelles fut aux affaires étrangères, le maréchal de Yillars à la guerre., le duc de Noailles aux finances^ le maréchal d'Estrées à la marine ; le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, prélat renommé par ses résistances aux fanatiques promoteurs de la huile Unigenitus , présida un conseil de conscience. Chacune des
lo HbTUmE
commissioas reçut Tordre de rechercher, dans son ressort , Les malheurs à réparer , les abus à corriger, les vices à détruire , et fut chargée de proposer des moyens réparateurs ou de répression. Un édit , qui parut le i5 septembre, déclara: (( Le roi entend s'éclairer des lumières de ses . « parlemcns , dans tout ce qui se rattache au (c bien*étre de ses sujets. » C'était le prix convenu de l'appui accordé par Messieurs k Philippe d'Orléans.
Ce gouvernant montra , afficha peut-être , d'excellentes intentions , jaloux de démentir la renommée odieuse que lui avaient faite madame de Maintenon , le duc du Maine et madeonoiselle do Condé , femme de ce prince légitimé. Mais que sa tâche était difficile ! Louis XIV laissait un nom sonore, nom qui retentissait dans un royaume que de longues guerres avaient rendu désert, avec l'écho sinistre du ci*i d'alarme que faisait jeter une dette publique dépassant deux milliards. Les revenus de l'Etat étaient absorbés, par anticipation, jusques et y compris Tanûée 1717 ; il "V avait plus un sou dans les coffres; tou$ les modes d'emprunt avaient été épuisés sous le régne précédent... Jamais extrémité n'offrit un aspect plus déplorable. Les dilapidations avaient contribué à la ruine du royaume ; Philippe songea ù faire participer les dilapidateurs à la restauration des finances. Une chambre fut chargée de poursuivre les financiers et de les condamner à des restitu-
DE FAHIS. it
lions. Cette disposition devait atteindre des hommes éYidemmenc coupables ; mais elle était violente et illégale; son résultat fut imparfait. Quelques sangsues publiques regorgèrent l'or quelles araient spolié; mais le plus grand nombre des exaeieurs fut soustrait aux suites de leurs délits, eu achetant la protection des puissances de cour. Ainsi, les corruptions anciennes^ s'appuyant de nouyelles corruptions y échappèrent aux sévérités deTédit, et un attentat formel à la propriété n'oblint que de faibles résultais. Il fallut penser à d'autres moyens.
Malheureusement , le régent , prince doué d'un esprit supérieur ^ mais d'une extrême légèreté , était le gouvernant le moins propre à fermer l'abîme financier ouvert sous ses pas : il eût fallu la prudeâce d'un Sully , la capacité d'un Colbcrt , pour tirer la France de ce mauvais pas , et Philippe d'Orléans n'avait qu'une excellente intention de bien faire , dont il était trop souvent distrait par l'amour du plaisir. Le matin , ce prince se vouait corps et ame aux intérêts de la mo- Barchie ; mais dès que ses courtisans , qu'il appelait ses roués y lui avaient parlé d'un souper de petite maison , d'une orgie dans sa loge de l'Opéra 9 d'un bal masqué où l'on pourrait cliitfonner des ^fichus, il devenait impossible de Tentretcnir d'atïaires sérieuses. L'abbé Dubois , ancien précepteur de Philippe , fut tout à la fois le conseiller intime du régent , et le pourvoyeur de ,
HISTOlhL ses d^LaocIàcs. Cet homme, sans pfobilé morale, sans religion, êrait loin d'être sans Jcns; il nciJépuhdii pas de lui (jiie le duc nes'ar l'ôtât sur la pcnle rapide oii il cniroîiia la France ;\ une ruine totale avec le système de Lmv. Décrivons ce système, décrié d'une manière absolue. Un ÉU;ossais, noramé Law ou Las moment où !e gouvernement cherchait une plaiïche de salut, propose une banque générale où chacun pourra cchanget son argent contre des billets payables à vue, et dont le monti sera hypothéqué sur le commerce , déjà pi père , du Missi$3ip[ , du Séuégai et des Im Orientales. Le produit de ce commerce a«té évalue par des culculs certains : si la création du papier ne dépasse pas !e montant appréciable de ses opérations , réiiiission deviendra profitable à I Elat : c'est une ressource propre i prévenir une ban([ueroule imminente.,. Ainsi sera conçue, en 1790, la création des assignats; dans l'une etdans l'autie circonstance, les désastres naîtront de l'a. d'unebqnnemesure. Mais poursuivons l'exposé faits. Le régent, ami de la nouveauté, partii des innovations, adopte avec ardeur la propositi de Lnw , non comme l'assurent plusieurs hisl rieuâ,à défaut de conuaissance de la niaiièj mais parce qn'aijL.j^ftit^ln. yMWPrce est rai
• Vitiùiiti' I lie de l'ancien
D£ PARIS. i3
lais Mazarin^ Cet élablissement n'cmel d^abord que pour quarante millions d'actions, et crée des billets jusqu'à concurrence de cette somme *. La Bourse où se font les échanges ^ est établie dans Tétroite et sale rue Quincampoix : une foule immense s'y précipite bientôt comme sur les rives d'un nouveau Pactole. Quelques spéculateurs font en effet une fortune rapide avec le papier: amorce séduisante qui ne tarda point à changer en délire les opérations de la rue Quincampoix. Semblable au chien de La Fontaine, des milliers de Parisiens s'élancent vers- l'ombre en se dessaisissant de la réalité : ils changent follement leur argent contre les décevantes espérances que le système montre en perspective. Il y a cependant une réalite dans tout ceci, c'est que la faveur du pa-
* Les billets étaient faits simples , sans cadre , sans vigneUe , sans filigrane ; il était facile de les contrefaire, \oici un inodék de ces billets , que M. Dulaiure a pu se procurer, et a consigné dans son Histoire de Paris,
N* 11193,4199 ^^^' livres tournois.
La Baiiq[ue promet payer au porteur, à vue , la somme de cent Ii?res tournois en espèces d'argent y valeur reçue à Paris , le premier janvier mil sept cent vingt.
Fu pr le Sr FeneUon . Signé pr le Sr Bourgeois .
DUSAUX, I l^hTt I RUMONT.
sec.
ContfUlé pr le Sr Durcvcrt ,
liABASTlDE.
i4 msTomt
picr f»it augmenter les actions de la Dnorjue dans une incroyable proportion. Aiois le gouvernement , toujours obéré, toujours accabli/ pjr son I énorme dette , augmente rémission des nou- Tïeaux billcu; Law devient contrôleur -général , I ctrétablisseineni i{u"ii a créé, Banque R(^ah. Sous Lee ministère,, plusieurs édits, d'une révoltante I iniquité , sont rendus. Le 37 décen>bre 1718, un p arrêt du eonseil défend de payer en argent les I sommes excédant six cents livres ; un an plus I tard, on interdit tout paiement en argent audessus de dix livre» . et en or au-dessus de trois cents. On fait valoir les hommes en les persécu- - tant ; les choses acquièrent du prix par la prohibi- I tien. La contrainte exercée pour soutcnfr le sysl^me en révèle le faiblesse; t'itiquiétude rem- * place la confiance. Le papier-monnaie est discrér dite ; sa décadence devient bientôt aussi rapide [ que l'a été sa fortune. Vainement essaie-t-on d'în- ' sinuer que deux mines d'or viennent d'être déiveries à In Louisiane, que leur produit va t tripler les produits de la banque ; on ne saisit [point cette amorce . et la défaveur couiinue..,. l Tout à coup le prince de Conti , qui . pour prix kdc sa praiection OQGOrdéi" ^ f f- -' reçu de lui ""* ii^e le rem-
Pqi Hs de numé-
' i,\iis le lu^rac AiWinitlais re-
papier qu'ils ont acheté à bas prix ; les coffres du trésor i'épuisent : la presque totalité des espèces sort du royaume... Alors le système tombe à plat ; le mécontentement éclate de toutes parts : pour satisfaire à la vindicte publique , le régent se voit contraint de destituer le contràleur-général. Eniîn ^ la régence doit en venir à annoncer le néant des espérances chimériques qu'on a fondées sur une baâe de sable. Un édit du pa mai 17:20 or^ donne la réduction graduelle , de mois en mois , des billets et des actions... Une révolte est près d'éclater à Paris; l'édit est rapporté. Mais cette dernière mesure ne calme nij'inquiétude , ni l'effervesccrice des citoyens. On cherche le financier écossab pour le mettre en pièces ; il se réfugie au Paiais-Royal, puis dans un château aux environs de Paris; enfin il quitte le royaume, chargé de la malédiction de plusieurs millions de citoyens, que sa déplorabk innovation a ruinés. Après la fuite de Law, on reconnaît qu'il existe pour deux milliards , sept cent millions de billets , c'est-à-dire pour environ qtiatre-vingts fois la Taleur du numéraire en circulation : Philippe d'Orléans aniibnce au conseil que Icx-conlrôlçurgénéral en a émis pour douze cent millions au-delà des fixations déterminées par lescdits, et que la régence a dû couvrir cette illégalité par des actes antidatés... Toute la légèreté du régent est révélée par cet aveu... Cependant, on procède à une sorte de liquidation du système , afin de je-
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ter un voiJc léger sur la banqueroute de l^État : quelques parcelles d'argent sont données aux infortunés porteurs des billets^ pour des monceaux de papier.
La partie anecdotique de l'histoire du système de Law , dont la durée fut à peine de trois ans , formerait cinquante gros volumes, «c On entendait a parler à la . fois , dit le mémorialiste Duclos , u d'honnêtes familles ruinées, de misères sea crêtes , de fortunes odieuses , de nouveaux rîo ches et indignes de l'être^ de grands méprisables, a de plaisirs insensés, de luxe scandaleux. »
Grâce à l'enchaïueur papier , un laquais acheta le carrosse derrière lequel il montait naguère , un financier se fit cocher , un cocher devint marquis -j un bossu de la rue Quincampoix gagna soixante mille livres à prêter sa bosse, en guise de puptue, pour signer les transferts d'actions. Des dames galantes , dont les bontés intimes avaient été rétribuées en billets , que la folie du temps appelait une monnaie iwariable, se trouvèrent , , après la chute du système , vis-à-vis d'un capital bon h faire des papillotes : heureusement les spéculatrices de cette espèce ne s'étaient pas ruinées dans l'échange.
Tous les actes de la régence ne furent pas aussi malheureux T la cour du Palais-Royal montra de Tadrosse , de la fermeté , du courage dans diverses circonstances^ et, grâce aux dispositions habiles <[u'cllcfii, elle sut; à iravcrà^lcs dérèglemcns d'une
Dfe PARIS.
vie enjouée 9 légère, dissolue mêaLe, obtenir la conciliation des dissident de l'église , le repos intérieur et la paix avec' TEurope, garantie par de lions traités. Or , si Terreur du régent avait ci*eusé l'abîme financier en voulant le combler , son gouvernement prépara du moins les moyens de le fermer un jour , par les ressources que procurent toujours le paisible exercice de l'industrie et du commerce : résumons les évènemens. Le cardinal Albéroni qui règne en Espagne sous le nom du maniaque ' Philippe Y , médite tout à la fois la conquête d'une partie de l'Italie , le renversement de la maison de Brunswick , en Angleterre y et Tenlèvement de la régence du royaume de France au duc d'Orléans. Pour favoriser l'exécution de cette dernière partie de son projet y il charge le prince de Cellamare y ambassadeur d'Espagne à Paris, QiVahhé PortO'Carrero y secrétaire d'ambassade, d'intéresser le duc du Maine à ]a conspiration, en lui promettanrla réalité d'une régence dont sa majesté espagnole ne veut conserver / ditil , que le titre honorifique. La duchesse du Maine, ennemie comme son mari de la maison d'Orléans, princesse aimble , spirituelle et galante , emploie toutes les séductions de son esprit et de sa personne pour intriguer dans l'intérêt de l'Espagne: le cardinal de Polignac et plusieurs autres seigneurs entrent dans la conjuration.*. Mais elle est découverte par suite des intelligences que l'abbé Duboi.^ entretient dans une maison de prostitution , dirigée
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par une courlisane , nommée la Fillon , et chez laquelle Yàbhé Porto -Carrero laisse surprendre, dans une orgie , le secret de la son gouverne* ment. Au moment où les conspirateurs se disposent it conduire le régent à Madrid , on arrête à Paris le prince de Gellamare , à Sceaux le duc et la duchesse du Maine ^ à Poitiers Tabbé Porto-Car rero. Une guerre avec l'Espagne doit suivre nécessairement cet attentat contre le gouvernement français: en pareil cas la longanimité serait faiblesse. A cette occasion se forme une quadruple alliance entre la France , TAngleterre, l'empereur et la Hollande. Les Espagnols sont * battus par terre et par mer ; on ressaisit la Sardaigne et la Sicile qu'ils ont conquises ; les Anglais leur prennent des vaisseaux. Les Français , commajadés par Berwick, emportent Fontarabie et Saint-Sébastien;. Philippe y demande la paix; on la lui accorde , à condition qu'il renverra Albéroni , son premier ministre.
La bulle Unigenitus , cause perpétuelle de dissensions intestines , fut adoptée enfin sous la régence : Dubois , l'immoral , l'ordurier Dubois , eut plus d'empire sur l'esprit du cardinal de Noailles que feu le grand Louis XIV ; trente évêques imitèrent la condescendance de ce prélat , et l'exil du parlement , qui ne fut pour Messieurs qu'une partie de campagne agréable , obtint l'assentiment de ce corps sur le même objet. Ainsijesjansénistcs se virent dominés par les moli-
nifltes, c'est-à-dire les jésuites. Dubois, déjà pourvu de rarchevêchë de Cambrai..., du siège de Fénë- Ion , avait sollicité radoiission de la bulle pour obtenir le chapeau de cardinal , que le pape Innocent XIII s'était engagé h lui donner. De nouvelles persécutions religieuses, que nous verrons bientôt éclater, eurent cette base ; le pi'oxenète des débauches de Philippe d'Orléans , figura sur la liste.dcs membres du sacré collège , et par suite prit rang au conseil de régence , en qualité de premier ministre... Noce , l'un des roués du régent , lui dit h ce sujet : « Votre Altesse peut faire de Dubois « tout ce qu'elle voudra; mais elle n'en fera ja- « mais un honnéle homme. »
Ce ministre, Ji travers une vie crapuleuse et digne de miépris , fit remarquer une perspicacité subtile, de l'habileté diplomatique, et la plus grande facilité h traiter les affaires d'élat : sa faveur pouvait donc au moins se justifier en cela, et l'on dut plus d'une fois regretter son intelligence, lorsqu'après sa mort le timon de l'Etat fut abandonné au duc d'Orléans, qui savait vouloir, mats jamais exécuter. Du reste, ce dernier survécut peu à son prédécesseur au ministère , et les rênes du royaume tombèrent de ses mains énervées dans celles d'un duc de Bourbon, altesse idiote qui ne sut ni faire ni ordonner.
La majorité légale de L'ouis XV avait commencé avant la mort de Philippe ; mais sa minorité effective se prolongeaa jusqu'en 1 726. Durant
^o HISTOIRE
cet espace de trois ans ^ la marquise de Prie^ mai* tresse du duc de, Bourbon , continua à Versailles^ l'empire des favorites, commence sous la damq de Maîntenon. Elle gouYema la France du fond de son boudoirs les placets» les remontrances s'empilaient sur sa 'toilette"^, tandis que son incapable amant cba^sait à Chantilly. Ajoutcms que ce prince du sang était assez dépourvu d'honneur pour recevoir une pension du roi d'Angleterre y après le vénal Dubois /et cela pour soutenir des prétentions contraires aux intérêts qu'il devait défendre.
LêB niinistére de Bourbon fut une régence tombée en quenouille : la favorite remplit l'armée et les postes civils de ses créatures y de ses amans. Les pensions y les grâces , les ambassades découlaient de ses mains y et les beaux hommes étaient toujours à ses yeux les plus propres aux emplois. Cette femme > tout à la fois ambitieuse y lascive et cupide, ne laissait au jeune roi que le vain éclat de la royauté , c'est^à dire des levers y des audiences fastueuses, desrèglemens puérils sur l'étiquette , des nominations dans les ordres : en un mot , tout cet oripeau de la majesté , qui pouvait suffire à un monarque enfant , dont les yeuf ne cherchaient que l'éclat , dont la main eût re-
* Un jour le duc de Bourbon apporta à madame de Prie des remontrances du parlement qui Fayaient frappé : u Cela c( est fort touchant , lui dit-il. — Aussi , répondit la inar- (f quise, cela me toudbera-t-il? » et elle enyoja les remontrances dans sa garde-robe.
DE PARIS. iF
poussé te sceptre^ s'il n'eût eu la forme dun jouet.
A seize an&,. Louis XY ^ prince spirituel , quoi-^ que fort ignara ^ commençait à sentir sa situation prëcaire. L'abbé de Fleury, évéqué de Prévus, son précepteur , lui fit comprendre qu'il ëtait de sa dignité de gouvernei* enfin par lui-même^ et de mettre fin à l'autorité de ceux qui dëgrardaient le pouvoir suprême en l'usurpant. La dis-^ grâce du duc de Bourbon fut prompte : Louis XY lui écrivit brusquement que, voulant régner sans intermédiaire , il le verrait avec plus de plaisir à Chantilly qu'à Versailles, Alors le titre de premier ministx'e fut supprimé ; ' mais Fleury en exerça les fonctions d'une manière aussi absolue que son devamcier^ le roi osa moins que jamais émettre sa volonté : il continua long-temps encore d^être l'écolier soumis^ et l'évéquc de Fréjus conserva Tascendant du pédagogue. Le royaume avait besoin d'un ministre ami de l'ordre, de la justice, de l'économie; il lui fallait surtout un botnme d'état tolérant, qui éteignit les étincelles de troubles religieux ranimées par l'adoption de la bulle ; enfin les relations avec l'étranger , pour soutenir l'honneur national, attendaient une tête forte , une capacité subtile : car la ruse est par malheur le premier ressort de la diplomatie. L'ancien précepteur de Louis XY avait un peu de toutes ces qualités; mais il n'en possédait aucune au degré éminent qui fait les grands hommes d'é-
tat. 11 se laissa donc aller , sans méiçe s'en dealer , à rinfluence des jésuites , qui triomphaient par l'admission de la bulle Unisenitus : il fut Vinstrument de cette compagnie et du pape y seul chef qu'elle voulut reconnaître. D'après une telle tendance; toute la partie du clergé qui n'avait point reconnu la bulle , et en appelait au futur concile , fut persécutée , sous le nom de jansé-mstes , comme les protestans l'avaient été au seisième siècle. De cette source religieuse jaillirent bientôt de nouveaux cxcès^ de nouveaux crimes; les parlemens y puisèrent encore un sujet de mécontentement, d'hostililés avec le trône... La révolution jeta, sous le ministère de Fleury, une nouvelle, une profonde racine. Ce prêtre, âgé de soixante-dix ans lorsqu'il arriva au poctvoir, négligea tout ce qui sollicitait des mesures énergiques.; il ne sut que temporiser , que récrepir l'édifice ébranlé de la monarchie. PMeury essaya de restaurer les finances, et n'obtint quelques succès qu'en attentaut à des droits sacrés : à l'intégrité des arrérages de la rente viagère , par exemple. Il voulut protéger le commerce , qu'il ne comprenait pas : ittiitateur malheureux de Walpool , il égara les divers négoces , et finit par les paralyser en laissant anéantir-la marine française. On ne peut pas même tenir, compte à ce ministre du soin avec lequel il s'appliqua à conserver la paix extérieure : ce fut la première cause de l'avilissement des armées Ir^nçaises , doat on laissa reposer treize ans la
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valeur ; là commença le discrédit de notre politique extérieure y qui, durant cette période, se montra bumble et dépendante.
On vit , sous Louis XV, ce qui ne manquera jamais &'arri ver aux souverains assez mal inspirés pour éviter la guerre à tout prix : forcé de la taire, il la fit malheureuse. De lySS'à 1765 , les succès de nos armes furent Vares /malgré la haute capacité des Villars / des Berwick, des Saxe , des Lowendhal : si les noms de Fontenoy \ de Rocou, de Lawfeld, de Berg-Op-zoom brillent dans nos fastes, les drapeaux français restèrent cinquante ans empreints de la souillure de Rosbach : le canon de léna put seul ^eifacer ce renom d'opprobre. Nous passons sous silence les évènemens militaires du règne de Louis XV : ils sont étrangers à notre sujet , et trop d'historiens en ont mentionné les résultats. La postérité aura assez ^'échos pour dire que ce prince assista, témoin presquç impassible , au démembrement de laPoIogne, et que, par ses traités, il laissa rompre de toutes manières la balance politique de l'Europe. Catherine II s'agrandit en Europe et en Asie; t'rédaric 11 recula les frontières du royavmie fondé par son père ; la couronne autrichienne passa dans une famille nouvelle, au mépris du concours diplomatique de la France; l'AngleteiTe réduisit à des possessions illusoires nos colosùiê des Indes Orientales; puis le traité de 1 763 vint confirmer toute cette dégradation de la
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politique d^ane natkm qui avait fait, qui fit en*. cote la loi au reste de llSurope.
Si Ton examinait le« causes secrètes de cet abaissement , on les trouverait dans les menées d*unc cour intrigante et dissolue. Louis XV forme une alliance avec tel cabinet.pour que madame de Châteâuroux ou madame de Pompadour , qui affectionne cette puissance y n'ait pas de vapeurs, çt que ses yeux ne soient pas battus dans un souper à la table mécanique de Choisy. Si les opi-^ nions du monarque sont contraires à celles de sa favorite ; s'il doit , par dëférence de boudoir, de-: venir Taïlié d'un prince, qu'il eût voulu combattre, et faire la guerre à un ennemi dont il eût volontiers recherché Talliance ; eh bien l alors ses généraux ont des ordres étranges : ils doivent ou se laisser battre , ou du moins laisser leurs succès sans résultats. D'Ëstrées est remplacé à Tarmée de Hanovre lorsqu'il veut poursuivre Cumberland ; le duc de Richelieu , plus docile aux instructions secrètes de son maître , 'permit aux Anglais d'opérer une retraite facile... Soubise , courtisan à double face, sert, dit-on, contre Frédéric II , pour plaire à madame de Pompadour ; il accepte la honte de Bosbach, pour obéir à Louis XV... Cette infamie est aujourd'hui constatée presque jusqu'à l'authenticité. Revenons aux évènemens de Paris.
Le fanatisme est assurément celle de toutes les folies qui produit les actions les plus insensées ,
fortOttl les plus druelles. Dans leur délire , les fanatiques ne s'épargnent pas eux-mêmes ; Thistoirc des martyrs - est là pour l'attester ; mais rien ne saurait offrir un témoignage aussi frappant de eette vérité que les compulsions du dix"*huitième ttècle ; et jamais assurément la nature humaine ne fut entraînée dans une anomalie comparable à celle que nous allons mentionner.
François Paris ', fils d'un conseiller au parlement , abandonne à son frère la part de succès* sion qui lui revient de son père , prend les ordres mineurs et reste diacre par humilité : humilité bien entendue, car le sacerdoce est alors un foyer d'orgueil , de luxe et de corruption. Retiré dans une petite maison du faubourg Saint-M arcel , le diacre Paris vit en anachorète, se livre à la pé^ nitencc, soulage les pauvres, les instruit, tra* vttlle pour eux et meurt vénéré,* au mois de mai 1727^ A cette époque , le cardinal de Flegcy commence à persécuter les opposans à la bulle t les jansénistes sont mis hors du droit des gens , hors la loi de l'humanité : les lettres de cachet , les vexations de toutes sortes pleuvent sur eux , et les propositions des Jansénius , que ne comprennent souvent ni leurs adversaires , ni leurs défenseurs, s'élèvent, comme une bannière martiale, au-dessus de l'église gallicane. Or , Paris a été janséniste , c'est-à-dire ami de la bienfaisance et ennemi des doctrines de la compagnie de Jésus , qui cache ses arguties , son ambition, ses projets
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régicides sous le inant;eau de Molina. Les personnes qui ont connu le solitaire du faubourg Saint-M arceau , particulièrement les pauvres dont il fut la providence^ vont souvent prier sur sa tombe f placée dans le cimetière de l'église Saint- Médard... Bientôt la ferveur est poussée, cbez quelques jeunes filles, hystériques pour la plupart, jusquà celte irritation physique qu'on nomme aujourd'hui spasmes ou vapeurs : anomalie nerveuse que la médecine explique aisément. Mais la superstition veut trouver à tout des causes surnaturelles : les convulsions de. ces jeunes filles, ^que l'on calmerait en leur donnant des maris, paraissent à celles qui les éprouvent , comme aux personnes qui en sont témoins , des transports sacrés^ éhianant de la tombe du philantrope que la multitude honore à l'égal des saints. 11 y a des épidémies pour l'esprit ainsi que pour le corps; les coBvulsioDS ne tardent pas à devenir contagieuses. 'Soit conviction , soit maladie, on voit , en peu de mois , une multitude de convulsionnaircs : mais bientôt le charlatanisme, spéculatif s'empare de ce moyen : il s'en fait une arme contre les molinistes. L'inspiration rc^ue ou simulée à la tombe du diacre Paris , est appelée Vœuifre ; les inspirés s'organisent en secte, en confrérie , qui a ses chefs, ses agens, ses statuts. Pierre Vaillant, prêtre janséniste, est déclaré patriarche des convulsioimaires ; il public qu'il est le prophète Elie ressuscité, et qu'il reparait dans le monde pour convertir les juifs et la
cour de (iome. D'abord , cet illuminé a donn^ aux adeptes du cimetière Sain t-Médard le nom de vmllantistes) devenu Elic réincarné , il leur fait prendre le nom dV/wéfen^. Après Vaillant vient Darnaud^ quise proclame le prophète Enoch. Ensuite parait Irère Augustin^ créateur d'une secte séparée qu'on noraïae augustiniens. Ces exaltés , plus fous ou meilleurs comédiens que leurs prédécesseiu:s , font des processions nocturnes , la corde au cou , la torche au poing ; psalmodient à minuit devant la noire et imposante façade de Notre-Dame, puis, continuant leur marche processionnelle , vont bénir , sur la place de Grève , la terre qu'ils espèrent , disent-ils , arroser de leur sang .Viennent plus tard les niélangistes, qui reconnaissent en eux deux causes de l'œuvre: l'influence des sens et l'esprit divin ; Iqs figurisies , qui, durant leur accès, représentent des scènes de la passion et du martyre des bienheureux ; les secouristes, convulsionnaircs fcrvens, dont le devoir consiste à administrer des coups de huche y de barre dejer , de chenet sur la gorge , sur le ventre, sur les cuisses des convulsionnaircs des deux sexes : en certaines circonstances, ils doivent donner aux jeunes femmes ou jeunes filles des secours plus conformes au vûeu de la nature; le tout à la gloire de Dieu. On compte encore, parmi les convulsionnaircs, les discernons, c'est-à-dire ceux qui se croient pourvus de la parole prophétique. Il serai t/difticile de définir
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le sens attaché au nom d'une Autre espèce de convulsiounaires appelés les margouillistes ; mais parmi les (exaltées du sexe^ on distingue lesi sûuteuseSf (jui éprouvent une si violente agitation , qu'il en résulte desmouvemens extraordinaires^ des 9auts, des attitudes que n'imiteraient pas les plus agiles sauteurs de profession ; les ahoyeuses , qui hurlent et imitent l'aboiement du chien; enfui les miauleuses , dont la manie est d^imiter ïe& miaulemens du chat ^. Il notis est impossible de suivre^ dans tous ses détails^ cette singulière désorganisation morale : elle se prolonge près de trentecinq ans , et produit les plus surprenantes^ les plus atroces folies dont l'humanité puisse être atteinte. Déjeunes filles, réputées dévotes, viennent se coucher, devant une multitude immeijse, sur la tombe du diacre : tout aussitôt elles entrent eu inspiration. Xeur corps bondit, saute, se retourne à la manière des carpes; dès-lors plus de décence, plus de pudeur. Elles écartent leurs vêtemens , déchirent leurs fichus et dévoilent tou^
* TouteS'les religieuses d'un couvent de Paris, chaque joui et k la même heure, étaient atteintes d'un accès de vapeurs, qui les faisait miauler en chœur, pendant plusieurs heures. Pour faire cesser cette manie, qui donnait dans le quartier un spectacle scandaleux , on déclara un jour aux nonnes que le, lendemain Messieurs enverraient une compagnie de soldats à la porte du monastère , et qu'au moindre miaulement qu'on entendrait, ces militaires entreraient, munis de bonnes poignées de verges , et fustigeraient les épouses du Seigneur. Elles ne miaulèrent plus.
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Jeuirs charmes par des exercices iuimagitiables. Tandis que les unes se bornent à ces tours d'agilité , d*autre8 veulent être battues , torturées. Elles se font tordre rextrëmité du sein jusqu'à fausser les tenailles qui servent à ce martyre ; d'autres supplient les secouristes, qui d'ordinaire sont de jeunes garçons vigoureux , de monter sur leur corps, et d'en fouler aux pieds toutes les parties jusqu'à lassitude. D'autres , tandis qu'on, leur assène sur le dos , sur le sein , sur les cuisses des coups de bûche , de marteau ou de chenet, disent, avec l'expression d'une voluptueuse sensation : « Ah! que cela est bon ! ah! que cela me fait de i< bien. Mon frère, redoublez vos forces, si vous le « pouveï. » Quelques-unes des convulsionnaires, avalent des charbons ardens , ou croient se sanctifier intérieurement en dévorant une Bible, un Bréviaire , un Nouveau Testailient. On en voit recevoir en riant de grands coups d'épée dans les chairs; et lorsque leur sang coule, leurs traits, leurs regards prennent l'empreinte d'un tendre délire , d'une extase d'amour. Mais rien , selon ces jeunes insensées , n'est plus agréable à Dieu que le crucifiemei^t : ainsi , presque chaque jour, on voit une convulsionnaire s'étendre sur deux ais en croix , et s'y faire clouer les pieds et les mains. Durant ce genre de torture , que plusieurs patientes ont subi huit , dix et jusqu'à vingt fois, l'une veut qu'on, lui coupe une parcelle du sein , l'autre qu'on lui perce la langue , une
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troisième qu*on la lui fende,.. Toutes oetdisposi'* lions faites ^ Tinsensée reste ealme sur sa croix ; ses compagnes disent qu'elle a reçu du nanan et qu'elle fait dodo.
Rarement les hommes convnlsionnaires s*abaiidonnaient .à des. folies aussi meurtrières. Leur exaltation restait d'ordinaire en -deçà de Im cruauté. Cette différence tenait sans doute à ce que l'imagination de ces fanatiques rencontrait dans leur organisme un tissu nerveux moins sensible, une flbre moins irritable, conséquemment fies passions moins impérieuses. En un mot, cfaei les sectaires niâles , le fanatisme résultait des aberrations de l'esprit; cbcz les femmes, c'était un essor extraordinaire du tempérament. La preuve de cette assertion, c'est qu'une foule de filles convulsionnaires portaient les marques irrécusables do leur incontinmce, et que plusieurs accouchèrent pendant Vœui^re. On lit dans un ouvrage du temps : « le père Augustin, l'un^des premiers chefs de la secte, tout en se livrant aux jennes, aux macérations , ne réprimait pas toujours les mouvemcns impérieux qui l'entraînaient vers le seife. On le surprit un jour, poursuit le même contemporain, en familiarité un peu trop démonstrative avec uqe jeune fille ; car il était enferme entre les rideaux d'un lit, et couché, tout habillé il est vrai , auprès de cette convulsionnaire... Il faut ajouter encore, comme circonstance atténuante, que le nouveau prophète et sa compagne, ainsi
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phic^, reciuieAt à haute voix des psaumes..... Toutefois , Augustin ne se justifia pas aux yeux de tout le inonde en soutenant qu'il était impeccable.» Le ridicule eût fait promptement justice des couTûlsionnaires , et le rire du sarcasme ne pourrait manquer de mettre fin à une manie , grotesque jusque dans ses cruautés. Un distique, apposé sur Ih porte du cimetière de Saint-Médard , dont Taccès était interdit aux adorateurs de Paris, .donna la mesure et fit connaître le caractère des moyens qu'il convenait d'opposer à leur fonp. Malgré l'interdiction du parlement , les sectaires allaient encore nuitamment gambader sur la tombe de Paris , lorsqu'un beau matin ils trouvèrent ces deux vers écrits à l'entrée du cimetière :
De par le roi , défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
On cessa, au moins quelque temps , de pénétrer dans l'enceinte défendue; mais les sévérités du pouvoir s'étant reproduites , le fanatisme réagit contre ses persécuteurs. Ne pouvant plus s'assembler au faubourg Saint-Marcel , les convulsk)nnaires se réunirent dans vingt endroits différens : alors le prosélytisme augmenta , et les fureurs gouvernementales s'accrurent en proportion. Vers i652 y la Bastille était pleine dè^convulsionnaires ; on en voyait à tous les carcans de la ville^ et l'on s'empara des biens de plusieurs par la confiscation.'... Aussi y cette épidémie mentale dura-i-
die, comme nous l'avons dit , ptès de trente-ciUq ans : trois couplets de Pont-Neufreussent abattue ; elle se perpétua ,^ au milieu des mousquets , der^ rière la grille des prisons, et jusque sous la main des bourreaux. Il est digne de remarque que le fanatisme et l'intolérance se soient agites avec un délire furieux , soit pour attaquer , soit pour se défendre , à l'époque même où. le flambeau de la philosophie les inondait de lumière et de honte. On eût dit que Fesprit humain produisait ses in-^ firmités sur toutes lem*s faces , pour qu^on y appliquât le remède héroïque d'une sagesse rationelle, d'une dialectique puissante.
Après les convulsions vint l'affaire iks billets de confession : les jésuites, instigateurs toujours cachés I mais toujours agissans , furent les pror moteurs des nouveaux troubles qui éclatèrent à cette occasion; troubles d'une conséquence fufneste à la cour ; car ils achevèrent de déterminer une rupture entre elle et les parlemens. Alors la révolution fit un pas immense. L'archevêque de Paris, Bellefondy dans le but d'anéantir enfin l'influence des jansénistes, soit dans le sacerdoce, soit dans les affairés publiques, rendit , en 1 746, une lettre pastorale, par laquelle il était enjoint aux curés de refuser la communion et le viatique à qui ne serait pas mtcni d'un billet de confession, signé par nh prêtre adhérent de la bulle : ce monopole de la chrection des consciences fit jeter les hauts cris; le prélat parisien n'osa pas maintenir l'exécution de
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cette mesure violente. Mais Cliristophe de Beaumont, ton successeur, ce l>oute-feu niolinistc si connu par son zèle à soutenir, à seconder les jésuites, Beaumont prescrivit la stricte exécution de la lettre pastorale de son prédécesseur. Le clergé refusa donc obstinément les sacremens à tout fidèle qui ne produisit pas un billet de confession de la main d'un prêtre orthodoxe. Précisément Tun des premiers fidèles atteints de cette interdiction fut un honime de robe, le sieur Coffin, conseiller au Châtelet :Bouettin,curé de Saint-Éticnn^du-Mont, n'accorda point le», secours de l'église à ce magistrat malade. Soudain l'ecclésiastique est mandé et réprimandé par Messieurs , auxquels il répond que , dans l'exercice de son ministère , il ne doit rendre compte qu'à Dieu et 'à ses supérieurs. Le clergé décrète le • curé de prise de corps et fait parvenir des remontrances à l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont j homme entier et inflexible, maintient ses ordres dans toute leur intégrité. Le parlement rend un arrêt qui défend aux ecclésiastiques de refuser les sacremens pour
les causes alléguées par monseigneur de Paris
Les jésuites ne s'arrêtent point à cette défense : les refus de sacremens continuent.
Parmi les nombreux écrits qui furent publiée sur les dissensions religieuses en général , à partir de 1728, il iaut citer les Noui^elles Ecclésiastiques, journal périodique rédigé , avec un talent comparable à celui de Pascal , dans l'opinion des