‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 3 sur 74 · HISTOlRt · texte numérisé non relu

HISTOlRt

jansénistes ^ qu'oa nommait les appelans » parce qu'ils protestaient perpétuellement contre la Lulle. Jamais critique aussi spirituelle , aussi mordante n'avait atteint les abus du sacerdoce molinisie... La cour , toujours disposée à soutenir les* jésuites 9 jusqu'à ceqii'unc funeste ei^périence lui eût appris qu'elle n'avait pas de plus grands enne<* mis^ la cour ordonna que les recherches les'plus minulieuses fussent faites pour découvrir. , et les auteurs des Nouvelles Ecclésiastiques , et les presses clandestines d'où cette publication sortait; ces recherches demeurèrent infructueuses. On imprimait cette fouille partout, à la Tille, h la campagne, d^s les greniers, dans les caves, tous le d6me du Luxembourg , sous les piles de lx>is des chantiers, dans )es bateaux sur la Seine. vUn jour que le lieutenant de police» Hérault, faisait des recherches dans une maison du faubourg Saint- Jacques , on jeta , presque en sa présence « dans son carrosse, un paquet de Noiwelles Ecclésiastiques encore humide. Lorsque ce pamphlet périodique s'imprimait à la campagne, un chien en était le colporteur : cet animal portait, entre sa peau naturelle et une peau factice cousue par dessus, un assez grand nombre d'exemplaires du journal , et passait aux barrières , sans qu'on pût se douter qu'un quadrupède fut l'agent le plus actif du parti janséniste. Revenons au refus de confession.

Animée par les jésuites d'une part, soutienne

vigoureusement par le parlement d'autre pai t , la guerre religieuse se poursuivait avec une ardetur , avec un acharnement mutuel. Le roi ^ qui dès-lorsile songeait phis qu'à ses plaisirs ^ était fort trouble de ce qui se passait , et redoutait surtout les remontrances du parlement. Ce monarque voluptueux, endormi sur les coussins moelleux de la monarchîe, craignait toujours qu'on ne troublât son repos sybaritique. « Ces grandes robes , disait-il un « ^jônr à la marquise de Pompadour ^ sont toute jours à couteaux tirés avec le clergé ; ils me àé^ ta soient par leurs querelles ; mais je déteste bien (c plusles grandes robes... Ils voudraient me mettre « en tutelle... Le conseiller Robert Saint- Vtn- « cent est un bouté- feu que je voudrais pouvoir 4c exiler ; mais ce sera un train terrible. D'un « autre côté , l'archevêque est une tête de fer ce qui cherche querelle ab hoc et ah hete... » M« de Gontaut y présent à cette récrimination royale , essayait de rassurer Sa Majesté. c« YottS- « ne savez pas , dit TjOuis XV y ce qu'ils font , ce « qu'ils pensent... C'est une nssembUe de repu* « hliccdns! En voilà, a^ surplus^ assez \ les choses, ti comme elles sont , dureront autant que moi. » Quelle sollicitude souveraine !

En 1 755 , et malgré lés soins temporiseurs du ministère , les troubles se compliquèrent : lè clergé continuait toujours à refuser les sacre^ mens ; Messieurs poursuivaient de pliis en plus sévèrement les reiusans. Le roi, par lettres pa*

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le» jésuites et le parlemeot, croit se sauver par une mesure oiitojeime. Une déclaration royale de 1755 «c recommande d'avoir pour la constitution « ( la huile Unigenitus ) , le respect et la soumisa sîon qui lui sont dus , sans néanmoins qu'on <c puisse lui attribuer la domination ^ le caractère « et les effets de règle de foî.'».Les juges ecclésiastiques sont charges de pnononcer sur les refus de saoremens ; mais il est permis aux magistrats de punir les auteurs de ce délit. Cette déclaration ne fait qu'irriter les dissidens... Les jésuites surtout murmurent contre le roi ; ils organisent dans Tombre une naut^eUe ligue •• leurs pénitens , à peine des tourmens étemels , doivent s'y engager. Le régicide est , dit-on , posé en principe , comme moyen légitime d'obtenir le salut de la foi. La foi y selon les jésuites , c'est-ànlire la souveraineté universelle pour le saint-siège, et l'autorité européenne jnise sous la main des disciples d'Ignace... Cependant Louis XIV, se croyant toujours impartial , toujours médiateur entre le clergé et Messieurs y fait enregistrer , dans un lit de justice y la déclara ti(m rapportée ci-dessus , qui n'assigne que des interdictions vagues k l'arbitraire ecclésiatique"; tandis qpe, dans ce même lit de justice , il impose une pcdice sévère au parlement y et supprime y par un édit , deux chambres de ce corps.... Cette mutilation de la magistrature ne satisfait point encore la compagnie de Jésus. £n i556; Tarchcvéque Bcaumont, exile a

Cb^impçaux près Melun , pour ses docirines inceadiaires , que de plats biographes ^appellen^t du zèle religieux ; Beaumont fulmine un mandement» portant défense aux fidèles de se pourvoir devant les juges séculiers relati vemcntà l'administration des sacremcns. Ce mandement parait en opposition formelle avec la déclaration royale^ au moment ou le père Larivct , jésuite influent^ qui se trouve à Poitiers^, dit en parlant du roi : « Il « faut que je m'en retourne ; car ce benêt pour- « rait bien encore faire quelques sottises. » Louis XV ne fait point de sottises^ autrement dit il ne fait point mettre en jugement le prélat de Paris , coupable d^attentat à l'autorité royale.... Mais ce prince ne se hâte point assez de remettre l'autorité aux jésuites : un nouveau règne promettrait h ces pères de plus l>elles destinées : ils le savent; ils ont, à cet égard , des garanties.... Le dauphin n'est pas seulement pour eux un partisan , c'est un néophite , un agrégé peut-

Le 5 janvier 9 vers six heures du soir , par im temjps sec et très froid , le roi , bien enveloppé d'un vitchoura , paraît dans la cour de marbrp : il va monter en voiture pour se rendre à Trianon ; il a la jambe levée vers le marche-pied.... Tout à coup il s'écrie : On -m'a donné un furieux coup de poing..... puis ', passant la main sous sa veste , il l'en retire ensanglantée , et reprend : Je sais blessé; puis^montrant un homme dans la foulc^

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qui seul est couvert en présence du souverain y Se Majesté ^joutç : C^est ce monsieur qui mu frappé y quon V arrête > mais qi£on ne lui fasse

pas de mal Le poignard de l'assassin y nomme

Rohert^François Damiens, a entamé superficiellement les chairs ; la blessure est sans danger. Da-micns, entraîné dans la salle des gardes, est trouvé muni d'un couteau à deux lames : celle dont il s'est servi ressemble à la lame d'un canif ;'ellc offre des traces du sang royal. On trouve encore sur le régicide trente-sept louis en or , et un livre intitulé '.Instructions et prières chre'tiennes.Cet homme Recommande « qu'on prenne garde à « monseigneur le dauphin ; il déclare que, s'il a des « complices , ils sont loin d'ici , et que , s'il tes <c dénonçait, tout serait fini... » On remarque que, dans ses réponses aux interrogatoires qu'on lui fait, il se sert du mot Nous. Le i8 février , on transfère Damiens à Paris , avec de grandes précautions ; on prend un soin extrême pour l'empêcher de communiquer avec le public : il est en»ferméù la Conciergerie, dans la tour dite de Montgommery... dans la prison deRavailtac. La com- JUission qui juge ce coupable est composée de ))résidens et de conseillers au parlement; des pairs de France leur sont adjoints.

' Que (lire sur l'instruction mystérieuse de ce [uc>cos? Plusieurs témoins bien informés ne sont j)oint a[)pelés;on juge l'assassin sans faire la moindre invcslij^aiion sur ses complices 5 mali;ré Ics^

instances du prince de Gonti , on refuse de prendre des iiiformations en Flandres^ où Damieus a tramé

son oocnplot; les juges éloignent même des rcnseignemiens cpie le prince deCroya recueillis dans ce pays; enfin , après le prononcé du jugement^ la procédure demeure sans publicité.

Ajoutons à ces données^ <ine, depuis environ six mois^ un particulier^ qui avait déclaré des choses trop effrayantes y languissait au mont Saint*Michel ; que j sur quatre-vingts personnes arrêtées , quelques-unes seulement avaient été interrogées très secrètenient ; que le jour méqie'de révèncment> une jeune fille, nommée Descoufflet , disait à une de ses compagnes : Le roi *est assassiné, ouïe sera ce soir; que le. comte de Zaluski^ grand référendaire de Pologne, habitué des cercles de la reine et du dauphin, s'étai't obstine à mépriser les avis de Tabbé de La Chapelle , touchant l'assassinat du roi; que , deux ou trois jours avant le crime, deux jésuites , déguisés en laïques , avaient été reconnasrue Saifit-Anloinc ; et qu'au moment du forfait , cinq autres sortaient de la Maison professe , et ^e rendaient à Conflans au château de l'arche vêque. Il est évident que le crime fut commis à rinstigation des jésuites: c'est un fait universellemenf reconnu aujourd'hui , parce que toutes les probabilités ont concouru à le démontrer..,. Mm de quels personnages illustres prétendit-on cacher la cotnplicité par le mystère, atissi maladroit qu'illégal, apporté dans la pro-.

4î HISTOIRE :

cédure? Voilà ce qu'il n'est pas permis à un historien consëiencieux de mentionner ouvertement : consignons toutefois une vérité incontestable , c'est que Louis XV mort , son fils eût régne et que son fils était jésuite. .

Le duc de Çhoiseul, étant arrivé au timon des affaires y voulut travailler à la gloire de la monarchie : i) sentit que , pour entreprendre avec succès une semblable tâche , il fallut agir de concert àTCC madame de Pompadour ; car autrement y le pouvoir immense de cette favorite eût incontestablement brisé le sien. D'ailleurs, elle du moins n'avait pas intérêt k trahir le souverain qui la comblait de bienfaits; après lui, son étoile bi*illante s'évanonissait ; celle qui avait distribué des cordons de l'ordre , des bâtons de maréchal , des principautés, rentrait dans une obscurité déplorable. L'alliance de Ghoiseul et d'Antoinette Poisson était politique : elle fut conclue; et, si l'on doit s'en rapporter à madame du Hausset, elle devint intime.

A la suite d'un crime avorté, l'existence d'un homme tro^bien informé peut être dangereuse *. le dauphin mourut peu de temps après la tentative de régicide. Sa mort fut rapide ; les historiens à gages ont imaginé après coup une maladie de langueur dont le prince n'était point atteint. Louis XV le vit mourir à la fleur dq^'âge , sans exprimer le moindre regret. Cette fin prématurée , imprévue même , fiit, comnie l'assassinat du

roi 9 aùribuëe, par les jésuites et l'archevêque, au parlement et à madame de Pompadour; par la magistrature suprême .Choiseul et la fayorite^ à la compagnie de Jésus ; et le public se rallia k cette dernière opinion» En assassiiiant le roi , les jésuites faisaient régner le dauphin leur partisan ; le coup manqué , ils s'assuraient , par sa mort , le silence d'un priaco devenu dangereux. Voili donc le crime déterminé par un intérêt . puissant. Si nous examinons maintenant la situation de la magistrature et d'Antoinette Poisson , feoaa vojons qu'en se défaisant de Liouis XV , Messieurs faisaient régner le plus zélé protecteur de la compagnie de Jésus , leur ennemie acharnée , et que madame de Pompadour brisait ellemême le sceptre de ses charmes L'incrimi-

jnatîofT du parlement et de la marquise est une absurdité.

Nous passerons sous silence les troubles de la Bretagne, ainsi quelcs menées acti vesdu parti d'Aiguillon pour renverser le ministère Cholseûl, auquel la France dut quelque bien , et Louis XV un peu de honte effacée. Cet homme d'état habile, sacrifié par une cabale persévérante y fut précipité des sommités du pouvoir , sons le régne d'une autre favorite , la Du Darry ; mais avant sa chute , il consomma la perte des jésuites, dont M. de la Chalotais y magistrat du parlement de Bretagne, avait dévoilé les turpitudes les plus secrètes.

La .société de Jésus , déjà convaincue de fri-

ponnerie^ par une instruction judiciaire' concenrant SCS entreprises commerciales , le fut d'attentat contre la pureté de l'instruction, après rexamende ses constitutions. Un arrêt du 6 août ordonna que plusieurs livres , émanant de cette société, « se- « raient birulés dans la cour du Palais , par Texé- « cuteur de la haute justice , comme séditieux, « destructifs de tout principe de la morale chré- « tienne , enseignant une doctrine meurtrière , ce non-seulement contre la société et la vie des . « citoyens , mais encore contre celle des pef-* « sonnes sacrées des souverains.» Le roi> dominé par la fatalité^ ou plutôt la terreur, qui laissa aax jésuites le temps de tuer Henri IV, parce qu'il avait peur d'eux, le roi, disons-nous , fit surseoir à l'exécution de l'arrêt. Un concile d'évêques fut chargé de donner un avis touchant la société de Jésus; qaarante-cinq prélats sur cinguante se déclarèrent pour ces pères, quelques-uns par sympathie , d'autres par crainte. D'après ce résultat , le ]>arlement demande , dans toute la France , des documenssur les jésuites, et fait mettre sous les yeux des évéqucs et du roi les nombreux passages subversifs de l'ordre social que renferment les ' livres de cet institut... On voit par ces extraits que l'ordre autorise, en certains cas , le vol , le meur songe, le parjure, l'impureté contre nature: l'homicide, le parricide, le régicide, y sont proclamés comme des nécessités sociales ; en un mot, la dialectique jésuitique lend à renverser , dans

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toutes SCS parties , cette loi naturelle que Dieu lui-même traça au cœur ilc l'homme ^.

Après une divulgation aussi authejQtique que scandaleuse de l'immoralité , de Tirréligion et des théories cirminelles des jésuites / le clergé n'osa plus les défendre ^ et la cour consentit à les abandonner : ils furent expulsc^s de France définitivement au mois de novembre 1G64; neuf ans plus tard^ h\ pape Ganganelli supprima cet ordre , et fit arrêter à Rome son général , Ricci... Ce pontife mourut dans la même année , les entrailles dévorées d'une colique dont l'ori-^ gine ne pouvait être révoquée en doute. GlémcntXIY avait dit : «Cette suppression me donnera « la mort ; mais je ne m'en repends point : j'ai .« dû Je faire. » Tout exilée qu'était la société de Jésus y elle conserva y dit-on ^ assez de pouvoir en France pour faire chasser le parlement et Choiseul^ qui l'avaient proscrite. Apparemment ce fut . elle qui nous donna Maupeou , sa magistrature et l'abbé Terrai... Cette compagnie se venjçenit bien.

Le reste du règne déplorable de Louis XV s'écoula dans les plus honteux dérèglemens; nous en tracerons rapidement le tableau , en jetant un coup-d'ceil sur la physionomie de cette période , si lumineuse d'une philosophie dont la société coRtemiporaine profita si peu.

* Voyez sur les doctrines des jésuites le sécréta monita , instractîons secrètes; voyez aussi les procédures contre Finstitut des jésuites ; par Gilbert des Voisins.

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