MO HISTOIRE
mourut à Clermont en Auvergne, avec les litres lîonorifiqucs de patriarche d'Alexandrie et d'administraieur perpétuel de l'archevêché de Reiois. n avait ordonné qu'après sa mort son corps fut transpoilé dans leglise des Jacobins de la rue Saint- Jacques; eipour prix du coin de terre qu'il leur demandait, il abandonnait à ces moines des ricliesscs considérables, dont ils profitèrent , sous le rèi;ne du roi Jean, pour faire des embellissemens h leur église et à leur couvent.
Sous ce même règne, furent terminés l'église et le couvent des Carmes de la place Mauberi. Ces religieux étaient alors en grande faveur à Parts: beaucoup *le dames illustres, imitatrices de Jeanne d'Evreux, veuve de Gbarles-le-Bel, et de Blanche. veuve de Philippe VI, leur firent des dons imporlans. Mais la dernière de ces reines fut leur plus généreuse bienfaitrice : ils lui durent , entre autres présens , celui d'un . reliquaire d'or , enrichi de pierreries , contenant un clou , ou peut-éire une portion de clou, ayant servi à la passion du Christ. Nous reparlerons de ce monastère.
Après l'assassinat juridique de Raoul de Nesle , connétable de France , son corps fut porté aux Grands - Augustins. Aucun monument n'indiquait la tombe de cette grande victime ; mais l'histoire , ce juge impérissable, désigna du doigt, pendant une longue suite d'années , le lieu oiî l'on avait epfoui les restes de cet infortuné, sacrifié par une tyrannie ombrageuse'et cruelle.
^:iifrr-e ,f.:r f.rim^r ,f,- /,r /'/tfrf M.mA,-,
DL PARIS. 5oi
Revenons à l'histoire générale desévèiieniciis. Le traité (le Brctigny ne mît pas Gn h (ouïes lea difficultés qui existaieDl euite lu roi Jeun et Edouard III; elles ne cessèrent d'être redoutables qu'en l'année iSGs, et ue furent pas pour cela entièrement aplanies. Dans les négociations qui se prolongèrent, pour des objtts de détail, jusqu'il la mort du roi , le dauphin eût désiré que son jjère, sorti des chaînes de son ennemi, prît le parti de se soustraire aux conditions les plus oné^ reuses de Bretigny ; mais Jean, auquel îes historiens accordent beaucoup de droiture et de bonne foi dans celle circonstance , repoussa ces, insinuations. « Si fa justice et la bonne foi, di> X sait-il, étaient bannies du reste du monde, elles « devraient se retrouver dans -la bouche et le (i cœur des rois. » Quoi qu'il en soit de la véracité de cette pensée d'une sublimité antique, Jean aurait dû s'eninspirer lors dumcurtrede llaouldeNeslcj et lors de l'exécution des geniilshonimes innoccns, pendus à Rouen par ses ordres et sous ses yeux.
D'autres malheurs se firent sentir en France ù la fia de ce règne calaniiteux. Les deux royaumes
en-
a V aient employé , pendant la guerre, de ces avi turiersde diverses nations, qu'on trouve toujours prêts à vendre leur sang à ceux qui leur en offreni lu plus. La paix laissait sans aclivilé ces gucrroyeursà gage; ils se firent brigands sous le nom de grandes compagnies , et dévastèrent plusieurs (le nos provinces. L'une de ces hordes, qui scnommj
tille-mémc les tard-venus , saus doute parce que d'autres avaient pillé avant elle, saccagea le midi de la France. Le roi eoToja contre ces pillards on corps de troupes , commandé par le connétable . Jacques de Bourbon. Ce seignetir fut battu près ' de Lyon, et resta lui-même sur le cdiamp de bataille. Le capitaine des tard-venus se faisait appeler l'ami de Dieu et l'ennemi de tout le monde. On ne sait pas au juste comment il justifiait la moitié de ce litre; mais il démontrait crnellement l'exactitude de sa demièrepartie. Convaincus que la cour du pape devait renfermer beaucoup de richesses, ces brigands se dirigèrent vers Avignon : « Nous aurons , disaient-ils , au rapport de <c Froîssard , nous aurons Targent des prélats , » ou ils seront haryés (secoués) de la bonne ma- V nîère, n Le souverain pontife avait appelé à son secours le marquis de Monferrat , célèbre guerrier italien ; mais il ne jugea pas prudent de se mesorer avec les vainqueurs du connétable de Botirbon , et travailla Jl les séduire par l'appit du batid considérable qu'ils pourraient laire eo Italie. Le marquis avait un double but en agissant ainsi : il tendait à débarrasser son allié , le pape , et ft se former des auxiliaires contre ses ennemis les Milanais. Cette double entreprise lui réussit : le saint père donna bien quelques sacs d'or aux tard-venus ; mais ils suivirent le paladin qui leur promettait ailleurs une autre moisson, qu'ils &«nt en effet.
UE PARIS. 5o3
Ùtie aùlre iroujie , qui envahissaii la Bretagne , 8C doniia pour chef Bertrand DaguescUn , gentilhomme du pays , d'une bravoure renommée , et dont la valeur avaitéclaté contre les Anglais dans la guerre qui se terminait *. Il serait difficile de louer les exploits pat* lesquels cet illustre Breton 9c distingua comme chef d'une horde de brigands; beaucoup d'historiens ont pris le parti de les taire. Sous le règne suivant . Charles V , peu scrupuleux sur les precédens de Duguesclin , mais persuadé surtout que les premières vertus d'un capitaine étaient la valeur, l'habileté et la confiance
' L'herotsme t'tait aussi le partage des femmes de cette faimUc : Ju/U-nne DaguescUn , sœur du ctievalier, que les ravages de la guerre avaient élolgaee d'un couvent où elle avait prononcé des vœux , s'était retirét: à Pontorsou , dans \i maison de son frère. Une nuit qu'elle e'tait couchée avec sa bellesccur, on vient annoncer k ces deux danics que les Anglais entreprennent d'escalader les renkparls; que déjà ils y appliquent des éclidles, et que la viUc, dont la garnison est faible, ne peut manquer de tomber ta leur pouvoir, Julienne saute du lit , saisit une cotte de mailles de Bertrand , qui se trouve sa'ipcnduc à la muraille , s'arme à la hâte et court au rempart. Les emieniis sont près de francliir le parapet ; elle les renverse , renverse ensuite les échelles , et suivie d'une petite troupe dévouée , s'élance dan§ la campagne à la poiu'suitc des assaillans , qu'elle vient de repousser. Les Anglais se trouvent resserrés entre celte liéroïne ei son frère , qui accourt au secours de Pontorson : le chevalier el la nonne combinent si bien leurs elTorts , que ces étrangers sont taillés en pièrcs, {Ànqactil, Histoire de France, tome 111 , pages i\<>
5a4 HISTOIRE
(lu soldai ; Charles V , disons-nous , créa marécliol de Fraiice cet intrépide chevalier, qui, du reste, n'avait fait, en dévastant son pays, qu'imiter toute (a noblesse des derniers siècles.
Cependant le roi Jean, rentré dans son royaume, gouverna avec mollesse ; l'activité qu'il avait quelquefois déployée dans les premières années de sou règne, s'était complètement évapouie. Le dauphin conserva une grande autorité daus l'Etat; ï^utorité dont son péi-e, qui sans doute avait la conscience de sa faiblesse , ne se montra nullement jaloux. Oc la faihlcsse à la superstition la distance est courte : Jean s'était rendu h Avignon, afin de conférer avec le pape Urhaiu V sur une alliance , dangereuse h la France , que projetait Edouard III pour l'un de ses fiJs; Pierre de Lusignan , loi de Chypre , arriva presqtie aussitôt que le roi à la cour du poniife. Ce monarque d'Orient éialt perpétuellement harcelé par les Sarrasins; il venait demander du secours au chef de l'église. Urbain s'enflamme soudain d'un zèle pieux, que bientàt il fait partager au monarque français. Jean promet d'accomplir la croisade que son père n'a pu achever; il prend sur l'heure la croix, et la fait prendre aux seigneurs de sa suite. Peut-être par des prouesses faites en Terre-Sainte , le roi de France, encore jeune , se flattait-il d'effacer la honte de Poitiers. Mais les suitçs de cette défaite désastreuse n'avaient point encore cessé : Jcau n'avait pu quitter l'Angleterre , sans avoir acq[uiité
enûèremeni sa rançon , qu'eu doiuiani pour olagee à Edouard les ducs d'Anjou et de Berry, ses propres ÛU , avec les ducs d'Orléans et de Dourboii , ses proches parens, puis une multitude d'autres seigneurs. Or tous ces prisonniers du roi d'Angleterre s'ennuyaient fort d'un esil que les interminables interprétations du traité rendaient indéfini. Les deux princes n'étaient pas les moins impatiens d'être rappelés : l'un d'eux, le duc d'Anjou, las en un d'atiendre , rompit son ban , s'échappa de Calais et revint h Paris. Vainement son père et le dauphin lui remontrèrent qu'une telle action déshonorait un prince du sang, et le conjurèrent de retourner en Angleterre; ils ne purent l'y déterminer.
Alors les projets de croisade naguère formés par le roi se dissipèrent comme une vaine fumée ; il ne songea plus, disent quelques historiens, qu'à l'inléjêt de son honneur, blessé parla conduite indéUcaïc de son fils. D'après l'assertion de ces écrivains , ce fut pour réparer la violation de foi du duc d'Anjou que Jean se détermina à retourner en Angleterre; maïsselon d'autres autorités historiques, et particulièrement d'après les continuateurs de Nangis , le roi se rendit à Londres , soit pour payer sa rançon , soit pour son plaisir ( causa j'oci ). Froissard va plus loin , lorsqu'il dit que Jean partit malgré les avis de son conseil et de tout le baronnage de France, qui qualifiaient sa résolution de grande folie. Le monarque alléguait simplement
Skft HISTOIRE
M qu'il voulait i-cToir le roi et la reine d'Angle- « terre , ci excuser son fils*. » La faiblesse de ce» lorifs décèle Ifl prélexte: si en effet il n'ent été Aieslion que J'acquitier le reste de la rançon ou de réparer l'oubli d'un serment, Jean eut sans doute entoyé h Edouard des ambassadeurs chargés de ce soin. On est forcé de soupçonner que ce voyage avait un but , disons plus un attrait mystérieux; et comme on avait pénétré les intrigues du roi avec la célèbre comtesse de Salisburi**, pendant le séjour de ce prince à Londres , il est permis de penser que les charmes de celle enchanteresse , aimantirrésistible, l'attiraient à ses pieds , au mépris des devoirs du trône, et des conseils d'une rÙMiD qû n'eit jamaù mAre, uuit que l'aHioitr M ifièpatrrafrà de» lusuMé.
' Quoi qu'il en nit^ le roi 4e France foi reçu «veti de grands honneurs , qui satisfirent sans doute sou amour-propre. Mais bientôt il tomba malade , et. la version secrète rapporte que ce fut pour aroir écouté un sentiment trop tendre , et peu conrenable à la constitution d'un homme parvenu au déclin de la vie. Jean mourut i Ltmdres , le 8 avril 1 564 , nprès qtiatre mois d'une maladie qu'il
* Coniiitaalio altéra Ckrortici Guillemi de Pfangù , spieitegiam Dacherj, tome III , page tSa.
Chronique de Froifsard, tome I , p- 265.
*' Cette dame avait ét.6 et ëtait peut^tre encore la maîtresse d'Edouard 111 : ce fut en son honneur qu'il institua l'ordre de la Jarretière.
DE PARIS. 5o7
supporta avec résignation. EdoaarJ lui fit faire un service magnifique à Saint-Paul ; il y assista en grand deuil avec toute sa famille. Les dépouilles du feu roi furent ensuite placées sur un riche corbillard et conduites dans un port. Le monarque anglais les accompagna jusqu'au vaisseau qui devait les transporter en France : Tartillerie des forts ( car les Anglais avaient déjà de Fartillerie ) salua le corps à son départ; la mâture du navire était pavoisée de noir. Jean fut déposé à Saint-Denis^ après d'autres solennités funéraires^ auxquelles assistèrent ses quatre fils.
Ainsi finit lun des règnes les plus désastreux de notre histoire; celui qui le suivit fut , dit-on , un des plus sagement dirigés. Nous verrons les faits : au jugement de l'histoire , eux seuls sont éloquens.